‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 6 sur 134 · I. Par la peau · texte numérisé non relu

I. Par la peau

1° La peau absorbe l'eau , ainsi que les substances nutritives qui s'y trouvent mêlées ; et, bien qu'il n'y ait pas un seul

(d.) Orfila, loc. cit., t. I, P. II, p. 145.

(2) lbid., t. II, Pl. I , p. 330.

(3) Christison, loc. cit., p. 46.

de l'absorption. i5

animal chez lequel elle serve exclusivement à cette fonction (§ 917, 3°), elle y prend cependant une grande part chez beaucoup d'animaux des classes inférieures. Les animaux invertébrés nus , qui se sont ridés dans l'air sec , se gonflent dans l'eau, comme par exemple lesFilaires(l), les Distomes (2), les Échinorhynques (3), etc., et les Rotatoires totalement desséchés y reviennent même à la vie. Les Limaçons fuient la sécheresse et recherchent l'air humide. Un de ces animaux , du poids de trois cent cinquante-huit grains, devint, suivant Spallanzani (4) , plus pesant de deux cent cinquante-deux grains après avoir été plongé dans l'eau , et reperdit ensuite de son poids à l'air sec. Selon Nasse (5), des Limaces, pesant cent dix-sept à cent quarante-quatre grains, qu'on renferma dans du papier humide, acquirent quarante grains en une demi-heure; et des Limaçons de jardin , qui pesaient près de soixante grains, s'accrurent de trois grains dans l'espace d'un quart d'heure. Les Grenouilles maigrissent rapidement au sec , et ne tardent pas à reprendre leur précédent volume dans l'eau, quoiqu'elles ne boivent pas (6). Un de ces Batraciens, du poids de cinq cent soixante-six grains, perdit à l'air, suivant Edwards(7), quatre-vingt-cinq grains en vingt-etune heures, et acquit ensuite dans l'eau cent soixante-cinq grains en quatre heures. Une Grenouille , du poids de douze cent quatre-vingt-quatorze grains , que Bluff (8) avait mise sous du papier gris sec , y devint plus légère de cent quatre grains dans l'espace de trente-six heures, puis acquit de nouveau cent trois grains en trois heures sous du papier gris mouillé.

La peau humaine absorbe aussi l'eau , quoique beaucoup plus faiblement. Collard de Martigny (9) tint ses mains plon-

(4) Treviranus, Zh'e Erscheinungen des Lelens, t. I, p. 508.

(2) Mehlis, Observationes anatomicœ de distomate , Gottingue , 1825, in-fol., p. 44.

(3) Rudolphi, Physiologie, Berlin, 4828, t. II, P. H, p. 266.

(4) Mémoires sur la respiration, Paris, 4803, p. 437.

(5) Untersuchungen zur Physiologie und Pathologie, t. I, p. 482. (6; Treviranus, Biologie, t. IV, p. 289.

(7) De l'influence des agens physiques sur la vie, Paris, 4824, p. 596.

(8) Diss, de absorplione cutis, p. 22.

(9) Archives générales, t. X, p. 304 ; t. XI, p. 79.

i6 de l'absorption.

gées dans l'eau pendant une demi-heure, et les essuya ensuite avec une serviette , qui se chargea de vingt- six grains de liquide ; le vase était devenu plus léger de cent quatre grains qu'un autre tout semblable , et rempli d'eau à la même hauteur ; donc, déduction faite des vingt-six grains demeurés adhérens aux mains, soixante-dix-huit grains de liquide avaient été absorbés-, et quoique l'évaporation eût été accrue par la chaleur des mains , cependant elle avait dû, somme totale, diminuer par suite de la diminution de la surface du liquide. Lorsque le même expérimentateur tenait le creux de sa main à la base d'un entonnoir plein d'eau et uni à un tube de verre recourbé , il le trouvait , au bout d'une heure et demie, gonflé comme il aurait pu l'être par l'action d'une ventouse , et il éprouvait quelque peine à le détacher : un vide s'était donc produit, et l'eau s'était abaissée dans le tube.

Dans trente-trois expériences faites (1) sur le changement que le poids du corps humain éprouve après un bain de trois à quatre heures , Séguin a toujours constaté une diminution. La perte , terme moyen , était comme il suit :

Température. Dans le bain. A l'air libre. Proportion.

10 degrés. 819 grains. 2255 grains. : : 1 : 2,75

D'après cela, le corps perdait infiniment moins dans le bain qu'à l'air, soit que le milieu humide diminuât l'exhalation , soit que l'absorption compensât en partie la perte éprouvée. Séguin admettait la première de ces deux hypothèses, et prétendait que l'exhalation pulmonaire elle-même est diminuée, dans le bain , par l'humidité de l'air. Mais , d'après ses propres expériences , celte exhalation s'élève , dans les circonstances ordinaires , à sept grains par minute (§ 816, 4°), par conséquent à seize cent quatre-vingts grains en quatre heures , et à coup sûr elle doit être plutôt accrue que diminuée dans un bain chaud , en raison de l'état du système

(l)Mcckcl, Dcutsches Arcliiv, t, III, p. 58fi.

DE l' ABSORPTION.

sanguin. D'un autre côté , Dill (1) a constaté la réalité de l'absorption, que Kaauw(2) avait déjà démonlrée.Un jeune homme, qui habituellement perdait six cents grains, dans l'espace d'une demi-heure, par l'effet de la transpiration, devint plus pesant de trente grains après une demi-heure de séjour dans un bain à 24 degrés R. , et de soixante après être resté un quart d'heure dans un autre bain à 28 degrés. Un homme , dont la transpiration s'élevait à deux cent quarante grains en Vingt minutes , n'avait pas changé de poids après être demeuré le même laps de temps dans un bain à 31 degrés ; de sorte qu'ici l'exhalation et l'absorption s'étaient contrebalancées. Berthold (3) était devenu plus pesant de cent quatre-vingts grains après un bain à la température de 22 degrés, prolongé pendant un quart d'heure ; en sorte que si l'on évalue , d'après la mesure précédente , son exhalation pulmonaire à cent cinq grains, il avait absorbé deux cent quatre-vingt-cinq grains d'eau; en suivant le même calcul, sa peau absorba, dans un bain à 28 degrés , deux cent soixante-seize grains en un quart d'heure, sept cent vingt-cinq en trois quarts d'heure, et neuf cent trente en une heure. Madden (4) a également observé une augmentation du poids de son corps par l'effet d'un bain d'une demi-heure , pendant lequel il respirait l'air du dehors à l'aide d'un tube traversant la fenêtre.

Collard de Martigny (5) a trouvé, dans les expériences précédemment citées , que le bouillon et le lait étaient absorbés comme l'eau ; d'où il suit que la peau peut remplacer, jusqu'à un certain point, les organes digestifs. On sait que beaucoup de marins , privés d'eau potable , ont soulagé leur soif en s' enveloppant le corps de linges imbibés d'eau de mer. Currie prétendait que, dans ce cas comme dans le bain, l'effet produit dépendait uniquement de la diminution de 1* transpiration, puisque la soif cesse aussi pendant le bain,, quoique le poids du corps n'augmente pas, et qu'en consé»

(1) Nouv. billioth. mùdic, 1826, t. IV, p. 404.

(2) Haller, Elem. physiolog., t. V, p. 88.

(3) Muller, Archiv, 1838, p. 178.

(4) Medico-chirurtjical review, t. XXXIV, p. 187.

(5) Archives générales , t. XI, p. 84.

quence il ne s'opère pas d'absorption. Mais, outre qu'il avait perdu de vue que la transpiration continue dans le bain , il s'est réfuté lui-même par une de ses observations. En eflot, un homme qui ne pouvait avaler une seule goutte de liquide , à cause d'un squirrhe obstruant l'œsophage, fut mis à l'usage non seulement de lavemens nourrissans , mais encore de bains d'eau et de lait; après chaque bain , il se sentait plus fort et n'éprouvait plus de soif; il perdait en outre, par les urines et les évacuations alvines , plus que ne le comportaient les lavemens , et plus aussi que le montant de la diminution du poids de son corps. Dans un cas analogue, Cruibkshank a observé que les bains tièdes éteignaient la soif et rétablissaient la sécrétion urinaire, auparavant nulle. Van Mons (1) parle d'un malade du même genre , dont la vie fut prolongée pendant quelque temps par des éponges imbibées de bouillon qu'on lui appliquait sur diverses parties du corps.

2° L'absorption de substances étrangères à l'organisme se démontre de plusieurs manières :

a. Par la diminution que ces substances éprouvent dans leur quantité lorsqu'elles sont demeurées quelque temps en contact avec la peau. Séguin (2) , ayant plongé son bras pendant une heure dans une masse d'eau de dix livres à 18 degrés, et tenant en dissolution deux scrupules de sublimé , trouva ensuite qu'un à deux grains du sel avaient été absorbés. Ayant laissé de la scammonée , du calomélas , de la gomme-gutte, du tartre stibié et du sel alembroth, de chaque soixante-douze grains, appliqués sur son bas-ventre, au moyen d'un verre de montre qui couvrait chacune de ces substances, il reconnut qu'au bout de dix heures la déperdition était d'un quart de grain pour la scammonée , deux tiers de grain pour le calomélas , un grain pour la gomme gulte , cinq pour le tartre stibié , et dix pour le dernier sel (3).

b. Par l'action spécifique que les substances étrangères , mises en contact avec la peau, exercent sur la vie. Ainsi, un

(4)Meckel, ArcMv fuer Anatomie, 1827, p. 502.

(2) Loc. cit., t. III, p. 593.

(3) Ibid., p. 597.

de l'absouption. 19

empoisonnement a lieu par l'application du virus syphilitique aux lèvres ou au gland , ou par l'effet de l'arsenic en poudre répandu sur la peau de la tête. Les frictions avec le mercure déterminent la salivation ; et celles avec les cantharides , l'ardeur d'urine. Les purgatifs, les anlhelmintiques et autres médicamens, agissent aussi, lors même qu'on les emploie à l'extérieur, ce dont Haller (1), Sœmmering (2) et autres , ont réuni plusieurs exemples.

c Par la découverte qu'on fait quelquefois dans le sang des substances mises en rapport avec la peau. Autenrieth et Zeller (3), Schubarth (4) et Buchner, en soumettant à la distillation le sang d'animaux auxquels on avait fait des frictions mercurielles , ont retrouvé une petite quantité de ce métal, quoique Rhades , Abele et Gnuschke n'aient pu parvenir à en constater ainsi la présence. Lebkuchner (5) a trouvé du chlorure de barium dans le sang de Lapins qui avaient subi des frictions avec ce sel. Cantu (6) et Bennerscheidt (7) ont découvert de l iode dans le sang de malades qui avaient fait usage de cette substance en frictions. Après un bain de pied, à l'eau duquel on avait ajouté du cyanure de potassium, Westrumb (8) a trouvé ce sel dans le sang tiré de la cuisse par des ventouses ; et après l'immersion du bras dans une décoction de rhubarbe, il a également reconnu celle-ci dans le sang (9). Bluff (10) a constaté la présence de l'acide cyanhydrique dans le sang de Moineaux et de Chiens chez lesquels il en avait frictionné le dessous des ailes aux premiers, et la peau rasée de la poitrine aux seconds. Jacobson (11) a aussi retrouvé du cya-

{i)Loc. cit., t. V, p. 85-88.

(2) Gefaesslehre, p. 529.

(3) Beil, Archiv, t. VIII, p. 228. .

(4) Hom, Nev.es Archiv, 1823, t. II, p. 419.

(5) Archives générales, t. VII, p. 424.

(6) Journal de chimie méd., t. II, p. 291.

(7) IW., t. IV, p. 383.

(8) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1827, p. 506.

(9) Jbid., p. 508.

(10) hoc. cit., p. 23.

(11) Bull, des se. méd. de Férussac, t. XVII, p. 331.

50 DE L ABSORPTIÔPf.

nure de potassium dans le sang de Limaçons sur le corps desquels il en avait appliqué.

d. Enfin, par la possibilité qu'on a quelquefois de reconnaître dans les sécrétions la présence de substances absorbées par la peau, ce dont il a déjà été rapporté précédemment quelques exemples ( § 865, 2°, 8°, 11° ). Ajoutons encore que si Rousseau (1) n'a rien remarqué d'insolite dans l'urine, après l'action de la vapeur d'essence de térébenthine sur la peau , et si, en conséquence, il a nié l'absorption par les tégumens extérieurs, d'autres expériences ont conduit à un résultat inverse. Bradner Stuart (2) se baigna pendant deux heures et demie dans une infusion saturée de garance, et découvrit ensuite cette dernière dans l'urine , qui se colora en rouge vif par l'addition du carbonate de potasse; la rhubarbe et le curcuma s'annoncèrent de la même manière dans l'urine, après un bain dans une infusion de ces substances ; l'expérimentateur ayant porté pendant une heure et demie un emplâlre d'ail sous les aisselles , ainsi qu'à la face interne des cuisses et aux chevilles, avec le soin de respirer au moyen d'un tube allant dans la rue et fixé à la bouche et au nez par un emplâtre agglutinatif, son haleine et son urine exhalèrent, au bout de quelques heures, l'odeur spécifique de l'ail. Sewall (3) a également reconnu , par l'addition de la potasse à l'urine, la coloration particulière de la rhubarbe et de la garance , après avoir tenu pendant quelque temps ses pieds et ses mains plongés dans une infusion de ces substances.

II. Des vapeurs épandues dans l'atmosphère sont absorbées sans qu'on puisse déterminer au juste quelle part revient à la peau ou aux poumons.

1° D'après les observations d'Edwards (4), les Grenouilles et les Cabiais ne perdent rien de leur poids dans l'air humide, et, comme en pareil cas, leur transpiration, toute diminuée qu'elle est, ne saurait cependant être entièrement suspendue,

(1) Reil, Archiv, t. Vlll, p. 383.

(2) Meckel, Deutschcs Archiv, 1. 1 , p. 151.

(3) lbid., t. II, p. 146.

il fout qu'une absorption égale à l'exhalation soit la cause qui fait que leur poids demeure le même. Les animaux qui vivent sous terre ou dans des cavernes périssent très-promptement dans l'air sec.

Assez souvent , le corps humain augmente rapidement de poids sans qu'il ait été pris d'alimens. Fontana était devenu plus pesant de quelques onces après une promenade par un temps humide, quoique, durant ce laps de temps, il eût été soumis à l'action d'un purgatif, et un matin, Home trouva son poids plus considérable que la veille au soir, bien qu'il eût sué durant la nuit. Keil absorba, dans l'espace d'une nuit, dix-huit onces de l'humidité atmosphérique , et Lining huit onces en deux heures et demie (1). Gorter estime celte absorption , pendant la nuit, de deux à six onces (2). On conçoit , d'après cela , pourquoi nous buvons moins et rendons davantage d'urine lorsque le temps est humide. C'est peut-être aussi en partie à cette cause qu'il tient que, dans les climats humides, le corps soit bouffi et plus riche en liquides aqueux. Le phénomène est surtout très-prononcé dans le diabète. Ainsi, pour citer seulement quelques exemples, Dill (3) a observé un diabétique qui, pendant toute une année, rendit chaque jour plus d'urine qu'il ne prenait d'alimens solides et liquides; chez un autre, la quantité de l'urine dépassa de cent quarante livres, durant cinq semaines, celle des alimens et des boissons ; comme ce sujet maigrit beaucoup, une partie de la perte doit être mise sur le compte de la décomposition qu'éprouvèrent les solides organiques ; mais la diminution du poids de son corps n'ayant été que de vingt-sept livres durant cet espace de temps , il n'en faut pas moins que cent treize livres aient été puisées dans l'atmosphère. Boerhaave a observé aussi des cas d'hydropisie dans lesquels les malades ne buvaient presque pas, quoiqu'ils rendissent une grande quantité d'urine et qu'ils enflassent de plus en plus.

T Quant à ce qui concerne les substances étrangères , on

(<) Edwards, loc. cit., p. 364.

(2) Haller, loc. cit., t. V, p. 89.

(3) ISouv. bibl. médic, 1826, t. IV, p. 404.

sait que dormir dans un lieu où se trouve beaucoup d'eaude-vie, produit un état analogue à l'ivresse et le mal de tête. La salivation se manifeste fréquemment chez ceux qui se tiennent d'habitude dans la chambre de malades soumis à l'usage des frictions mercurielles. D'après Bichat, les personnes habitant des appartemens nouvellement peints à l'huile, rendent de l'urine exhalant une odeur de violette, due à l'huile de térébenthine dont les peintres se servent pour délayer les couleurs (1). Les vents de l'anatomiste qui reste au milieu de cadavres en putréfaction, ont une odeur cadavéreuse, et ce phénomène avait lieu chez Bichat, alors même que, se bouchant le nez, il disséquait en respirant à l aide d'un tube prolongé hors de la fenêtre, en sorte qu'ici la peau seule pouvait absorber. Il n'est pas rare qu'un homme qui pile pendant long-temps du jalap, se trouve purgé, effet auquel peut, à la vérité, contribuer la poussière avalée avec la salive ; mais Bochefort (2) a observé le même phénomène après un long séjour au voisinage d'un grand amas de feuilles de séné.

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