II. Effets qui tiennent à la qualité du sang
A. Effets qui tiennent au sang pur.
§ 743. Si nous portons nos regards sur les effets qui tiennent à la qualité du sang ,
I. Nous trouvons d'abord qu'il n'y a que le sang complet qui puisse entretenir la vie , que nul autre liquide porté dans les veines n'a cette faculté , que par conséquent le sang procure à tous les organes ce qui est nécessaire à la manifestation de leur vie , et qu'en vertu de sa constitution spéciale il est la condition extérieure de leur activité vitale. Chez les animaux qu'on a rendus exsangues, l'eau chaude injectée dans les veines ne ranime point la vie , d'après Prévost et Dumas (2). Rosa dit bien (3) que du lait chaud ranima un Mouton , mais l'effet ne dura qu'un instant. Le sérum chaud lui-même ne rappelle point la vie , selon Dieffenbach (4) , ou du moins ne le fait pas d'une manière durable, suivant Rosa (5). Dieffenbach n'a également pu rappeler la vie avec de la fibrine atténuée et délayée dans de l'eau ; mais le cruor étendu d'eau agissait de même que le véritable sang. D'après cela, la propriété
(1) Mém. de la Soc. médic. d'Emulat., t. VIII, p. 401.
(2) Dieffenbach, Die Transfusion des Blutes, p. 186.
(3) Scheel, Dde Transfusion des Blutes , t. II, p. 149.
(4) Rust, Magazin fuer die gesammte Heilliunde , t. XXX, p. !•
(5) Loc. cit., p. 150.
d'entretenir l'activité vitale appartiendrait donc spécialement au cruor (*).
11. Il n'y a que le sang artériel , vermeil , qui puisse entretenir la vie; le sang veineux, noir, n'a point la même faculté (1). La vérité de cette proposition est patente , puisque la vie s'éteint quand la respiration cesse , c'est-à-dire lorsque le sang veineux ne se convertit plus en sang artériel et qu'il n'y a par conséquent que du sang veineux dans le système vasculaire entier. La seule question qu'on puisse soulever est celle de savoir d'où part la mort apparente , si le sang veineux ne fait qu'enrayer une seule fonction , dont l'abolition entraîne la mort générale à sa suite , ou s'il étend son action sur toutes les fonctions, et, dans ce dernier cas , quelle est , parmi cellesci , celle qui souffre le plus et avant toutes les autres. Bichat s'est livré avec succès à la solution de ce problème.
1° Il a vu (2) , quand il asphyxiait les animaux avec lenteur , i de manière que la circulation continuât encore quelque temps, que les voies biliaires et l'intestin contenaient beaucoup moins ■ de bile qu'à l'ordinaire pendant la digestion , et qu'il ne s'écoulait plus d'urine par les uretères. Or, comme il remarquait >en même temps que la transpiration cutanée cessait, et que la cessation de celte fonction rafraîchissante rendait les cadavres des asphyxiés aptes à conserver leur chaleur plus longtemps que d'autres, il conclut de là que le sang veineux pur l n'est point apte à entretenir la vie des organes sécrétoires ou ; à opérer les sécrétions , et il expliqua l'abondance du sang i qu'on rencontre dans ces cadavres en disant que l'abolition des : sécrétions fait accumuler une plus grande quantité du liquide ,
• et qu'après la mort les lymphatiques prennent aux artères i moins de sérum qu'ils ne font quand le sang s'est séparé. A
(*) Comparez les intéressantes recherches de Bischoff (dans Muller, Ar'Mv fuer Anatomie , 1835, p. 347) sur les effets comparatifs de l'infusion du sa:;g entier et du sang dépouillé de sa fibrine.
(1) En appelant artériel le sang vermeil, et veineux le sang noir, on n'a
• égard qu'au contenu des systèmes de l'aorte et des veines caves, et on laisse de côté celui des vaisseaux pulmonaires, où l'inverse précisément
• a lieu. C'est un vice de locution qu'il faut ne point perdre de vue.
(2) Recherches sur la vie et la mort , p. 280.
la vérité, c'est le sang veineux qui fournit les matériaux de la bile chez tous les animaux vertébrés , et de l'urine chez les Reptiles et les Poissons; mais le sang qui produit ces humeurs n'est pas purement veineux, car le sang artériel qui se porte au foie et aux reins concourt aussi à la sécrétion.
Cependant la mort par asphyxie a lieu trop rapidement pour qu'on puisse l'attribuer à la cessation des sécrétions.
2° Goodwyn admettait, en conséquence, qu'elle part du cœur gauche , celui-ci n'étant point sollicité à se contracter par le sang veineux qui parvient dans ses cavités (§717, 6°). Mais Bichat (1) objecta, contre cette théorie, que, si elle était fondée , le cœur gauche devrait, après la mort par asphyxie, contenir du sang accumulé , ce qui n'est pas. Ses expériences lui apprirent que , chez les animaux qu'on asphyxie , le sang veineux marche encore pendant quelque temps avec force dans le système aortique, et que, quand on injecte du sang veineux dans le cœur gauche , les mouvemens de l'organe ne sont pas sensiblement affaiblis , qu'ils se raniment même , si déjà ils avaient cessé. D'après cela , il admit que le cœur n'est paralysé que plus tard , lorsque les artères cardiaques ont fait pénétrer du sang;veineux dans sa substance/ Ackermann (2) prétendit , à la vérité , que quand, sur un animal à sang chaud, on lie les vaisseaux pulmonaires et incise la cloison interauriculaire, le sang veineux, qui passe immédiatement du côté droit dans le côté gauche , arrête les mouvemens du cœur ; mais , en pareil cas , la mort doit être bien plutôt l'effet de la blessure , que celui de l'impression du sang veineux. On serait mieux fondé à alléguer , en faveur de la propriété stimulante moins prononcée du sang veineux, l'observation faite par Humboldt (3) , que des cœurs de Grenouilles dont les battemens étaient affaiblis , recommençaient à battre avec fréquence et vivacité quand on les plongeait dans du sang artériel, tandis que le sang veineux de l'homme ne produisait pas cet effet."
3° Bichat dit que la vie animale est la première à ressentir
(1) Loe. cit., p. 211-216.
(2) De combustionis lentœ phcenomcnis , p. 23.
(3) Ucber die gereistc Mvskelfascr, t. II , p. 264.
les atteintes de l'asphyxie, et que, quoique la circulation continue encore, le sentiment et le mouvement volontaires sont abolis ; d'où il conclut que la mort par asphyxie procède du cerveau. Nous devons nous ranger à cette théorie , si nous réfléchissons que, dans l'asphyxie causée par la vapeur du charbon, il y a d'abord des vertiges, avec trouble des fonctions sensorielles et de la faculté locomotive, qu'ensuite la conscience s'éteint peu à peu, et qu'après le rappel du sujet à la vie , il éprouve pendant long-temps des maux de tête , de l'accablement et de la difficulté à mettre ses fonctions intellectuelles en exercice. Lorsque Bichat (1) injectait du sang veineux dans les carotides de Chiens , la vie animale ne tardait point à s'abolir, tandis que la circulation continuait encore pendant une demi-heure. Nysten (2) prétend, à la vérité, qu'en pareil cas, les animaux périssent uniquement d'une apoplexie produite par la violence de l'injection -, mais le seul fait sur lequel il s'appuie , consiste en ce que , lorsqu'on introduit une grande quantité de gaz dans la carotide , l'apoplexie survient par suite de la compression du cerveau , tandis qu'une petite quantité de gaz ne détermine pas la mort. Au contraire , Bichat (3) a vu qu'un Chien dans la carotide duquel il faisait passer, au moyen d'une petite canule adaptée aux deux vaisseaux , le sang veineux de la carotide d'un autre Chien en asphyxie , devenait au bout de quelque temps agité , insensible et frappé de stupeur; et il a constaté (4) aussi que, chez l'animal en asphyxie , la vie animale baissait à mesure que le sang coulant dans les "artères perdait de sa teinte vermeille. Le besoin de sang artériel que le cerveau éprouve par dessus les autres organes , ressort déjà de ce que c'est par la voie la plus courte possible qu'il reçoit le sang vermeil revenu des poumons. Ainsi, chez les Mammifères et les Oiseaux , le sang va en ligne droite du cœur gauche au cerveau ; chez les Poissons et les têtards des Batraciens , les veines branchiales fournissent les artères de la tête avant de se
(1) Loc. cit., p. 239.
(2) Recherches (le physiologie, p. 61.
(3) Loc. cit., p. 243.
(4) Loc. cit., p. 248.
réunir en un tronc aortique, cl chez les Reptiles écailleux, notamment les Crocodiles , le sang passe principalement de l'oreillette pulmonaire dans la portion du ventricule de laquelle naît le tronc droit de l'aorte , avec l'artère céphalique.
4° Mais le sang veineux ne peut pas non plus entretenir l'activité vitale des nerfs et des muscles. Lorsque Bichat (1) injectait du sang d'une veine dans l'artère crurale du même animal, le membre inférieur était frappé de paralysie et d'insensibilité. Quand Ségalas liait l'aorte d'un Chien au dessus de sa division , les pattes de derrière étaient paralysées au bout de huit à dix minutes , en sorte que l'animal ne pouvait plus que se traîner; s'il liait la veine cave dans celte même région, les membres postérieurs étaient affaiblis, mais non entièrement paralysés ; enfin , s'il appliquait une ligature sur les deux troncs vasculaires , les pattes de derrière se paralysaient , mais seulement au bout de seize à vingt minutes, ou même plus tard encore (2). Ainsi , la paralysie survenait promptement dans le premier cas, où le membre devenait exsangue , la circulation continuant dans les veines après la ligature des artères ; elle s'établissait également , mais beaucoup plus tard , dans le troisième , où le membre demeurait plein de sang contenu dans les artères et y prenant peu à peu le caractère veineux ; peut-être même n'avait-elle lieu alors que quand le sang était devenu veineux en entier ; enfin , dans le second cas , où il n'y ïivail point paralysie , mais seulement débilitation , le sang veineux, quoiqu'il ne pût revenir en totalité , rentrait cependant en partie dans le torrent de la circulation par le moyen des anastomoses, le sang artériel continuait toujours d'affluer, et probablement il s'établissait une fluctuation dans l'aorte demeurée perméable.
5° Nous nous tromperions si nous prenions les choses à la lettre , et si nous voulions considérer d'une manière absolue le sang veineux comme une substance anéantissant la vie. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que, quand tout le sang
(1) Loc, cit., p. 279.
(2) Journal de Magendie , t. IV, p. 2S7.
EFFETS DU SANG SUR l'oRGANISME. ^99
du corps est veineux , la mort arrive , et que tous les organes sans exception ont besoin de sang artériel, quoiqu'à des degrés dillérens , et ceux delà vie animale plus que tous les autres. La rougeur vermeille des parties, qui dépend d'une prédominance du sang artériel , est toujours accompagnée , comme l'a fait voir Bichat (1) , d'une activité plus grande de la vie , .tandis que la prédominance locale ou générale du sang veineux , dénotée par la teinte bleuâtre des parties , annonce une faiblesse manifeste de la vie. Les animaux qu'on a rendus exsangues reviennent à la vie lorsqu'on leur infuse un sang veineux étranger dans les veines (2) , attendu que ce liquide parvient dans le cœur droit , apte à en recevoir la stimulation , et passe de là dans les poumons , où il se convertit en sang artériel.
III. Enfin nous pouvons établir en règle générale qu'il n'y a que le sang propre du sujet qui soit apte à entretenir la vie d'une manière complète et durable.
6° Le sang d'un autre individu de la même espèce ne remplace jamais entièrement celui du sujet ; car la vie se crée elle-même son organisation, et, de même que l'embryon (§§ 464, 3°; 466, 2°) , l'organisme développé doit également se former lui-même son sang par l'assimilation de substances étrangères. Aussi- est-ce en vain que Blundell (3) a injecté du sang d'autres hommes dans les vaisseaux d'individus dont l'assimilation avait baissé ; quoiqu'ils parussent se ranimer momentanément , ils ne tardaient pas à voir leurs forces s'anéantir de nouveau, et leur vie n'était point prolongée. Blundell (4) prit un Chien qui pesait vingt-six livres , ne lui donna que de l'eau pour toute nourriture pendant trois semaines , en lui injectant peu à peu dans la veine jugulaire quatre-vingtquatre onces de sang provenant d'autres Chiens; l'animal tomba malade, ses forces diminuèrent, il maigrit, perdit environ sept livres de son poids, et mourut. Dans ce cas, le sang étranger peut avoir été assimilé peu à peu , puisque la
(1) Loc. cit., p. 275.
(2) Blundell, Physioloyical and pathological researches , p. 93,
{b) Loc. cit., p. 75,
400 EFFETS DU SANG SUÏl L'ORGANISME.
force assimilatrice n'avait rien perdu de 'son énergie, et cependant il paraît avoir été la cause de la maladie et de la mort , quoique , comme le présume Blundell , une partie de ce résultat doive être attribuée à l'irrégularité de la .transfusion , dans laquelle on injecta tantôt beaucoup , et tantôt peu de sang. Lorsque la transfusion est moins prolongée , la vie peut se maintenir ; un petit Chien , dans le corps duquel Lower fit passer du sang de deux gros Chiens , en lui tirant de temps en temps une partie du sien propre , ne succomba pas , quoiqu'il n'eût plus guère que du sang étranger dans ses vaisseaux (1). Bichat (2) ne remarqua non plus aucun trouble de la vie chez un Chien dans la carotide duquel il avait fait passer le sang de la carotide d'un autre Chien. Le sang étranger peut rappeler à la vie des animaux ou des hommes qui ont perdu tout le leur : probablement il n'agit alors que comme stimulus momentané , qui ranime les diverses fonctions , de manière qu'il est lui-même métamorphosé ou éliminé par ces fonctions , en même temps que le sujet forme de nouveau sang qui lui appartient en propre. Mais ces sortes d'expériences n'amènent souvent aucun résultat , et sans que nulle circonstance extérieure semble y contribuer ; un Chien que Blundell (3) avait asphyxié en lui tirant une livre de sang, revint à la vie lorsqu'une heure après il lui eut transfusé de nouveau sang , tandis qu'un autre , qui n'avait perdu que huit onces de sang, ne se ranima pas , bien qu'il lui eût injecté du sang au bout de vingt minutes. Le même expérimentateur a vainement essayé (4) quatre fois la transfusion sur des hommes ; plus tard elle a été pratiquée avec succès , tant par lui que par Doubledy, Brigham et Sewel, chez des femmes que des pertes consécutives à l'accouchement avaient mises à deux doigts de la mort. Du reste , Blundell (5) a trouvé que la quantité de sang qu'on transfuse n'a pas besoin d'égaler celle qui a été perdue ; chez un Chien , que la soustraction de
(4) Scheel , t)ie Transfusion des Blutes , t. I , p. 48.
(2) Loc. cit., p. 257.
(5) Loc. cit., p. 96xj
EFFETS DU SANG SUR e'oRGANISME. 4°*
dix onces de sang avait mis dans L'état d'asphyxie, deux onces de liquide suffirent pour rétablir la circulation et la vie.
7° On peut , sans compromettre la vie , transfuser une certaine quantité de sang appartenant à un individu d'une autre espèce ; ainsi on a fait passer dans les vaisseaux d'hommes bien porlans, sans qu'ils en fussent affectés, dix à quatorze onces de sang d'Agneau, selon Kmg(d), et même vingt onces, suivant Denis (2) , au rapport duquel le sang de cet animal (3) ou du Veau (4) a opéré un changement favorable dans l'état de certains malades. Des Chiens ont également supporté , sans en souffrir, qu'on leur coulât dans les veines du sang de Brebis (5) ou de Veau (6) ; des Chamois qu'on leur injectât du sang de Veau (7) , et des Brebis ou des Chiens épuisés de sang , ont été ranimés , les premières , par du sang de Veau (8) , les autres par du sang d'homme (9). Mais , en y regardant de plus près, on a reconnu que tout sang étranger exerçait une action nuisible quand on l'introduisait en trop grande quantité. Une Brebis à laquelle King avait transfusé du sang de Veau , périt de marasme au bout de trois semaines (10) ; un Chien que Scheel (11) avait ranimé avec du sang de Cheval, après lui avoir tiré tout le sien , périt le même jour ; Blundell rappela à la vie , avec du sang d'homme , plusieurs Chiens tombés en asphyxie par le fait d'une hémorrhagie épuisante ; mais ils moururent, soit au bout de quelques minutes (12), soit au bout d'une heure (13), d'un jour (14) , ou de six (15), sans qu'on ob-
(4) Scheel, loc. cit., t. I , p. 170.
(2) Ibid., 4829, p. 92.
(3) Ibid., p. 89,432, 232.
(4) Ibid., p. 404, 124.
(7) Ibid., t. II, p. 150.
(8) Ibid., p. 436.
(9) Blundell, loc. cit., p.'91.
(10) Scheel , loc. cit., t. I , p. 63. (44) Ibid., t. II, p. 226.
(42)iI,oc. cit., p. 82', 84.
(13) Ibid., p. 86 , 88.
(14) Ibid., p. 83.
tffylbid., p. 88.
/|02 EFFETS DU SANG SI H l.'oilGANISttÈ.
serval aucune trace de pléthore , ou qu'il se fût introduit d'au1 dans les vaisseaux. De même, suivant Leacock, les Chiens épuisés par une hémorrhagie sont ranimés par le sang de Brebis, mais périssent ordinairement quelques jours après (1). Prévost et Dumas ont transfusé du sang de Veau dans le corps de Chats ou de Lapins -, mais ces animaux, qui ont rarement survécu au-delà de six jours, offraient une accélération du pouls et une diminution de la chaleur, avec des évacuations muqueuses et sanguinolentes (2). Dieffenbach a fait des observations analogues.
8° La transfusion du sang d'un individu appartenant à une autre classe amène presque toujours la mort. Des Tortues, auxquelles Rosa avait injecté du sang de Veau dans les veines, moururent au bout de quelques heures (3). Un Lièvre, auquel Gaspard avait tiré deux onces de sang, bientôt remplacé par autant de sang de Limaçon tiède , périt douze heures après (4). Suivant Prévost et Dumas , les Oiseaux auxquels on injecte du sang de Mammifère, meurent dans les convulsions, comme s'ils avaient été empoisonnés. D'après Dieffenbach, quelques gouttes de ce sang suffisent pour tuer des Pigeons , et trente à quarante pour causer la mort des Oies ; le sang des Poissons agit de même sur les Oiseaux, et fait succomber aussi les Mammifères , notamment les Chiens , les Chats et les Lapins ; cependant un Chat supporta le sang de Tortue.
IV. La qualité du sang est déterminée tant par les impressions du dehors , que par l'état et l'activité vitale des organes assimilateurs et excrétoires , par la modalité de sa formation et de sa décomposition. Ce qui annonce déjà que les produits qui en émanent peuvent modifier ses qualités, c'est l'effet produit par l'infusion de liquides provenant de sécrétions anormales. Ainsi divers animaux chez lesquels Gaspard, Bouillaud, Trousseau et Velpeau avaient injecté du pus, tombèrent malades et succombèrent (5). Des Chiens, dans le sang
(4) IUd., p. 90.
(2) Bibliothèque universelle de Genève , t. XVII, p. 306.
(3) Scheel, loc cit., t. II , p. 152.
(4) Journal de Magendie, t. II, p. 338.
(5) Archives générales , t. VII , p. 306 , 406 ; t. XI, p. 373, |
EFFETS DU SANG SUR l'oRGANISME. 4°^
desquels Deidier avait fait passer de la bile d'un pestiféré , furent atteints de la peste, et leur bile agit ensuite de la même manière sur d'autres Chiens (1). Il arrive aussi , dans certaines maladies, qu'on trouve (§§ 753-757) , comme Velpeau , entre autres, l'a démontré par plusieurs exemples (2), le sang altéré sous le point de vue de sa couleur, de sa consistance , de sa pesanteur et de son qdeur. De quelque cause que puisse provenir cette altération , toujours est-il qu'elle entraîne constamment à sa suite un trouble considérable de la vie. Nous en trouvons une preuve immédiate dans cette circonstance qu'un pareil sang , introduit dans le corps d'individus jouissant de la santé , produit les accidens morbides analogues à ceux qu'on remarquait chez l'individu qui l'a fourni : du sang de chevaux morveux ou farcineux , que Viborg avait transfusé à des Chevaux sains , fit éclater chez eux la morve ou le farcin (3). Du sang d'un homme atteint de fièvre putride, qu'on injecta dans le tissu cellulaire d'un Chat, tua l'animal en quelques heures , après qu'il eut éprouvé des vomissemens bilieux, delà dyspnée, de l'accablement et des convulsions (4). Le sang des animaux frappés du charbon excite , par son seul contact avec la peau d'un homme ou d'un animal sain, une inflammation gangréneuse et une fièvre putride. Mais le sang peut aussi avoir acquis des qualités anormales et destructives de la vie , sans que ces qualités soient susceptibles de tomber sous les sens. Ainsi on ne remarque aucun changement dans le sang des varioleux , si ce n'est qu'une couenne se produit à la surface , et cependant , d'après Gendrin (5) , lorsqu'on l'injecte dans les veines d'un animal vivant , il provoque des inflammations mortelles , tandis que le sang de sujets atteints d'autres maladies inflammatoires ne détermine pas de phénomènes semblables.
(1) Scheel, loc. cit., t. II, p. 86.
(2) Archives générales, t. VII, p. 302, 460.
(3) Scheel, loc. cit* t. II, p. 162.
(4) Andral , Précis d'analomie pathologique, t. I, p. 539.
(5) Histoire anatomique des inflammations , t. II , p. 460,
B. Effets qui tiennent à des substances étrangères mêlées avec
le sang.
§ 744. Pour apprendre à connaître expérimentalement les effets des changemens de qualité du sang , jetons un coup d'œil sur les tentatives d'infusion qui ont été faites , c'est-àdire sur l'introduction immédiate de substances étrangères dans la masse de ce liquide.