II. Action chimique
§ 749. Le sang ne conserve sa constitution et sa consistance normale qu'aussi long-temps qu'il est renfermé dans les vaisseaux vivans. Il peut bien couler pendant quelques instans dans des canaux morts sans éprouver de changement notable; ainsi, dans des expériences de transfusion, Ring (1) a employé, sans qu'il en résultât aucun inconvénient , trois tuyaux de plumes insérés l'un dans l'autre, Rosa (2) un tube de cuir, et Tietzel (3) un bout d'artère détaché du corps d'un autre animal. Blundell (4) a même vu que, quand il recevait le sangd'un Chien dans une tasse, le laissait reposer pendant quelques secondes, en remplissait ensuite une seringue , et l'injectait dans la veine, la vie de l'animal ne se trouvait pas compromise : ainsi, au
(1) Scheel , loc. cit., t. I , p. 170.
(2) Ibid.,X. II, p. 141.
(3) Dieffenbach , loc. cit., p, 27.
(4) ftetew.ehes , p. 99.
moyen d'un tube et d'une sérîhgue ayant ensemble dix-huit pouces de long , il fit passer le sang d'une artère crurale dans une veine du même nom , ou d'une veine jugulaire dans la carotide, et la quantité de liquide qu'il déplaçait allait même jusqu'à égaler le poids total de l'animal, de manière que le même sang avait dû traverser plusieurs fois les canaux inertes. Mais il remarqua, dans toutes ces expériences (1) , que , pendant la durée de l'opération , et même deux ou trois jours après , les animaux éprouvaient de 'la lassitude , et qu'ils avaient les pulsations du cœur et la respiration irrégulières ou faibles, d'où il conclut avec raison que le sang ainsi transfusé était au moment de se décomposer et avait besoin de subir une nouvelle assimilation pour être apte à maintenir les conditions normales de la vie. La même chose a vraisemblablement eu lieu aussi lorsque Dieffenbach employa du sang battu , passé à travers un linge , et même retiré depuis deux heures de la veine , pour ranimer des animaux qu'il avait asphyxiés par une hémorrhagie épuisante.
Une substance aussi variable que le sang ne peut acquérir une existence permanente et demeurer semblable à ellemême , qu'à la condition d'un renouvellement continuel de ses matériaux. Or la nutrition et la sécrétion font sortir du sang des parties solides diverses et des liquides particuliers ; il abandonne donc une portion de sa substance , et par conséquent se décompose. Mais on ne peut point supposer que cet effet n'ait lieu que d'un seul côté , que le sang se contente de donner, sans recevoir aussi, et qu'il ne fasse qu'agir au dehors de lui , sans être lui-même affecté. Loin de là nous sommes obligés de supposer , jusqu'à ce que l'observation en ait donné la preuve directe, qu'entre le sang et le reste de l'organisme a lieu un échange mutuel de matériaux, par le moyen duquel tous deux sont Maintenus dans leur intégrité. Cette hypothèse n'entrerait en contradiction avec l'expérience qu'autant qu'on la pousserait à l'extrême , en prétendant que le sang est à chaque instant détruit et créé de nouveau dans toute sa masse (§ 700, 3°). Par la continuité de sa décompo-
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sition et de sa reproduction le sang ne se maintient pas autrement que le corps animal tout entier; à chaque instant il abandonne une partie de ses matériaux intégrans , et reçoit en échange des substances étrangères , qu'il incorpore dans sa masse.
ARTICLE II
Influence de l'organisme sur les qualités du sang.