‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 19 sur 134 · MUSCLÏS SERVANT A LA DIGESTION · texte numérisé non relu

MUSCLÏS SERVANT A LA DIGESTION

Déjà chez les animaux les plus simples, par exemple , les Polypes, on aperçoit, dans l'organe de la digestion, un mouvement qui se rapporte à sa fonction , qui est opéré là par la paroi du corps, et qui se confond avec le mouvement général et volontaire de l'animal. Chez tous les autres animaux, ce mouvement constitue un phénomène distinct. De même qu'ici la face interne de la peau extérieure est garnie de muscles , de même aussi il s'en trouve, pour accomplir les mouvemens de l'organe digestif, qui sont étalés à la surlace externe de la membrane muqueuse.

L En tant que celte membrane a acquis une certaine indépendance par son éloignement de la paroi du corps , elle possède des muscles involontaires ou plastiques (§ 793, 42», 17°). On reconnaît déjà une tunique musculeuse de cette espèce', distincte de la membrane muqueuse , chez les Actinies , les Echinodermes , les Mollusques et tous les animaux sans vertèbres, même chez les Filaires parmi les Entozoaires. Cette tunique s'étend aussi , bien qu'inégalement répartie, sur toute la longueur de l'organe digestif , et si on ne l'y aperçoit pas dans tous les points chez les animaux des classes inférieures, c'est sans doute en raison du peu de développement qu'elle a acquis comparativement aux muscles qui reconnaissent l'empire de la volonté.

1° Par la longueur naturelle de ses fibres, elle rétrécit, même dans l'état de repos , les points du canal digestif qui sont destinés à laisser passer rapidement les substances alimentaires, et laisse, au contraire, une ouverture plus libre dans ceux où ces mêmes substances doivent séjourner plus longtemps. Ici le canal est distendu jusqu'à un certain point', par l'effet de la turgescence, même dans l'état de repos ; car, d'un côté, le sang qui afflue en plus grande quantité remplit les vaisseaux et met les tissus dans la tension , de l'autre, la consistance plus grande de la substance des parois prévient l'affaissement de celles-ci sur elles-mêmes. Il n'y a pas de motif suffisant pour admettre dans celte tunique musculeuse, comme

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le fait Piorry (1), une expansibilité vivante semblable àceile dont jouit le cœur, d'autant plus qu'ici, en l'absence des stimulans, on aperçoit moins d'activité spontanée et rhylhmique que dans le cœur (§ 717, II). C'est la stimulation de la membrane muqueuse et l'ampliation du canal par des alimens, de l'air ou des liquides secrétaires épanchés , qui détermine la tunique musculeuse à se contracter.

2° Mais le mouvement porte le caractère d'alternance ; car d'abord, il estondulaloire , comme la reptation d'un ver, c'està-dire qu'il se propage aux différentes parties dans le même ordre qu'elles observent eu égard à leur emplacement les unes par rapport aux autres, de sorte que des coarctations et des dilatations, des raccourcissemens et desallongemens, ont lieu simultanément. En second lieu, le canal digestif n'est jamais tout entier en mouvement, et il n'y en a jamais que certaines étendues qui se meuvent alternativement.

3° Les fibres annulaires immédiatement appliquées à la membrane muqueuse sont la plupart du temps plus fortes ; leur longueur naturelle ne permet pas que le canal digestif se dilate au-delà d'un certain point ; elles le resserrent en se contractant, et elles en chassent le contenu vers le lieu le plus proche, qui lui offre un espace suffisant, à cause du repos de ses propres fibres circulaires, jusqu'à ce que, sa présence excitant aussi ces dernières à se contracter, il soit repoussé plus loin. Les fibres longitudinales, communément situées à l'extérieur, et presque toujours disposées en faisceaux isolés, qui, par conséquent, n'embrassent pas le canal entier, restreignent son allongement parleur longueur naturelle, et le raccourcissent en se contractant, de telle manière que son contenu parvient plus tôt à un point éloigné, ou qu'il a un chemin plus court à parcourir. Lorsque les fibres circulaires ont rétréci un point par leurs contractions , les fibres longitudinales des parties ad jacentes trouvent en elles un point d'appui, et attirent la partie inférieure vers la supérieure. D'après cela, des raccourcissemens de fibres circulaires et de fibres longitudinales se succèdent alternativement, dans l'espace comme dans le temps. Par> elles-mêmes, les libres longitudinales nesauraient

(1) Dict. des se. méd., t. XL , p. 464.

produire aucune ampHation ; mais elles le peuvent dès que leur action s'étend sur un point rétréci par des fibres circulaires, notamment sur une valvule : en s'étendant au dessus de ce point, de manière à ce que leur longueur entière ne se trouve plus dans le même plan, elles attirent les fibres circulaires en dehors, et par là élargissent le canal.

4o On a reconnu que le canal intestinal pousse son contenu par des mouvemens alternatifs de bas en haut et de haut en bas, aux degrés les plus bas de l'échelle animale, par exemple chez les Polypes, lesVers trématodes(l), etc., tout comme aux plus élevés ; sa force motrice agit donc de la même manière que celle de la matrice sur l'embryon ( § 484, 4°), et c'est , dans un sens général , une loi de la vie que des mouvemens progressifs et rétrogrades alternent constamment ensemble. Le ralentissement du passage à travers le canal digestif, qui résulte de là, est nécessaire pour que la nourriture, mise pendant long-temps et de toutes les manières en contact avec la paroi vivante soit dépouillée de tout ce qu'elle contient d'assimilable; mais il doit nécessairement avoir lieu, parce que le rétrécissement de chaque segment du canal partage la nourriture qui s'y trouve en deux portions , dont l'une est chassée vers le bas, et l'autre vers le haut (2).

5" La direction de haut et bas l'emporte cependant sur celle de bas en haut. Ceci dépend d'abord de l'impulsion donnée , puisque les divers points du canal digestif ne sont sollicités que successivement à entrer en action ; quand un point est rempli de nourriture, le segment inférieur, qui vient seulement alors à être stimulé par l'abord de la matière étrangère, doit agir avec plus de force et pousser plus loin que le segment supérieur, qui a été mis avant lui en contact avec la nourriture et qui a déjà réagi sur elle. En outre, le vide qui s'opère dans la partie inférieure contribue à cet effet ; lorsque l'intestin anal se débarrasse de son contenu, les substances y trouvent plus d'espace , et marchent plus facilement de haut en bas. C'est ce qui explique pourquoi , dans les anus arlifi-

(1) Melilis, 04s. de dislemate , p. 15.

(2) E. Lauth , Du Mécanisme par lequel les rnalières alimentaires parcourent leur trajet do la Ijoitcfie à l'anus. Strasbourg, 1833, in-4.

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ciels, c'est-à-dire, quand l'intestin s'ouvre au dehors plus haut que de coutume, le mouvement des parties situées au dessus acquiert trop de force et détermine des évacuations trop promptes (4) ; l'intestin médian chasse facilement son contenu dans l'intestin anal, qui offre plus d'ampleur et moins de résistance, car la situation de la valvule iléo-ccecale permet celte accélération , tandis que la valvule pylorique s'oppose à tout mouvement rétrograde, mais permet aux alimens de sortir de l'estomac, dont l'orifice supérieur est clos. Enfin, il est d'observation générale que les parties situées plus haut possèdent une plus grande somme de vitalité; ainsi la cavité buccale l'emporte évidemment sur l'œsophage par ses muscles soumis à la volonté, et l'abondance des vaisseaux, celle des nerfs, Ja force des fibres circulaires sont plus grandes dans la portion du canal qui reçoit la bile que dans le reste de l'intestin médian, comme elle l'est plus aussi dans ce dernier que dans l'intestin anal. Que l'activité vitale d'une partie quelconque de l'intestin vienne à être exallée parla présence d'un stimulant étranger ou par une inflammation, cette partie chasse son contenu, non point vers la partie qui vient immédiatement «iprès , et qui participe au même état, mais vers les supérieures, où la vitalité n'est point accrue ; l'obstacle qui avait occasioné ce mouvement rétrograde vient-il à être écarlé, le mouvement de haut en bas recommence , les évacuations alvines reparaissent , et le vomissement stercoral cesse. Mais quelquefois aussi le vomissement s'arrête avant que les déjections par le bas se soient rétablies, quand une substance irritante, introduite dans l'estomac, par exemple l'huile de croton, fait recouvrer aux parties supérieures du canal alimentaire la prédominance dont elles jouissent d'ordinaire, en exaltant leur activité vitale. L'évacuation alvine a lieu parce qu'une quantité suffisante de nourriture convenable stimule l'activité vitale de l'estomac et de l'intestin grêle ; tant que le chyme s'échappe au dehors par une fistule stomacale , les excrémens ne sont point chassés du gros intestin (2). La pesan-

(4) G. Dajmylren, Mèm. de V Académie royale de médecine, Paris, 4S2S, t. I , p. 259 et suiv.

(2) Gerson, Magasin, t. X, p. 260.

DE IA DIGESTION. Ï;S' leur joue , somme totale, un rôle assez insignifiant ; cependant elle n'est pas dépourvue de toute influence; ainsi on favorise le séjour des alimens dans l'estomac en se couchant sur le côté gauche , et celle d'un lavement dans le colon en se plaçant sur le côté droit.

6° La force motrice de la tunique musculeuse est diversement excitable chez les différens animaux. Ainsi , quoique, généralement parlant, la nourriture traverse un intestin court avec plus de rapidité, elle reste néanmoins long-temps dans cet organe, chez les Poissons, parce qu'il ne possède là qu'un mouvement lent; et tandis que, chez plusieurs Insectes, le chvme monte et descend, pendant un long espace de temps, dans l'intestin médian, il en est d'autres chez lesquels ce dernier se vide si promptemenl dans l'intestin anal, qu'on n'y trouve presque jamais de chyme. Les choses ne varient pas moins dans les divers segmens de l'organe digestif. Comme la nourriture séjourne un certain temps dans chacun d'eux , jusqu'à ce qu'elle soit poussée plus loin à travers un point rétréci, nous admettrons trois périodes : depuis les lèvres et le voile du palais jusqu'à la valvule pylorique, depuis celle-ci jusqu'à la valvule iléo-cœcale , et depuis celte dernière jusqu'au sphincter de l'anus, ce qui s'accorde avec la division établie précédemment (§ 920 ). Il y a impossibilité d'assigner précisément la durée de ces périodes; cependant, lorsqu'on réfléchit qu'un certain laps de temps s'écoule toujours entre l'ouverture d'une valvule et l'évacuation complète du segment situé au-dessus d'elle, il n'est pas invraisemblable que, chez l'homme, les périodes durent à peu près autant l'une que l'autre ; en effet, la nourriture arrive promptement dans l'estomac, mais elle y reste long-temps ; elle a beaucoup de chemin à faire pour parcourir l'intestin médian , mais les fibres circulaires qui prédominent dans cet intestin, accélèrent sa marche; enfin, elle chemine avec lenteur dans l'intestin anal, qui est plus court à la vérité, mais plus large et plus paresseux.

7° Vers les deux extrémités du canal digestif, c'est-à dire vers sa périphérie, aux nerfs sympathiques quise rendent àla tunique musculeuse, s'adjoignent des branches de nerfs cérébraux et

rachidiens, cl la tunique elle-même devient plus forte, surtout dans ses fibres longitudinales, de sorte que l'œsophage et le rectum sont plus susceptibles de s'élargir et moins capables de s'allonger. Il y a donc ici une sorte d'analogie avec ce qu'on observe dans les muscles soumis à l'empire de la volonté, avec les mouvemens desquels ceux de la tunique musculeuse entière ont aussi un certain rapport ; chaque segment de l'intestin avale le chyle, comme l'œsophage avale le bol alimentaire, et comme la bouche avale les alimens.

IL Au contraire, les muscles volontaires, qui, aux deux extrémités du canal digestif, là où ce dernier a des connexions intimes avec la paroi animale du corps ( peau et os) , s'appliquent sur la membrane muqueuse , prennent quelque chose du caractère des muscles plastiques. Effectivement, il n'y a que quelques-uns d'entre eux qui s'attachent au squelette, sur lequel les autres ne prennent que médiatemenl un point d'appui. De plus , comme ils sont étalés sur des cavités, ils présentent la forme des muscles plastiques. Ainsi, on distingue :

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