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SUBSTANCES INORGANIQUES

§ 937. Parmi les matériaux immédiats des corps organisés il y en a aussi qui se rencontrent dans le règne organique (§ 836, l°-3"), et qui doivent être admis dans l'intérieur de l'organisme en remplacement des pertes éprouvées , qui, par

(1) New theory of the influence of variety in diet in healtli and diseaso. Londres, 1732:

2 5a DE là. DIGESTION,

conséquent , doivent être considérés comme alimens. Ces substances inorganiques n'étant jamais à l'état de pureté dans le corps vivant , et s'y présentant toujours combinées avec une matière organique particulière, elles ne peuvent non plus déployer de propriétés alibiles qu'autant qu'elles sont réunies à de la substance organique. Par là elles diffèrent des alimens de la série organique. Cependant la différence n'est que relative. Abstraction faite de ce qu'aucune des diverses substances organiques ne se rencontre à l'état d'isolement dans un organe , et ne peut jouer le rôle de nourriture (§ 936, IV), elles perdent aussi en partie cette dernière propriété lorsqu'elles ne sont pas combinées avec des substances inorganiques. Quant à ce qui concerne celles-ci , l'eau seule peut, jusqu'à un certain point, remplir l'office d'aliment.

I. L'eau , plus ou moins combinée , fait partie constituante du sang , comme aussi de toutes les parties solides et liquides de l'organisme.

1° Elle est la base de tous les alimens liquides , et passe dans le sang. Schultz a trouvé , comme terme moyen de trois observations (1), qu'un Bœuf qui vient de boire a, dans le sang 0,057 d'eau de plus qu'auparavant, et que, de soixanteet-douze livres d'eau qu'il avale , près de quatre passent très promptement dans le torrent de la circulation : chez un de ces animaux qui n'avait pas bu depuis vingt-quatre heures , le sang ne contenait que 0,775 d'eau , tandis qu'après qu'il eut bu abondamment , la quantité de cette dernière s'y élevait à 0,840. Au dire de Botta, les Chameaux qu'une longue abstinence dans le désert a fait maigrir , reprennent leur ancien embonpoint dès que, parvenus auprès d'une fontaine, ils ont pris un peu de repos et une poignée] de fourrage : évidemment, cet effet tient à une turgescence qui dépend de l'augmentation de la masse du sang par l'eau , les vaisseaux capillaires, jusqu'alors affaissés, s'emplissant de nouveau. L'instinct démontre aussi que l'eau est ce qu'il y a de plus nécessaire pour la formation du sang , Piorry a remarqué qu'une perte abondante de sang fait naître une soif vive , sans

(0) Journal do Hufeland, 483S, cah. IV, p. 27.

faim. En effet , l'eau doit fairetlabase du sang , et en tenir les principes dissous dans une juste proportion. Un Chien fut privé d'alimens et de boisson pendant vingt-quatre heures , au bout desquelles on lui présenta de l'eau , dont on lui entonna encore environ une demi-livre après qu'il eut bu. On le mit à mort une demi-heure plus tard, Le canal thoracique était gorgé de liquide , et, le conduit ayant été ouvert , il s'en écoula une grande quantité de lymphe peu épaisse , d'un blanc jaunàire, formant un courant rapide. Cette lymphe contenait fort peu de substance coagulable , car ce ne fut qu'au bout d'une heure qu'on vit apparaître , au milieu du liquide limpide , un petit caillot de chyle , qui , après vingt-quatre heures de repos, était réduit à quelques flocons. La sérosité, examinée au microscope , ne contenait que des globules lymphatiques clairs , et fort distans les uns des autres. Le sang veineux semblait bien , en général , plus coulant qu'à l'ordinaire , mais le microscope constata que les globules du sang n'y manquaient point. L'estomac et l'intestin grêle contenaient encore un peu d'eau mêlée de mucus. La même liquidité du chyle fut observée chez un Chien atteint de la maladie , qui, pendant plusieurs jours avant d'être mis à mort, n'avait pris que de la nourriture liquide. Chez celui-là, le chyle n'offrait pas la moindre trace de lactesceace ; il était jaune et limpide, comme de l'urine très-chargée. La quantité en était très-considérable, et une heure après l'ouverture delà citerne, il s'en écoulait encore. Ici également on ne put découvrir , avec le microscope, que des globules clairs, trèséloignés les uns des autres , et le liquide , reçu dans des verres de montre, ne forma pas de caillot régulier, mais se couvrit seulement d'une pellicule très-mince de substance coagulée. Je dois signaler, comme faisant contraste avec cet état du chyle, la consistance épaisse que j'ai observée sur celui d'un Lapin qui n'avait été nourri que d'orge , et que cette nourriture uniforme avait fait périr de faim ; le canal thoracique et la citerne ne contenaient qu'une petite quantité d'un chyle fort épais, qu'on ne parvenait qu'avec peine à faire sortir du vaisseau par expression ; ce chyle était jaunâtre et limpide > le microscope y montrait peu de globules épars

254 DE IA DTGESTION.

dans une substance homogène, limpide et gélatiniforme (1).

2° Tous les alimens solides contiennent de l'eau à l'état de combinaison ; mais ils deviennent plus faciles à digérer quand on y ajoute de l'eau à l'état de liberté: Lorqu'on ne donne aux animaux que du fourrage, il se produit , d'après Leuret et Lassaigne (2), moins de chyle que quand on les a fait boire en même temps.

3° La nutrition par les liquides est généralement propre aux degrés inférieurs de la vie (§ 927, 1°), et là, surtout chez les végétaux , l'eau peut servir de nourriture , même sans être mêlée de substance organique. Duhamel, après avoir fait germer des haricots entre des éponges humides, les mit dans des carafes , de manière que les racines plongeassent dans l'eau ; les plantes parvinrent à trois pieds de hauteur, et quelques-unes donnèrent de petits fruits. En agissant de la même manière , il conserva des marronniers deux ans, un amandier quatre ans, et un chêne huit ans dans de l'eau de Seine filtrée et claire : à la vérité le chêne prit moins d'accroissement pendant les deux dernières années, parce que ses racines semblaient souffrir ; cependant il avait une lige haute de plus de dix-huit pouces , et dont la circonférence était de vingt pouces environ (3). Tillet sema des grains de blé dans un sable pur ou dans du verre pulvérisé , qu'il arrosait avec de l'eau; il obtint ainsi des plantes qui avaient des racines extraordinairement nombreuses et longues, et qui donnèrent des graines mûres (4). Crell, ayant semé des graines d'hélianthe dans du sable humide (5) et dans de la poussière de cailloux rougis au feu , qu'il arrosait avec de l'eau distillée , obtint des plantes dont les graines , traitées de la même manière l'année suivante , rapportèrent également des graines mûres (6). Abernelhy a vu germer des graines de chou semées sur de la flanelle imbibée d'eau distil-

(d) Addition d'Ernest Burdach.

(2) Recherches sur la digestion, p. 197.

(3) Hist, de VAcad. des se, 1748, p. 275.

(5) Crell, Chemische Annalen, 1799, t. II, p. 111, (G; Gehlen, Journal fuer Chemin, t, IX, p. 157,

DE LA DIGESTION. s55 lée : un Lopin nourri exclusivement avec les herbes qui en provinrent , tomba malade au bout de huit jours , mais se rétablit promptement dès qu'on lui eut donné en même temps un peu d'orge ; toutefois la quantité du grain ne dépassa pas vingt gros en huit jours, pendant lesquels le poids de l'animal avait augmenté de huit gros. Schrader sema des céréales dans de la fleur de soufre arrosée d'eau distillée et contenue dans des vases de verre ou de porcelaine recouverts d'une cloche : les graines germèrent, et donnèrent des chaumes de douze à quatorze pouces ; ceux-ci portaient aussi des épis courts , mais qui fleurirent ; desséchés , ils pesaient cinq fois plusque les grains d'où ils provenaient (1). Braconnot sema trente-six grains de moutarde blanche dans de la litharge arrosée d'eau distillée , en ayant soin de couvrir le vase d'une cloche de verre suspendue , pour écarter la poussière ; il se développa des plantes qui fleurirent et portèrent des graines; ces plantes pesaient 4694 grains fraîches, et 561 sèches. Il obtint le même résultat en semant la moutarde dans de la fleur de soufre ou dans de la cendre de plomb , avec de l'eau distillée (2). Boussingault sema vingt -neuf grains de trèfle dans du sable préalablement rougi au feu : les plantes qui en provinrent pesaient 67 grains au bout de trois mois ; des pois , traités de même, et dont le poids était de 17 grains , donnèrent , dans le même laps de temps , des plantes pesant 72 grains , qui étaient chargées de fleurs et de graines parfaites (3). V Epidendron flos aerïs se nourrit de l'humidité éparse dans l'atmosphère. Si les plantes peuvent trouver leur nourriture dans l'eau seule ou associée à des substances solides non assimilables , mais n'y réussissent pas toujours, et en général n'y prospèrent pas, on doit s'attendre à la même chose par rapport aux animaux. Ici même il se pnte des difficultés particulières. Si les animaux vivent dans l'eau commune sans prendre d'autre nourriture , les Infusoires que ce liquide renferme sont une ressource pour

(d) Zwey Preisschriften, p, 28.

(2) Gehlen, loo. cit., t. IX, p. 134.

(3) Annales de chimie, t. LXXVU, p. 18,

les amateurs d'explications ; quant à l'eau distillée , elle n'est point naturelle , et ne peut remplacer l'autre que d'une manière fort imparfaite , mais elle fournit une preuve d'autant plus concluante, lorsque seule elle suffit à l'alimentaiion. Abernethy mit douze Sangsues dans un verre plein d'eau distillée et couvert d'un double papier percé de petits trous ; au bout de trois mois , huit de ces animaux vivaient encore , et leur poids avait augmenté de quarante grains. Sur deux cents Têtards de Grenouilles qui furent mis dans de l'eau distillée renouvellée tous les huit jours , avec la précaution de couvrir le vase d'un linge fin , quarante vivaient encore au bout d'un mois , et quatre avaient terminé leur métamorphose : s'ils s'étaient nourris d'Infusoires, il avait fallu du moins que ceuxci trouvassent leur nourriture dans l'eau. Les expériences faites par Willer (1) n'ont point été aussi heureuses ; cependant cinq Têtards de Grenouilles vécurent dans de l'eau seule ; leur poids s'était réduit de 960 grains à 830 dans l'eau distillée , et à 947 seulement dans l'eau de rivière pure. Fordyce tint , pendant six mois , des Poissons dorés dans un vase de verre clos , contenant de l'eau distillée chargée d'air atmosphérique ; ils rendirent des excrémens et prirent de l'accroissement. Ce qui prouve que l'eau peut entretenir la vie de l'homme lui-même , c'est que les personnes qui restaient long-temps sans prendre d'alimens , avaient coutume de boire de l'eau (2) ; ainsi , pour nous borner à deux exemples , la fille observée par Spiritus (3) se contenta ^pendant quatre mois , de boire chaque jour deux carafes d'eau , et un jeune hypochondriaque qui avait pris la résolution de renoncer à toute nourriture , vécut deux mois entiers , ne prenant chaque jour qu'une demi-pinte à une pinte d'eau , avec un peu de jus d'orange ; ce laps de temps écoulé, il était d'une faiblesse extrême , amaigri et aliéné (4).

(1) Diss. sislens '.expérimenta circa animalium classium inferiorum increme ntutn et vitam. Halle. 4817.

(2) Haller, Elem. physiol., t. VI, p. 176.

(3) Nasse, Zeitchrift fuer paychische Acrzte, 1822, cah. I, p. i.90. (<i) Archives générales, 2e série, p. 577.

4° La proportion normale des alimens aux boissons a été estimée , par Cornaro de 1 : 1,16 , par Rye de 1 : 1,33 , par Robinson de 1 : 2,50 , par Sanctorius de 1 : 3,33 , par Linings de 1 : 3,60 (1). Mais on ne peut rien établir de général à cet égard ; il faut tantôt plus tantôt moins de boisson , suivant que les alimens contiennent plus ou moins d'eau , que la transpiration et, en général , la déperdition de sucs ont été plus ou moins considérables, que la constitution tend plus à la sécheresse ou à l'humidité , que l'absorption cutanée et pulmonaire est plus ou moins active , que l'atmosphère est plus ou moins chargée d'humidité. Les animaux de proie et les herbivores, qui vivent d'herbes molles et juteuses, ont, généralement parlant , moins besoin d'eau. Ainsi les Oiseaux rapaces , par exemple, peuvent s'en passer pendant plusieurs mois, tandis que les Poules et les Pigeons , qui avalent des grains entiers, doivent en prendre beaucoup. Cependant les particularités de la constitution établissent des différences considérables sous ce point de vue : la Brebis exige peu d'eau ; une nourriture aqueuse , telle que celle qui est fournie par les piaules des marais, et un air humide la font tomber malade ; le Lapin , le Cabiai , etc., ne boivent presque pas , et meurent, d'après Leuret et Lassaigne (2), quand on les met au sec ; les bêtes à cornes , malgré l'abondance des sucs contenus dans leurs alimens, ont besoin d'une grande quantité d'eau , et les Hérons boivent aussi beaucoup. Le Chameau ne doit la faculté dont il jouit de pouvoir rester long-temps sans boire , qu'à la rareté de sa transpiration et à l'abondance tant de sa salive que de la sécrétion qui a lieu dans sa panse. Les animaux ont moins besoin de boisson dans un air humide , ce qui fait qu'ils boivent peu aux Antilles, à ce que l'on assure. C'est en partie ;à l'action immédiate de l'atmosphère , et en partie à la nature des alimens qu'il tient que les hommes et les bestiaux soient plus massifs dans les lieux humides , plus sveltes dans les contrées montagneuses et sèches. Ici encore le plus ou moins de pouvoir absorbant à la surface extérieure

(4) Haller, loc. cit., t. VI, p. 257.

(2) ttech. sur la diijostiou, p. 4i)7.

amène des différences , car , par exemple , les oignons et les tubercules germent sous la seule influence de l'air humide , et Yêpidendron flos aeris n'a pas même besoin d'un sol humide.

II. Le chlorure de sodium est , à peu d'exceptions près (1), un besoin pour l'homme. Il favorise la digestion en stimulant les organes , et s'introduit dans la masse du sang. On dit que la sueur est plus salée qu'à l'ordinaire chez les habitans des bords de la mer et chez les personnes qui consomment beaucoup de sel (2). Parmi les animaux , ce sont surtout les Ruminans qui éprouvent le besoin de cette substance (3). Elle paraît leur être principalement nécessaire dans les contrées chaudes de l'Amérique du Sud , où différens sels s'eflleurissent en beaucoup d'endroits à la surface du sol. Au Brésil, non seulement les bêtes à cornes et les Chevaux lèchent avidement le salpêtre produit dans le sol (4 , mais encore les Oiseaux se rassemblent pour en manger partout où il s'en effleurit à la surface du sol (5).

III. C'est une particularité propre à plusieurs Oiseaux granivores , que celle d'avaler des pierres. Spallanzani la croit purement accidentelle , parce que des Pigeons qu'il avait élevés, depuis leur sortie de l'œuf, sans leur donner de pierres , digéraient tout aussi bien que d'autres , et que leur estomac écrasait également le verre sans être blessé par lui. Cependant il fait remarquer lui-même qu'on trouve toujours des pierres dans le gésier des divers Gallinacés , qui en portent même à leurs petits dans le nid. Les Anglais qui se rendent aux Indes ont soin d'en emporter pour leurs poulets , qui sans cela maigrissent (6). Il est donc vraisemblable que ces petites pierres tiennent lieu ici de dents stomacales, et qu'elles servent en même temps à stimuler le gésier. Mais on a souvent rencontré dans l'estomac d'autres animaux , par

(1) Haller, Elem. physiol., t. VI, p. 218.

(2) Blainville, Cours de physiologie, t. III, p. 50.

(3) Treviranus, Biologie, t. IV, p. 3D5.

(4) Spix et Mai tius,7?eise in Brasilien, t. II, p. 527.

(6) Blumenbach, Kloine Schriften, p, 43.

DE IA DIGESTION. 2§9 exemple des Holothuries , des Pyrosomes , des Limaces , des Limaçons , des Iules , des.Chirocéphales , des Crocodiles , des Oiseaux de proie, des Phoques, du Loup, de l'Éléphant (1), du Pangolin , de POrnitborhynque (2) , du sable , dont il est plus difficile de concevoir là les usages.

IV. On admet généralement que la terre sert d'aliment réel aux végétaux , mais que , chez les animaux qui en avalent , elle ne joue qu'un rôle mécanique , celui de remplir les organes digestifs. Mais la question se présente de savoir s'il n'y a point également ici une simple uilTérence relative entre les deux règnes organiques. Pour le moment, nous nous bornerons à faire remarquer que certains animaux invertébrés semblent manger de la terre pour se nourrir. Pallas n'a jamais trouvé que du sable fin dans l'intestin du Lumbricus echiurus , et il présume que certains autres Vers marins se nourrissent aussi de terre grasse. Bonnet a observé que la régénération des parties perdues s'opère avec plus de promptitude chez les Vers de terre qui ont mangé de la terre , que chez ceux qui ont trouvé leur nourriture dans l'eau seulement (3). Suivant Gaspard (4), la terre que les Limaçons mangent de temps en temps , fournit les matériaux qui servent à la construction de leur coquille. La larve de l'Éphémère ne mange que de l'argile, au dire de Swammerdam (5), et sa couleur varie suivant celle de l'argile dont elle fait sa nourriture. Les larves des Tipules ne vivent non plus que de terre , selon Réaumur. Des animaux vertébrés, par exemple, des Serpens , des Lézards , des Jaguards (6), des Loups (7), peuvent être quelquefois forcés par le besoin de manger de la terre, comme il arrive, en pareil cas, aux Souris, de ronger le plomb et l'étaim ; cependant on prétend que le

(1) Haller, loc. cit., t. VI, p. 268.

(2) Treviranus, Biologie, t. IV, p. 285.

(3) Treviranus, loc. cit., t. IV, p. 284.

(4) Journal de Magendie, t. II, p. 336.

(5) Bibel der IMatur, p. 102,106.

(6; Spix et Martius, lieise in Brasilien, t. II, p. 527. (7) Haller, loc. cit., t. VI, p. 214.

^6o DE LA DIGESTION.

Bobak (1) ne boil jamais, et qu'il ne fait qu'avaler la terre détrempée par la pluie. Un caprice bizarre ou un instinct salutaire détermine quelquefois certains individus à manger de la chaux ou de la terre : on cite , entre autres, une femme qui , durant trente ans , mangea , chaque automne , trois livres de schiste marneux noir par semaine, et s'en trouva constamment soulagée(2). Mais il y a des peuplades entières , et cela dans toutes les parties do monde , sous tous les climats , chez lesquelles l'usage de manger de la terre est général , soit par manque d'alimens proprement dits , soit par l'effet d'un goût particulier , et qui tantôt s'en trouvent bien , tantôt nuisent par là sensiblement à leur santé. Beaucoup d'auteurs se sont complus à en rassembler des exemples (3). Gumilla avait déjà dit (4), et Humboldt l'a confirmé depuis , que , dans l'Amérique méridionale, pendant la saison des pluies, lorsque les débordemens de l'Orénoque empêchent la chasse aux Tortues, les Otomaques font leur principale nourriture d'une argile grasse et ferrifère, dont ils consomment jusqu'à une livre et demie par jour , sans y rien ajouter , et qu'ils considèrent comme un bon aliment, parce qu'elle les rassasie et ne porte aucune atteinte à leur santé. Spix etMartius(5) nous apprennent que les Indiens des bords de la rivière des Amazones mangent souvent de la glaise , même lorsque d'autre nourriture ne leur manque point. Au dire de Molina , les Péruviennes mangent quelquefois une espèce d'argile d'odeur agréable , et l'on vend sur les marchés de la Bolivia une argile comestible , qu'Ehrenberg a trouvée être un mélange de talc et de mica. Les habitans de la Guiane mêlent une argile d'agréable odeur à leur pain , suivant Gili , et Mason assure qu'à défaut d'autres alimens , les Nègres de la Jamaïque se nourrissent de terre. Au rapport de Labillardière , les habi-

(1) Trevinmus, Biologie, t. IV, p. 305. ; ; (2) Journal de Hufeland, 1809, cah. 3, p. 104.

(3) Gehlen , Journal fuer die Chemie , t. VIII , p. 515. — Bulletin de Férussac, t. XVI, p. 1S5.— Gorson, Magasin, t. XXV, p. 463. — Froriup, Neue Notisen, t. V, p. 248.

(4) Haller, loc. cit., t. VI, p. 214.

(5) Loc, cit., t. II, p. 527.

tans de la Nouvelle-Calédonie apaisent leur faim , en cas de nécessité , avec une stéatite blanche et friable , qui est composée , d'après Vauquelin , de magnésie , de silice et d'oxide de fer, avec un peu de chaux et de cuivre. Le même auteur dit qu'à Java on fait des espèces de gâteaux d'une argile ferrugineuse , que les hommes mangent lorsqu'ils veulent maigrir , et dont les femmes font surtout usage pendant la grossesse. Chandler assure que , dans le pays de Siam , les femmes et les enfans mangent de la stéatite , et qu'aux environs de Seringapatan on en fait autant d'une sorte d'argile. Les Nègres de la Guinée assaisonnent fréquemment leur riz , selon Forster, avec une terre savonneuse qui ne nuit point à la santé ; arrivés aux Indes Occidentales, ils recherchent une terre analogue, mais qui leur réussit fort mal, car , au dire de Hunter , l'usage de l'argile blanche dont on se sert pour faire les pipes , coûte la vie à plus d'un de ces malheureux. On mange du beurre de montagne en quelques endroits de la Sibérie , suivant Georgi, et au Kamtschatka , une argile composée d'oxyde de fer et d'alumine , d'après Pallas. Chamisso parle de trois hommes qui, par ce moyen , réussirent à conserver leur vie dans l'île Malouai , au nord des Aléoutiennes. Genberg etRhezius assurent que les Suédois ajoutent quelquefois une terre argileuse à la farine , et Bory Saint-Vincent dit que le piment usité en Espagne à titre de condiment , contient de l'ocre rouge. Enfin les tailleurs de pierre de Kiffhreuser étalent du beurre de montagne en guise de beurre sur leur pain , et Kessler , qui nous informe du fait , s'est senti lui-même bien rassasié, après en avoir mangé (1).

A. Changemens subis par la nourriture.

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