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CHAPITRE PREMIER

De l'absorption.

ARTICLE i.

De V admission de substances étrangères dans le corps.

§ 896. Deux circonstances nous procurent la conviction qu'une absorption a eu lieu : l'une est la diminution et la disparition d une matière mise en contact avec l'organisme ( en

de l'absorption. 3

supposant qu'il soit certain qu'elle n'a point été évaporée, enlevée ou reportée ailleurs), comme par exemple l'abaissement du niveau du liquide dans lequel une plante végète, comparé à un autre liquide, de même nature, qui se trouve placé au milieu de circonstances parfaitement identiques, la présence d'un végétal exceptée; l'autre est le changement survenu dans l'organisme à la suite d'un pareil contact, et qu'on ne peut attribuer à nulle autre cause. Parmi les cbangemens matériels de ce genre se rangent l'augmentation du volume, par exemple le renflement des cellules mises à nu sur la trancbe d'une plante plongée dans l'eau, ou celle du poids, par exemple, d'un homme à la suite d'un bain chaud. Lorsqu'une substance facile à reconnaître par ses qualités spéciales , et qui ne se rencontre pas habituellement dans l'organisme, a été absorbée, on peut la découvrir, soit dans le système vasculaire lui-même, soit dans les liquides sécrétés et dans les tissus où elle a été éliminée (§ 865), et Pereira (1), entre autres, a donné la liste des médicamens que l'on retrouve ainsi dans les sécrétions. Mais ici la certitude présente un grand nombre de degrés, car la couleur, l'odeur et la saveur sont fort sujettes à induire en erreur. Certaines substances ne se font pas reconnaître par leurs propriétés mêmes, mais seulement par les modifications qu'elles impriment aux qualités des sécrétions, comme l'essence de térébenthine par l'odeur de violette qu'elle communique à l'urine. Des caractères plus certains que ceux qui frappent d'eux- mêmes les sens, sont ceux que font naître certains réactifs, comme la détonation du salpêtre par la combustion, la couleur de rouge-brun que la rhubarbe prend par la potasse caustique, le bleuissement du cyanure de potassium par l'acide chlorhydrique et le chlorure de fer, la teinte rouge de cerise foncé que le sulfocyanure de potassium prend par le chlorure de fer, celle de brun-noir que le plomb acquiert par l'acide sulfhydriquc, etc. Cependant , si l'on ne découvre point la substance étrangère, on ne doit pas conclure de là, en toute assurance, qu'elle n'a point été absorbée. Des quantités Irès-faibles, par

(1) Froriep , Notizen, t. XLV1II, p. 219.

4 de l'arsoïiption.

exemple, de cyanure de potassium, même lorsqu'on les mêle .immédiatement avec le sang , ne sont point décelées dans ce liquide par les réactifs, et si Wetzlar (1) est parvenu à les reconnaître dans l'urine, en ajoutant de l'acide chlorhydrique et du chlorure de fer à ce liquide, et agitant le mélange avec un tube , de manière à Obtenir la précipitation de l'acide urique, entraînant avec lui le cyanure de fer, il est d'autres cas pour lesquels nous ne connaissons aucun moyen d'arriver à un pareil résultat.

L'époque à laquelle on fait l'examen joue ici un grand rôle; car la substance étrangère peut n'être pas encore arrivée à l'endroit où on la cherche ; elle peut aussi en être déjà partie, ou avoir été rendue méconnaissable par son mélange avec des substances organiques qui se sont combinées avec elle , ou qui l'ont décomposée. Ainsi, par exemple , on trouve bien plus fréquemment les substances étrangères dans les liquides sécrétés que dans le sang, et dans le sérum que dans le sang entier. Souvent aussi on ne parvient pas à concevoir ce qu'elles ont pu devenir. Wetzlar (2) a examiné pendant quatre jours toutes les évacuations après une prise d'un gros de cyanure de potassium, et l'urine ne lui a fourni que quatre grains de bleu de Prusse, les excrémens, la sueur, le mucus nasal et la salive n'offrant pas la moindre trace des cinquante-six autres grains.

§ 897. D'autres preuves de l'accomplissement de l'absorption sont fournies par l'état vital qui résulte de là. En effet , quand des substances qui ne sont point aptes à être assimilées, à fournir des parties intégrantes de la masse organique, en un mot à contribuer au maintien ou à la conservation de l'organisme, entrent en contact avec ;iin organe, sous une forme appropriée et en quantité nécessaire, elles produisent des changemens dans l'activité d'autres organes ou dans tout l'ensemble de la vie. Plus ces changemens sont considérables, quant à l'intensité, et particuliers, quant à leur nature , plus

(1) Diss, do matcriarum , imprimis kali Borussici , in oryanismum , transitu. Marbourg, 4S21, in S, p. 21.

(2) Lnc cit., p. 24.

l'expérience a confirmé qu'ils surviennent à la suite d'impressions déterminées , plus aussi nous sommes certain qu'ils sont déterminés par ces dernières , et qu'on ne doit pas les considérer comme de simples contingences. D'après cela, ce sont les empoisonnemens qui fournissent les preuves les plus fortes.

I. Mais il s'agit de reconnaître si le transport de l'action d'un organe sur un autre est de nature matérielle ou dynamique.

1° Comme l'organisme est un , qu'il ne forme qu'un seu tout , et que , par conséquent , toutes ses parties agissent mutuellement les unes sur les autres , l'action des substances étrangères peut être une impression purement locale, qui ne devient générale, ou , en d'autres termes , ne s'étend à d'autres organes que d'une manière médiate, et par ses conséquences; c'est-à-dire, qu'elle peut consister en un changement matériel de l'organe immédiatement atteint , mais faire par là que le changement survenu dans l'activité vitale de cet organe, entraîne à sa suite, en vertu de l'enchaînement des fondions, un changement dans le reste de l'organisme. Par exemple, que l'action de la peau vienne à être modifiée par un bain froid ou par un bain chaud, il en résulte une modification correspondante dans l'activité vitale des organes internes. Mais ce qui caractérise ce mode d'action, c'est que les changemens qui surviennent dans l'ensemble de la vie, varient, et quant au degré, et même quant à leur nature, suivant que la substance étrangère a été mise en contact immédiat avec tel ou tel organe. Ainsi, un sel neutre, porté dans le canal intestinal, détermine, par les évacuations qu'il provoque alors, un tout autre état de l'organisme que celui auquel il donne lieu quand il a été mis en rapport avec les tégumens extérieurs , dont il a rendu la sécrétion plus active.

2° Si l'action générale dépend ici de la nature spécifique de l'organe immédiatement atteint, il y a d'autres cas où elle est déterminée par la nature spécifique de la substance étrangère, celle-ci, avec quelque partie du corps qu'elle se trouve mise en contact immédiat , occasionant toujours des changemens identiques dans l'ensemble de la vie. Ainsi, le mercure

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produit le même état morbide dans la sphère plastique, qu'il ait été porté dans le canal intestinal, ou dans les poumons, ou à la peau; et quand l'alcool pénètre, soit dans les poumons, soit dans la plèvre, le péritoine , la vessie, soit enfin dans le tissu cellulaire, il plonge la vie animale dans le même état que si c'était l'estomac qui l'eût reçu (1). L'arsenic et autres poisons analogues déterminés, lorsqu'on les administre à l'intérieur, causent une inflammation du tube digestif et des accidens pareils à ceux qu'on observe dans cette espèce de maladie, de quelque cause qu'elle puisse dépendre. Mais bien que cette action locale doive toujours êire prise en considération, on ne peut cependant point la considérer comme ce qu'il y a d'essentiel dans l'empoisonnement, puisque l'arsenic , par exemple, tue également quand on l'emploie de toute autre manière, et que, d'après les expériences de Hunter, Home et Brodie (2), son introduction dans une plaie faite à la peau entraîne une gastrite , tout aussi bien que son ingestion dans l'estomac. Ici donc la substance étrangère elle-même agit sur les organes éloignés , et celui avec lequel elle est mise en rapport immédiat, ne sert que comme point de transition.

3° En pareil cas, l'action sur l'ensemble de la vie ne s'accomplit qu'après un laps de temps déterminé par la nature de la substance étrangère, et l'on peut la prévenir pendant celte période, pourvu que celle-ci ne soit pas trop courte. Ainsi, par exemple, un poison peut demeurer sans effet quand on le fait sortir du corps, qu'on l'enchaîne par une combinaison chimique, qu'on détruit ou qu'on sépare du restant de l'organisme la partie sur laquelle il a été porté, ou enfin qu'on l'empêche de pénétrer en exerçant une compression au-dessus du point sur lequel il a été appliqué.

4° La substance étrangère agit aussi avec une intensité différente , suivant que l'organe touché immédiatement par elle , est plus ou moins approprié à la laisser entrer et pénétrer. L'extrait de noix vomique , par exemple , peut occasioner le tétanos et la mort, de quelque manière qu'on l'em-

(1) Ségalas, dans Archives générales, t. XII, p. 104.

(2) Reil, Archiv fuer die Physiologie, t. XII, p. 229.

ploie ; mais, d'après les expériences de Ségalas (1), il a tué des Chiens en peu de secondes, lorsqu'on l'injectait dans les poumons, à la dose de deux grains, tandis que, porté dans la vessie, à celle de deux gros, il.ne déterminait le tétanos qu'au bout d'un quart d'heure, en sorte que, sous le point de vue de la perméabilité, la vessie serait aux poumons, pour ce qui concerne ce cas, dans le rapport d'environ 1 : 200.

5° L'action des substances étrangères doit donc être transmise du lieu d'application à tout l'ensemble de la vie par un tissu conducteur ; elle suppose donc un système universel, qui, d'un côté, conduit dans une direction déterminée, et d'un autre côté représente l'expression totale d'un côté déterminé de la vie. Mais il n'y a que deux systèmes de ce genre ; le système nerveux, qui, en ce qui concerne la propagation dynamique , forme, dans ses points centraux le foyer de la vie animale ; le'système vasculaire, qui, dans les vaisseaux, un est simple conducteur, et qui, dans la masse du sang, constitue le centre de la vie plastique ( § 660, 3°; 770). La question se présente donc de savoir si les substances étrangères agissent sur l'ensemble de la vie , par propagation dynamique , au moyen des nerfs, ou par transition matérielle dans le système vasculaire, et nous avons ici à nous occuper surtout des poisons qui affectent immédiatement la vie animale. II. Voici ce que l'expérience enseigne sous ce rapport : 1° L'affection de l'activité nerveuse peut être purement \ocale. La belladone, appliquée sur l'œil, détermine la dilatation de la pupille et le trouble de la vie, sans provoquer d'au^ très accidens. De même , l'application de ïarca concamerata sur les lèvres, et l'action de la vapeur de l'acide cyanhydrique concentré sur les doigts , n'ont occasioné dans ces parties qu'une sensation d'engourdissement prolongée pendant plusieurs heures. L'opium et le ticunas , mis en rapport avec la face interne de l'intestin des Lapins ,ont paralysé les muscles intestinaux de suite, et avant d'avoir fait naître d'autres accidens (2). Le nerf d'une cuisse de Grenouille détachée du

(1) Ségalas, loo. cit., p. 108.

(2) Christison, Abhundlumj ueber dio Gifto, p. 3. •

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corps ayant été plongé dans de la dissolution d'opium , il perdit son irritabilité dans toutes les portions immergées , mais non dans celles qui n'étaient point en contact avec le liquide (1). Des nerfs d'un animal vivant ayant été frottés avec du venin de Vipère, ils prirent une teinte foncée , et les parties musculaires environnantes s'enflammèrent un peu , sans que la vie éprouvât de trouble appréciable.

2° Les poisons , mis en contact immédiat avec des portions dénudées du système nerveux , n'agissent pas du tout , ou du moins exercent une action incomparablement plus faible que quand on les applique sur la plupart des autres parties molles. Au contraire , ils ne tuent jamais plus rapidement, et à plus faible dose, que quand on les mêle immédiatement avec le sang , et alors ils déterminent dans la vie animale les mêmes effets spécifiques qu'en toute autre circonstance. Suivant Fontana , le ticunas frotté sur des nerfs ne causa pas la mort (2) . Il en a été de même du venin de la Vipère (3) et de l'eau distillée de laurier-cerise, d'après le même auteur (4); de l'acide cyanbydrique , selon Wedemeyer (5) ; de la fausse angusture , d'après Emmert (6) ; de l'upas tieuté , suivant Orfila (7) ; de l'upas antiar , d'après le même (8) ; de l'huile empyreumatique de tabac , selon Macartney (9); de la strychnine, suivant Bouillaud (10)et Muller (11), etc. Emmert(12)met, sous ce rapport , les nerfs en parallèle avec les tendons et les os. Si Hubbard (13) a vu l'application de l'acide cyanbydrique,

(1) Muller, Physiologie du système nerveux, trad. par A. J. L. Jourdan, Paris, 4840, t. I , p. 64.

(2) Ueber das Viperngift, p. 306.

(3) lbid., p. 191. (H)lbid., p. 317.

(5) Physioloijische Untersuchungen ueber das Nervensystem , p. 240,

(6) Meckel, Deutsches Archiv, t. I, p. 177.

(7) Traité des poisons, Paris, 1827, t. II , P. I, p. 315.

(8) lbid., t. II, P. II, p. 3.

(9) lbid., t. I, P. II, p. 251.

(10) Archives générales de médecine, t. X, p. 463.

(11) Physiologie, t. I, p. 234.

(12) Tuebinger BlaeLter, t. I, p. 88.

(13) Gerson, Magazin der auslœndischen Literatur, t. V, p. 154.

de l'absorption. g

ou (le l'extrait de noix vomique , sur les nerfs , se trouvant dans leur situation naturelle, et non séparés de leur entourage, donner lieu à l'empoisonnement, les détails même de l'expérience annoncent que les parties entourantes avaient pris part à l'efl'et produit. Le venin de la Vipère (1) , l'opium (2) et l'huile empyreumatique de tabac (3) , appliqués au cerveau , sont demeurés sans effet , tandis que , d'après Orfila (4) , il s'en manifestait un de suite en portant de l'upas antiar dans la substance de ce viscère, et que l'upas tieuté déterminait le tétanos des membres antérieurs ou des membres postérieurs lorsqu'il était mis en rapport soit avec la portion cervicale , soit avec la portion abdominale de la moelle épinière (5). Le venin delà Vipère a causé la mort plus rapidement après avoir été injecté dans les veines , qu'après avoir été introduit dans des plaies : ainsi , il a tué de cette manière des Lapins en deux minutes (6) , et un centième de grain a suffi pour produire le même effet sur des Pigeons (7). Le ticunas a causé la mort instantanément (8). Des observations analogues ont été faites par rapport à l'acide cyanhydrique (9) , à la digitale (10), à la belladone (11), à la ciguë (12), à l'upas, à la noix vomique, à la fève de saint Ignace (13), etc. Trois grains d'opium injectés dans les veines ont suffi pour faire périr des Chiens, tandis qu'il en a fallu jusqu'à cent vingt grains , introduits dans l'estomac, pour amener le même résultat (1.4) ; et, dans le premier

(1) Fontana, loc. cit., p. 409.

(2) Nysten, dans Orfila, loc. cit., 1. 1, P. II, p. 145.

(3) Macartney, dans Orfila, loc. cit., p. 251.

(4) Loc. cit., t. II, P. II, p. 3.

(5) Ibid., t. II, P. I, p. 314.

(6) Fontana, loc. cit., p. 180.

(7) lbid., p. 462.

{S) Ibid., p.1306.3

(9) Orfila, loc. cit., t. II, P. I, p. 487.

(10) Ibid., p. 273.

(11) lbid.; p. 239.

(12) lbid., p. 290.

(13) Ibid., p. 330.

(14) Westrumb, Physioloyische Untersuchunyon uebcr die Einsauyxinyskraft dcr Vcnen , p. 44.

cas, outre les symptômes spécifiques pendant lu vie, on a observé la même réplétion des vaisseaux cérébraux qu'après l'administration du poison à l'intérieur (1). Il a fallu aussi moins d'alcool injecté dans les veines pour produire , dans un plus court espace de temps, une ivresse analogue à celle que ce liquide détermine lorsqu'il est mis en contact avec l'estomac (2). Des quantités considérables d'alcool , qui peuvent donner lieu à une décomposition manifeste du sang, et diverses autres substances douées d'une action analogue (alcalis, acides , sels neutres, sels terreux), agissent avec plus de force et même plus vite lorsqu'on les introduit immédiatement dans le système vasculaire ; mais c'est là une particularité dont nous n'avons point à nous occuper ici. Du reste, la puissance des poisons narcotiques de la part desquels on ne connaît aucune action chimique sur le sang , se manifeste en raison inverse de la quantité de ce liquide , de sorte qu'elle devient plus forte à la suite d'une saignée , et plus faible après une injection d'eau dans les veines (3).

3° Pour qu'une partie serve à T 'introduction de substances vénéneuses , elle n'a pas besoin de tenir au reste du corps par des nerfs , mais il faut qu'elle communique avec lui par des vaisseaux.

Le venin de la Vipère a tué des animaux quand on l'introduisait dans des membres dont les nerfs étaient liés ou coupés (4) . Du woorora , porté dans une plaie à la patte antérieure, après la section du plexus brachial , produisit les effets qui lui sont propres, avec tout autant de rapidité qu'à l'ordinaire (5).

11 en fut de même pour la fausse angusture (6) ; et l'acide cyanhydrique , appliqué sur les pattes de derrière , complètement paralysées par la section de la partie thoracique de la moelle épinière , causa l'empoisonnement tout aussi bien

(1) Orfila, loc. cit., t. II, P. I, p. 135.

(2) Archives générales, t. XII, p. 105.

(3) llid., t. XIII, p. 105.

(4) Fontana, loc. cit., p. 191, 200.

(5) Reil, Archiv, t. XII, p. 183.

(6) Orfila, loc. cit., t. II, P. I, p. 339.

DE l'AfiSORPTlON. II

que si le système nerveux eût été intact (1). La section des nerfs pneumo-gastriques , ou de la moelle épinière, ne mit aucun obstacle à l'action des poisons narcotiques , ou de l'alcool, portés dans les poumons (2) ou dans l'estomac (3), quoique Dupuy et Breschet prétendent n'avoir pas observé d'empoisonnement dans ce dernier cas.

D'un autre côté , l'effet d'un poison ne se propage point au reste de l'économie, lorsque la circulation est arrêtée dans les parties qui se trouvent en contact avec lui. Ainsi, la fausse angusture (4), le woorora (5), l'acide cyanhydrique (6), et d'autres substances vénéneuses (7) , n'ont déterminé aucun effet général quand on avait suspendu la circulation , à l'aide d'une ligature ou du tourniquet, dans le membre auquel ils étaient appliqués. Le même phénomène a eu lieu avec la strychnine, après la ligature des veines (8) ; avec l'acide cyanhydrique et la fausse angusture , après celle de l'aorte ventrale (9) ; avec l'opium , après la section dés troncs vasculaires (10). Cependant, quelques animaux mordus aux pattes par des Vipères succombèrent , quoique toutes les parties molles eussent été coupées jusqu'à l'os (11) , ou les artères liées ou coupées (12).

Toutes les fois qu'après la section des nerfs et des autres parties molles, une partie dujcorps tenait encore au reste par ses vaisseaux, l'upas(13), l'opium et l'acide cyanhydrique (14)

(1) "\Vedemeyer,Joc. cit., p. 241.

(2) Archives générales, t. X, p. 129, t. XIII, p. 108.

(3) lbid., t. XU, p. 105, 109. — Muller, Physioloyie, 1. 1, p. 234.

(4) Orfila, loc. cit., t. II, p. I, p. 3.

(5) lbid., t. II, P. II, p. 9.

(6) Wedemeyer, loc. cit., p. 245.

(7) Archives yénérales, t. X, p. 12.

(3) lbid., t. XII, p. 109.

(9) OrBla, loc. cit., t. II, P. I, p. 3, 339.

(10) Monro, Observations on ihe structure and functions ofthc nervous system, Edinburg, 1783, fa-fol., p. 34.

(11) Fontana, loc. cit., p. 200.

(42) lbid., p. 206.

(13) Meckel, Deutsches Archiv, t. II, p. 253.

(14) Christison, loc. cit., p. 12.

agissaient sur l'ensemble de la vie comme ils le font chez des animaux intacts. Au contraire , l'action de l'opium n'avait pas lieu quand la partie ne communiquait plus avec le tronc que par ses nerfs (1).

4° Enfin , l'aptitude des différens organes à servir de point de transition pour les poisons qui attaquent la vie aoimale , n'est pas en raison du nombre de leurs nerfs , mais en proportion de celui des vaisseaux qu'ils reçoivent et de leur pouvoir absorbant. Ainsi , on a vu que le ticunas n'agit point sur l'ensemble de la vie quand on l'applique à l'œil, qu'il l'intéresse peu quand on l'introduit dans l'estomac , mais qu'il l'affecte avec une grande violence quand on le porte dans des plaies (2). De même, la vie générale est affectée avec plus de force lorsque l'upas (3) , la laitue vîreuse (4) , la belladone (5), la digitale (6) , la ciguë (7), la noix vomique et la fève de saint Ignace (8) pénètrent dans le tissu cellulaire ou dans la cavité de la plèvre , que quand ils sont reçus par l'estomac , si riche en nerfs.

5° L'action sur la vie générale est déterminée aussi par les organes centraux du système nerveux. Suivant Fontana , le venin de la Vipère agit peu ou point sur des Grenouilles décapitées, ou dont la moelle épinière a été coupée (9); et son action est moins prompte sur les Lapins ou les Poules dont, après la décapitation, on entretient la circulation par une respiration artificielle , que chez les mêmes animaux à l'état normal (10). Brodie a aussi observé dans ce dernier cas, sur des Chiens, une accélération des battemens du cœur produite par le woorora ou l'infusion de tabac, tandis

(1) Muller, Handbach der Physiologie, t. I, p. 233.

(2) Fontana , loc. cit., p. 290.

(3) Orfila, loc. cit., t. II, P. II, p. 3. (k)lbid., p. 191.

(5) Ibid., p. 239.

(6) Ibid.,?. 273.

(7) lbid., p. 290.

(8) Ibid., p. 330.

(9) Loc. cit., p. 200.

(10) Ibid., p, 218.

de l'arsorftion. i3

que chez les animaux non décapités ces substances réduisent le cœur au repos (1). Emmert s'est surtout attaché à faire ressortir le rôle que joue ici la moelle épinière (2). L'upas, introduit dans le tissu cellulaire de la cuisse , déterminait le tétanos alors même que le cerveau avait été isolé par la section de la moelle au-dessous du crâne ; mais il ne le provoquait pas quand on détruisait la moelle immédiatement après 1 introduction du poison, quoique la circulation persistât encore pendant dix minutes. Si le tétanos était déjà survenu , il cessait dans les pattes de devant lorsqu'on détruisait la portion pectorale de la moelle , et dans celles de derrière , quand on détruisait la portion ventrale du cordon (3). Ségalas a fait des observations analogues sur la strychnine (4).

6° De tout ce qui vient d'être dit , il suit donc que les poisons qui agissent en affectant la vie animale , portent atteinte aux fonctions du système nerveux dans les parties touchées immédiatement par eux; mais qu'outre ce trouble local ils ne déterminent pas d'effet général lorsqu'ils ne parviennent point dans le sang par absorption. Une fois mêlés avec le sang , ils peuvent le modifier de telle sorte qu'il devienne incapable de servira l'entretien de la vie, et que son influence, comme condition générale de la vie (§§ 746, 774, 5°) , soit soustraite à l'organisme. Mais ces poisons peuvent aussi agir sur les organes auxquels ils arrivent avec le sang, et par exemple paralyser le cœur, ou surtout affecter les parties centrales du système nerveux. Plusieurs faits parlent en faveur de cette dernière opinion , émise par Emmert. De la strychnine, injectée dans les veines d'un animal dont l'aorte ventrale était liée , ne détermina le tétanos que dans les pattes de devant, et non dans celles de derrière (5) ; et de l'opium , injecté dans la carotide, causa la mort à petite dose, tandis qu'il en fallut une plus grande dose pour produire le même effet par l'in-

(4)Reil, Archivât. XII, p. 466.

(2) Tuebimjer Blœllcr, t. I, p. 403.

(3) Orfila, loc. cit., t. II, P. I, p. 343.

(4) Archives ijênérales, t. XII, p. 409.

(5) HnU.t t. XII, p. 408.

l4 DE L'ABSORPTION,

jection dans une artère crurale ou une veine jugulaire (1). Mais certains poisons n'ont pas besoin d'être conduits au cerveau et à la moelle épinière par la voie ordinaire de la circulation : ils déploient leur action dès qu'ils ont pénétré dans le sang, soit qu'ils s'y répandent en substance suivant toutes les directions (§ 716, 2°), soit qu'ils en infectent la masse. Ainsi, quelques secondes suflisent pour que l'acide cyanhydrique , versé dans la bouche, détermine la mort. L'upas et la strychnine n'agissent jamais avec plus de violence que quand on les injecte dans les veines (2) , et le woorora agit avec tout autant de rapidité, qu'on l'introduise dans la carotide, dans l'artère crurale , ou dans la veine jugulaire (3).

ARTICLE II

Des organes de V absorption.

§ 898. Toute substance organique , en général , est apte à attirer les fluides mis en contact avec elle et à s'en imbiber ; mais il n'y a que les organes de la vie plastique qui possèdent en outre la faculté de propager au loin les fluides dont ils se sont pénétrés, et de les conduire à la masse du suc vital. Ces organes forment deux séries.

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