EFFETS DES VARIATIONS NORMALES DANS LA QUANTITÉ RELATIVE DU SANG
III. Si nous comparons enfin les uns avec les autres les diflérens organes sous le rapport de la quantité de sang qu'ils reçoivent dans l'état normal (§ 759), nous trouvons qu'en général Bichat (2) avait eu raison de dire que la vitalité d'un
(1) Journal complémentaire , t. IV, p. 17.
(2) Reclierches sur la vie et la mort , p. 192.
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organe est en raison directe du sang qu'il contient. Ceux qui ne reçoivent pas de sang rouge , par exemple , les cartilages et les tendons , ont peu de vitalité , ne sont point affectés par les causes excitantes, et tiennent faiblement à la vie générale, de manière qu'ils participent rarement aux maladies d'autres organes , et que leurs anomalies n'apportent pas de trouble notable dans d'autres fonctions; mais, si l'état inflammatoire vient à y faire affluer du sang rouge , leur vitalité s'exalte d'une manière anormale , et ils entrent en relation plus intime avec la vie générale.*
B. Effets qui tiennent à la quantité du sang dans ses réservoirs.
§ 742. Divers points de l'économie offrent ' ' I. Des dilatations de veines , dans lesquelles le sang s'amasse quand la circulation vient à être gênée , de manière à ne pouvoir point fatiguer les organes eux-mêmes. Ici se rangent
1° Les sinus du cerveau qui , par leur capacité et leurs connexions mutuelles , fournissent des réservoirs dans lesquels le sang s'accumule en plus grande quantité quand il ne peut pas sortir assez promptement de la cavité crânienne , que ce soit parce que l'accélération du pouls le fait affluer davantage vers la tête , ou parce qu'un obstacle gêne sa marche dans les veines jugulaires. Comme ces sinus tiennent au crâne, et que leur enveloppe est constituée par la dure-mère , ils ne peu ■ vent point, même quand ils s'engorgent, exercer de compression nuisible sur le cerveau.
2° Chez les animaux qui ont la faculté de rester quelque'temps sous l'eau, comme les Phoques, les Loutres et les Plongeons, la veine cave postérieure a un diamètre sextuple au moins de celui de l'aorte , ou même forme une poche particulière, de sorte que le sang peut s'y amasser sans inconvénient lorsque l'interruption de la respiration gêne son cours à travers les poumons.
3° Dans la Lamproie, outre les veines caves, qui sont fort amples, il y a encore, suivant Rathke (1), un réservoir mé-
(1) Bemcrkungen vcber dcn innern Bau der Pricke , p. 48.
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dian , qui s'étend tout le long de la cavité ventrale , reçoit le sang des veines , des reins , des organes génitaux et d'une partie du canal intestinal, et le verse dans les veines caves, par un grand nombre d'ouvertures étroites.
IL Quelques auteurs ont regardé les glandes vasculaires comme des réservoirs de cette espèce , en se fondant et sur la grande quantité de sang qu'elles renferment , et sur l'absence de toute sécrétion correspondante. Mais il est fort peu probable qu'un tel but , qui pourrait être atteint par de simples dilatations de vaisseaux, soit [celui d'organes spéciaux, dans lesquels on découvre une texture particulière.
1° Haller (1), Bonhard(2), Schreger(3),Haighton, Moreschi et autres ont prétendu que, dans les intervalles de la digestion, la rate attire à elle et retient une partie du sang destiné à l'estomac et au foie, et qu'elle leur restitue ce liquide, afin d'activer la sécrétion du suc gastrique et de la bile , au moment où les alimens, s'amassantdans l'estomac, viennent à exercer une compression sur elle. Mais, suivant Bichat, l'afflux du sang vers la rate n'augmente pas pendant la vacuité de l'estomac: c'est bien plutôt durant la plénitude de ce dernier organe, comme le fait remarquer Heusinger (4), qu'elle s'engorge de sang, et en général son volume n'est point en raison inverse de la distension de l'estomac. On ne peut point songer à une fluctuation du sang entre la rate et l'estomac , puisque l'afflux du liquide vers ce viscère, par les veines spléniques, mettrait obstacle à l'abord du sang artériel , et que d'ailleurs, ces veines sont munies de valvules bien distinctes dans le Cheval et les bêtes bovines. En outre, la rate n'opérerait , pendant la digestion, qu'un accroissement momentané de la quantité du sang dans le foie ; car si elle recevait alors moins de sang, elle enverrait aussi moins de sang veineux à l'organe hépatique , ce qui diminuerait la sécrétion de la bile. Comme une petite quantité d'une substance irritante introduite dans l'estomac vide augmente sur-le-champ la sécrétion du suc
(1) Elem. physiol., t. VI, p. 391, 417.
(2) Journal der JErfindunyon , cah. II, p. 107.
(3) De functionc placcntœ utorinœ , p. 61.
(4) Vebcr dvn Bau und die Ferrichtxinycn der MHz , p. 130.
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gastrique , et que la bile s'amasse dans la vésicule pendant l'intervalle des repas , une afïluence plus considérable de sang venant de la rate, pendant Indigestion, ne serait d'aucun profit pour la sécrétion. 11 est difficile que l'estomac plein exprime le sang de la rate : chez les Ruminans, où les sécrétions dont il s'agit sont fort abondantes , la rate ne tient à l'estomac que par des liens assez lâches ; enfin l'estomac ne peut pas la comprimer du tout chez les Oiseaux , les Reptiles et les Poissons (1).
D'autres , Rush par exemple , ont admis que la rate est un réservoir dans lequel le sang s'amasse toutes les fois que son mouvement vient à être accéléré , afin qu'il ne puisse'pas nuire aux autres organes. Hodgkin (2) la ^comparait aux tubes de sûreté et aux soupapes de plusieurs appareils mécaniques et chimiques, en disant qu'elle sert à prévenir tout dérangement subit du rapport qui doit exister entre la capacité et le contenu du système vasculaire. Mais, dans les fièvres aiguës, oirla circulation éprouve une si grande accélération , la rate n'est point affectée , comme le fait remarquer Heusinger (3). Le phénomène qu'on désigne vulgairement sous le nom d'enflure de la rate , et qui s'observe à la suite de mouvemens violens „ ne dépend que de la lenteur du cours du sang , qui appartient en commun à la rate et au foie , de sorte que cette sensation désagréable est encore plus commune dans le foie que dans la rate.
5° Schreger (4) assignait pour usage à la thyroïde de détourner le sang du cerveau et de diminuer son afflux vers cet organe, comme aussi Ackermann attribuait le crétinisme à ce que le rétrécissement des trous du crâne fait qu'il arrive moins de sang au cerveau , d'où résultent d'un côté l'idiotisme et de l'autre le goître. L'expérience ne montre aucune trace d'un antagonisme en vertu duquel tantôt cette glande recevrait plus de sang, pour garantir le cerveau, (tantôt s'en débarrasserait , pour faire servir sa texture spéciale à quelque
(1) MU., p. 427.
(2) Meckel, Vcutsches Archiv , t. VI, p, 468.
(3) Loc. cit., p. 424.
(4) Fragmenta unatomicu, p. 24.
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autre usage ; mais si la quantité de sang qu'elle contient demeure toujours la même , elle ne pourrait qu'au premier moment de sa formation diminuer la quantité du sang allluentau cerveau. Cette objection s'applique également à l'hypothèse de Broussais, qui voulait que la thyroïde détournât une partie du sang du larynx, et le thymus une partie de ce liquide des poumons, afin que ces organes pussent bien se développer, mais non fournir une sécrétion trop abondante (1). En général, nous ne saurions croire que des organes doués d'une substance, d'une organisation et d'une texture spéciales , n'aient pour usage que de détourner le sang d'autres organes à certaines époques.