‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 56 sur 89 · FORCE DU COEUR · texte numérisé non relu

FORCE DU COEUR

§ 130. La force du cœur

1° Peut être estimée d'après sa masse comparée à celle du corps entier. Mais le poids absolu du cœur varie considérablement chez les divers individus d'une espèce animale. Poiseuille, par exemple, l'a trouvé tantôt de trois et tantôt de six onces dans les Chiens , tantôt de trois et tantôt de six livres dans les bêles bovines (3). Son poids relatif varie également ; Legallois (4) a trouvé la proportion entre lui et celui du corps, chez le Lapin adulte, tantôt de 1 : 247, tantôt de 1 : 455. Ce poids relatif n'est d'ailleurs pas le même aux divers âges de la vie ( § 534, 1° ). Aussi les évaluations comparatives sont-elles fort dissidentes. Le rapport du cœur au corps, eu égard au poids, est, d'après Treviranus (5) de 1 ; 80—160 chez les Mammifères, 1 : 50—123 chez les Oiseaux , 1 ; 246—276 chez les Reptiles, 1 ; 350 — 7pS chez les Poissons; selon Robinson (6) de 1 '. 168 chez les Oiseaux, 1 ; 263 chez les bêles bovines , et 1 ; 1360 chez les Poissons; suivant Carus (7), de 1 ; 160 chez l'homme , 1 ! 246 chez les Grenouilles , 1 : 276 chez la Couleuvre à collier , 1 ; 350—760 chez les Poissons ; selon Legallois , terme moyen , de 1 ; 183 chez les Chiens , et 1 ! 346 chez les Lapins; d'après Scoresby, de 1 '. 175 chez la Baleine; suivant Wrisberg, de 1 ; 215 chez la Tortue de mer. Weber a trouvé le rapport de 1 ". 150 dans un cadavre humain (8)- LY après Laennec (9) , pour que le cœur de

(1) llid., p. 212.

(2) Untcrsuchvnyen , p. 210.

(3) Répertoire général d'anatomie , t. VI , p. 84.

(4) Œuvres , 1. 1 , p. 331.

(5) Die Erscheinungen und Gesetsen des Lebens , t. I , p. 225.

(6) Haller, Opcra minora, t. I, p. 231.

(7) Traité d'anat. comp., t. II, p. 327, 332, 343.

(8) Handbuch der Anutomic , t. III , p. 125.

(9) Traité de l'auscultation médiate , t. III , p. 14, 18.

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l'homme ait son volume normal , il faut que sa grosseur égale à peu près celle du poing du sujet (*).

2° La hauteur à laquelle s'élève le sang qui jaillit d'une artère coupée , varie beaucoup suivant le diamètre du vaisseau et l'état momentané de la vie du sang. Chez l'homme , le jet d'une petite artère s'élève quelquefois à trois ou quatre pieds (1). Haller l'a vu monter de six pieds au sortir d'une petite branche de l'artère thoracique ou de la mésenlérique , chez des Chiens et des Brebis , mais quelquefois aussi il ne s'élevait qu'à trois (2). Suivant Haies , il ne s'élança qu'à deux pieds de l'artère crurale d'un Cheval, tandis que, suivant Hufeland , le sang de la carotide d'une Brebis jaillit à huit pieds (3). Nasse l'a vu s'élever à deux pieds et demi de l'artère crurale et à six de la carotide d'un Chien.

3° Pour apprécier exactement la force du cœur, il faudrait connaître la quantité et le poids du sang , la vitesse de sa marche , l'étendue de sa carrière , l'appui que les vaisseaux lui prêtent et la résistance qu'ils lui opposent; et comme le choc de cet organe agit non pas sur du sang en repos , mais sur du sang déjà mis en mouvement par de précédens battemens cardiaques , et qu'il n'a par conséquent qu'à réparer la perte de force motrice essuyée pendant la dernière diastole, il faudrait aussi faire entrer cette circonstance en ligne de compte. Mais comme rien de tout cela ne nous est connu d'une manière exacte , tous les calculs qu'on pourrait établir sont fort vagues , suivant la rémarque qu'en avait déjà faite Haller (4). Cependant nous ne pouvons pas les passer ici sous silence.

4° Borelli évaluait la force du cœur d'après la proportion entre son poids et celui de muscles dont la force est connue , notamment des temporaux ; en calculant ainsi, il trouva qu'elle

(*) Comparez Bouillaud, Traité clinique des maladies du cœur, t. I , p. 26, 52, et Andral dans l'édition précitée de Laennec, t. III, p. 42, 44 , 45.

(1) Bell, An essai/ on the forces bij which circulale the blood , p. 3.

(2) Loc. cit., 1.1, p. 72.

(3) Dieflenbach , Die Transfusion des Blutes , p. 20.

(4) Elem. -physiol., t. T , p. 457.

s'élevait à cent quatre-vingt mille livres (1). Mais Borelli n'avait eu aucun égard ni aux différences de vitalité , ni à celles de mécanisme. Poiseuille a trouvé que le cœur pesant trois livres d'un Bœuf, élevait davantage la colonne de sang , que le cœur pesant six livres d'un autre Bœuf.

5° Quand on croise les jambes l'une sur l'autre, et qu'on met sur le bout du pied un poids de cinquante livres et audelà , ce poids est soulevé , à chaque pulsation , avec le pied entier : si cet effet tient à l'extension de l'artère poplitée, il s'ensuit que, dans ce vaisseau, la force impulsive du sang dépasse cinquante livres : or comme l'artère poplitée n'éprouve qu'un cinquième de la puissance avec laquelle le cœur agit, la force de celui-ci doit aller au-delà de deux cent cinquante livres : elle doit même être bien plus considérable encore, puisqu'ici la force motrice agit sur le point d'appui (le creux du jarret) , et que par conséquent la jambe représente un levier du troisième genre. MaisGarson (2) et Koch (3) ont prouvé que ce mouvement ne tient point à l'artère poplitée, qu'il est le résultat de la force combinée des petites artères contenues dans la substance musculaire ; car l'artère poplitée est couverte de près d'un pouce de graisse , et les tendons des muscles fléchisseurs la dépassent d'un pouce et demi , de manière qu'on ne parvient à la comprimer qu'à l'aide de compresses graduées établies dans le creux du jarret : mais, dans ce cas , de même que quand on suspend la jambe en la saisissant par les deux condylesdu fémur, le pied n'éprouve pas de pulsations : si , au contraire , on croise les jambes de manière que celle de dessus repose sur le condyle externe et le tendon du muscle biceps , le mouvement pulsatif apparaît , quoique l'artère poplitée ne subisse point alors de compression. Une pression qui s'élève au plus à quelques livres suffit d'ailleurs pour faire cesser les battemens de l'artère crurale à la région inguinale.

6° D'après Keil, la force motrice d'un liquide est égale au

(1) Bld., p. 448.

(2) An inquiry into tho causes of thc motion of the llood , p. 68.

(3) Meckel , Archiv fuer Anutomic , 1827, p. 42G.

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poids d'une colonne de ce même liquide dont la base ofl're autant de développement que l'orifice par lequel il s'échappe, et dont la hauteur est double de celle d'où ce liquide acquiert en tombant la vitesse avec laquelle il sort de l'ouverture. Or comme la paroi de l'aorie a 0,4187 pouce de diamètre , et que la hauteur d'où le sang devrait tomber pour acquérir la vitesse avec laquelle il coule du cœur , est de 17,76 pouces, la colonne, dont le diamètre est de 0,4187 pouces et la hauteur de 17,76 pouces, doit peser 7,436112 pouce cubes, c'est-à-dire cinq onces, et telle est la force du cœur (1).

7» Haies admettait que la force du cœur est égale à la hauteur que le courant du sang d'une artère atteint dans un tube adapté à celle-ci (§ 726 , 15°), multipliée par l'étendue en surface du ventricule aortique. Dans le Cheval, le sang montait à 114 pouces , la superficie du ventricule gauche était de 26 pouces carrés , par conséquent la force du cœur était de 2964 pouces carrés , c'est-à-dire de 113 livres. Chez l'homme , elle serait de cinquante et une livres.

8° Poiseuille part du principe que toute la force statique qui meut le sang dans une artère]est en raison directe du diamètre transversal de l'artère , et il trouve la force de la systole du cœur aortique en multipliant le diamètre de l'aorte par la pression de la colonne de mercure à laquelle le sang fait équilibre dans l'hémo-dynamomètre. Comme, chez un homme , la superficie 'd'une coupe transversale de l'aorte , à son origine, est de 908,2857 millimètres carrés, et que la colonne de mercure à laquelle le sang ascendant fait équilibre a 160 millimètres de hauteur, la force statique du sang dans l'aorte = 160 x 908,2857 = 145,325 millimètres cubes de mercure , ou un poids de quatre livres trois onces et quarantetrois grains. Dans le Bœuf, la force du cœur, calculée de la même manière , est de dix livres et dix onces.

9° D'autres suppositions avaient antérieurement fait évaluer la force du ventricule aortique à neuf livres et une once par Jurin, à cent cinquante livres par Tabor (2).

(1) Haller, Elem. physiol., 1. 1 , p. 448.

(2) Haller, Elem. physioloy., 1. 1 , p. 452.

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