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VI. Moyens de digestion

§ 953. L'organisme vivant crée les parties au moyen desquelles il opère la digestion. Il peut, dans chacun de ses vides intérieurs , non-seulement absorbera l'aide de sa substance pénétrable et de ses vaisseanx lymphatiques , mais encore fluidifier et transformer les corps solides sur lesquels l'absorption doit s'exercer , avec le secours d'un liquide qu'il sécrète. L'acte de la digestion n'apppartient donc pas exclusivement à l'estomac et au canal intestinal, mais il leur est dévolu plus particulièrement qu'à toute autre région du corps , parce que , constituant un conduit de membrane muqueuse qui s'ouvre au dehors , ils supportent le coutact immédiat de substances étrangères sans en ressentir d'excitation anormale, parce qu'ils ne sont pas doués d'une réceptivité spécifique pour une seule forme déterminée de la matière , mais accueillent indistinctement les solides, les liquides et les gaz , parce qu'ils ont des connexions intimes avec tout l'ensemble de la vie , parce qu'ils sont liés avec des organes spéciaux , parce qu'ils sont, de toutes les parties du corps, celle qui possède le plus de vaisseaux lymphatiques , etc.

I. Les sucs digestifs ont le pouvoir de décomposer la substance organique.

DE LA DIÔESTION. ^13

1° Ainsi ils attaquent la peau de l'individu même qui les a sécrétés. Helm a remarqué que , dans la fistule gastrique (1), l'écoulement du chyme, ou, quand le malade avait jeûné pendant long-temps, celui du suc gastrique, occasionait des cuissons au bord de l'ouverture. Crook (2) a vu aussi le suc gastrique et la bile coulant d'une fistule stomacale , déterminer de la douleur, de l'inflammation et des excoriations aux tégumens d'alentour. Les mêmes phénomènes s'observent dans les anus artificiels ; dans un cas où Acrel ne faisait prendre au malade, pour tout aliment, que de petites quantités d'une boisson animée avec le vin du Rhin , le liquide qui s'échappait excoriait l'orifice de la fistule et tous les environs. ( Plus le trou est placé bas dans l'intestin , plus les matières qui s'écoulent ont le caractère vraiment excrémentitiel , et moins aussi la peau extérieure se trouve irritée. Plus l'individu est avancé en âge, plus aussi la peau se montre insensible à l'impression des excrémens. Dans les anus artificiels, récens ou anciens, qui occupent la partie inférieure du gros intestin , chez les individus même les plus malpropres , qui bouchent le trou avec un tampon de linge couvert d'un vieux bandage , la peau est blanche et normale après qu'on l'a lavée. Après des écarts de régime , des refroidissemens , etc., en un mot , toutes les fois qu'un orage éclatait dans le canal intestinal , et que le mouvement péristaltique devenait plus vif, un liquide mucilagineux , d'un vert por*, racé , mêlé de bulles d'air, s'écoulait par l'anus artificiel, qui jusque-là n'avait rendu que des masses fécales brunes ; ce liquide était tellement acre , qu'il rougissait soudainement la peau , et provoquait de vives ardeurs. Il fallait des lotions répétées et des applications de compresses imbibées d'eau blanche tiède , pour apaiser les souffrances ; l'opium et l'eau distillée de laurier-cerise, avec du mucilage, calmait l'intestin , dont ils diminuaient l'activité , et dès que les excrémens bruns reparaissaient, la rougeur érythémateuse de la peau faisait promptement place à la teinte naturelle. Il peut donc,

(1) Loe. cit., p. 8.

(2) Archives générales, 2' «érie, t. VI, p. 430.

par l'efl'et d'une accélération du mouvement péristaltique couler d'un trou situé à la partie inférieure du gros intestin , ce qui s'échappe continuellement d'une ouverture située à la partie supérieure de ce même organe. Si l'anus artificiel occupe la partie supérieure de l'intestin grêle , le malade maigrit rapidement; les matières fécales sont fort acres et corrosives, surtout le matin , pendant la vacuité de l'estomac, la peau se couvre d'une rougeur intense à une grande distance , et s'il coule quelque chose entre les cuisses , on voit survenir des stries rouges : ce sont surtout le scrotum et les grandes lèvres qui s'enflamment avec beaucoup de facilité. Quand l'infirmité est ancienne, la peau se condense, devient chagrinée , et se couvre d'élévations en forme de verrues -, plus tard encore, il se produit, entre ces verrues, de profonds sillons , qui ressemblent à des fissures : le bistouri crie en pratiquant des incisions ; la surface de la plaie est dure et lisse; la condensation de la peau ne l'empêche cependant pas de recevoir beaucoup de sang. Toutes les substances grasses accroissent l'endolorissement ; il n'y a que l'eau blanche et les onctions avec le blanc d'œuf qui soulagent. Le bord rouge de l'ouverture a la même apparence qu'un trou percé dans du taffetas rouge, et qui serait bordé de velours rouge. Que la rougeur des légumens augmente, diminue , ou même cesse entièrement , le bourrelet velouté conserve toujours la même teinte ; tandis que la peau extérieure est extrêmement douloureuse, il est tout-à-fait insensible, même à l'action de l'instrument tranchant et à l'application du fer rouge; mais, à un cheveu de distance au delà de sa limite extérieure , les douleurs les plus vives commencent à se faire sentir (1).

1° A ces observations se rattachent celles dont nous avons parlé plus haut ( § 869, 8°), de ramollissement et de perforation de l'estomac. Hunter (2) avait trouvé , chez un homme mort d'apoplexie après un souper copieux,l'estomac percé, à sa grande courbure ,dun trou par lequel du chyme s'était échappé. Ayant observé un phénomène analogue chez un autre

(1) Addition de J. F. DielFenbach.

(t) Observations on certain parts of tho animal mconomy , p. 487.

DE LA DIGESTION. 4*5 homme mort deuxheures après une fracture communitive du crâne et chez un pendu , il l'attribua à une action dissolvante exercée par lesuc gastrique après la mort. D'autres observateurs ont cité à l'appui de cetteopinion les résultats d'expérien ces faites par eux sur des animaux (§ 869, 8"). La possibilité que l'estomac, comme d'autres.organes, éprouve , pendant lavie un ramollissement morbide et une dissolution , n'est point mise en doute par ces faits, mais ne les renverse pas non plus. Magendie pense que si le suc gastrique n'attaque point le viscère pendant la vie , c'est parce que ses parois sont protégées par le mucus qu'elles sécrètent continuellement et qui s'y attache. Wilson Philipp l'attribue à ce que l'estomac vivant repousse le chyme acidifié , qui , après la mort , demeure en contact continuel avec lui. Nous avons cru en trouver la cause dans la manière dont s'accomplit la sécrétion (§ 876, 4"). Mais les faits allégués dans le paragraphe précédent, annoncent que les parois du canal digestif sont insensibles, durant la vie , à l'impression des sucs digestifs , de sorte que ces derniers n'affectent ni leur substance , ni la sensibilité générale , comme ils font à la peau. Nous n'en pouvons donner d'autre motif qu'une certaine homogénéité entre un organe sécrétoire et son produit , qui exclut toute affinité chimique.

3° Purkinje etPappenheim (1) ont trouvé queja membrane stomacale desséchée qu'on expose , avec de l'eau distillée , à 1 action du pôle positif d'une pile voltaïque, donne une liqueur digestive tout aussi efficace que celle qu'on obtient par l'addition de l'acide chlorhydrique , et que le galvanisme dégage de l'acide chlorhydrique de la salive , du blanc d'ceuf ou du mucus. Le dégagement de cet acide , dans le suc gastrique , dépend peut-être aussi d'une action analogue. Ainsi Prout(2) admettait déjà que le chlorure de sodium du sang se trouve décomposé par l'électricité, dans l'intérieur des parois stomacales, en acide chlorhydrique , qui se mêle au suc gastrique, et en soude, qui, conduite au foie, avec le sang, passe dans la bile, de manière que, suivant lui, le canal digestif représente

(1) Muller, Archiv, 1838, p. 5.

(2) Medico-vhiruryicul review, t, XXV, p. 107.

le pôle négatif de la pile, et le foie son pôle positif. Eberle(4), au contraire , n'a égard qu'à l'acide lactique ou acétique , et croit que l'osmazome attire cet acide, mais ne peut le dégager de sa combinaison avec la soude qu'autant qu'il survient une combinaison aveclaptyaline, ralentie par une membrane animale interposée ; l'osmazome et la ptyaline sont donc poui lui deux polarités galvaniques , par l'action simultanée desquelles le chlorure de sodium se trouve décomposé. Matteucci(2) prétend avoir produit une liqueur digestive en faisant agir l'électricité positive sur une membrane animale ; il emplit une vessie de chair réduite en bouillie, avec de l'eau , du sel marin et du carbonate de 6oude , sous l'influence de la chaleur , plongea le conducteur du pôle négatif dans le milieu de la masse , appliqua le pôle positif à la vessie, et trouva ensuite, sur les parois de cette dernière, une substance floconneuse , blanche , acide , dont la solution aqueuse se coagulait par la chaleur.

4° L'estomac digère encore après la mort, en vertu de l'action chimique de sa sécrétion. Spallanzani tua une Corneille immédiatement après lui avoir donné cent quatorze grains de bœuf, et au bout de six heures il ne trouva plus dans l'estomac que cinquante-deux grains de cette viande, qui était pénétrée de suc gastrique, pâle et ramollie (3). Chez d'autres Corneilles , du veau broyé qu'elles avaient avalé immédiatement avant la mort avait entièrement disparu après sept heures d'exposition des cadavres au soleil (4). Chez les Chiens et les Chats traités de la même manière , la viande était si ramollie dans l'estomac , au bout de neuf heures , qu'elle se déchirait d'elle-même (5). Un Aigle fut tué au moment où il avalait la cuisse d'un Renard, avec la peau et les poils : Schinz l'ayant disséqué trois jours après , trouva (6) la chair complètement digérée , et les os déjà attaqués. Mais Spallanzani a

(1 ) Loe. cit., p. 137-144.

(2) Froriep, Notizen, t. XL, p. 130.

(3) OEuvres, t. II, p. 673.

(4) ll>., t. II, p. 674.

(5) lb., t. II, p. 677.

(6) t. II, p. 678. c

été plus loin : il a vu s'opérer la digestion même de la viande introduite après la mort. Du pain mis dans l'estomac d'un Lapin mort (une once et demie) éiait converti en chyme au bout de seize heures , et il en avait déjà passé une demi-once dans l'intestin ; quarante-deux grains de viande coupée en petits morceaux furent introduits dans l'estomac d'une Corneille, une heure seulement après la mort ; cette viande était digérée complètement au bout de sept heures de séjour du corps au soleil ; cinq heures et demie suffirent aussi pour faire apercevoir un commencement de digestion de la viande introduite dans l'estomac retiré du corps, lié , plongé dans l'eau et exposé au soleil, de Chats, de Corneilles et de Chouettes. Krimer a répété ces expériences sur des Grenouilles avec moins de succès , mais toutefois avec un certain résultat (1).

5° Malgré tout cela, la théorie chimique de la digestion ne suffit pas complètement. Réaumur (2) trouva des tubes de verre, introduits dans l'estomac de Dindes, dépolis au bout de quarante-huit heures , garnis d'excavations irrégulières qui leur donnaient l'apparence d'avoir été rongés et émoussés sur les angles ; au bout de quatre jours, ils étaient plus minces qu'auparavant. Brugnatelli (3) fit avaler à des Poules et à des Dindes diverses pierres renfermées dans des sacs de toile ou des tubes de bois ; un cristal de roche pesant trente-six grains était devenu , au bout de douze jours , opaque , émoussé et plus léger d'environ quatorze grains; une agathe de trente grains avait perdu douze grains de son poids. Mais on n'a point encore trouvé dans le suc gastrique un dissolvant de la silice. Les sucs digestifs de chaque espèce animale ont des qualités propres, afin de pouvoir transformer la nourriture appropriée à l'organisation et au genre de vie de l'animal. Ainsi, chez les Insectes, on n'a jamais trouvé le suc gastrique autrement qu'alcalin (§ 820, 3°) ; il bleuit le tournesol rouge, et fait effervescence avec les acides, selon Ramdohr (4); d'après cela, il

(1) Versuchciner Physiologie desBluts, p. 56.

(2) Hist. de VAcad. des se, p. 275, 294.

(3) Crell, Chcmischc Annalen, 1787, 1. 1, p. 230.

(4) Ahh.andlv.ntj vêler die Verduuungswerkzeugc der Inselttcn , p. 30.

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paraît possible que les Insectes se nourrissent d'épidémie , de poils, de plumes, de lié»e et autres substances inattaquables par les animaux dont le suc gastrique est acide. La digestion dite artificielle n'est jamais qu'un analogue de la digestion stomacale ; le suc gastrique factice agit moins sur la fibrine que sur l'albumine, et n'exerce aucune action sur les substances végétales. Et d'ailleurs qu'est-ce que la digestion stomacale elle-même , considérée au point de vue chimique ? Si ce n'est qu'une simple fluidifie ation des alimens, nous pouvons nous passer d'elle lorsque nous prenons ces derniers sous forme liquide. Mais si l'amidon se convertit en sucre (§ 942, 4°), et l'albumine végétale en gélatine (§ 942 , 9°), quel avantage retirons-nous dé là ? Que deviennent le sucre et la gélatine? Et pourquoi la fibrine , dont le sang a cependant besoin, se convertit-elle en albumine (§ 942, 6°), qui, à son tour, bien que produite par la digestion (§ g42 , 1°) , se transforme en osmazohie et en ptyaline (§ 9V2 , 5°) ? Finalement , après que la digestion stomacale n'a élé qu'un acte purement préparatoire , les alimens, quelque diversifiés. qu'ils soient, n'ont donné qu'un chyle pareil pour eux tous , et nous demeurons dans l'impossibilité d'expliquer comment un seul et même agent , mis en contact avec des substances totalement différentes, peut donner toujours le même produit.

II. Les recherches des chimistes de nos jours ont conduit à la connaissance d'un mode d'action chimique différent des réactions déterminées par l'aflinilé, et auquel Berzelius, qui s'en est surtout occupé, a imposé le nom de catalyse. Ici, il n'y a ni action mutuelle de deux corps, ni combinaison entre eux ou entre quelques-uns de leurs principes constituans ; mais un corps exerce, sur un aulre corps complexe , une influence dont le résultat est que les élémens de ce dernier entrent dans des rapports tout différens, sans que le corps influent fasse lui-rtiême partie du nouveau produit , ni lui fournisse rien; il détermine donc, par le seul fait de sa présence, les corps mis eu contact avec lui à mettre leurs principes constituans dans d'autres proportions, par conséquent à détruire les combinaisons jusqu'alors existantes, par l'éveil d'antagonismes chimiques, et à en produire de nouvelles qui amènent

une neutralisation chimico-électrique. Ce mode d'action, dont nous ne pouvons nous rendre raison dans ses détails, etqui se trouve placé sur l'extrême limite de uotre chimie, n'a lieu presque exclusivement que par rapport aux produits organiques, par exemple , dans la conversion de l'amidon en gomme et en sucre par les acides affaiblis , dans la formation d'éther et d'eau qui résulte du mélange de l'alcool :;vec de l'acide sulfurique , dans la fermentation qui convertit le sucre en alcool et en acide carbonique à l'aide de la levure de bière , de la fibrine ou du fromage, dans la germination pendant laquelle la diastase produite transforme l'amidon en dextrine et en sucre , et fait preuve d'une action tellement énergique qu'il n'en faut qu'une seule partie pour décomposer ainsi mille parties d'amidon. C'est aussi à la catalyse que paraît devoir être essentiellement rapportée l'action de l'organe digestif et des sucs sécrétés par lui sur lesalimens. Schwann(1),a démontré, même pour le suc gastrique factice , que l'acide libre qui s'y trouve est la cause de son activité , et que cependant il ne subit aucun changement pendant l'action du liquide, de sorte que, n'entrant point dans la combinaison qui s'effectue, il ne fait que la déierminer par sa présence et son contact.

la. La digestion ressemble donc à la fermentation , quant à son caractère général , et si l'école de Sylvius la regardait, ainsi que tous les autres actes organiques, comme une véritable fermentation, elle ne voulait sans doute, la plupart du temps, exprimer par là que son mode de manifestation en général, et n'avait nulle intention de l'identifier avec la fermentation du moût de raisin, de même que Vanhelmont était bien loin de songer à la levure de bière quand il parlait de fermens qui agissent partout dans les opérations de la vie. Heuermann disait la digestion une transformation analogue à la fermentation, parce que les alimens convertis en chyle ne peuvent plus êire ramenés à leur forme première , comme il arrive aux corps passés à l'état de simple dissolution. Schultz (2) la regardait comme un mouvement excité dans le

(4) Millier, Àrchiv, p. 97.

(2) Meckel, Archiv fuer Anatomio, 1826, p. 510.

chyle et analogue à la fcrmeniation déterminée par un principe fermenlescible. Eberle (1) présumait que la ptyaline du suc intestinal et du suc pancréatique agit comme ferment , attendu que le suc intestinal accomplit la digestion , comme une espèce de fermentation, non point par son acide ou par son alcali , mais par ses principes constituans organiques. Spallanzani a vu, dans ses expériences sur la digestion artificielle , quelques bulles d'air sortir du mélange d'alimens et de suc gastrique , mais il n'a jamais aperçu le moindre mouvement intestinal , ce qui lui fit dire qu'il était impossible de soupçonner même que la fermentation concourût à produire les résultats qu'il obtenait (2). Schwann pense à peu près de même (3), parce que la digestion artificielle s'accomplit sans absorption de gaz oxygène ni dégagement de gaz acide carbonique , outre que la matière organique agissant comme ferment exige encore la présence d'un acide libre, et ne peut être remplacée par la levure de bière ; du reste, il ne nie pas l'analogie entre la digestion et la fermentation. Mais reconnaître celte analogie ne suffit pas pour nous éclairer sur la classe de phénomènes à laquelle nous devons rapporter la digestion, et l'on ne peut contester que celle-ci n'offre d'ailleurs des caractères qui lui sont tout-à-fait particuliers.

2°. L'essentiel de ces caractères propres consiste en une assimilation, que nous avons vu être ébauchée dans la tendance générale des corps à s'assimiler les uns aux autres § 881, G°), plus développée dans la substance organique que partout ailleurs (§ 881, 7D), et en pleine activité dans la vie plastique (§ 881 , 80, 90). L'organisme, en vertu de son pouvoir catalytique, opère, aux dépens des alimens, la formation d'une nouvelle substance, qui correspond au type servant de base à sa nature ou à son mode de manifestation. Cette puissance assimilatrice qui se déploie par catalyse , l'organisme la possède partout, mais elle ne se prononce nulle part avec plus d'efficacité que là où des surfaces vivantes se regardent de manière

(1) Physiologie der Ferdauuiuj, p. 329.

(2) Œuvres, t. H, p. 6S7.

(3) Loc. cit., p. 86, 105.,

à envelopper et renfermer la substance qu'il s'agit d'assimiler. Nous avons déjà vu (§ 883 , 1°) à quel point il influe sur le degré de développement de la sécrétion que l'espace dans lequel elle s'accomplit soit entouré de substance organique vivante ; de même, l'assimilation est d'autant plus forte que le corps étranger se trouve davantage soumis à l'action de l'ensemble de la vie, par suite de l'entourage de substance organique qui l'enveloppe de tous côtés. Les , animaux des classes inférieures nous prouvent d'une manière palpable que c'est là bien réellement l'essentiel de l'acte digestif. Le Polype à bras digère dans sa cavité simple, sans organisation qui serve spécialement à cette œuvre ; vient-on à le retourner comme un gant, il n'en digère pas moins bien , la surface qui dans l'état normal était tournée en dehors, et représentait la peau extérieure, formant alors la paroi de la cavité du corps ; celle-ci a donc acquis une autre paroi , mais elle est demeurée la même au fond, c'est-à-dire un espace apte à recevoir la nourriture et entouré de substance organique , par conséquent en état encore de digérer. Suivant Eschholtz, le Beroë forme sa cavité digestive chaque fois qu'il veut se nourrir ; pour cela , il enveloppe de sa face inférieure concave l'animal qu'il se propose de consommer, et le digère dans la cavité ainsi produite. Même une paroi animale morte peut encore exercer l'action catalytique sur la substance organique qu'on y renferme; Eberle (1) a remarqué que la digestion artificielle s'accomplit mieux dans une vessie de bœuf que dans un verre, et que les alimens qui touchent immédiatement à la vessie, se convertissent en une bouillie bien plus homogène.. Mais la digestion réelle , celle qui va jusqu'à son but, la formation du chyle, suppose, chez les animaux supérieurs, que la nourriture soit renfermée dans un espace dont la paroi consiste en une membrane muqueuse douée de vitalité plastique à un haut degré et organisée d'une manière spéciale. Elle exige un contact prolongé et répété entre les alimens et cette paroi. Aussi le canal digestif a-t-il d'autant plus de longueur, et sa membrane muqueuse d'autant plus de développement, que

(1) Lot. cit., p. 78.

la nourriture de l'animal est plus pauvre en matière alibile et plus difficile à digérer; aussi les hommes atteints d'un anus artificiel perdent-ils infiniment plus de leur masse et de leurs forces quand l'ouverture siège à un point élevé de l'intestin , et que le chyle s'échappe peu de temps après le repas (1).

3° Dans l'organisme , l'effet entraîne la persistance de sa cause. L'action maintient la force , et ce qui s'est produit favorise la continuation de la production (§ 894 , 3°). En conséquence , de même que la digestion est accomplie par la vie, de même aussi cette dernière imprime son caractère au produit de la digestion, afin de se maintenir par là. Mais cet effet ne saurait avoir lieu d'une manière immédiate ; il n'est possible qu'au moyen de certaines conditions chimiques amenées par l'action vitale , comme le suc gastrique en fournit un exemple. 11 résulte des observations de Beaumont (2) que ce suc se conserve pendant onze mois au moins sans subir de changement , et sans passer à la putréfaction, vraisemblablement à cause de son acide ; si Vauquelin a vu celui des Brebis et des Bœufs se putréfier en peu de jours, c'est qu'il s'agissait sans doute du suc extrait de la panse et non acide. Mêlé, hors de l'estomac, avec des subsiances alimentaires, il empêche celles-ci de tomber en pourriture ; diverses sortes de viande que Beaumont (3; plongea dans du suc gastrique humain, conservèrent leur fraîcheur pendant quatre à six jours, fait qui a été également observé par Hood (4) et par d'autres. Montègre a tenté des expériences sur son propre suc gastrique, vomi le matin à jeun , qui par conséquent n'était point acide , et contenait en outre de la salive ; la viande qu'il y plongea se putréfia ; mais un jour il prit un demi-gros de nia-: gnésie, et mangea ensuite un beefsteak, dont il vomit une portion au bout d'une heure , puis le reste au bout de deux heures et demie; la première, non acide, était putréfiée trois jours après ; la seconde , acide , n'exhala une mauvaise

(1) Observations pathologiques, p. 73.

(2) Loc. cit., p. 51, 22t.

(4) Anal/tic physiology , p. 165.

odeur qu'au bout de huit jours, et, mise dans un tube de verre qui Put porté pendant plus d'un mois sous l'aisselle , elle ne passa point à la putréfaction. La putréfaction déjà en train s'arrête même sous l'influence du suc gastrique. Spallanzani (1) a trouvé que de la viande corrompue se conservait pendant vingt-cinq jours , à une chaleur de huit à douze degrés, dans du suc gastrique de Chien, de Corneille ou d'Aigle , sans que la putréfaction fit de progrès, qu'à la chaleur du soleil elle se dissolvait et perdait sa fétidité , et que le chyme produit dans l'estomac par la viande gâtée, n'avait pas de mauvaise odeur. Beaumont (2) a fait les mêmes remarques sur le suc gastrique humain. Helm (3) introduisit de la viande gâtéé , par la fistule , dans l'estomac de sa malade , et trouva, au bout de trois heures, qu'elle ne portait plus aucune trace de corruption , ni sous le rapport de l'o-. deur , ni sous celui de la couleur , qu'elle avait même le goût de la viande fraîche. Fordyce a observé la même chose , et si Thackrah (4) a retrouvé encore putréfiée au bout d'une heure la viande corrompue qu'il avait donnée à des Chiens et à des Chats, c'est sans doute parce que ce laps de temps n'avait pas sufii pour avancer assez la digestion. Suivant Coutanceau (d) et Tïuttenbacher (6j, le suc gastrique ne s'oppose à la putréfaction qu'autant qu'il transforme , change les qualités subsistantes, et crée une masse susceptible de plasticité; mais la propriété en vertu de laquelle il accomplit toutes ces choses , est liée à celle de combattre la putréfaction, puisque, seul et en dehors de l'estomac , il arrête et prévient aussi cette dernière. Au dire d'Eberle , le mucus gastrique se putréfie avec rapidité lorsqu'il entre en contact avec une autre substance organique , et ce serait à cela surtout qu'il doit d'être le meilleur de tous les véhicules pour la digestion.

(1) Œuvres, t. II, p. 721 et suiv.

(2) Loc. cit., p. 147-158.

(3) Zwey Krankengeschichten, p. 29.

(4) Froriep, Nolizen, p. 291.

(5) Révision des nouvelles doctrines. Paris, 1821, p. 18.

(6) Der Perdauunysprosess, p. 2!.

Purkinje et Pappenheim (1) établissent aussi que la présure fait promptement putréfier les matières organiques , tandis que , convertie en suc gastrique artificiel par un acide , elle les préserve pendant long-temps. Mais Simon (2) assure que l'estomac ae Veau , mis en contact avec du fromage , passe moins vite à la putréfaction que quand on l'abandonne à luimême, parce que les affinités chimiques organiques qui entrent alors en jeu empêchent le déploiement de celles qui sont purement inorganiques.

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