BREBIS
Peu de paille
Peu d'herbe
Beaucoup d'avoine
1" Portion
2« Portion
Krimer dit avoir obtenu plus de caillot du chyle des Chiens nourris avec des substances végétales que du chyle de ceux qui avaient mangé des matières animales (1). Marcet (2) et Prout (3) ont observé le contraire. Suivant le premier, la proportion du caillot au sérum , chez les Chieus , était depuis 480 : 9520 jusqu'à 780 : 9220 pour la nourriture végétale , et de 740 : 9260 — 950 = 9050 pour la nourriture animale. Selon Prout, elle était, dans le premier cas de 640 : 9360, et dans le second de 1080 : 8920. Toutefois, dans l'un des cas observés par Marcel, la quantité de parties solides contenues dans le sérum était de 0,0900 avec la nourriture végétale, tandis que , dans un autre, elle ne s'élevait qu'à 0,0700 avec la nourriture animale.
7° Le caillot se dépose au fond, ou adhère aux parois du vase. Il est visqueux, mais mou, facile à déchirer, et sans fibres appréciables. S'il demeure dans le sérum , il finit par
(1) Loc. cit., p. 432.
(2) Annules de chimie, t. II, p. 52.
( 3) Schweigger, Journal, t. XXVIII, p. 210.
se dissoudre presque en entier. Il brûle lentement, avec une odeur de corne , laissant un charbon spongieux et difficile à incinérer. L'acide chlorhydrique le dissout par l ébulliiion. Avec l'acide acétique ou la dissolution de potasse , et le concours de la chaleur, il ne donne qu'un liquide lactescent, qui ne s'éclaircit qu'après avoir formé un sédiment.
8° Le sérum qui se sépare de lui-même, et dont on peut aussi retirer une certaine quantité du caillot en le comprimant, est ordinairement limpide, tirant un peu sur le jaunâtre, comme du petit-lait, quelquefois d'un jaune rougeâlre, rarement blanc. Il est dépourvu d'odeur, et légèrement visqueux, de manière qu'il empèse le papier et le linge. Sa pesanteur spécifique est de 1021 à 1022, au dire de Marcet. 11 se mêle avec l'eau, verdit fortement les couleurs bleues végétales, se trouble peu à peu à l'air, et forme ensuite un sédiment. L'alcool , les acides minéraux, le deuto-chlorure de mercure et la chaleur y font naître un précipité floconneux. Quand on y a ajouté de l'acide acétique, il précipite par le cyanure de potassium. Évaporé à siccité, il laisse un résidu, dont une partie se dissout dans l'alcool, et une autre dans l'eau, tandis qu'une troisième résiste à l'action de ces deux menstrues.
b. Composition du chyle.
1° Il entre d'abord dans la composition du chyle une fibrine incomplète , qui forme le caillot. Vauquelin considérait cette substance comme de l'albumine sur le point de devenir fibrine. Marcet voit en elle de la véritable albumine, et Brande une matière qui a plus d'analogie avec le caséum qu'avec la fibrine. On serait tenté d'admettre que celte fibrine se forme en plus grande proportion sous l'influence de la nourriture animale ; mais si la chose a lieu réellement dans certains cas , l'hypothèse n'est du moins pas sans restrictions. Tiedemann et Gmelin ont trouvé, de fibrine sèche, calculée en millièmes, 19 à 175 chez les Chevaux , 24 à 82 chez les Brebis, 17 à 56 chez les Chiens (1). Chez des Chiens que Leuret et Lassaigne (2) avaient nourris avec du sucre ou de la gomme , le
(1) Recherches sur la digestion, t. IL P- 89.
chyle contenait tout autant et même plus de fibrine qu'il n'en présentait à la suite d'une nourriture animale.
2° L'albumine est contenue dans le sérum, et elle paraît y être tenue en dissolution par l'eau, à la faveur de la soude. Suivant Reuss et Emmert(J), l'albumine coagulée par la chaleur s'élevait, après l'évaporotion complète, à 0,05 du sérum, chez les Chevaux. SHon Prout, le sérum auquel on a ajouté de l'acide acétique étendu, fournil, par l'action delà chaleur, un précipité qui paraît être non pas de l'albumine parfait , mais de l'albumine en train de se former; après la séparation de ce précipité , le cyanure de potassium fait naître un nouveau précipité de véritable albumine, dans la dissolution acétique.
3° Une partie du résidu de l'évaporation du sérum se dissout dans l'eau ; et après que l'albumine a été séparée du sérum frais par la chaleur, la teinture de noix de galle détermine un nouveau précipité. D'après cela, Reuss et Emmert, dont l'opinion a été adoptée depuis par Prévost et Le Royer(2), admettaient la présence de la gélatine dans le sérum. Mais Tiedemann et Gmelin ont prouvé que la substance précipitée par la noix de galle est une matière extractive , composée d'osmazome et de ptyaline. Chez un Cheval nourri d'avoine , le sérum évaporé contenait 0,1602 d'osmazome , avec de l'acétate de soude et du chlorure de sodium, et 0,0276 de ptyaline, avec du carbonate et du phosphate de soude (3).
4° Le chyle contient de lagraisse libre, c'est-à-dire nageant en gouttes éparses, et probablement aussi de la graisse à l'état de combinaison (4). Son sérum, après être resté quelque temps en repos, se couvre souvent d'une pellicule grasse, que Haller connaissait déjà (o) , et qui lui avait fait dire que le chyle est un liquide oléagineux. Werner (6) n'en avait point
(1) Scherer, Journal der Chemie, t. V, p. 166.
(2) Xoc. cit., t. XXVII, p. 233.
(3) Rech. sur la diye:tion, 1. 1, p. 275.
(4) Scliultz,2)a* System der Circulation, p. 40.
(5) Elem. physiol., t. VII, p. 64.
(6) Scherer, Journal, t. VIII, p, 31.
trouvé dans le chyle des Chevaux. Vauquelin (4) fut le premier qui en démontra de nouveau l'existence; il traitait pour cela le chyle par l'alcool bouillant; la graisse se montrait composée d'une stéarine blanche et d'une oléine jaune , et comme elle ne contractait pas de combinaison savonneuse avec les alcalis, elle semblait se rapprocher de la graisse cérébrale. Prout prétend (2) que la pellicule crémeuse dont le chyle se couvre est produite par de 1a ;;raisse combinée avec de la matière caséeuse ou de l'albumine commençante. Tiedemann et Gmelin ont retiré du résidu sec du sérum d'un Cheval 0,0635 de graisse jaune et 0,1547 de graisse brune. Vauquelin et les deux physiologistes allemands ont reconnu que la couleur blanche du chyle est due à la graisse qu'il contient. Celte assertion peut être vraie en ce qui concerne la lactescence ; mais les granulations chyleuses , lorsqu'elles sont abondantes, prennent certainement une part essentielle à la coloration en blanc , comme le pense Weber (3). Lorsque Muller (4) agitait du sérum laiteux avec de 1 ether, ce 'liquide s'éclaircissait un peu ; mais il restait , au fond du vase , une substance opaque , composée de granules. BischolT (5) décolorait presque entièrement le sérum en le traitant à plusieurs reprises par l'élher; le léger trouble qui persistait encore, tenait, suivant lui, à la coagulation de l'albumine par l'alcool contenu dans l'éther ; mais il fait remarquer que l'éther dissout aussi les granules du chyle.
5° (Vingt-six grains de chyle frais , provenant du canal thoracique d'un Chien , furent mis, avec cent quatre-vingts grains d'éther, dans un flacon, que l'on secoua. La liqueur étant revenue au repos , le chyle gagna de suite le fond du vase , et la vue simple me suffit pour reconnaître des gouttelettes d'huile très-nombreuses dans l'éther. Après des secousses répétées , et au bout de vingt-quatre heures , le chyle
(1) Annales du Muséum, t. XVIII, p. 244.
(3) Hildehrand, Jnatomie, 1. 1, p. 160.
(4) llandbuch der Physiologie, t. I, p. 248.
(5) Muller, Archiv, 1838, p. 497.
amassé au fond du flacon avait perdu sa couleur blanche , et était devenu d'un jaune rouge sale: l'cther paraissait limpide; je le décantai, et après que 1 evaporation spontanée dans une capsule de verre l'eut enlevé , il resta quelques grosses gouttelettes d'huile. Le chyle demeura encore quelque temps en repos , pour permettre aux dernières portions d'éther de se dissiper, et fut ensuite pesé; la perte ne s'élevait pas tout à fait à un grain. Au microscope , les globules du chyle parurent plus clairs, moins distinctement granulés, et un peu plus petits qu'avant le traitement par l'éther ; ils étaient donc devenus semblables aux globules de la lymphe; car ces derniers ne diffèrent généralement de ceux du chyle que par leur volume plus uniforme et un peu moins considérable , ainsi que par leur surface moins inégale. En outre, les globules du chyle traité par l'élher semblaient être devenus un peu moins nombreux; on remarquait parmi eux une foule de petits granules ayant à peu près du dixième au huitième de la grosseur d'un globule normal du chyle , et qui ne s'apercevaient point dans le chyle frais. Je versai ensuite de nouvel éther sur ce chyle , et je ne l'examinai qu'au bout de trois jours. L'éther, décanté et abandonné , comme la première fois , à l'évaporalion spontanée , laissa encore un peu d'huile , mais en moindre quantité ; le chyle ne montrait plus , au microscope, qu'un petit nombre de globules presque lisses, la plupart d'entre eux paraissant s'être fondus en des masses grenues, de forme et de grosseur diverses; il y avait aussi des granules très- fins , en beaucoup plus grande quantité que lors du premier examen. La diminution de poids subie par le chyle ne put être déterminée , attendu qu'il avait dû nécessairement s'en perdre un peu dans le cours des manipulations et des observations microscopiques) (1).
6° Suivant Marcet , la quantité des sels du chyle s'élevait à 0,0092, comme dans tous les autres liquides animaux , que les Chiens eussent pris une nourriture animale ou reçu des alimeos tirés du règne végétal; mais , selon Prout , elle était de 0,0070 dans le premier cas, et de 0,0080 dans le second.
(1) Addition d'Ernest Burdach.
55o DE LA. DIGESTION.
Ces sejs , au dire de Tiedcmann et Gmelin (1), sont du carbonate , de l'hydrochlorale, quelquefois de l'acétate, du sulfate ou du phosphate de soude, du carbonate et du phosphate de chaux. Vauquelin a trouvé aussi du phosphate de fer au minimum d'oxidation (2). Emmert (3), a également rencontré ce dernier sel , moins oxydé que dans l'intestin , car le chyle avait besoin de rester exposé pendant quelques jours à l'air atmosphérique pour que les réactifs en décelassent la présence , tandis qu'ils l'indiquaient promptement dans le canal intestinal. Quand le sérum avait subi la fermentation acide , ou qu'on y avait ajouté un acide , la teinture de noix de galle et le cyanure de potassium mettaient en évidence la présence du fer ; la même chose arrivait lorsque le caillot avait été dissous dans l'acide azotique , ou la cendre dans l'acide chlorhydrique. Reuss et Emmert (4) croyaient aussi avoir aperçu de l'ammoniaque. Brande regardait comme du sucre de lait les cristaux qui se séparent du sérum quand, après l'avoir réduit de moitié par l'évaporation , on le laisse refroidir (5) ; mais personne depuis n'a constaté l'existence de celte substance.
7° Voici quelle était la proportion des principes constituans du chyle, d'après Tiedemann et Gmelin, chez un Cheval nourri d'avoine ; d'après Prout , chez un Chien qui avait pris de la nourriture végétale, et chez un autre Chien qui avait reçu des alimens tirés du règne animal :
(1) Bech. sur la digestion, t. II, p. 99. (2; hoc. cit., -p. 247.
(3) Eeil, Archiv, t. VIII, p. 467.
(4) Scherer, Journal, t. V, p. 466.
(5) Schweigger, Journal, t. XVI, p. 376. — Raspail, Nouv. Syst, de chimie organique, t. III, p. 257.