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a. Nature du chyle.
§ 949. Le produit de la digestion qui doit entrer dans la composition du corps, ne saurait être reconnu d'une manière exacte chez les animaux sans vertèbres, à cause de l'absence des vaisseaux lymphatiques. Cependant Schweigger (1) a remarqué, dans la cavité digestive des Polypes et dans les canaux par lesquels les divers individus d'un Polypier sont unis les uns avec les autres, un liquide lactescent, qui pouvait être considéré comme tel. Il a vu, chez les Sertulaires, une matière grenue , de substance semblable à celle de l'animal même, monter et descendre dans les canaux. Chez les Insectes, ce produit ne passe pas dans le sang, ou du moins ne s'y rend point d'une manière immédiate; mais il se trouve, sous la forme d'un liquide visqueux , un peu épais, blanchâtre , verdâtre ou brunâtre , en partie entre les tuniques de l'organe digestif, en partie dans le tissu qui enveloppe cet appareil, c'est-à-dire dans le corps adipeux, de manière qu'on ne peut pas reconnaître en lui du chyle. C'est, d'après Ramdohr (2) et Rengger (3), une substance albumineuse insipide , neutre , miscible à l'eau, coagulable par la chaleur,* l'alcool et les acides, dans laquelle le microscope ne fait point apercevoir de globules. Chez les animaux vertébrés , le chyle est contenu dans les vaisseaux lymphatiques de l'organe digestif.
1° Chez les Mammifères, on le voit apparaître dans les vaisseaux, deux à six heures environ après l'ingestion de la nourriture (4). Cependant on ne l'y rencontre souvent point durant les quatre premières heures (5).
2° Haller évalue de quatre à huit onces (6) la quantité du
(1) Handbuch der Naturgeschidite, p. 352.
(2) Abliandlun g ueber die ferduinnigswerkzeuyc der Insekten, p. 61.
(3) Physiologiaoke Untersuchungen ueber die thierische Haushaltuny der Insekten, p. 44.
(4) Haller , Elément, fhysiol., t. VII , p. 63, — Leuvet et Lassaigne, loc. cit., p. 458.
(5) Magendie, Précis élément., t. II, p. 406. (G) Loc. cit., t. VII, p. 233.
chyle qui se forme journellement chez l'homme , et il fonde cette estimation sur celle du liquide qui s'écoule après les blessures du canal thoracique. Elle est évidemment trop faible d'après ce que nous avons dit précédemment (§ 948, 1°). Magendie(l), ayant ouvert le canal thoracique sur des Chiens de taille ordinaire qui avaient mangé auparavant, a vu couler une demi-once de liquide en cinq minutes, ce qui fait six onces par heure, et comme le phénomène dure plusieurs heures, il pouvait aisément passer plus d'une livre de chyle dans le sang. Lieberkuhn (2) évaluait le nombre des villosités intestinales de l'homme à un demi-million, et la cavité du vaisseau lymphatique contenu dans chacune d'elles à un cinquantième de ligne cube : ayant vu , sur des animaux vivans , l'intestin se contracter et chasser le chyle deux fois par minute (§ 907, 3°), il calculait, d'après cela, que plus de dix-huit livres de chyle pourraient passer, dans l'espace d'une heure , à travers les vaisseaux lymphatiques.
3° Le chyle a une odeur spermatique, et verdit les couleurs bleues végétales. Il est d'un blanc laiteux et opaque ; quelquefois d'un blanc jaunâtre ou grisâtre , simplement semblable à du petit -lait et un peu trouble. Chez les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons, il est en général transparent et incolore. Marcel (3) l'a trouvé presque toujours transparent et à peu près incolore chez les Chiens auxquels on avait donné des alimens de nature végétale, tandis que, chez ceux qui avaient mangé des substances animales, il était laiteux , et abandonnait une espèce de crème. Prout l'a également trouvé plus blanc et plus opaque à la suite de la nourriture animale qu'après la nourriture végétale. Mais quand Macaire et Marcet disent (4) qu'il est plus clair et plus transparent chez les animaux herbivores, plus épais et plus lactescent chez les carnivores , on ne doit pas prendre ces assertions à la lettre , car
(1) Précis élément., t. II, p. 164.
(2) Diss. de falritâ et actions villbrum intestinorum tenuium hominis p. 20, 27. '
(3) Annales de chimie, t. II, p. 53.
(i)ttid. , t. LI, p. 375.
le chyle a aussi une teinte laiteuse chez les bêtes à cornes (1 ), les Chevaux, les Lapins, etc. D'après Magendie (2), il ne sel rait lactescent que quand les alimens contiennent de la graisse. Mais si la graisse entre pour quelque chose dans ce phénomène, elle paraît influer principalement sur l'alibilité de la nourriture et la perfection de la digestion. Tiedemann cl Gmelin (3) ont trouvé le chyle presque entièrement clair chez les Brebis qui avaient mangé de la paille, et blanc chez celles auxquelles on avait donné de l'avoine ; lactescent chez les Chevaux nourris d'avoine (4) ; limpide ou faiblement laiteux chez les Chiens qui avaient mangé du blanc d'oeuf liquide, de la fibrine, de la colle, du fromage, de l'amidon, du gluten, et blanc chez ceux qu'on avait nourris avec de l'albumine coagulée, de l'amidon, du lait, des os, de la viande. Après l'usage de la gomme ou du sucre, le chyle était clair, trao; parent, opalin, suivant Magendie (5), de même que selon L< uret et Lassaigne. Au reste, il est légèrement visqueux au toucher, et un peu plus pesant que l'eau. Quand il est parfaitement développé, il a une odeur analogue à celle du sperme ; sa saveur est faiblement salée, un peu douceâtre; il verdit légèrement les couleurs bleues végétales, ou se comporte comme une substance neutre.
4° Le chyle se compose d'un liquide limpide et de granules blancs, globuleux, dont la forme n'est cependant pa> parfaitement régulière , car Gurlt (6) les dit inégaux , presque déchiquetés sur les bords ; Schullz (7), Wagner (8) et Yalentin (9) les représentent comme ayant une surface granulée , et Valentin (10) leur assigne un noyau intérieur, dont l'exis-
(1) Krimer, Versuch einer Physiologie des Blutes, p. 122.
(2) Loc. cit., p. 156.
(3) Rech. sur la digestion, t. I, p. 30S, 318.
(4) lb., t. I, p. 276.
(5) Loc. cit., p. 391.
(6) Lehrbuch der vergleichenden Physiologie, p. 136.
(7) Das System der Circulation, p. 39.
(S) Zur verxjleichenden Physiologie des Blutes, t. II, p. 25.
(9) Pepertorium, t. II, p. 72.
tence est niée par Bischoff (1) . Leur volume est, chez l'homme, de 0,0040 ligne selon Wagner, (2) et 0,0024 suivant Valentin (3); chez les Mammifères , de 0,0005 à 0,0008 d'après Schultz, et de 0,0040 d'après Wagner ; chez les Chevaux, de 0,0036 selon Gurlt (4) ; chez les Brebis, de 0,0015 suivant Prévost et Le Royer (5) .Prévost et Dumas (6) avaient prétendu que ces globules sont de même grosseur que ceux du lait, du pus et des fibres musculaires ; mais Home et Mayo (7) ont irouvé qu'ils diffèrent beaucoup entre eux sous ce rapport : ainsi leur grosseur varie, chez l'homme , depuis 0,0009 jusqu'à 0,015 lignes d'après Krause (8) ; Bischoff dit que , dans le Chien, ils sont pour la plupart aussi gros que les globules du sang.
5° On découvre, en outre, la plupart du temps , des gouttelettes de graisse, transparentes et parfaitement sphériques, dont le volume varie chez l'homme, suivant Krause, et va jusqu'à 0,0055 ligne. Bischoff les dit plus petites et plus nombreuses que les granulations chyleuses proprement dites, chez le Chien. Selon Wagner, au contraire, elles sont plus rares, et souvent même on n'en aperçoit aucune trace (9).
6° Le chyle sorti des vaisseaux ne tarde pas à s'épaissir ; peu à peu, il se divise en partie solide, le caillot, et en partie liquide, le sérum. Brande dit qu'il devient une masse solide au bout de dix minutes, et que la séparation s'effectue dans le courant de vingt-quatre heures. Krimer (10) l'a vu, chez un Cheval nourri d'avoine, devenir semblable à de la gelée en douze minutes -, au bout d'une heure , il était séparé en caillot et en sérum : chez un Bœuf, il était en gelée au
(4) Muller, Archiv, 1838, p. 497.
(3) Bepertorium, L I, p. 278.
(4) Loc. cit., p. 138.
(5) BiJAiothèque universelle, t. XXVII, p. 233.
(6) 21., t. XVII, p. 300.
(7) Mayo, Outlines ofhuman physiology, p. 460.
(8) Handbuch der menschlichen Anatomie, t. I, p. 499.
(9) Loc. cit., p. 26. '
(10) fersuch einer Physiologie des Blutes, p. 421.
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bout de neuf minutes, et séparé nu bout de cinquante-deux. Krimer dit aussi que la coagulation a lieu jusque dans le canal ihoracique lié sur l'animal vivant, qu'elle s'y opère seulement avec plus de lenteur, surtout quand le canal demeure en communication avec le corps. Elle est plus rapide dans le j;az oxygène et plus lente dans le gaz hydrogène sulfuré. La nature des alimens influe sur elle : elle fut plus faible chez une Brebis nourrie de paille (1) ; chez un Poulain nouveau-né, qui n'avait que de la liqueur amniotique dans l'estomac , elle se réduisit à une simple formation de flocons blancs (2) ; chez un supplicié, elle ne s'était point encore accomplie le lendemain (3). Du reste, les granulations du chyle se retrouvent dans le caillot et dans le sérum, tandis que les gouttelettes de graisse se mêlent principalement à ce dernier(4). D'après les observations de Tiedemannet Gmelin (5), la proportion du caillot au sérum variait entre 1 : 20 et 1 : 94 chez les Chiens , les Chevaux et les Brebis ; elle était de 106 : 9894 chez un Cheval nourri d'avoine, et de 301 : 9699 chez un autre. Une nourriture de bonne qualité augmentait moins le caillot que le sérum et ses parties solides ; elle diminuait même le caillot et ses parties solides en général, probablement à cause du défaut d'habitude.
(1) Tiedemann et Gmelin, Recherches sur la digestion, t. I, p. 309.
(2) Gurlt, loc. cit., p. 138.
(3) Medicinisch-chirurtjischo Zeitung, 1813, t. II, p.J74. Ci) Schultz, Das Systemdcv Circulation, y. 42.
(5) Loc. cit., t. II, p. 89.
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