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SECOND CHIEN

35a DE LA DIGESTION.

d'une nourriture contenant de la graisse, elle affecte la forme de filamens irréguliers, larges ou arrondis, et qu'elle paraît être du chyle grossier. Brodie (1), Macdonald (2), Prout(3) et autres, le regardaient aussi comme du chyle. Quelques observateurs, Lallemand par exemple (4) , n'ont cependant jamais pu la trouver, ou, quand ils l'apercevaient bien distincte, ils voyaient en elle du mucus précipité de sa dissolution, ou enfin ils soutenaient, comme Berthold (5), qu'elle se détache de la membrane muqueuse, pour permettre à celle-ci d'absorber. En l'examinant au microscope, Heusinger l'a trouvée formée de gros grains et différente du mucus , de manière qu'elle lui semble être un mélange de mucus et de matière alimentaire. Sa consistance suffit pour prouver qu'elle ne saurait être absorbée comme chyle; mais peut-être n'est-elle qu'un chyle encore imparfait , que le mucus qui l'enveloppe met en contact plus immédiat avec l'intestin et ses villosités , afin qu'il puisse être absorbé.

2° Le chyle est caractérisé par ses réactions alcalines, tandis que le chyme est acide, ou tout au plus neutre, dans toute l'étendue de l'intestin grêle (§ 945, 4°). On peut donc conclure de là qu'un changement de substance a lieu dans le trajet et le long des vaisseaux lymphatiques.

3° L'albumjne du chyle peut provenir du chyme (§ 945, 5°), et, comme elle diminue dans ce dernier à mesure qu'on se rapproche de la partie inférieure de l'intestin grêle, il devient de plus en plus vraisemblable, d'après cette circonstance, que le chyle est absorbé par les vaisseaux lymphatiques. Rengger (6) nous apprend que, même chez les Insectes , le chyme contient de l'albumine, qui se retrouve dans le chyle. La matière extractive ( § 945 , 6°, 8° ) de ce dernier et sa graisse

(4) Froiiep, Notizen, t. IV, p. 478.

12) Meckel, Deutsches Archiv, t. VI, p. 563.

(3) Sclmeigger, Journal, t. XXVIIT, p. 231,

(4) Observations pathologiques, p. 85.

(5) Lehrbvch der Physiologie, t. II, p. 431.

(6) Physiologische Untersuchungen ueber die thierische Saushaltung der lnsekten, p. 15.

DE tA DIGESTION. 355 (§ 945, 9°) sont également , sans le moindre doute , un produit de la digestion intestinale.

4« Leuret et Lassaigne (1) n'ont point rencontré de fibrine dans le chyme. Cependant Werner (2) a remarqué que la matière blanchâtre qui adhère aux villosités de l'intestin grêle se coagule à l'air, et Prout a observé que , quand on expose à L'air le chyme tiré du duodénum , il devient plus consistant, puisse fluidifie de nouveau au bout d'une heure ou deux, de sorte qu'il semble qu'un germe de fibrine se produise dans l'iutesiin et se développe en pénétrant dans le système lymphatique.

o° Suivant Vauquelin et Marcet , le chyme contient plus de carbone que le chyle : mais cette différence pourrait fort bien dépendre de la bile mêlée avec le premier.

6° Home (3) avait vu une multitude de globules de la lymphe et quelques globules incolores du sang dans le mucus de la portion pylorique de l'estomac et du duodénum. Leuret et Lassaigne (4) son tinrent ensuite que la formation des globules du chyle est le point essentiel de la digestion. Constamment ils apercevaient des globules, en très-petit nombre dans l'estomac, innombrables dans l'intestin grêle, où ils étaient mêlés avec quelques corpuscules de volume indéterminé , et trèsnombreux aussi dans le gros intestin, où néanmoins la zone opaque avait plus de largeur ; ils remarquèrent que ces globules ressemblaient, pour le volume et la forme , à ceux du chyle qu'ils avaient refoulé dans la cavité intestinale par le moyen de l'eau injectée dans le canal thoracique. En conséquence , ils admirent l'identité des uns et des autres (5). Comme, enfin, ils rencontraient, dans l'intestin des Grenouilles et des Crapauds, desmonades (§§ 8, 4° ; 14, 8°), qui semblaient ne vivre que durant la digestion, ils considérèrent ces monades comme les analogues des globules chyleux des animaux à

(1) Lac. cit., p. 167.

(2) Scherer, Journal, t. VIII, p. 31.

(3) Lectures on comparative anatomy, t. III, p. 25.

(4) Loc. cit., p. 473.

(5) II., p. 107.

saug chaud , les crurent destinées à prévenir la putréfaction des alimens, et en présentèrent la formation comme étant le but essentiel de la digestion. Du reste, ils aperçurent aussi de ces monades dans le sang de la veine porte (1). Beaumont a découvert, dans le chyle humain, des globules de différente grosseur , ayant, comme ceux du sang, le centre transparent et le bord opaque (2). Gurlt (3) a trouvé des globules semblables à ceux du chyle dans l'intestin grêle d'un Poulain venu au monde depuis peu, et dont l'estomac ne renfermait que du liquide amniotique. Wagner (4) présume seulement qu'il se forme des globules de chyle dans l'intestin grêle, parce qu'il lui a semblé en apercevoir dans cet organe. Toutes ces obser- - vations paraissent plus ou moins douteuses. En effet, Leuret et Lassaigne (5) ont rencontré aussi dans le rectum , qui ne contient cependant pas de chyle , des globules ayant de l'analogie avec ceux de ce dernier, bien que pourvus d'une zone plus opaque et plus large. Ils en ont vu, non pas uniquement, ainsi que l'avait fait Beaumont (6), dans le produit de la digestion artificielle , tant avec du suc gastrique qu'avec du suc intestinal, mais encore dans une infusion aqueuse de pain, qui était demeurée pendant dix-huit heures en digestion à une température de dix-huit degrés. Simon (7) a également remarqué, dans l'albumine et le caséum soumis à la digestion artificielle , des globules qui n'avaient néanmoins pas d'analogie avec ceux qu'on rencontre dans le système lymphatique. Mais nous sommes en droit de douter qu'une formation de globules chyleux ait lieu dans le canal intestinal ; car les racines des vaisseaux lymphatiques sont closes et couvertes tant de membrane muqueuse que d'épithélium, de sorte qu'elles ne peuvent absorber que par endosmose, et qu'une masse grenue ne saurait pénétrer à travers leurs parois. Suivant Mul-

(1) lb., p. 173-177.

(2) Versuclie ueber den Magensaft, p. 138.

(3) Lehrluch der veryleichenden Physiologie, p. 138.

(4) hoc. cit., t. II, p. 28.

(5) hoc. cit., p. 202.

0»; | Millier, Archiv, 1839, p. 7.

DE LA DIGESTION. 355 1er (1), qaelques-uns des granules du chyle sont plus volumineux même que les globules du sang; donc, s'ils s'étaient insinués à travers l'intestin, les ouvertures qui leur auraient livré passage devaient être vi.-ibles, et assez grandes pour admettre d'autres parties aussi du chyme : la couleur blanche qu'on a remarquée au chyle et au sang , chez* les jeunes animaux qui tètent encore, ne pourrait pas provenir de globules introduits à travers les parois intestinales, et elle dépend de la graisse. Chez les Insectes, le chyle, qui constitue en même temps le liquide réparateur et nourricier, n'est point contenu dans des vaisseaux particuliers ; il traverse les parois du tube intestinal, ainsi que le tissu qui a besoin d'être nourri , de sorte que , d'après Suckow (2) , il ne contient pas de globules semblables à ceux qu'on observe dans le sang du vaisseau dorsal. Nous devons donc admettre, avec Schultz (3), que les granules du chyle ne commencent à apparaître que dans l'intérieur des vaisseaux lymphatiques.

7° (Quand on a étendu d'eau le chyme complet de l'estomac, sans le filtrer, et qu'on l'examine au microscope, on y aperçoit des corps globuleux très-divers, dont les plus petits ont quelque analogie avec les granules de la lymphe, d'autant plus que les inégalités de leur surface leur donnent une apparence granulée dont j'ai été frappé chez les Chiens, surtout après qu'ils avaient été nourris avec du pain ; mais ces corps, en quelque sorte analogues aux granules du chyle ou de la lymphe, ressemblent tellement aux plus gros, pour la forme et l'aspect, et ceux-ci, à leur tour, font si évidemment le passage aux grosses masses informes dont on ne saurait méconnaître la nature, que je ne puis me dispenser de regarder les uns et les autres comme des restes non encore digérés d'alimens. Ce qui a contribué encore à m'en convaincre, c'est que, quand on fait aller et venir la plaque de verre qui les couvre, ces corps changent aisément de forme, ou même se réduisent en morceaux. Indépendamment d'eux, on trouve

(4) Handbuch dor Physiologie, t. I, p, 540.

(2) Hensinger, Zeitschrift fuer die organische Physik, t. I, p, C03.

(3) De alimentor, cancoct., p. 69.

dans le chyme des corpuscules obscurs , d'apparence également granulée, et de l'orme arrondie ou oblongue, qui ne peuvent sans doute être autre chose que des noyaux de cellules d'épithélium, ou des particules de glandes mucipares. La masse mucilagineuse et visqueuse qui entoure une pelote d'alimens dans l'estomac laisse voir aussi, au microscope, des corpuscules obscurs semblables à ceux-là ; du reste, elle est absolument homogène et amorphe. Six ou huit heures environ après que les Chiens ont pris des alimens, on trouve dans leur intestin grêle une substance visqueuse, et d'un gris blanchâtre, qui adhère à la membrane muqueuse. Cette substance, délayée avec de l'eau, demeure en grande partie insoluble, et laisse apercevoir au microscope d'épais filamens blancs, qui consistent en une masse homogène , un peu grenue de distance en distance. Si l'on verse du vinaigre sur ces filamens, ils paraissent, au total, limpides et incolores; mais on découvre en eux quelques corpuscules épars, les uns arrondis , les autres oblongs, que je crois devoir considérer également comme des noyaux de cellules d'épithélium. La poriion de cette substance grisâtre que l'eau a enlevée ou dissoute contient, outre de nombreuses gouttes d'huile, des granules, qui sont clairs, inégaux à la surface, et assez semblables à ceux du chyle, tant pour le volume que pour les autres caractères, mais qui en diffèrent essentiellement , parce que la dessiccation rend leur surface lisse d'une manière uniforme, tandis qu'elle fait ressortir davantage les granulations des corpuscules du chyle. Je suis donc tenté de les regarder comme des particules non encore totalement dissoutes d'alimens. Indépendamment des granules, il y a encore beaucoup de corpuscules beaucoup plus petits, dont le volume varie du huitième au dixième de celui d'un granule chyleux de moyenne grosseur, à un grossissement de trois cents diamètres. Ces corpuscules ressemblent à des perles rondes, et à un grossissement de cinq cents diamètres, ils représentent des grains solides, d'une leinie faiblement jaunâtre, et d'une forme non régulièrement sphérique. Ceux-là sont analogues en tous points aux granules que je voyais se reproduire quand je mêlais avec de la bile fraîche du chyme liquide provenant de l'esiomac, et je ne puis

faire autrement que de les considérer comme des globules du chyle non encore parvenus à leur complet développement. Au reste, ces granules ne sont pas solubles, du moins rapidement, dans l'eau, le vinaigre et l'éther ; et après la dessiccation du liquide, on peut encore les apercevoir pendant long-temps sur la plaque de verre. Enfin, la membrane muqueuse de l'intestin grêle offre encore çà et là des grumeaux de caillot jaunâtre ou verdâtre, qui se sont indubitablement précipités de la bile, et qui laissent apercevoir au microscope de petites paillettes brunâtres ou noirâtres, semblables à celles que j'avais déjà reconnues auparavant dans la bile) (1).

8° Tout dans la nature s'accomplit peu à peu. Il est donc déjà invraisemblable de soi-même .'qu'il puisse se former plus que le germe du chyle dans l'intérieur de la cavité intestinale, qui n'est, au fond, qu'une surface extérieure du corps. Les observations ont déjà démontré depuis longtemps (2) que ce sont les villosités intestinales qui absorbent le produit de la digestion, et comme la substance muqueuse blanchâtre s'attache surtout à elles, nous devons conjecturer que cette substance renferme le chyle rudimentaire.

D'autres phénomènes donnant aussi à penser qu'une transformation de substance a lieu toutes les fois qu'un liquide passe à travers un tissu organique dense (§ 881 ) , nous sommes fondés à croire qu'en traversant les parois de l'intestin et des vaisseaux lymphatiques, le chyle devient alcalin sous l'influence du sang contenu dans les vaisseaux capillaires avoisinans, qu'il se développe de la fibrine, et que le liquide devient ainsi apte à produire des globules. Valentin (3) partage au fond la même manière de voir ; seulement, il admet la possibilité d'un détour que le produit de la digestion ferait à travers les vaisseaux capillaires des villosités intestinales. Si, dit-il, la portion dissoute du chyme pénètre dans les vaisseaux sanguins, et que ceux-ci sécrètent le chyle dans l'intérieur des vaisseaux lymphatiques, il résulte de là que ce li-

(1) Addition d'Ernest Bnrdnch.

(2) Haller, Elem. phytiol., \. VIT, p. 2S.

(3) Millier, Archiv, 483'J. p. 179.

quidedoit, à l'instar d'une sécrétion glandulaire, être toujours le môme, quelle que puisse être la nature du chyme.

II. La proportion du chyle aux alimens ingérés n'est pas la même partout.

1° D'abord, le chyle contient les parties constituantes et organiques des alimens ; il en a donc extrait de l'eau et des sels. On remarque aussi qu'il varie pour la couleur, la coagulabilitéel la composition, suivant la proportion de leurs matériaux organiques. Cependant il ne suit pas de là que ces substances soi< nt réellement passées en lui, puisqu'elles peuvent, par leur influence sur l'action vitale, avoir imprimé une direction telle à l'acte de la digestion, que son produit ait pris une forme et une nature déterminées. On ne remarque, dans le chyle, aucune trace des propriétés particulières des alimens, telles que couleur, odeur, saveur. Plusieurs de leurs principes immédiats, comme la gomme, l'amidon, la matière caséeuse, ne s'y trouvent également point. Fordyce a vu le chyle parfaitement identique chez un Chien qui n'avait mangé que de la viande et chez un autre qui n'avait été nourri que de matières farineuses.

2° Parmi les principes constiluans particuliers au chyle, la graisse surtout semble provenir des alimens. Magendie (l)a remarqué qu'il n'est lactescent, c'est-à-dire qu'il ne contient de la graisse ( § 949 ) , qu'autant qu'il provient d'alimens gras. Suivant Leuret et Lassuigne (2) , il contient la graisse qui existait dans les matières alimentaires. Tiedemann et Gmelin disent également (3) que la graisse y passe sans subir la moindre décomposition ou combinaison, puisqu'il paraît d'autant plus lactescent que les alimens sont plus gras, et qu'il contient peu de graisse chez les animaux à jeun. Schlemm (4) a trouvé le sang blauchà're et son sérum tout blanc chez de jeunes Chats qui avaient tété peu de temps auparavant. Meyer (5) a fait la même remarque sur de jeunes Chiens à la

(1) Précis élément., t. II, p. 156.

(2) hoc. cit., p. 158.

(3) Rech. sur la digestion, t. II, p. 93.

(4) Froriep, Notizen, t. XXV, p. 422.

(5) lb., t. XXVI, p. 227.

DE Lk DIGESTION. 35g

mamelle. Il a trouvé un liquide blanc dans les vaisseaux lymphatiques, et il s'est convaincu que ce n'était pas du chyle, car ce liquide, exposé à l'air, ne se coagulait point, ne rougissait point ; il ne contenait pas non plus la matière caséeuse du lait, car, ni le suc gastrique, ni l'acide acétique, n'en opéraient la coagulation. C'était donc tout simplement la graisse du lait, que les vaisseaux lymphatiques de l'intestin avaient absorbéeet charriée dans le sang. Mais cette observation ne prouve point que la nourriture détermine essentiellement et nécessairement la proportion de graisse contenue dans le chyle ; loin de la même, nous avons plus d'un motif d'éleverdes doutes contre une telle hypothèse. En premier lieu, il résulte d'une remarque de Yauquelin, rapportée précédemment (§949), que la graisse du chyle diffère de celle des alimens. Ensuite il n'y a point de proportion fixe entre l'une et l'autre. Les alimens gras n'engraissent pas parce qu'ils sont chargés de graisse; une nourriture maigre, pourvu qu'elle soit suffisante, et que la digestion s'en fasse bien, peut procurer de l'embonpoint ; un régime végétal, de bonne qualité et abondant, engraisse les hommes pluiôt qu'un régime animal riche en graisse, et sous ce rapport, on remarque une différence analogue entre les animaux herbivores et les carnassiers. La formaiiou de la graisse est fort abondante chez les Chenilles, bien que les feuilles dont ces larves se. nourrissent n'en contiennent pas. Le chyle n'est point lactescent chez les Oiseaux, qui engraissent avec tant de promptitude, et il lui arrive souvent, d'après Wagner (1), de ne pas contenir une seule gouttelette de graisse, bien que la nourriture soit aussi grasse que possible , qu'elle consiste, par exemple, en lait et en beurre. Prout n'y a pas trouvé plus de graisse chez un Chien nourri de viande, que chez un autre dont la nourriture avait été exclusivement végétale (2). Leuret et Lassaigne ont remarqué des traces de graisse chez des Chiens qui n'avaient pris que de la gomme depuis un jour et demi (3). Le chyle des vaisseaux lymphatiques de l'intestin grêle fut trouvé blanc par

(4) Loc. cit., t. H, p. 26.j

(2) Schweigger, Journal, t. XXVIII, p. 229.

(3) Loc. cit., p. 167.

Tiedemann (1), et son sérum lactescent, chez un Chien qui n'avait mangé que du blanc d'œuf durci depuis seize heures, et l'on ne saurait guère admettre que la grande quantité de graisse [qu'il, contenait provînt du peu de jaune qui avait pu rester adhérent au blanc. Du reste, le chyle des Chiens était aussi plus au moins blanc après l'alimentation avec de la fibrine (2), de la colle (3), du fromage (4) et de l'amidon (5). On est donc fondé à demander s'il ne peut point aussi se former de la graisse par l'effet de la digestion. Home est allé trop loin assurément, lorsqu'il a prétendu qu'elle ne saurait être le résultat d'une sécrétion du sang, et qu'elle prend exclusivement naissance dans le canal intestinal; mais si, confians dans l'analyse de Werner , nous avons combattu précédemment ( § 875 ) la possibilité de la production de la graisse par le travail de la digestion, nous devons avouer ici que nous soutenions une erreur. Schultz (6) admet cette formation de graisse, parce qu'il croit avoir remarqué des stries huileuses dans le chyme, et que le chyle ne lui a point offert de gouttelettes de graisse chez les animaux à jeun. Il résulte aussi des observations rapportées plus haut, que des gouttes de graisse ont été vues non-seulement dans le chyme formé sans alimens gras (§ 350, 7°), mais encore dans la dissolution d'albumine concrète par le suc gastrique artificiel (§ 941). Il paraît donc à peu près certain que la digestion produit, outre de l'albumine et de la matière extractive, de la graisse qui passe dans le chyle, où elle semble se concentrer surtout dans les globules et prendre part à la forme granuleuse qu'ils affectent (§ 949). Or, il est bien concevable que les substances dont l'organisme a la faculté de déterminer la formation pendant la digestion , puissent passer aussi dans les vaisseaux lymphatiques, lorsque les alimens les lui offrent toutes formées.

(1) Rech. sur la digestion. Paris, 4827, t. I, p. 482.

(4) Loc. cit.. p. 495.

(5) Loc. cit., p. 499, 204, 204. — Raspail, Nouveau système de chimie organique, Paris, 1838, t. II, p. 494 et suiv.

(6) Das System der Circulation, p. 69.

3° De ce que l'osmazome est peu abondant chez les animaux à jeun, Tiedemann et Gmelin concluent (<1) que ce principe constituant du chyle provient du canal intestinal ; d'après cela, ils admettent incontestablement que l'osmazome se produit dans l'intestin , puisqu'il n'y en a pas dans les végétaux , et que le chyle des animaux herbivores en est dépourvu.

4" Les mêmes physiologistes admettent que la fibrine du chyle n'est pas produite aux dépens des alimens , mais qu'elle provient du sang , attendu que la lymphe des animaux à jeun en contient davantage que le chyle auquel la nourriture donne naissance (2). Par la même raison, suivant eux, l'albumine et la ptyaline doivent également tirer leur source du sang (3). Cependant cela supposerait qu'avant d'entrftr dans les ganglions lymphatiques du mésentère, le chyle ne contient que de l'osmazome et de la graisse , et n'est point coagulable , ce que l'expérience contredit ; il s'ensuivrait aussi que ce liquide reçoit du sang une quantité d'albumine et de ptyaline hors de toute proportion avec le volume et la texture des ganglions lymphatiques , enfin que la fibrine , l'albumine et la ptyaline se forment uniquement dans le sang , ce qui paraît être contraire à tous les faits observés. Les phénomènes rapportés précédemment (§§ 942, 945, 949) donnent à penser que la digestion produit immédiatement et principalement de l'albumine , comme l'admettent Vauquelin , Hatchel , Halle , Treviranus, Prout et Marcet, et qu'elle donne naissance en outre à de l'extraclif, à de la graisse, à un rudiment de fibrine. Suivant Schultz (4), l'eau du sang (§ 664), c'est-à-dire la portion limpide du sang, à laquelle il donne le nom de plasma, serait, avec la graisse , la base du sang produit par la digestion.

4° Mais c'est la force vivante de l'organisme qui transforme la matière contenue dans les alimens d'une manière corres-

(1) Loc. cit., t. II, p. 100.

(2) Loc. cit., t. II, p. 90.

(3) Loc. cit., t. II, p. 99.

(4) Vas system der Circulation, p. 69.

pondante à sa nature. Aussi, généralement parlant, le chyle demeure-t-il le même en toutes circonstances : suivant Wagner (1), ses granulations ne diffèrent pas, chez les carnivores, de ce qu'elles sont chez les herbivores. Chez tous les animaux, et après quelque nourriture que ce soit , il contient toujours, comme le disent Leuret et Lassaigne (2), de la fibrine, de l'alb urnine, de la soude, du chlorure de sodium et du phosphate de chaux. La proportion, non-seulement de ses principes immédiats (3), mais encore de ses principes élémentaires , est aussi la même à peu-près , malgré la diversité des alimens. D'après Macaire et Marcet (4), il se composait des élémens suivans :

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