FORME DE t'ORGANE DIGESTIF SOPS LE RAPPORT DE LA QUALITÉ
§ 920. On doit entendre par qualité de l'organe digestif la manière dont il est conformé dans les différens poinfs de son étendue. Le principe de son développement consiste en ce que la forme est d'abord la même partout, et qu'ensuite elle se nuance, que les parties dissemblables qui se succèdent passent de l'une à l'autre par des gradations insensibles aux échelons inférieurs de la série animale , tandis qu'aux degrés supérieurs des limites plus tranchées se prononcent entre elles, qu'enfin, à mesure qu'on s'élève, le nombre des parties similaires diminue et celui des parties dissimilaires augmente.
Les différences de qualité portent ou sur la longueur ou sur la largeur de l'organe digestif.
a. Différences do qualité relatives à la longueur.
En considérant l'organe digestif sous ce point de vue , il faut placer en première ligne :
1° Les différences qu'offre l'orifice.
1° Cbez quelques animaux inférieurs, l'organe digestif représente un canal qui se termine en cul- de-sac à l'intérieur, et (jui extérieurement n'a qu'une seule ouverture, ou en montre plusieurs , mais semblables entre elles. Une telle ouverture sert autant à l'éjection qu'à l'ingestion, et c'est par abus qu'on lui donne le nom de bouche. Les Insectes à l'étal de larve et tous les animaux supérieurs , durant les premières périodes de la vie embryonnaire, offrent une disposition analogue sous le Fapport de la conformation, mais différente sous celui des usages, la bouche étant l'orifice unique du canal digestif, mais ne servant pas à l'éjection du résidu des alimens. Celte forme, persistante pendant toute la vie , appartient aux Monades , aux Vers cystiques , aux Vers cestoïdes , aux Vers trématodes, aux Actinies, aux Astéries, ainsi qu'à la plupart des Polypes et des Acalèphes.
2° Chez les animaux dont l'organe digestif affecte en totalité ou en partie la forme d'un vaisseau , on trouve quelquefois , indépendamment de la bouche , plusieurs autres ouvertures. C'est ce qui a lieu notamment chez quelques Vers trématodes et Méduses. Mais comme ces animaux rejettent par la bouche les restes non digérés de leurs alimens , on est dans le doute de savoir si les ouvertures dont il s'agit sont de véritables anus, ou si elles servent seulement à porter au dehors des liquides sécrétés. On ne sait pas bien non plus si le canal qui part de la cavité digestive, se porte vers la partie postérieure du corps et s'y ouvre à l'extérieur, chez quelques Acalèphes cténophores , les Beroe , par exemple , n'a pas pour unique usage de livrer passage à l'eau. II semble moins douteux que les larges ouvertures des canaux digestifs anastomosés qu'on remarque chez les Éponges , servent à l'expulsion des excrc~
mens. Lorsque le canal digestif traverse le corps entier, et le perce d'outre en outre, on voit apparaître l'antagonisme d'une bouche , destinée à l'ingestion , qui se rapporte davantage à la vie animale , au sentiment surtout , qui enfin a des connexions plus intimes avec les organes sensoriels, et un anus, consacré à l'éjection , qui se fait remarquer surtout par la faculté motile dont il est pourvu, et au voisinage duquel se trouvent d'autres organes ayant rapport à l'éjection , au mouvement ou au mécanisme. Mais cet anus commence par s'ouvrir à côté de la bouche, dans une fossette commune, chez les Vorticelles, ou dans la cavité à la fois buccale et respiratoire , chez les Biphores (§ 966, 1°). Cette forme résultant de l'inflexion circulaire que décrit le canal digestif, celui-ci affecte une disposition analogue quand l'anus est situé au dessous de la bouche (Flustres), au cou (la plupart des Gastéropodes, et quelques Annélides , les Siponcles, par exemple), à la face inférieure, qu'occupe également la bouche (Paramécies) , à la face postérieure, la bouche étant placée en dessous (Bursaires) , à la face inférieure , la bouche se trouvant en avant ( Pleuronectes et autres Poissons où la queue , continuation de la colonne vertébrale , ne laisse pas à la cavité du tronc l'espace nécessaire pour s'étendre en arrière ). L'antagonisme se prononce au plus haut degré , surtout chez les animaux à corps cylindrique , lorsque l'anus est placé à l'extrémité postérieure de ce corps et la bouche à son extrémité antérieure , comme chez quelques Infusoires (Rotateurs) , certains Polypes ( Tubulaires ) , divers Acéphales (Pyrosomes), les Nématoïdes, la plupart des Annélides , des articulés proprement dits , des Poissons , des Reptiles , et sans exception tous les animaux vertébrés des deux classes supérieures. Mais ce qui prouve combien peu il y a de liaison essentielle entre le mode de situation et le reste de l'organisation , c'est l'exemple des Oursins , dont la bouche occupe le milieu de la face inférieure , tandis que l'anus est situé clans son voisinage chez les Scutella , au bord chez les Spatangus , et au milieu de la face supérieure chez les Echimis.
II. L'organe digestif se divise en segmens , provenant de ce que , sur certains points de sa longueur, il éprouve un chan-
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gement notable de diamètre , et forme des dilatations dans lesquelles les alimens ingérés peuvent s'amasser et séjourner plus ou moins long-temps. Cette séparation devient plus complète lorsqu'un resserrement en forme de valvule existe entre la partie large et la partie rétrécie , que le tissu acquiert un autre caractère , que le segment sert d'affluent à des organes sécrétoires divers , qu'il est appelé à jouer un rôle particulier dans la digestion , enfin que la direction change et que les deux parties se joignent sous un angle quelconque. Mais ces différens" caractères ne se trouvent réunis qu'aux échelons supérieurs de la série animale ; ailleurs, ils sont tellementisolés, chez les animaux invertébrés surtout , qu'ici l'on tomberait dans une grande erreur si l'on voulait, prenant pour base l'analogie, établir les divisions classiques d'après les mêmes principes que chez les animaux vertébrés ; car, outre le caractère équivoque du diamètre et la rareté des valvules , l'insertion même des organes sécrétoires et la spécialité des fonctions ne sont point liées à une partie déterminée ; ainsi, par exemple, le foie s'abouche avec l'estomac chez la plupart des Gastéropodes , avec l'intestin chez quelques-uns , et même avec l'œsophage chez d'autres. Chez les Insectes , le chyle se forme déjà dans la dilatation cylindrique du canal digestif que nous sommes forcé de reconnaître pour l'estomac , attendu que si l'on voulait la comparer au duodénum, certains animaux de cette classe seraient totalement dépourvus d'estomac. Et quoique, généralement parlant , les dilatations et coarctations (§ 922) qui ne sont pas placées sur la longueur du canal digestif, mais qui en partent latéralement et n'appartiennent par conséquent point à la carrière que les alimens doivent parcourir de toute nécessité, ne doivent être considérées que comme des appendices , il leur arrive cependant quelquefois de se rapprocher des segmens du canal lui-même, et de se confondre avec eux, de manière qu'on a de la peine à poser la limite entre les uns et les autres.
1° Le canal digestif n'offre pas de segmens distincts chez les animaux sans anus. Il représente tantôt un sac , comme chez la plupart des Polypes , bien que , chez quelques-uns de
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ces êtres, les Pennatules , par exemple , son commencement rétréci figure une sorte d'oesophage -, tantôt un vaisseau, comme chez les Vers cestoïdes, dans quelques-uns desquels on y remarque, à chaque article, des dilatations qui peuvent être regardées comme des rudimens d'estomacs multiples. Chez les animaux sans vertèbres pourvus d'un anus , l'organe digestif est souvent un canal uniforme. C'est ce qui a lieu , parmi les Infusoires , chez les Vorticelles et autres , qu'on range parmi les Polygaslriques (§919, 4°), à cause des nombreux appendices (§ 922, I) , parmi les Échinodermes chez les Echinus, parmi les Acéphales chez les Biphores , parmi les Brachiopodes chez les Lingules, parmi les Nématoïdes chez les Filaires, parmi les Anuélides chez les Néréides , parmi les Arachnides chez les Scorpions , parmi les Crustacés chez les Cloportes. Dans la série des animaux vertébrés , cette uniformité se retrouve encore chez plusieurs Poissons , par exemple , les Cobiies. Elle esta peu près générale chez les Ophidiens.
2> L'organe digestif se divise d'abord en un canal , qui est suçoir ou œsophage , suivant la consistance de la nourriture , et en un cul-de-sac, simple ou vésiculcux , appelé estomac , dans lequel s'accomplit la digestion. Tel est le cas des Vers cystiques, où les suçoirs s'ouvrent dans la cavité du corps qui doit être considérée comme estomac; des Monades , où les œsophages qui naissent de la cavité buccale aboutissent à autant de sacs ou estomacs ; des Actinies et des Astéries , où l'estomac , en forme de sac , ne reçoit qu'un seul et court œsophage ; enfin , de la plupart des Acalèphes , où l'estomac est l'aboutissant tantôt de plusieurs suçoirs, et tantôt d'un seul œsophage.
3° Quand il existe un anus, on trouve un intestin de plus. L'estomac , c'est-à-dire la dilatation qui se lait remarquer par sou ampleur et dans laquelle les élémens perdent plus ou moins de leur caractère particulier, sépare l'organe digestif en deux portions cylindriques; l'œsophage, tourné vers la bouche, que les alimens traversent avec rapidité , et dont l'aspect n'a pas subi de changement essentiel ; l'intestin , tourné vers l'anus, auquel il aboutit, et daus lequel s'achève la transformation des alimens. C'est quand celui-ci conserve le même
r>Ë t.À ntr.l:stfo^. l4* diamètre dans toute sa longueur, que cette forme apparaît aussi pure que possible , par exemple, chez quelques Infusoires rotateurs , les Holothuries , les Ascarides , les Lombrics , la plupart des Mollusques et Crustacés, divers Insectes , enfin plusieurs Poissons (SUurtia) , la Sirène parmi les Batraciens , YEmrs parmi les Chéloniens , les Cétacés carnivores , presque tous les Chéiroptères , les Tatous et les Paresseux parmi les Mammifères.
4? Enfin, à un degré plus élevé encore , l'intestin lui-même se divise , de sorte que l'estomac étant aussi séparé par des limites plus tranchées, l'organe digestif se trouve partagé en trois segmens. Si l'on prend les changemens de diamètre pour principe de division , chaque segment commence par une dilatation; le premier comprend la cavité buccale et l'œsophage , le second l'estomac et l'intestin grêle , le troisième le ccecum et le gros intestin. Cependant la différence de capacité est moins caractéristique que la séparation au moyen de valvules. En partant de cette dernière considération, nous admettrons, avec Rathke, trois segmens : l'intestin buccal , qui embrasse l'estomac, et s'étend depuis les lèvres jusqu'à la valvule pylorique ; l'intestin médian, compris entre les valvules pylorique et iléo-cœcale ; l'intestin anal , étendu depuis cette dernière jusqu'à l'anus. La digestion est préparée graduellement dans l'intestin buccal, car l'estomac n'a pas d'autre fonction ; elle s'accomplit, à proprement parler, dans l'intestin médian; elle se termine dans l'intestin anal. L'intestin buccal , dans toute son étendue , est celui qui reçoit le plus de nerfs , notamment cérébraux , de sorte qu'il se trouve lié de la manière la plus étroite avec la vie générale , et en particulier avec le côté animal de cette vie; l'intestin médian n'a que des nerfs sympathiques, mais il est le plus riche en vaisseaux sanguins , et c'est en lui que la vie végétative se déploie avec le plus de pureté ; dans l'intestin anal , cet état de choses va en diminuant peu à peu , jusqu'à ce que , vers son extrémité, il reçoive des nerfs de la portion terminale du cordon rachidien , et devienne le siège d'une force motrice prédominante, pour opérer l'éjection. Au commencement de chaque segment se trouve annexé un organe sécrétoire \ lin-
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testin buccal a les glandes salivaires , l'intestin moyen le pan> créas , et l'intestin anal l'appendice vermiforme. En outre, il s'unit à chacun d'eux un organe ayant d'intimes rapports avec l'ensemble de l'hématose , au premier l'appareil respiratoire, au second le foie, dont l'excrétion concourt aussi à la digestion , au troisième l'appareil génito-urinaire. Chez l'Homme, la proportion est telle à peu près qu'en prenant pour unité la longueur de l'intestin buccal , celle de l'intestin médian est 8, et celle de l'intestin anal 2.
Chez les animaux peu élevés dans l'échelle , l'estomac n'est qu'un point dilaté du canal digestif ; il affecte encore une forme cylindrique chez la plupart des Poissons , où il ne diffère de l'œsophage que par la nature de son tissu ; cependant il acquiert déjà , chez quelques-uns d'entre eux , une dilatation latérale, ou ce qu'on appelle un cul-de-sac. Généralement parlant, ses limites sont mieux marquées, du côté de l'œsophage, chez les Oiseaux et les Mammifères , en sorte qu'il forme avec ce canal un angle de plus en plus prononcé.
La portion terminale de l'intestin est déjà dilatée chez quelques Annélides et Arachnides , mais surtout chez la plupart des Insectes , de manière qu'on peut la distinguer de l'intestin médian. Celte portion est ordinairement très-courte chez les Insectes , quelquefois séparée de l'intestin médian par un étranglement , ou liée avec lui par un intestin plus long et d'une ampleur médiocre, le colon. Chez la plupart des Poissons , les limites de l'intestin anal ne sont indiquées que par la dilatation.
La longueur proportionnelle des deux segmens de l'intestin varie trop pour qu'on y puisse attacher de l'importance. Ainsi, dans l'Émou , le 'gros intestin est une fois plus court que l'intestin grêle, tandis qu'il est plus long que ce dernier dans l'Autruche-, il est cinq fois plus court dans le Bœuf, et à peu près de même longueur dans le Chameau , douze fois plus court dans l'Hippopotame, et presque aussi long dans le Daman , etc.
III. Il faut encore parler de la multiplication de l'estomac. Ici l'on doit établir une distinction entre la pluralité d'estomacs qui se succèdent dans le sens de la longueur et la divi-
DE LA DIGESTTON. ï/p
sion d'un estomac unique en plusieurs chambres. Des vestiges d'estomacs multiples se trouvent chez quelques Inl'usoires, où le canal digestif est alternativement dilaté et rétréci, par exemple, dans le Stentor, et chez quelques Annélides (Sangsues ) , où la portion dilatée est partagée par des étranglemens en plusieurs cellules placées à la suite les unes des autres. Chez les Acalèphes discophores, au contraire , la cavité stomacale commune se partage en différentes chambres. Il est des animaux chez lesquels à un estomac pourvu de parois minces et fournissant une sécrétion abondante, en succède un autre musculeux , dont la surface est garnie d'un éphhélium calleux ou de saillies en forme de dents. C'est ce qu'on observe chez plusieurs Gastéropodes , les Aplysies , par exemple , où le second estomac , armé de dents , se partage lui-même en deux portions, l'une musculeuse, l'autre à parois minces; chez quelques Annélides, comme les Amphitrites, chez les Oiseaux , à l'exception des Rapaces, et surtout chez ceux de ces derniers animaux qui vivent de graines. Dans d'autres animaux , au contraire , un estomac musculeux et en partie armé est suivi d'un autre où prédominent la membrane muqueuse et sa sécrétion. Tel est le cas : parmi les Mollusques, des Céphalopodes; parmi les Insectes , des Orthoptères , des Névroptères et des Coléoptères carnassiers , qui vivent d'alimensdurs; parmi les Mammifères , des Cétacés carnivores et des R.uminans , où l'estomac , muni d'une épaisse couche musculeuse et d'un épithélium très-fort, se subdivise à sou tour. En effet , chez les Ruminans , le premier estomac se partage en trois compartimens , qui tous communiquent avec l'œsophage : la panse , garnie seulement de papilles ; le réseau , dont la surface offre de petits plis formant par leur entrecroisement des mailles polygones ; et le feuillet , dont les plis plus larges sont parallèles entre eux : ce dernier mène au second estomac proprement dit , la caillette , dont la membrane muqueuse est exempte de plis. Enfin l'antagonisme des portions buccale et pylorique se montre encore dans un léger étranglement situé entre ces deux portions, comme chez certains Rongeurs, ou dans la différence de l'épithélium qui , chez le Cheval , est fort et épais dans la première, mince
Ï44 tffe LÀ DKÎESTIOK*
et mou dans la seconde. Cependant , la portion pylorique est la plupart du temps aussi plus musculeuse, de même qu'elle reçoit davantage de vaisseaux et qu'elle fournit une sécrétion plus abondante.
b. Différences de qualité relatives à la largeur.
§921. Les différences de qualité, dans l'organe digestif, qui ont trait à la dimension de ia largeur, consistent en ce que la paroi, lisse chez les animaux placés aux rangs inférieurs , se garnit, a l'intérieur ou à l'extérieur, de saillies qui dépassent la surface.
an. Saillies intérieures.
Les saillies intérieures produisent deux résultais; d'abord, elles accroissent l'étendue de la surface qui sécrète, digère et absorbe , elles la font plonger dans la masse des alimens ingérés , et la mellent en contact plus intime avec elle ; ensuite, elles établissent une délimitation, et régularisentle passage des alimens.
1° Les villosités (§§ 785, 6°; 790, 3°) n'existent pas chez les animaux sans vertèbres. Elles sont rares et petites chez les Poissons et les Reptiles, plus nombreuses et plus grandes chez les Oiseaux et surtout chez les Mammifères. Dans l'Homme , on en compte à peu près quatre mille sur uu pouce carré de l'intestin grêle. Leurs formes sont très-différentes , et quoiqu'il y en ait une principale qui domine dans chaque espèce d'animal , d'autres néanmoins se rencontrent ordinairement avec elle : de même, on en trouve fréquemment sur des points du canal digestif qui n'en offrent aucune trace chez des animaux voisins.
2° Des plis se rencontrent déjà chez quelques Acalèphes , Actinies, Mollusques, JNématoïdes, Annélides et Insectes. La plupart du temps parallèles à la longueur du canal chez les Poissons , et en partie aussi chez les Reptiles , ils se dirigent quelquefois obliquement , de manière à former une sorte de réseau , et affectent même dans certains cas une disposition en spirale. Chez les Mammifères , l'Homme spécialement, ils
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so.it longitudinaux dans l'œsophage , rares et irréguliers dans ' estomac , transversaux , parallèles et nombreux dans l'intestin médian , plus rares et plus petits dans l'intestin anal. La plupart proviennent de ce que le tube formé par la tunique musculeuse n'a pas le même diamètre que celui de la membrane muqueuse : s'il est plus court, on a des plis transversaux , et s'il est plus étroit , les plis se prononcent dans le sens de la longueur. Mais quelques-uns sont de simples excroissances de la membrane muqueuse , faisant saillie en manière de rubans. Certains d'entre eux, notamment les transversaux, se composent des deux couches de la membrane muqueuse ; d'autres ne comprennent que la couche vasculaire , ou ce qu'on appelle la membrane villeuse. La tunique musculeuse de l'œsophage et de l'estomac est aussi plus contractée dans l'état de repos que ne le comporte l'étendue de sa surface : de là résultent des plis de la membrane muqueuse, qui disparaissent quand l'organe vient à être distendu par les alimens.
3° Une valvule se forme quand un pli de la membrane muqueuse renferme des fibres charnues circulaires. Les plus répandues de toutes les valvules, dans le règne animal, sont les lèvres mobiles qui garnissent l'entrée, et la valvule placée à la sortie, qui ne représente, la plupart du temps, qu'un rétrécissement annulaire. Les valvules intérieures font une saillie plus ou moins oblique dans le canal digestif, de manière qu'elles déterminent la direction du mouvement des substances alimentaires, et on ne les rencontre guère que chez les animaux des classes supérieures. Le voile du palais n'est complètement développé que dans l'espèce humaine. Chez les Singes, il n'a qu'une petite luette, dont on ne trouve même pas de traces chez les Makis et les autres Mammifères. Il manque entièrement chez les Oiseaux , à moins qu'on n'en veuille regarder comme un rudiment les élévations immobiles qui se remarquent à l'orifice postérieur des narines. Le pli étroit qui existe, chez plusieurs Poissons, entre les cavités buccale et pharyngienne, et le pli un peu plus large qu'on trouve au même endroit chez le Crocodde, eu sont des vestiges. La valvule pylorique n'acquiert non plus son plein et IX. 10
entier développement que chez les Mammifères. La valvule iléo-cœcale est indiquée chez quelques Insectes; on ne l'observe que chez un petit nombre de Poissons ; la plupart des Reptiles en sont dépourvus, et elle manque aussi chez certains Mammifères, les carnassiers surtout.
bb. Saillies extérieures.
§ 922. Chez les Polypes, où le canal digestif n'a point de parois distinctes de la masse du corps ( § 918, 1° ), la formarion des saillies extérieures est une forme de la génération. Comme l'animal entier n'est autre chose qu'un canal digestif individuel, toutes les fois que ce canal sort de ses limites, il naît de là un nouvel individu , tandis que, quand la digestion a acquis un organe spécial, tout ce qui en résulte est l'apparition d'une saillie à la surface externe. Ces saillies de la paroi digestive se rencontrent presque partout. Tantôt elles servent de réservoir à la nourriture, qu'elles détournent de son chemin direct, et retiennent pendant quelque temps, surtout lorsque leur fond a une certaine ampleur. Tantôt leur action ne se borne pas à remplir un rôle purement mécanique, et elles exercent aussi une puissance transformatrice, contribuant ainsi à agrandir la surface qui opère la digestion. Quelquefois, quand elles sont trop étroites pour admettre les alimens dans leur intérieur, elles versent dans la cavité digestive un liquide analogue à celui que produisent les autres parties de l'organe , dont elles augmentent ainsi la surface sécrétante, ou bien elles engendrent un liquide spécial, et constituent alors un organe sécréteur accessoire. Enfin, lorsqu'elles s'étendent fort loin, proportion gardée, dans l'intérieur du corps, elles peuvent conduire le produit de la digestion aux diverses parties qui ont besoin de se nourrir, i I. Elles paraissent remplir plusieurs de ces destinations à la fois chez les animaux inférieurs.
1° C'est probablement ce qui arrive quand une certaine longueur et un certain nombre de ces saillies ont un diamètre égal à celui du canal digestif lui-même. Chez plusieurs Vers trémalodes et acanthocéphales, ainsi que chez les Planaires, ce canal, qui affecte la forme d'un vaisseau; envoie en divers sens
des brandies qui peuvent,non-seulement recevoir la nourriture liquide, mais encore conduire le suc plastique obtenu par la digestion. Chez les Vorticelles et autres Infusoires polygastriques, le canal digestif est un sac garni, dans toute sa longueur, de cœcums coniques, dont le nombre dépasse cent chez les Paramécies. Dans les Actinies, l'estomac est garni d'une multitude de cœcums. De l'estomac des Astéries partent, vers le haut, plusieurs cœcums courts , et latéralement cinq peires de canaux , dont chacun se renfle, dans chaque rayon, en deux sacs, partagés eux-mêmes en une multitude d'autres petits sacs implantés sur les côtés. Chez beaucoup d Acalèphes , l'estomac est muni d'une foule de cœcums ( Physalia ). ou dégénère en de larges sacs (Pelagia). Il offre aussi des appendices vésiculeux dans quelques Ascidies composées; envoie latéralement, chez plusieurs Annélides, une multitude de cœcums, qui, dans l'Aphrodite, par exemple, sont rameux et renflés à leur extrémité ^ enfin, présente un grand nombre de courts appendices terminés en cul-de-sac chez plusieurs Insectes , les Coléoptères carnassiers entre autres.
2° Il existe une autre forme, qui consiste en canaux étroits partant d'une ample cavité digestive. Chez beaucoup de Polypes, tels que les Serlulaires, le suc digestif se répand , du lieu où il a été formé, dans un ou plusieurs conduits, qui se dispersent à travers toutes les branches du polypier, et semblent leur transmettre le produit de la digestion. Chez un grand nombre d' Acalèphes, il part de l'estomac plusieurs canaux dirigés en tous sens, qui tantôt ne se divisent pas ( Tinea ), tantôt se ramifient ( Medusa ), forment un anneau en s'anastomosant ensemble à la périphérie du disque, se prolongent communément aussi au-delà de ce point , dans les tentacules, et paraissent avoir la triple destination de disperser le produit de la digestion au profit de la nutrition, de rendre, en se remplissant, les tentacules aptes à se redresser et s'étendre, ci de sécréter l'humeur acre qui se fait remarquer en cet endroit.
3o Mais rien ne nous autorise à conclure de la forme dévolue à ces appendices qu'ils remplissent telle ou telle fonciii^
faE LA DIGEâTÏONi
déterminée. Ce qui le prouve, c'est leur diversité chez dc<j animaux d'ailleurs très-voisins les uns des autres. Tandis que, chez la plupart des Vers trématodes, les ramifications semblent conduire le suc plastique aux différentes parties du corps, le canal digestif de quelques Distomes ne se divise qu'en deux branches parallèles, sans ramification ultérieure : et, tandis que, dans YAequorea, d'étroits canaux partent de l'estomac, quelques Acalèphes voisins, par exemple VALgina, ont leur estomac garni de prolongemens en forme de sacs, qui s'étendent jusqu'au bord du disque. Là, par conséquent, le suc plastique peut atteindre les différentes parties du corps sans avoir besoin que des canaux spéciaux le rapprochent d'elles, et ici une dilatation digestive, en l'orme de sac, peut le conduire tout aussi bien qu'un canal étroit. D'un autre côté, la ramescence du canal digestif ne paraît pas être nécessaire, chez les Planair es, pour opérer cette conduite, puisqu'il existe à cet effet des vaisseaux sanguins. Chez les Rhizostomes, chaque canal du pédoncule, qui commence par une ouverture béante, reçoit encore plusieurs branches latérales pendant son trajet, et l'on se demande si ces branches absorbent également, ou si elles amènent un liquide sécrété dans leur intérieur. On est tenté de considérer les appendices des organes digestifs comme des organes sécréloires, et de voir en eux, d'après la situation de leur orifice, les analogues de tels ou tels organes appartenant aux animaux supérieurs, sans que leur contenu justifie ce rapprochement. Ainsi, les cœcums de l'estomac de plusieurs Insectes sont regardés comme correspondant au pancréas, mais ils admettent aussi le chyme dans leur intérieur. Au reste, quoiqu'il soit à présumer que des observations faites avec plus de soin et de précision rectifieront encore, sur divers points, nos idées à ce sujet, il y a du moins une chose bien certaine, c'est qu'ici les diverses fonctions ne sont pas séparées les unes des autres par des limites aussi nettement tranchées que chez les animaux supérieurs.
II. Les animaux supérieurs possèdent, au commencement de leur organe digestif, des saillies extérieures qui ne servent qu'à mettre des alimens en réserve.
1° Les abajoues de plusieurs Singes et Rongeurs sont des-
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tinéesà loger les alimens dont les animaux s'emparent, jusqu'à ce qu'ils aient le loisir de les mâcher. Des muscles cutanés spéciaux servent à les vider.
2° On doit encore rapporter ici le sac guttural impair de quelques Oiseaux, en particulier du Pélican , qui pend audessous de la mâchoire inférieure, acquiert une distension considérable lorsque l'animal y accumule des alimens, et se vide au moyen d'un muscle spécial, aidé du concours d'un tissu élastique situé à sa face externe.
III. Il y a des saillies extérieures qui servent à la digestion.
1° Telles sont d'abord celles qui préparent les alimens à être digérés, et qui ont leur siège dans l'œsophage. Le jabot, propre au plus grand nombre des Oiseaux, et principalement développé chez les granivores, est situé à la partie inférieure du cou , et sécrète un liquide propre à ramollir les substances alimentaires, qui s'en imprègnent. Chez les Rapaces diurnes , il forme plutôt une dilatation de l'œsophage qu'une véritable poche. Le même passage d'une forme à l'autre s'observe chez les animaux sans vertèbres, par exemple , chez les Céphalopodes et plusieurs Insectes , notamment parmi ceux qui vivent d'alimens durs, chez lesquels le jabot sécrète une humeur âcre , et présente aussi quelquefois des espèces de dents.
2P Un cœcum placé au commencement de l'intestin anal n'existe, parmi les animaux sans vertèbres, que chez un trèsp°tit nombre d'Insectes ; il est rare encore chez les Poissons, et ne commence à devenir plus fréquent que chez les Reptiles. Dans la classe des Oiseaux, c'est déjà une exception que de le voir manquer, comme il arrive chez les Grimpeurs. Communément, il est double, et assez souvent, surtout chez les herbivores , il a une longueur considérable. Le diverticnle que présente fréquemment l'intestin médian diffère du véritable cœcum, en ce que les alimens ne s'introduisent point d'ordinaire dans son intérieur , et en ce qu'il est un débris du conduit de la vésicule ombilicale. Dans la classe des Mammifères, le cœcum manque chez les Cétacés carnivores, ainsi q ue chez quelques Chéiroptères, Rongeurs et Carnassiers ; il est assez volumineux, chez les Ruminans, les Solipèdcs et la
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plupart des Rondeurs, pour occuper la longueur entière de la cavité abdominale, etsurpasserresiomac en capacité. On le trouve double chez certains Edentés, Rongeurs, Marsupiauxet Pachydermes. Du reste , ici encore nous voyons reparaître la différence de conformation chez des animaux voisins les uns des autres ; le cœcum est très-grand chez quelques Chéiroptères, tandis que d'autres en sont totalement dépourvus ; chez certains Sauriens, il se montre pourvu d'une valvule , qui manque à d'autres, et parmi ces mêmes animaux on en trouve qui n'ont pas de cœcum, bien qu'ils possèdent une valvule iléo-colique.
IV. Le canal digestif est du nombre des organes bipolaires de la plasticité (§ 790, d°). Tandis qu'il transforme la matière étrangère, qu'il l'assimile , et qu'il la rend apte à être reçue dans le sang, il repousse de l'économie ce qui résiste à l'assimilation, et fournit au sang un vaste foyer de dépuration. Le liquide sécrété par lui agit de plusieurs manières ; mécaniquement, en favorisant le mouvement et l'absorption ; dynamiquement , en sollicitant le canal digestif à déployer une action plus vive ; chimiquement , en influant sur les alimens dans l'intérêt immédiat de la digestion ; physiologiquement enfin, parce qu'il se compose en partie de substances devenues étrangères à l'organisme, et auxquelles l'organe digestif sert d'émonctoire.
1° Les organes sécrétoires contenus dans la substance de l'appareil digestif lui-même sont les follicules mucipares (§ 785, 7» ; 790, 3°). Ce sont, ou de simples enfoncemens, ou de petites bourses, ou de petits tubes, qui prennent quelquefois la forme de glandes en se ramifiant , et qui , comme Fa découvert Bœhm (1) sur les glandes de Peyer, présentent parfois , au lieu d'une ouverture centrale simple , plusieurs orifices situés en cercle à la périphérie. Ces organes sont tantôt isolés, tantôt réunis en tas, et dans ce dernier cas ils constituent des plaques qui épaississent la membrane muqueuse , dont ils rendent le diamètre plus considérable quand ils en
(1) Diss. do glandulctfùm inteslinalium structura ponitiore. Berlin ,
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couvrent une certaine étendue. Les fossettes mucipares larges et simples annoncent la prédominance de l'excrétion , et sous ce rapport elles sont en raison inverse des villosités, dont le nombre s'accroît quand la prépondérance appartient à l'absorption.
2° Un développement plus considérable de ces cryptes donne naissance aux organes sécrétoires qui ne communiquent avec le caaal digestif que par leur orifice. La [forme la plus simple est celle de l'appendice vermiforme, organe propre seulement à l'homme et aux animaux les plus voisins de lui, qui, sans admettre le chyme dans son intérieur , concourt à la digestion par la sécrétion qu'il verse dans le cœcum, attendu que , tout-à-fait semblable au reste de la membrane muqueuse sous le point de vue de sa structure, il ne sert qu'à accroître l'étendue de la surface sécrétante. Nous avons déjà donné un aperçu des différentes formes sous lesquelles se présentent, dans le règne animal , les autres organes sécrétoires annexés au canal digestif (§ 804, 2o,-6°).
V. Il a été parlé aussi des différentes manières dont le suc plastique produit par la digestion parvient aux autres organes (§661, 693).
1° Au plus bas des degrés, il n'y a pas de voies particulières pour cela ; le liquide transsude à travers les parois de l'organe digestif, se perfectionne de plus en plus, et se répand ensuite par irabibition dans le reste du tissu indistinctement (§ 661, 4o ; 693, 1).
2° Puis, desprolongemens vasculiformes de l'organe digestif servent, du moins en partie , de conducteurs au produit de la digestion (§ 661, 3«; 693, II).
3° A un degré plus élevé de développement, des conducteurs spéciaux, les vaisseaux sanguins, se séparent de l'organe digestif, et ne reçoivent de lui que le liquide dont l'absorption vient de s'emparer à travers ses parois closes (§661, 2" ; 693, III,- VI). Pendant que, chez les Echinodermes, les Mollusques, etc., les racines des vaisseaux sanguins sont attachées au canal digestif, il n'y a, chez les Insectes, que leur tronc analogue au cœur, le vaisseau dorsal, qui soit appliqué à ce canal.Le chyle est absorbé parla masse floconneuse du tissu cellulaire compris
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entre les tuniques muqueuse et musculeuse , qui en devient turgescente ; il y demeure pendant quelque temps, jusqu'à ce que la pression de la (unique musculeuse l'en fasse sonir et l'oblige à pénétrer dans la cavité du corps. Là il arrive d'abord dans le corps adipeux , qui entoure le canal intestinal , sous la forme d'une masse de granulations et de fibres, et où il semble être converti, sous l'influence de l'air qu'y amènent les trachées , en sang, que le vaisseau dorsal finit par absorber. Pendant l'état chrysalidaire, le corps adipeux s'ell'ace peu à peu, le chyle qu'il renferme étant employé au développement ultérieur des différens organes, d'une manière immédiate pour la plus grande partie , et sans préalablement être converti en sang. On ignore si le chyle est conduit au corps adipeux par les saillies extérieures du canal digestif , ou si ces saillies sont analogues au foie, et versent par conséquent dans ce canal un liquide de la sécrétion duquel elles seraient chargées.
4° Enfin , chez les animaux vertébrés, les lymphatiques , destinés à une direction purement centripète et à l'absorption, se séparent des vaisseaux sanguins, dont le contenu décrit une révolution sur lui-même , de sorte que les trois degrés du produit de la digestion, le chyme, le chyle et le sang, sont contenus dans autant de canaux divers, et que le canal digestif mérite bien réellement le nom de premières voies (§061, 1°).
II, Mouvement de l'appareil digestif.
A. Mouvement en général.
§ 923. Le mouvement doit venir en aide à la digestion, d'abord, pour mettre lesalimens en contact avec la surface digérante , et en repousser au dehors la portion non digérée , avec les substances excrémentilielles provenant des sécrétions ; ensuite, pour faire subir aux madères alimentaires une modification mécanique , les atténuer afin de les rendre plus faciles à digérer, et les mêler ensemble , ainsi qu'avec les sucs digestifs; enfin , pour exeiler l'activité vitale au mo\vu de l'agitation mécanique , et favoriser tant la sécrétion que l'absorption.