DES PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE LA FORMATION DD SANG
§ 895. Toutes les formations organiques, tous les produits de la nutrition et de la sécrétion, procèdent du suc vital, qui, parvenu à un certain degré de développement, apparaît sous une forme spéciale, celle de sang (§ 661 ). De là résulte que le sang se décompose pendant le cours de la vie ( § 774 et suiv., 875), que même la décomposition qu'il subit ne s'arrête jamais ( § 876 ), et qu'en conséquence il doit aussi se reproduire à chaque instant. Mais , tandis que la nutrition et la sécrétion sont un travail de ségrégation qui fait sortir le multiple de l'unité, et transforme un produit général ou commun en produits particuliers et divers (§§ 777, 77S, 5°; 885; 894, 2° ), l'hématose , au contraire, a pour but de créer une seule et unique substance avec des matériaux différens, et, en réunissant ensemble des produits spéciaux, de leur imprimer le cachet de la généralité. Cette opération embrasse deux actes distincts : l'un extérieur, mécanique, par lequel les substances aptes à produire le sang sont transportées d'espaces spéciaux qui les logent dans l'espace commun du système vasculaire ; l'autre intérieur, chimico-dynamique , par
lequel ces substances hétérogènes sont converties en la substance homogène du sang.
L'admission de substances déterminées devant servir à une formation également déterminée, suppose, dans l'organisme , la faculté d'attirer à lui la matière et de la transformer. Cette faculté représente ce qu'il y a de commun ou de général dans l'acte de la production du sang, puisqu'elle se manifeste par des actions simples, identiques dans les points les plus divers de l'organisme. Elle est donc la base ou le fondement de l'hématose proprement dite (§ 910).
Ainsi , la partie mécanique de cette opération générale consiste en ce qu'une matière quelconque pénètre dans le sang. Mais comme le sang se trouve dans des espaces clos, nulle matière ne peut parvenir jusqu'à lui qu'à la condition d'avoir un mode d'expansion analogue au sien, d'être à l'état fluide ( liquide ou aériforme ), et comme cette accession est en rapport avec l'aptitude dont l'organisme jouit de se maintenir et conserver lui-même , elle doit être déterminée par celui-ci , et dépendre de son pouvoir attractif. L'activité en vertu de laquelle un corps attire des liquides à lui et dans s*a propre substance, s'appelant absorption , on donne le même nom à la faculté que tous les êtres organisés possèdent de recevoir des liquides dans l'intérieur de leur corps et dans leur suc vital. Ici, toutefois, l'absorption est de deux sortes ; Yabsorption proprement dite, qu'on pourrait aussi appeler insorption, celle qui consiste à admettre une substance étrangère venue du dehors (§§ 896-909 ) ; et la résorption , celle qui consiste à reprendre les substances qui ont été produites aux dépens du sang (§§ 910-916). '