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VI. Circonstances qui concourent à la digestion

§ 957. Plusieurs circonstances concourent à la digestion , soit qu'elles ne fassent qu'y aider , soit qu'elles en constituent des conditions essentielles.

I. Tel est d'abord le] mouvement musculaire. Si les iatromathématiciens, Borelli, Redi, Pitcarn,Hecquet,s'étaient laissé entraîner, par leurs observations sur le gésier des Oiseaux granivores , à soutenir , comme autrefois Erasistrate , que la digestion, considérée d'une manière générale, consiste en une attrition , une comminution des alimens , cette hypothèse exclusive ne tarda pas à être réfutée , car l'estomac de la plupart des animaux a des parois si minces , si molles , et des fibres musculaires si débiles , qu'il y a impossibilité absolue pour lui d'agir dans un tel sens. Mais la digestion , en tant qu'opération chimique , est certainement favorisée par des conditions mécaniques. La comminution multiplie la surface des alimens solides au point que les sucs digestifs et les parois du canal digestif ont des points de contact plus multipliés avec eux , et peuvent agir sur eux avec plus de force ; le mouvement du chyme lui-même contribue aussi à produire cet elFet, outre qu'il détermine un mélange plus uniforme des alimens avec les sucs digestifs. Lorsqu'il a été avalé , sans les mâcher, des alimens qui résistent à la digestion par leur cohésion ou par leur mode de composition , l'estomac parvient à les comminuer en redoublant d'énergie musculaire , et cette action

(1) Froriep, Notizen, t. L, p. 211.

(2) Muller, Archiv, 1839, p. 8.

DE LA DIGESTION. 4a5 mécanique de sa part devient une condition de la digestion. Ce cas a lieu chez les Oiseaux granivores , et Réaumur a vu (1) des grains d'orge renfermés dans des tubes de plomb ouverts , mais trop forts pour que l'estomac pût les aplatir , demeurer indigérés , alors même qu'il avait eu soiu d'en faire préalablement disparaître la pellicule. Cette observation a été répétée par Spallanzani (2) ; mais quand il faisait avaler aux mêmes Oiseaux du pain mâché et de la viande hachée, dans des tubes ou des boules percées de trous , ces substances étaient digérées presque en entier (3). Lorsque les alimens ont été mâchés , ou que par eux-mêmes ils sont mous et faciles à digérer, un léger mouvement du canal digestif suffit pour favoriser la digestion, en retournant, secouant et pétrissant le chyme. De même , la succussion accélérait la dissolution des alimens dans le suc gastrique tiré de l'estomac , suivant Beaumonl (4), et dans la liqueur digestive factice , selon Purkinje et Pappenheim (5). La même chose arrivait lorsqu'à l'aide d'un tube de baromètre rempli du même liquide, on exerçait une pression continue sur la liqueur, d'où il suit aussi que les parois abdominales exercent de l'influence sur la digestion.

II. La température de l'estomac humain est de trente degrés R. , d'après les observations de Helm (6) et de Beaumont (7). Elle ne subit point de changement pendant la digestion considérée en elle-même ; mais elle peut être accrue ou diminuée par les alimens , et surtout par les boissons , qui, traversant rapidement la bouche et l'œsophage , conservent leur température jusque dans l'estomac (8). Ainsi Beaumont a remarqué (9) que quand son malade avait bu un verre d'eau

(1) Bist. de VAcad. des se., 1752, p. 300.

(2) OEuvres, t. H, p. 3*9.

(3) 74., t. II, p. 432-433. ,

(5) Maller, Archiv. 4838, p. 43.

(6; Zwey KranUemjeschichten, p. 42.

(7) Loc. cit., p. 87.

(8) Magendie, Précis élément., t. II, p. 424.

(9) Loc. cit., p. 94.

à dix degrés R. , le thermomètre , introduit dans l'estomac , descendait de trente degrés à seize , et remontait, au bout de deux minutes , à sa station ordinaire. Vater a vu (1) , dans un cas d'anus artificiel , la membrane muqueuse de l'intestin pâlir et se resserrer avec force par le contact de l'eau froide. Nul doute que la digestion ne soit troublée par cette influence, et favorisée , au contraire , par la chaleur naturelle du canal digestif. La chaleur est favorable à toute dissolution ; ainsi la digestion stomacale ne commence, chez les animaux qui viennent d'être tués, que quand la température extérieure dépasse dix degrés R. Suivant Spallanzani (2) , la dissolution de la viande dans le suc gastrique exige au moins dix à vingt degrés de chaleur , et c'est à la température de quarante à quarantecinq degrés qu'elle marche avec le plusde rapidité .Beaumont, 3) et Hood (4) ont fait la même observation. Suivant Schwann (5), la dissolution dans le suc gastrique artificiel exigeait quatre fois autant de temps à la température de dix à douze degivs qu'à celle de trente-deux. Mais si l'appétit et la digestion croissent et diminuent avec la température , comme Trembley l'a remarqué chez les Polypes , Spallanzani chez les Serpens (6), Hunter (7) et Krimer (8) chez les Grenouilles, cet effet ne tient point à une influence immédiate de la température ; il dépend bien plutôt de ce que la digestion suit pas à pas l'activité vitale en général, et surtout la consommation qui en est la conséquence.

III. L'action du système nerveux exerce une très-grande influence. Elle a été considérée , non pas seulement comme une condition nécessaire, mais encore comme le véritable principe de la digestion. On se fonde , pour cela , sur les suites qu'entraîne la lésion de certaines parties du système

(1) Philos. Trana., t. XXXI, p. 89.

(2) OEuvres, t. II, p. 488.

(3) Loc. ci*., p. 101, 147.

(4) Anahjtic physiology, p. 169.

(5) Mulier, Archiv, 1836, p. 107.

(6) OEuvres, t. II, p. 536.

(7) Observations 011 certain parts ofthe animal ceconomy,]}. 108. (8; Versuch einer Physiologie des Blutes, p. 38, 46.

DE Là DIGESTION. 427

nerveux. Cependant rien n'est plus facile que de tirer des résultats inexacts d'expériences faites sous ce point de vue , attendu qu'on peut alléguer en preuve d'un trouble ou d'une suspension de la digestion , la présence de débris d'aliniens qui , même dans l'état normal , demeurent quelque temps dans l'estomac, ou attribuer à la lésion du système nerveux un trouble réel qui survient , mais qui dépend de circonstances accessoires. Aussi Breschet et Edwards conseillent-ils, pour parer au premier de ces inconvéniens , d'avoir toujours , en même temps que l'animal sur lequel on expérimente, un autre animal de même espèce, mais intact, qui sert d'objet de comparaison (1) ; aussi Leuret et Lassaigne veulent-ils , pour éviter le second , qu'on pratique la section du nerf pneumogastrique sans ouvrir la poitrine et l'abdomen, en se contentant de faire une plaie au col , et de prévenir le trouble de la digestion au moyen de la trachéotomie (2).

1° La ligature ou la section des deux nerfs pneumogastriques a pour résultat, suivant Haller (3), que lesalimens restent dans l'estomac sans être digérés, et qu'ils y passent même à la putréfaction. Un trouble de la digestion a été observé par Wilson Philipp (4) sur des Lapins, par Blainville (5) sur des Pigeons et des Poules , par Dupuy (6) sur des Chevaux et des Brebis , par Legallois (7) sur des Cochons d'Inde et autres animaux. Mais il suit des expériences d Emmert (8), Broughton (9) , Breschet et Edwards (10), Vavasseur (11) , Ware et

(1) Annales des se. nettirelles, t. IV, p. 258.

(2) Bech. sur la diyestion, p. 129.

(3) Elem. physiol., t. I, p. 462. — Opéra minora, t. I, p. 350.

(4) Ueber die Gesetze der Functionem des Lebens, p. 97. (5; Gehten, Journal, t. VII, p. 532.

(6) Meckel, Deutsches Archiv, t. IV, p. 108.

(7) Expériences sur le principe de la vie, p. 214.

(8) Beil, Archiv, t. IX, p. 408.

(9) Journal de Magendie, t. I, pr. 423.

(10) Annales des se. nat., t. IV, p. 258.

(11) Archives yénèrules, t. U, p. 494.

Finlay (1) , Mayer (2), Leuret et Lassaigne (3), Breschet, Muller et Diekhof (4), que si la section de ces nerfs affaiblit et ralentit la digestion , elle ne la suspend pas entièrement.

2° L'excision d'une portion du cerveau agit de la même manière , seulement avec plus de force encore, suivant Breschet. Des Canards auxquels Magendie avait enlevé le cerveau et une grande partie du cervelet , vécurent dix jours , et digérèrent très-bien pendant ce laps de temps , tandis qu'une lésion de la moelle allongée portait le trouble dans la digestion. Breschet a remarqué aussi , sur un jeune Chien auquel il avait^enlevé un lambeau de la partie postérieure du cerveau et de la moelle allongée , que la viande avalée avant l'opération était encore intacte, au bout de cinq heures , dans la portion cardiaque de l'estomac, tandis qu'elle commençait à être digérée dans la portion pylorique. Enfin Krimer (5) dit avoir observé que la digestion continuait sans le moindre trouble chez une Grenouille à laquelle il avait coupé la tête et lié le cou pour empêcher la perte du sang.

On se demande comment agit ici la lésion du nerf pneumogastrique et de son organe central,

3° Magendie prétend que la section du nerf n'agit sur la digestion qu'en troublant la respiration, et qu'elle n'exerce aucune influence sur la première de ces deux fonctions lorsqu'elle a été pratiquée , non au cou , mais dans la poitrine , au dessous de l'origine des nerfs pulmonaires. Mais, quoique le trouble concomitant de la respiration contribue sans nul doute à déranger encore davantage la digestion , Brachet , Breschet et Vavasseur , après avoir coupé l'œsophage immédiatement au dessus de l'estomac , pour ne laisser échapper aucun filet du nerf , ont cependant trouvé peu ou point digéré le fourrage que l'animal avait pris sept à huit heures auparavant.

4° Wilson et autres admettent que le nerf détermine la sé-

(1) Gerson, Magazin, t. XVII, p. 486.

(2) Zeitschrift fuer Physiologie, t. II, p. 78.

(3) Jtiech.' sur la digestion, p. 433.

(4) Muller, Handbuch dcr Physiologie, 1. 1, p. 531.

(5) Versuch einer Physiologie des Blutes, p. 59.

crétion du suc gastrique. Tiedemann et Gmelin lui assignent pour usage spécial de décomposer les sels neutres du sang , et de procurer ainsi au suc gastrique son acide libre , ce qu'Eberle admet également (1). Mais les observations de Blainville, de Leuret et Lassaigne (2), de Mayer, de Krimer (3) , de Prévost et Leroyer (4) , de Brachet , de Muller et Diekiiof, d'Arnold (5), ont appris que la sécrétion du suc gastrique acide persiste après la section du nerf , bien qu'elle soit moins abondante. Wilson croyait avoir trouvé qu'après la destruction de l'influence nerveuse , le galvanisme rétablit la sécrétion du suc gastrique , et avec elle la digestion ; qu'en conséquence l'action du nerf est de nature électrique , et Matteucci comparaît cette action à celle du pôle positif (6). Breschet et Edwards crurent d'abord (7) pouvoir conclure de leurs observations que le galvanisme remplace ici l'influence des nerfs ; mais, plus tard (8), ils reconnurent que si cet agent vient réellement en aide à la digestion , le mode d'application des pôles est tout-à-fait indifférent , que par conséquent il n'y a point là de polarité déterminée. D'un autre côté , le galvanisme n'a témoigné aucune influence sur la digestion dans les expériences de Ware et Finlay (9) , non plus que dans celles de Muller (10).

5° Le mouvement de l'œsophage, quoiqu'il soit tout-à-fait involontaire, dépend de l'action des nerfs pneumo-gastriques, de telle sorte qu'on peut le provoquer ou l'accroître en irritant ces nerfs, et l'anéantir en les coupant. Dans ce dernier cas, on trouve la partie inférieure du conduit distendue par les alimens pris après l'opération et qui s'y sont accumulés.

(1) Lnc. cit„ p. 447.

(2) Loc. cit., p. 433.

(3> Loc. cit., p. 58.

(à) Bibliothèque universelle, t. XXVII, p. 235.

(5) Lehrbuch der Physiologie, t. II, P. Il, p. 76.

(6) Froriep, Nolizen, t. XL, p. 429.

(7; Archives générales, t. II, p. 499.

(8) Annales des se. naturelles, t. IV, p. 261, 269.

(9) Loc. cit., p. 486.

(10) IJandbuch der Physiologie, t. I, p. 532, 618:

Marchant sur les traces de Valsai va, Wilson, Broughton Diekhof et Astley Cooper attribuent cet eflVt à la paralvsie de l'œsophage, qui ne lui permet pas de chasser les alimens dans l'estomac. Mayer prétend qu'il n'est point paralysé, mais que ses mouvemens, devenus antipéristaltiques, font sortir les substances alimentaires de l'estomac (1). En effet, la section du nerf est ordinairement suivie de vomissemens, qui, d'après Wilson , surviennent de suite quand l'estomac est plein ; au bout de quelque temps, lorsqu'il est vide ; parfois même, comme l'a vu Mayer, le lendemain seulement. Quand la ligature de l'œsophage empêchait l'animal de vomir, Leuret et Lassaigne (2) trouvaient que le fourrage avait remonté jusqu'à la hauteur du lien. Mais le vomissement lui-même peut être considéré, d'après Dupuy et Breschet, comme conséquence de la paralysie, puisque la portion pylorique de l'estomac, qui reçoit des branches des nerfs grands sympathiques et diaphragmatiques, le diaphragme et la paroi musculeuse du bas-ventre ont acquis une prédominance bien prononcée sur la portion cardiaque de l'œsophage (3). Suivant Breschet, ce qui trouble la digestion, c'est la suppression du mouvement de l'estomac qui devrait multiplier le contact des alimens avec le suc gastrique, car la fonction se rétablissait, comme par l'effet du galvanisme, quand on faisait communiquer ensemble les deux bouts du nerf coupé à l'aide d'un fil métallique, ou avec de la soie et du verre, ou quand ou fixait le bout inférieur, par le moyen d'un fil, à un muscle dont le mouvement le tiraillait sans cesse. Brachet admet aussi que le nerf détermine la digestion en excitant le mouvement de l'estomac, et qu'on peut rétablir celte fonction par l'irritation, tant mécanique que galvanique, du viscère. Ayant fait manger un Chien, il lui piqua pendant huit minutes l'extrémité du nerf, coupé à la hauteur du cou, puis en excisa un lambeau, irrita de nouveau la surface fraîche pendant le même laps de temps, et continua ainsi durant quatre heures et demie, au bout desquelles il

(1) Loc. cit., p. 96.

(2) Loc. cit., p. 433.

(3) Burdach, V om Baue des Gehirns, t. III, p. 67.

trouva la viande en partie digérée dans l'estomac, et un peu de chyme passé dans l'intestin grêle. Mais, d'après les expériences de Magendie (1), de Wilson et de Mayer, le mouve ment de l'estomac et la propulsion du chyme dans l'intestin ne sont point arrêtés par la section du nerf. Brachet a même quelquefois trouvé du chyme dans l'intestin grêle, ce dont il donne une explication très-forcée, en disant qu'il y a été poussé, non pas par l'estomac, mais par les alimens pris en dernier lieu. D'ailleurs, plus d'un fois la digestion est demeurée aussi incomplète quand il irritait le nerf que quand il le laissait en repos. Wilson assure aussi qu'en répétant les expériences de ce physiologiste, il n'a pas trouvé la digestion différente de ce qu'elle est dans le cas de simple section du nerf. Arnold, ayant excisé une portion du nerf pneumo-gastrique au cou, chez des Poules et des Pigeons, a observé, non pas une suspension complète, mais un affaiblissement considérable de la digestion et du mouvement tant du jabot que du gésier (2); mais, quand il conclut de là que le nerf influe sur la digestion par les mouvemens qu'il provoque, on ne peut lui accorder cette proposition qu'avec de grandes restrictions. Muller n'a jamais vu l'irritation mécanique ou galvanique du nerf déterminer les mouvemens de l'estomac, tels qu'on les observe quand on irrite immédiatement le viscère. Les muscles gastriques agissent donc indépendamment des nerfs ; mais comme ils ne sont pas tout-à-fait soustraits à leur influence, ils peuvent quelquefois être déterminés par eux. C'est ainsi que Bichat a vu l'estomac se contracter, tandis qu'on irritait le nerf pneumo-gastrique au cou. Les mouvemens de l'estomac et des intestins ont été également observés, par Tiedemann et 'Gmelin, après l'irritation de la portion pectorale du nerf au i moyen du scalpel et' de l'alcool. Lorsque Brachet appliquait lies pôles d'une pile voltaïque aux nerfs pneumo-gastriques et :à l'estomac, Une sentait qu'un léger mouvement de tremblotitement au moment où la chaîne se fermait, etScliultz a rei marqué (3) que la galvanisation de ces nerfs accroissait bien

(1) Précis élémentaire, t. II, p. 21.

(2) Loc. cit., t. II, p. 78.

(3) De alim. concoct,, p. 29t<"

4^2 r>E L\ DIGESTION.

le mouvemonl périslaltique, mais qu'elle ne le ranimait point lorsqu'il avait déjà cessé. Brachet admet que les mouvemens de la partie supérieure de l'intestin grêle dépendent également de la huitième paire ; mais les expériences qu'il allègue à l'appui de celte hypothèse, et qui établissent un séjour plus prolongé du chyme dans l'intestin grêle après la section du nerf, ne sont pas des preuves suffisantes. Suivant Magendie (i), le mouvement du duodénum n'est point arrêté par cette opération.

6° La portion médiane de l'intestin ne reçoit que des branches du grand sympathique, et comme ces branches renferment des filets de nerfs rachidiens, elle se trouve placée sous l'influence de la moelle épinière. Ce doit être là, suivant Krimer (2), une des conditions de la digestion, attendu que celle-ci continuait, chez des Grenouilles, après la décapitation, quand on avait soin d'entretenir la respiration, mais s'arrêtait sur-le-champs après l'enlèvement de la moelle rachidienne. Brachet pense aussi que ce doit être là surtout la cause du mouvement péristaltique, parce qu'ayant pratiqué la section transversale delà moelle à la hauteur de la dernière vertèbre dorsale, chez unCabiai, quatre heures après que l'animal eut pris des alimens, il trouva, huit heures plus tard, la portion supérieure de l'intestin grêle vide, et l'inférieure pleine, ainsi que le gros intestin. Mais on voit sans peine que cette dernière observation ne prouve point qu'il y ait eu paralysie de l'intestin grêle, et que la cessation de la digestion et du mouvement péristaltique après la destruction violente de la moelle épinière n'est pas un motif suffisant pour admettre que le cordon rachidien concourt d'une manière essentielle à ces deux fonctions. Lorsque Wilson assommait des Lapins, puis détruisait la moelle épinière avec un fer rouge, ou l'enlevait, en même temps que le cerveau, le mouvement de l'estomac et de l'intestin continuait sant trouble jusqu'à ce que ces viscères se fussent refroidis à l'air. La même chose arrive quand on coupe le tronc du nerf grand sympathique, qu'on lie ou qu'on

(1) Loc. cit., p. 99.

(2) Loc. cit., p. 59.

coupe les branches qu'il envoie à l'intestin, qu'on détruit ses ganglions, et qu'on détache l'intestin lui-même du mésentère, comme l'attestent Bichat, Magendie et Muller. Mais, malgré cette indépendance du mouvement intestinal, il n'en est pas moins soumis à l'influence du système nerveux, seulement à un degré limité. Nous en avons la preuve dans les expériences que Mangili a faites avec le galvanisme simple. Quand les deux métaux hétérogènes étaient appliqués au nerf grandsvmpathiqnc, il ne survenait aucun mouvement -, mais si l'on mettait l'un d'eux en rapport avec le nerf, et l'autre avec l'intestin, on voyait apparaître un mouvement faible, qui n'acquérait plus de force que quand on mettait les deux métaux en contact avec l'intestin lui-même. Wutzer et Mayo n'ont vu aucun mouvement succéder à l'irritation des nerfs intestinaux, mais, suivant Muller, l'application d'une forte pile voltaïque ou de la potasse caustique , soit aux nerfs sympathiques , soit au plexus solaire, accroissait le mouvement de l'intestin, et l'excitait de nouveau quand il avait cessé. Wilson a fréquemment remarqué aussi que l'application de l'alcool au cerveau et à la moelle épinière rendait le mouvement péristaltique plus vif, et Schwarz (1) a yu les piqûres du cerveau déterminer quelquefois un mouvement convulsif des intestins. Il en est de même pour la digestion. Les expériences de Wilson nous apprennent qu'elle souffrait quand on avait détruit une grande partie de la moelle épinière. Cette opération, suivant Breschet, la ralentit et l'affaiblit, mais sans l'arrêter complètement. Selon Brachet, après la section de la moelle à des hauteurs diverses , elle continuait presque toujours de s'effectuer aussi bien que si l'on n'eût pratiqué aucune lésion.

7° Dans l'antiquité , on avait fait provenir la digestion de l'afflux des esprits nerveux à l'estomac , et Haller , en rapportant cette opinion (2), ajoute qu'on ne peut ni la réfuter ni la prouver. Cependant les faits qui ont été indiqués plus haut renversent l'hypothèse suivant laquelle l'action nerveuse serait , à proprement parler , le principe actif de la

(1) Burdacli, loc. cit., t. HI. p. 70.

(2) Elem. physioloy., t. VI, p. 309.

digestion. Baumgrertner reconnaît avec raison que ce qui constitue l'essentiel de cette dernière fonction , c'est l'action vivante et vivifiante des parois de l'estomac sur les alimens ; mais quand il admet que les nerfs gastriques communiquent quelque chose aux substances assimilables , par leur action immédiate , nous ne pouvons voir en cela que la reproduction sous une nouvelle forme de l'antique hypothèse des esprits nerveux. L'organisme vivant digère en vertu d'une force assimilante qui lui esl inhérente , et il se crée les moyens d'y parvenir en formant ses propres organes , ses propres liquides ; le jeu de ses organes n'est point isolé , mais lient à tout l'ensemble de la vie ; l'expression de cette liaison est le système nerveux d'un côté et le système sanguin de l'autre ; aussi toute lésion de l'un ou l'autre de ces deux systèmes entraîne-t-elle un dérangement delà digestion. Donc, quand on enlève à l'estomac, par exemple en coupant ses nerfs , un des membres de son organisation , qui ne vit que par ses connexions avec tout l'ensemble de la vie , on ne supprime pas pour cela le pouvoir inhérent en lui et inséparable de sa nature même , mais on le fait agir avec moins de force : sa turgescence devient moins considérable, comme dans tout organe dont la vitalité baisse , et c'est ce qui fait que tous les observateurs l'ont trouvé alors flasque, lisse, sans plis et distendu. On y remarque souvent aussi une congestion passive, due à la prédominance acquise par le système sanguin, qui rend la membrane muqueuse rouge (§ 847, 3°), phénomène signalé entre autres par Broughton, Leuret et Lassaigne, et que Gendrin (4) regarde comme une inflammation qui trouble la digestiou.

3° L'influence de la vie animale se manifeste dans diverses affections du cerveau (2), qui entraînent à leur suite , tantôt des vomissemens , tantôt des anomalies de la digestion , avec diarrhée ou constipation. Celle de l'âme n'est pas moins puissante (3). Gosse a confirmé , par l'observation immédiate , le

(1) Hist, anat. des inflammations, 1. 1, p. 584.

(2) Biudach, fom Baue und Leben des Gehirns, t. III, p. 68.

(3) Esquirol, Des maladies mentales. Paris, 4838, p. 434.

fait généralement connu du trouble que les travaux tle cabinet auxquels on se livre aussitôt après le repas apportent à la digestion, qui est favorisée, au contraire, par Je repos de l'esprit et un léger mouvement. Beaumont (3) a vu , de ses propres yeux, la membrane muqueuse de l'estomac devenir rouge et sèche, ou pâle et terne, par l'effet d'une commotion morale ; il a observé également (2) qu'un exercice modéré fait monter la température de l'estomac d'environ un degré , et marcher la digestion avec plus de vivacité , que le suc gastrique perd son acidité quand le sujet commence à suer , et qu'un mouvement fatigant ralentit la digestion.

IV. Comme la plante a besoin , pour végéter, de trouver de l'air jusque dans le sol , et que l'action d'un gaz irrespirable sur ses racines la fait périr (3) ; comme , en avalant les alimens, on introduit aussi de l'air dans le' panai digestif ; comme enfin l'eau n'est une boisson salubre qu'autant qu'elle, contient de l'air, il serait possible que l'air atmosphérique eût de l'influence sur la digestion, et qu'il fût décomposé pendant le cours de celte opération. Cependant ce n'est là qu'une simple conjecture. Plagie dit bien (4) qu'après la ligature de l'œsophage d'un Pigeon , la digestion de la vesce , préalablement introduite dans le jabot , ne fut pas aussi complète qu'elle a coutume de l'être ; mais cette observation ne saurait être considérée comme une preuve suffisante. Reich pensait que l'acidification du chyme était due à l'oxygène de l'air atmosphérique avalé avec la salive , et Moscati regardait comme une chose probable que la digestion consiste en ce que le suc gastrique abandonne de l'oxygène à la masse alimentaire qui, à son tour, lui livre de l'hydrogène. Schwann(5) a remarqué que, du moins pendant la dissolution des substances nutritives dans du suc gastrique artificiel, il ne se dégage aucun gaz , et qu'il n'y a pas plus absorption de l'oxygène atmosphérique que de celui des substances animales.

(1) Loc. cit., p. 72.

(2) Tb., p. 63.

(3) Raspail, Nouveau syst. de phys. végétale, Paris, 1837, l. II, p. 41.

(4) Meckel, Beut.sches Archiv, t. VII, p. 221.

(5) Millier, Archiv, 183 j, p. 82.

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