‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 48 sur 134 · CHEZ LES CHIENS. CHEZ LES CHEVAUX · texte numérisé non relu

CHEZ LES CHIENS. CHEZ LES CHEVAUX

Nourriture animale. Nourriture végétale.

Carbone. 552 550

Oxygène 259 268

Hydrogène 66 67

Azote 110 110

Ce qu'il y a de remarquable surtout, c'est l'identité de la proportion d'azote , car bien qu'on ait démontré la présence de cet élément dans 1 albumine végétale, il existe en bien moins grande quantité dans les herbes que dans la viande.

§ 951. La digestion est accomplie par les liquides sécrétés qui se mêlent avec les substances alimentaires. Or le suc intestinal ne diffère pas essentiellement du suc gastrique. Cependant il ne se forme pas de chyle dans l'estomac , et il ne s'en produit que dans l'intestin. Il faut donc, ou que l'intestin mène la digestion à son but en continuant d'exercer une action semblable à celle de l'estomac , ou que , par l'addition de la bile et du suc pancréatique, il détermine une élaboration spéciale du produit de la digestion stomacale , et forme le chyle aux dépens de ce produit. Ce dernier cas est en luimême le plus vraisemblable, et quand on réfléchit surtout à la nature toute particulière de la bile , on se sent entraîné

(1) Loc, cit., p. 27.

(2) Loc. cjf., p. 158.

(3) Krimer, fersuch einer Physiologie des Blutes, p. 131.

(4) Annales de chimie, p. 377.

vers l'hypothèse qui lui attribue une part essentielle à la chyliheation.

L Cependant l'autre hypothèse compte des partisans depuis les temps les plus reculés (1).

1° On se fonde sur ce que la bile est une matière excrémentitielle , dont l'élimination sert au maintien de la composition normale du sting (2). Mais ce caractère n'exclut pas la possibilité qu'elle influe sur la digestion , puisqu'en général il n'y a point de différence absolue entre ,les produits sécrétoir s et les produits excrémentitiels.

2° On dit aussi que le volume du foie et la quantité de la bile, chez les divers animaux, ne sont en proportion ni du besoin que ceux-ci éprouvent de nourriture , ni de la rapidité de leur digestion. Les Mammifères et les Oiseaux prennent leurs alimens à des époques plus rapprochées que les animaux à sang froid , les digèrent avec plus de promptitude , et ont cependant un foie plus petit (3). Mais, généralement parlant, les conclusions qu'on tire du volume d'un organe à l'égard de ses fonctions, manquent de certitude. Ensuite le rapport de la bile à l'excrétion peut l'emporter, chez les animaux inférieurs, sans qu'il s'ensuive que ce liquide n'influe point sur la digestion. Enfin on peut dire, avec Treviranus (4), que le volume du foie est proportionnel , non à la quantité de la nourriture , mais à la force de l'assimilation, qui doit être évaluée d'après l'énergie du pouvoir reproducteur.

3° Après avoir été obligé de concéder que les canaux sécrétoires qui s'abouchent dans la portion du canal intestinal destinée à l'éjection, chez les Insectes, ne sont point de véritables organes biliaires (,§ 804, 6°), on a dit que, chez plusieurs Mollusques, il n'y a qu'une petite portion de la bile qui se rende dans la partie supérieure de l'intestin, le reste se versant ou dans le cœcum ou au voisinage de l'anus (5).

(d)Haller, Elem. physiol.. t. VI, p. 615.

(2) Tiedemann, et Gmelin, Rech. sur ladiyestion, t. H, p. 58.

(4) Bioloyie, t. IV, p. 420.

(5) Tiedemann et Grnelin, Zcc. cit., t. II, p. 63.

Cependant il ne suit de là rien autre chose , sinon que la bile est en partie aussi une matière excrémentilielle. Du reste, Muller(l) a élevé des doutes relativement à la question de savoir si le conduit qui s'ouvre auprès de l'anus vient réellement de la substance du foie et charrie de la bile.

4° Suivant Fordyce , la digestion peut s'accomplir alors même que le conduit qui amène la bile est obstrué , et Blundell a trouvé (2) ce canal terminé en cul-de-sac chez un enfant de deux ans et demi, qui était atteint de la jaunisse , mais qui avait pris un rapide développement , et dont le corps offrait assez d'embonpoint. Magendie a vu du chyle blanc se former après la ligature du canal cholédoque. Leuret et Lassaigne (3) lièrent ce canal chez un Chien, nettoyèrent, au bout de quatre heures , l'intestin avec deux onces d'huile de ricin , donnèrent , douze heures après , de la soupe au lait , répétèrent cette dernière opération deux autres fois , à des intervalles égaux , et mirent l'animal à mort huit heures après la prise de la dernière portion ; le canal thoracique regorgeait d'un liquide rouge jaunâtre , presque transparent, qui contenait de l'albumine. Tiedemann et Gmelin (4) ont fait des expériences analogues , ainsi que Benjamin Philipps (5).

Mais d'abord quelques-unes de ces observations prouvent trop , car si la nutrition a pu continuer pendant long-temps de s'exercer sans trouble , tandis que la bile n'affluait point dans l'intestin , cette bile retenue n'avait porté aucun préjudice à la vie , et ne s'était par conséquent pas montrée matière excrémentitielle. Ensuite , il serait bien possible que la portion de bile qui est nécessaire à la formation du chyle , parvînt au produit de la digestion par une autre voie , celle de l'intestin ui étant interdite. Tiedemann et Gmelin (6) ont trouvé les vaisseaux lymphatiques du foie jaunes, et ils ont reconnu la

(1) Handbueh dèr Physiologie, t. I, p. 151.

(2) Mayo, Outlines of human physiology, p. 133.

(3) Loc. cit., p. 148.

(4) Loc. cit., t. II, p. 3 et suiv.

(5) Arcliiv. (jènèr., 2' série, t. II, p. 104. {6) Loc. cit., t. II, p. 49.

DE LA DIGESTION. 565 présence des principes constituans de la bile , tant dans le contenu du canal thoracique que dans le sang. Ce sang bilieux ne pouvait-il donc pas fournir, dans l'intestin , une sécrétion capable d'agir à l'instar de la bile? Mais, enfin, il est trèsdouteux que le liquide trouvé dans le système lymphatique fût réellement du chyle. Tiedemann et Gmelin ont pratiqué dix fois la ligature du canal cholédoque sur des Chiens ; l'expérience a manqué deux fois , parce qu'il s'était formé un nouveau canal cholédoque (1) ; dans deux autres, il n'est rien dit de l'état des vaisseaux lymphatiques (2) ; dans cinq , le canal thoracique contenait un liquide jaunâtre , limpide et transparent (3) -, une seule fois, chez un Chien qui avait pris du lait , dont la graisse avait probablement été absorbée , le chyle offrait une couleur blanche (4). Or, comme nous ne pouvons pas admettre (§§ 849, 950 ) que la couleur blanche n'est point essentielle au chyle, et qu'elle lient uniquement à la graisse contenue dans les alimens(5), nous sommes forcés de croire que le liquide en question n'était pas du chyle parfait, mais plutôt de la lymphe résorbée, et comme il contenait plus de fibrine qu'on n'y en trouve ordinairement (6), il ressemblait aussi en cela au contenu du canal thoracique , tel qu'il nous apparaît sans digestion et chez les animaux qui n'ont pas pris de nourriture (§ 916 , 1°).

IL Plusieurs motifs parlent en faveur du concours de la bile à la formation du chyle.

1° Tels sont d'abord les phénomènes qui ont lieu quand ce liquide ne peut couler dans l'intestin. Chez les sujets atteints de jaunisse , la digestion languit , l'appétit diminue , ainsi que la nutrition et la force musculaire. Le canal cholédoque est rarement alors complètement obstrué , et la couleur blanche des matières alvines ne saurait suffire pour prouver qu'il n'arrive point de bile dans le duodénum. Mais quand tout abord est

(1) Loc. cit., t.n.p. 12, 27.

(2) Loc. ci/., t. II, p. 25, 27.

(3) Loc cit., t. H, p. 5, 13, 19, 22, 36.

(4) Loc. cit., t. H, p. 25.

(o) Loc. cit., t. II, p. 56.

(6) Loc. cit., t. II, p. 88.

interdit à ce liquide , l'amaigrissement arrive à un haut degré , et si la vie peut encore se maintenir pendant quelque temps, c'est parce qu'un produit incomplet de la digestion, formé peut êlre sous l'influence du sang chargé de bile , remplace tant bien que mal le chyle. Brodie , ayant lié le canal cholédoque sur de jeunes Chats, trouva le chyme sans changcmeut : il était seulement un peu moins fluide dans la partie inférieure de l'intestin grêle , mais le liquide contenu dans les vaisseaux lymphatiques du mésentère était incolore et clair comme de la lymphe (1). Mayo n'a point trouvé non plus de chyle chez trois jeunes Chats et deux jeunes Chiens auxquels il avait pratiqué la ligature du canal thoracique , après vingt-quatre heures de jeune, et donné ensuite de la nourriture ; le chyme contenu dans l'intestin grêle ne différait point de celui que l'estomac renfermait (2).

2° Le canal cholédoque s'ouvre à une grande distance de l'anus , et dans l'endroit précisément où la chylifîcation commence. Werner a vu les villosités de l'intestin grêle couvertes , à partir de son orifice , de la matière blanchâtre dont il a été parlé plus haut (3). Prout a reconnu que le chyme contient peu d'albumine au commencement du duodénum , et que la quantité de celte substance va toujours en augmentant jusqu'à six pouces au dessous de l'intestin (4). C'est aussi au commencement du jéjunum que le chyle commence la plupart du temps à paraître , d'après Home (5). On ne saurait croire qu'une matière purement excrémentitielle soit déposée si loin de la surface extérieure , dans un point précisément d'une si haute importance pour la formation du sang , et qu'un pur h isard seul amène la coïncidence de l'abouchement du canal cholédoque avec l'emplacement où commence la chylification.

3° La bile , en vertu du sa grande tendance à la décompo-

(4) Froriep, Nolizen.t. IV, p. 177.

(2) Archives générales , t. XII, p. 439.

(3) Scherer, Journal, t. VIII, p. 31 .

(4) Schweigger, Journal, t. XXVIII, p. 207, 230.

(5) Lectures on comparative anatomy, t. III, p. 25.

sitioD, est très-propre à réagir chimiquement sur le chyme ; elle réunit toutes les conditions requises pour éprouver ellemême et déterminer dans ce dernier une transformation de substance. On la voit perdre sa teinte claire en parcourant la longueur de l'intestin , et devenir d'un jaune foncé ou verdàtre (1). Tiedemann etGmelin (2), ayant ouvert le corps d'un Chien qui jeûnait depuis quatorze heures, ont trouvé , dans le tiers supérieur de l'intestin grêle , un liquide jaune , amer, muqueux et acide , qui offrait des flocons verts dans le second tiers , tandis que , dans le troisième , il ne présentait qu'une couche de boullie consistante, d'un blanc rougeâtre et à peine acide. Voici quelle était, suivant Collard de Martigny (3), la composition , chez un Chien mort de faim , de la bile renfermée dans la vésicule, et du liquide jaune verdâlre qui existait dans l'intestin.

Ainsi, à part quelque peu de perte en eau et en sels, le contenu de la bile avait acquis un peu de matière jaune , davantage de résine , et une grande quantité surtout de picromel. Magendie croit même (4) que le liquide demi-transparent et un peu lactescent qu'il a trouvé dans les vaisseau x lymphatiques intestinaux de Chiens restés sans nourriture pendant douze à trente six heures , était un chyle formé de bile et de sucs intestinaux.

4» Ce qui rend déjà vraisemblable que la bile est décomposée et employée en partie à la formation du chyle, c'est que la quantité journellement sécrétée de ce liquide paraît être supérieure à celle des matières fécales, dont elle ne fait cependant qu'une partie. En effet , quoique Haller évalue trop haut la sécrétion journalière de la bile ( § 826, 1°), elle n'en

(1) Raspail, Nouveau syst. de chimie organique, t. III, p. 265.

(2) Rech. sur la digestion, t. I, p. 93.

(3) Journal de Magendie, t. VIII, p. 156.

(4) Précis élément., t. II, p. 461.

Bile.

Liquide intestinal.

Matière jaune 450

Picromel 457

Eau et sels 9200

Résine 473

est pas moins considérable relativement aux déjections alvines , qui ne s'élèvent qu'à cinq onces environ ; car , outre que la vésicule contient près d'une once et demie de liquide , et qu'elle se vide pendant le repas , il n'en coule pas moins continuellement une certaine quantité de bile dans l'intervalle des repas. Mais Fourcroy avait déjà reconnu qu'en se mêlant avec le chyme , la bile détermine une précipitation , qu'une partie de ce liquide passe dans le chyle , et que le reste s'échappe avec les excrémens. D'après les recherches deTiedemann et Gmelin (i), ce sont la résine, la graisse, la matière colorante , le mucus et les sels de bile qui sortent avec les excrémens , tandis qu'on ne retrouve ni son picromel , ni son osmazome, ni son acide cholique dans ces derniers. Or, comme le chyle contient bien de l'osmazome , mais ne renferme ni picromel , ni acide cholique , il faut que ces deux substances aient été décomposées pendant la chylificalion. Au reste , Prout (2) avait déjà reconnu que ce n'est pas la matière biliaire proprement dite qui passe dans le chyle , mais d'autres parties constituantes de la bile. Lassaigne (3) et Vauquelin se sont également convaincus qu'aucun des matériaux de celte dernière ne se retrouve dans le sang. Cependant Beudant prétend que le sang , même à l'état sain , contient de la matière biliaire jaune (4).

5° Chez les animaux à jeun, la vésicule reçoit une partie de la bile. Cette dernière se concentre pendant le séjour qu'elle y fait , puis s'épanche, ainsi concentrée, et tout à la fois, après qu'il s'est formé du chyme dans l'estomac. Cette manière de se comporter annonce qu'elle concourt à la digestion. Quoique la présence de la vésicule biliaire offre beaucoup de variétés chez les animaux , ce réservoir semble cependant exister surtout chez ceux qui ne trouvent leur nourriture qu'à de longs intervalles , et qui alors en prennent une grande quantité à la fois , par conséquent chez les carni-

(1) Rccherchis sur la digestion, t. II, p. 55, 58.

(2) Loc. cit., t. XXVIII, p. 233.

(3) Rech. sur la digestion, p. 160.

(4) Froriep, Neue ISotisen, t. V, p, 109.

vores , au lieu qu'il manque chez ceux qui trouvent presque partout de lu nourriture, et qui passent une grande partie de la journée à manger , comme les herbivores. Si la vésicule manque , au dire de Rapp , chez les Cétacés carnivores , tandis qu'elle existe chez ceux qui vivent de matières végétales , la cause de cette particularité est probablement la même , puisque la nourriture des Cétacés herbivores est plus rare dans la mer que celle des carnivores , qui rencontrent partout de petits animaux en abondance.

6° Chez beaucoup d'animaux on trouve presque toujours dans l'estomac un peu de bile, qui s'y introduit quand ces êtres sont à jeun. Réaumur (1), Spallanzani (2), Leuret et Lassaigne (3), l'ont remarqué chez des Oiseaux ; Bichat, Tiedemann et Gmelin (4), chez des Chiens. Il n'est pas rare non plus, chez l'homme, de voir la région pylorique colorée en jaune par de la bile hépatique , tandis que la bile de la vésicule ne pénètre dans l'estomac qu'à la suite d'efforts de vomissemens considérables et prolongés. Helm et Beaumont ont vu ce passage s'opérer chez les sujets atteints de fistules stomacales , le premier par l'effet des secousses de la voiture et autres mouvemens violens (5), le second , par celui d'une pression exercée sur l'hypocondre droit, comme aussi par l'irritation de la région pylorique au moyen d'un tube en gomimî élastique ou de la boule d'un thermomètre (6). Beaumont trouvait ordinairement de la bile dans l'estomac après l'usage prolongé d'alimens gras , et il croyait avoir remarqué que la digestion s'accomplissait alors avec plus de facilité (7).

7° Le chyme contient des bulles d'air après que la bile a pénétré dans l'intestin (§ 945 , 4° ; 947, 1°). Il s'est donc évidemment opéré là une décomposition. (Le chyme d'un Lapin tué six heures après qu'il eut mangé abondamment, fut

(I ) Ilist. de l'Acad. des se, 1752, p. 480. [j

(2) OEutres, t. II, p. 451.

(3) Loc. cit., p. 145.

(4) Loc. cit., t. I, p. 96.

(5) Zwoj Krankengeschichte, p. 11.

(6) Neu» Vcrsucbe v.eber den Maycvsaft, p. Il, 64, 0) p. 63.

étendu d'eau, et passé à travers un linge fin; il donna ainsi un liquide jaunâtre et légèrement trouble. Le microscope fit apercevoir dans cette liqueur quelques petits corpuscules anguleux, un peu allongés, de couleur foncée et d'aspect granulé , qui furent considérés comme des noyaux de cellules d'épithélium ; on y découvrit , en outre , de nombreuses gouttelettes d'huile , qui pouvaient bien avoir , terme moyen, la moitié du volume des globules de la lymphe. A ce liquide, dont la quantité était d'environ trois onces, on ajouta deux gros de bile fraîche du même animal ; sur le champ, il s'opéra une effervescence à peine sensible, avec un mouvement général de la liqueur , et il parut des flocons , qui toutefois disparurent sur-le-champ , de sorte qu'on ne put pas les examiner au microscope. Une goutte de liquide , portée sous le microscope pendant l'effervescence même, montra une grande quantité de très-petites gouttelettes d'huile , faciles à distinguer d'une foule de granulations solides, qui, à un grossissement de trois cents diamètres , sembLient sphériques. Après que le mouvement général se fut apaisé , ces grauules solides parurent un peu colorés, et à un grossissement de cinq cents diamètres , ils n'avaient pas une forme régulièrement globuleuse : la plupart égalaient en volume la sixième et quelques-uns la dixième partie seulement d'un globule lymphatique normal. D'abord ils nagèrent librement çà et là, puis ils se réunirent par groupes , qu'on distinguait à l'œil nu sur la plaque de verre, après la dessiccation. Les vésicules dégraisse avaient, entièrement disparu , ou du moins étaient devenues fort rares. Après vingt- quatre heures de repos, la liqueur, qui paraissait olivâtre depuis l'addition de la bile, se partagea en trois couches , dont la supérieure était d'un vert pur et parfaitement limpide , et la moyenne olivâtre et trouble ; l'inférieure représentait un sédiment jaunâtre. Le microscope ne fit reconnaître dans la première que de nombreuses gouttelettes d'huile , de grosseur diverse ; le sédiment était composé de lamelles ou d'écaillés un peu colorées, à texture sensiblement grenue, dont le volume égalait à peuprès la moitié de celui des globules du sang. La couche moyenne ne put point être observée isolément ; elle parais-

sait être un mélange des deux autres) (1). Beaumont (.2), ayant retiré le chyme de l'estomac de son malade , après qu'il avait pris du gibier rôti et du vin , le trouva de couleur brunâtre ; l'addition de la bile lui donnait un aspect laiteux, et y faisait naître des flocons blancs, ainsi qu'un précipité brun clair.

8° La graisse ou l'huile se dissolvait plus facilement dans le suc gastrique, quand on ajoutait de la bile (3). Une dissolution de viande dans du suc gastrique préparé par digestion artificielle , se séparait , par l'addition de la bile, du suc pancréatique et de l'acide chlorhydrique affaibli, en un liquide ayant l'apparence du petit lait , et qui semblait être un chyle imparfait, une pellicule crémeuse à la surface, et un sédiment brun rouge (4). Dans un cas analogue, l'addition de la bile obtenue par le vomissement, détermina une légère effervescence ; il se produisit un petit caillot et uu précipité jaune (5). La bile, versée dans le suc gastrique seul, ne donnait lieu à aucun précipité (6). Suivant Leuret et Lassaigne (7), le pain se ramollit plus vile dans du suc intestinal contenant de. la bile , que dans du suc gastrique pur.

9° Le liquide digestif artificiel préparé par Purkinje et Pappenheim (8), se montrait inerte quand on y avait ajouté de la bile , et ne dissolvait pas l'albumine cuite. (La bile fraîche ajoutée à la liqueur digestive préparée avec la membrane muqueuse stomacale , de l'eau et de l'acide chlorhydrique , non-seulement ne favorise pas , mais même retarde la dissolution des substances sur lesquelles l'action de ce liquide s'exerce d'ailleurs de la manière la plus évidente , comme l'albumine et la viande. Peu importe, sous ce rapport, que l'addition de la bile ait lieu avant ou après le commencement de la dissolution. Cet effet ne doit pas surprendre

(1) Addition d'Ernest Burdach.

(2) Loc. cit., p. 149.

(4) lb., p. 82, 446.

(5) lb., p. 200.

(6) lb., p. 448.

(7) Recherches mut la diijestion, p. 145.

(8) Froriep, Notiien, t, L, p. 211.

lorsqu'on réfléchit que la bile neutralise une partie de l'acide du liquide digestif, et que la promptitude avec laquelle la décomposition des substances précitées s'accomplit pendant la digestion artificielle , est en raison directe de la quantité d'acide contenue dans la liqueur , pourvu toutefois que cet acide ne dépasse point certaines bornes, qui, d'après mes observations, sont quarante gouttes par once d'eau. Quant aux substances dont l'amidon et le gluten sont les principaux élémens, comme les pommes de terre , les légumes farineux et les céréales , leur décomposition paraît être réellement favorisée par la bile. Comme elles sont fort peu sensibles à l'action dissolvante de la liqueur digestive artificielle , puisque des pois, par exemple, n'ont point encore changé de forme, de couleur, ni d'aspect, au bout de quinze jours, cette remarque est peut-être sans importance relativement à la digestion naturelle. Cependant je me permettrai de citer ici quelques faits qui en établissent la justesse. Sept pois blancs , renflés dans l'eau , pesant ensemble un gros , et soumis pendant quatre jours à la liqueur digestive, pesaient cinquante-huit grains et demi, étant encore humides ; ils n'avaient donc perdu qu'un grain et demi ; sept autres pois , pesant aussi un gros , et tenus en digestion pendant le même laps de temps , mais après l'addition de trente grains de bile , ne pesaient ensuite que cinquante-huit grains, quoiqu'ils fussent teints en vert par la bile dont ils étaient imprégnés, et qu'on eût pesé avec eux un peu de résidu bilieux resté sur le filtre. Six pois blancs secs, pesant ensemble vingt-quatre grains , donnèrent un résultat plus frappant encore ; après huit jours de digestion , on les fit sécher ; ceux qui avaient été traités par de la bile, ne pesaient que seize grains, tandis que le poids des autres était de dix-neuf grains et demi. Un gros de riz renflé avait laissé , après quatre jours de digestion , cinquante-neuf grains de résidu , sans bile , et cinquantehuit seulement avec de la bile, quoiqu'ici également on eût compris dans la pesée le résidu de bile interposé entre les grains. Un gros de pomme de terre crue , traité de même , laissa cinquante-six grains de résidu sans bile, et cinquantequatre avec de la bile. J'ai reconnu à la bile un autre mode

DE IA DIGESTION. 3y3 d'influence sur la digestion artificielle ; l'addition de ce liquide au résidu obtenu par l'évaporation de la liqueur digeslive filtrée, après qu'une substance quelconque y avait été dissoute, rendait ce liquide plus soluble dans l'alcool , de sorte qu'il me semble que la bile favorise la formation de l'osmazone. De l'albumine , de la viande et du pain de seigle, un gros de chaque , furent mis en digestion , pendant quatre jours, avec chacun six gros de liqueur digestive, et cela en portions doubles , à l'une desquelles on ajoutait un demi-gros de bile. Au bout de ce laps de temps , il y avait plus d'albumine et de viande dissoute dans la liqueur contenant de la bile que dans l'autre : quant au pain , la chose était moins sensible , attendu que , dans l'une et l'autre portion , il se trouvait au fond du vase, réduit en petits fragmens. Toutes les liqueurs furent filtrées ; il resta sur le filtre : De l'albumine avec bile. 5 grains. Sans bile 1 1/2 grain. De la viande avec bile. . 33 Sans bile 23

Du pain avec bile. ... 42 Sans bile 38

La liqueur filtrée, qui, pour les portions mêlées de bile, était un peu trouble , et pour les autres parfaitement limpide, fut évaporée à siccité. Le résidu sec fut : Pour l'albumine avec bile, de. 31 1/2 grains. Sans bile. 31 gr. Pour la viande avec bile. . . 24 Sans bile. 28

Pour le pain avec bile. . . . 17 1/2 Sans bile. 11

On versa de l'alcool sur cette substance sèche , puis on filtra au bout de vingt-quatre heures, et Ton évapora à siccité la liqueur alcoolique. Les résultats furent en grains :

Solubles dans l'alcool. Insolubles dans l'alcool.

Avec bile. Sans bile. Avec bile. Sans bile.

Albumine.. . . 25 12 6 1/2 19

Viande 13 9 11 19

Pain 16 5 14/2 6(1)

III. Il paraît hors de doute , d'après cela , que la bile exerce une influence essentielle sur la digestion , et il faut maintenant déterminer quelle peut être sa manière d'agir. Nous avons ici à passer en revue les opinions nonseulement de ceux qui reconnussent sa participation à la

(1) Addition d'Emesl Burdncli.

formation du chyle , mais encore de ceux qui adoptent l'hypothèse contraire.

1° Personne ne met en doute qu'elle sollicite l'intestin à se mouvoir et à agir avec plus d'énergie (§ 932, 1°), Schultz prétend (1) que si elle accroît la force musculaire du tube digestif, c'est parce qu'elle donne lieu à un séjour plus pro longé du chyme dans son intérieur ; mais les lois générales de l'excilement fournissent une explication plus juste du phénomène. Le sujet n'a pas été non plus placé sous un jour favorable par les partisans de certaines hypothèses dynamiques sur la coopération de la bile à la digestion. Ainsi Grimaud (2) prétend que c'est un liquide imprégné de vie , qui provient d'une fermentation spécifique et vivante, et qui par conséquent aussi possède un mode d'aciion tout spécial. Schultz la croit également apie à compléter la destruction des propriétés physiques desalimens, et à faire prédominer la direction communiquée vers une formation organique déterminée (3). D'un autre côté, Truttenbacher (4) prétend qu'elle n'agit point sur la formation du chyle , mais qu'elle attire le superflu de la nourriture , se combine avec lui, et le rend incapable de nuire à l'organisme, opinion qui expliquerait comment cet effet salutaire, comparable à celui d'un contrepoison , peut avoir lieu.

2° Les théories chimiques générales laissent aussi beaucoup à désirer. Saunders admettait que la bile s'oppose, par sa résine, à la décomposition spontanée des alimens tirés du règne animal, et par son amertume à leur putréfaction. De même, Leuret et Lassaigne (5) disent qu'elle fait cesser la fermentation , en opérant une neutralisation ; Gmelin , qu'elle met obstacle à la décomposition putride (6) ; enfin Eberle (7), que, par sa résine et son acide gras, elle ralentit ladécompo-

(1) De aliment, concoct., p. 108.

(2) Cours de physiologie, t. II, p. 251, 273.

(3) Meckel, Archw fuer Jnatomie, 1826, p. 522.

(4) Der Vcrdauungs process, p. 28, 50 .

(5) Loc. cit., p. 193.

(S)Handbuch der Chemie, t. II, p. 1 517. (7) Physiologie der ferdatiung, p. 314.

DE LA DIGESTION. Ô7& sition du cbyme , qui , sans elle , marcherait avec trop de rapidité. Mais le chyme acidifié par les sucs gastrique et intestinal a peu de tendance à la putréfaction , et les excrémens blancs des iciériques ne portent pas les marques d'une décomposition bien avancée. La bile, employée à titre de médicament dans certains cas d'engorgement et d'induration, agit comme dissolvant , et peut-être se comporte-t-elle de même à l'égard de la portion encore solide des alimens : les substances qui s'échappaient par un anus artificiel paraissaient réellement moins douces quand il leur arrivait de ne point contenir de la bile , et elles laissaient sur le filtre un résultat beaucoup plus abondant que quand elles étaient mêlées avec de la bile. Mais comme les sucs digestifs acides possèdent aussi la faculté dissolvante , il est à présumer que la bile sert à attaquer les matières qui leur résistent. Haller attribuait déjà à ce liquide la propriété de mêler la graisse avec l'eau, et de produire ainsi le chyle, qu'il considérait comme une émulsion (1). Leuret , Lassaigne et Gmelin la disent aussi chargée de dissoudre la graisse , ou du moins de la mettre dans un état de suspension qui en rende l'absorption plus facile. Demarçay (2), reproduisant l'opinion des anciens chimistes , l'a tout récemment déclarée une sorte de sàvon composé de soude et d'un acide gras particulier, auquel il donne le nom de choléique. Les observations microscopiques ellesmêmes (§ 941), faites sur la digestion artificielle, parlent également en faveur d'une action analogue à celle qu'exercent les savons. Mais la destination proprement dite de la bile ne peut point êlre de dissoudre la graisse; car autrement elle ne servirait que dans des cas particuliers , ceux d'ingestion d'alimens gras , et serait sans but chez les animaux herbivores. Peut-être son poUvoir dissolvant est-il dirigé contre des substances inhérentes au canal intestinal. Saunders croyait que ses parties savonneuses servent à combattre la viscosité des matières excrémentitielles; mais, suivant Matteucei (3) , l'al-

(4) Elément, physiolog., t. VI, p. fi08; t. VII, p. 74.

(2) Annales de chimie, \t. LXV1I, p. 177.

(3) Froriep, Notizen, t. XL, p. 131.

bumine produite aux dépens des alimens par l'acide du suc gastrique , et qui se compose de flocons et de globules , a besoin, pour pouvoir être absorbée, que l'alcali de la bile et du suc pancréatique la fasse passer à l'état liquide.

3° Ce qu'il y a de plus manifeste , c'est la neutralisation de l'acide (§§945, 4°; 946, 3»)- Sylvius admettait (1) que la bile sépare le chyle des excrémens en triomphant de l'acide du suc pancréatique , et quelques-uns de ses successeurs ont prétendu avoir remarqué, dans les vivisections , une véritable effervescence au moment où les deux liquides se mêlaient ensemble. Comme la présence d'un acide libre, dans le suc pancréatique , ne se confirma point , on reconnut généralement, dès le temps de Haller (2) , que l'action de la bile était dirigée contre l'acide du chyme. Mais deux théories opposées ont été proposées relativement à la manière dont s'accomplit la désacidification : suivant l'une , elle résulte de l'oxidalion de la matière biliaire , et donne lieu ainsi à la formation du chyle ; suivant l'autre, elle consiste en une neutralisation de l'alcali , et elle n'a point pour résultat une nouvelle formation de substance organique.

4<> AutenriethX3) s'était formé l'opinion suivante , d'après les recherches de Werner , de Reuss et d'Emmert. La matière biliaire (§ 826 ) a] beaucoup d'affinité pour l'oxygène ; elle l'attire même à l'air libre , et le résultat de sa combinaison avec lui est la résine biliaire. La bile agit donc sur diverses substances en les désoxigénant ; elle donne une couleur veineuse au sang artériel , et s'oppose à sa coagulation ; mais elle rend au sang sa coagulabilité quand il l'a perdue par l'addition de l'acide acétique , de même que ce dernier fait coaguler le sang maintenu liquide par de la bile. Elle éloigne aussi la fermentation acide des substances fermentescibles , qui par conséquent passent sans intermédiaire de la fermentation alcoolique à la putride. Maintenant , lorsque la bile se mêle avec le chyme , il se produit un précipité de flocons

(1) Haller, Elem. physiol, t. VI, p. 447.

(2) Ib., p. 609.

(3) Handbuch der empirischen Physiologie, t. II, p. 98.

blancs; ce n'est point là un produit déjà existant dans lo chyme, puisque l'addition à celui-ci d'un autre acide ou de l'alcool , détermine un précipité beaucoup plus considérable. Vingt-sept grains de chyme donnèrent , avec quatorze grains de bile , trois grains et un quart de précipité , tandis que celui-ci ne fut que de deux grains et demi en opérant sur la même quantité de vinaigre et dix-huit grains de bile ; quatre scrupules de chyme fournirent, avec un gros de bile, neuf grains de précipité sec , tandis que la même quantité d'alcool ne précipita d'un gros de bile que trois grains et quatre cinquièmes. Le précipité blanc provenait donc, non pas de la bile seule , mais encore du chyme , et il contenait un tiers d'albumine , puisqu'après qu'il avait été desséché , la potasse caustique en dissolvait quatre grains sur six (1). Après l'afflux de la bile , le chyle est désacidifié ; chez les Chevaux, dont la bile ne coule que goutte à goutte dans l'intestin, il perd son acide libre plus tôt que chez les animaux pourvus d'une vésicule biliaire. S'il n'arrive pas de bile dans l'intestin , par exemple chez les enfans atteints du carreau , les excrémens exhalent une odeur aigre , et l'excès d'acide s'annonce tant par le ramollissement des os que par des coagulations de la lymphe. La bile n'agit pas sur le chyme par sa soude , car les alcalis ne déterminent pas de précipité dans ce dernier. Son influence tient à ce que sa matière biliaire est oxydée par l'acide du chyme et convertie en résine , qui s'échappe du corps avec les matières excrémentilielles. Quand la bile a été oxydée par son exposition à l'air libre , à peine fait-elle naîire des traces de précipité dans le chyme, et la résine biliaire épuisée par l'alcool n'en détermine aucun. Le précipité blanc est donc du chyle formé par l'action réciproque du chyle acide et de la bile; car il est, comme ce dernier , désacidifié et chargé d'albumine. Mais il ne se trouve encore qu'au premier degré de désacidification , et il se présente sous la forme solide , parce que la fluidification des alimens dépendait de l'acide du suc gastrique. Une désacidification plus avancée le fait repasser à l'état liquide , afin qu'il puisse être absorbé. De même, sui-

(1) Scherer, Journal, t. VIII.

DE Lk DIGESTION, vant Senebier , le lait coagulé par !e suc gastrique est , en grande partie, converti par la bile en un liquide blanc. Les vues d'Ackermann avaient beaucoup de rapport avec celles d'Autenrieih (1), car elles représentaient le chyme comme converti en chyle par l'action désoxydanle et hydrocarbouisante de la bile. On peut en rapproch r l'opinion de Prout (2) qui voulait que l'addition de la bile au chyme dégageât des gaz , neutralisât le mélange, précipitât la matière biliaire , et formât de l'albumine-Schultz (3) compare l'action désoxydante de la bile à celle de la lumière solaire sur les végétaux, et croit que le précipité qui en résulte n'est pas du chyle , mais une substance appropriée à la formation du sang (4).

5° D'après ïiedemann etGmelin (5), l'acide chlorhydrique du chyme se combine avec la soude delà bile, qu ijusqu'alors était unie à de l'acide carbonique et à de l'acide acétique; il précipite ainsi de la bile du mucus, une grande partie de la matière colorante, de la graisse biliaire et de la résine biliaire ; le précipité, considéré comme du chyle par Autenrieth, n'est en conséquence que du mucus , semblable à celui qu'on obtient en versant un acide quelconque dans la bile. Eberle (6) adopte cette manière de voir. Mais, en établissant que le chyme est désacidifîé par la bile , dont il reçoit quelques matériaux, elle parait être en contradiction avec l'idée, simultanément émise , que la bile n'influe point sur la formation du chyle : et quand on fait remarquer que le picromel et l'acide cholique de ce liquide ne se retrouvent ni dans les excrémens ni dans le chyle, il paraît diflicile de concilier ce fait avec l'assertion que le travail dont les organes digestifs sont chargés se réduit au passage des alimens dissous dans le système vasculaire , sans formation d'aucune substance nouvelle. Au reste , la théorie instituée par Autenrieth n'a

(1) Physiologische Darstellung der Lebenskraefte, t. III, p. 88.

(2) Loc. cit., p. 227.

(3) Meckel, Archiv, 4826, p. 510.

(4) De aliment, concoct., p. 408.

(5) Rech. sur la digestion, t. I.

(6) ^00. cit., p. 342.

DE LA DIGESTION, point encore été réfutée d'une manière complète , et des recherches ultérieures démontreront sans doute qu'elle mérite de n'êire point entièrement rejetée.

IV. Nous sommes moins instruits encore des effets du suc pancréatique que de ceux de la bile. Eberle (4) le suppose analogue au suc intestinal , parce que le pancréas est une continuation de l'intestin. Mais , en raisonnant de la sorte, on serait tout aussi fondé à dire la même chose de la bile. Et quand Eberle lui attribue les effets qu'il a remarqués sur le suc pancréatique imité artificiellement, par là il donne une bien faible base à sa théorie , qui heureusement ne renferme rien de particulier.

1° Haller (2) pensait que le suc pancréatique sert à étendre la bile , et à en tempérer l'âcreté , celle surtout de la bile contenue dans la vésicule , afin qu'elle n'irrite pas trop l'intestin , et ne détermine pas une progression trop rapide du chyme. Ses motifs étaient que le canal pancréatique ne s'abouche au voisinage du cholédoque que chez les animaux pourvus d'une vésicule du fiel , et qu'après la ligature de ce conduit, ou l'extirpation du pancréas, certains Chiens sont pris de vomissemens bilieux , ou éprouvent une grande faim et beaucoup de soif. Werner (3), ayant remarqué que la bile étendue d'eau détermine un précipité plus copieux dans le chyme , regardait comme possible que le suc pancréatique servît à l'étendre. Eberle (4) admet la même chose, en ajoutant , toutefois , que l'acide acétique de ce suc se combine avec la soude de la bile.

2° Brimer (5), attribue au suc pancréatique , non seulement le pouvoir de neutraliser et d'assimiler , mais encore celui d'étendre et de dissoudre. Il fait remarquer que les maladies du pancréas amènent la constipation et l'amaigrissement , et que , chez les animaux auxquels on l'a extirpé , le chyme défi) md.

(2) Elem.physiol., t. VI, p. 451; t. VII, p. 75.

(3) Scherer, Journal, t. VIII, p. 33.

(4) Loc. cit., p. 325.

(5) Loc. cit., p. 63, 96.

38o DE LA DIGESTION.

meure dans l'intestin , plus consistant qu'à l'ordinaire, et faiblement acide. Suivant Eberle (1), il sert en oulre à délayer la graisse , et à la réduire sous forme d'émulsion ; une grande partie de ses principes constituans passe aussi dans le chyle.

3° Enfin Tiedemann et Gmelin (2) pensent qu'en vertu de l'albumine et du caséum , substances riches en azote (3), que contient le suc pancréatique , il contribue à l'assimilation des alimens dissous , et que c'est pour cette raison qu'on trouve le pancréas plus volumineux chez les carnivores que chez les herbivores.

Ici, comme en beaucoup d'autres points, il ne nous est permis de juger que d'après les règles de la probabilité ; mais nous ne renonçons pas à l'espoir que des recherches nouvelles , s'appuyant sur les résultats déj\obtenus , finiront par nous conduire plus loin.

S'il ne nous est pas possible de bien comprendre tous les détails de la digestion, si nous en sommes réduits à des conjectures pour ce qui les concerne , du moins possédons-nous assez de faits pour être en état de nous élever à un aperçu général de cette fonction complexe , et d'en saisir l'essence.

ARTICLE III

De V essence de la digestion.

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