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III. Les poumons absorbent également

1° Et d'abord , ils absorbent de l'eau ù l'état liquide. Déjà Haller (3) admettait qu'un peu d'humidité peut pénétrer dans le larynx, pendant la déglutition, sans provoquer la toux. Les modernes ont injecté de l'eau dans les poumons, par la trachéeartère, chez un grand nombre d'animaux ; lorsque ce liquide était en quantité considérable, il rendait la respiration difficile et le pouls faible ; mais les animaux ne tardaient pas à se remettre, preuve incontestable que l'eau avait été absorbée. Ainsi , des Chats ont supporté deux onces d'eau , d'après Goodwin ; des Chiens un verre plein , selon Ségalas (4) ; des Chevaux , plus de deux pintes, suivant Gohier. Mayer (5) est parvenu à injecter peu à peu quatre onces et demie de liquide à des Lapins, dans l'espace de vingt-quatre heures. Desault, par inadvertance , injecta un jour du bouillon dans les pou-

(1) Recherches physiolog. sur la vie, p. 301.

(2) Schreger, Beitrœge zur Culturder Saugaderlehre, p. 201.

(3) Haller, loc. cit., t. YI, p. 89.

(4) Fioriep, Notizen, t. IV, p. 285.

(5) Meckel, Dculsches Archiv, t. III, p. 404.

de l'absorption. 2 3

mons, au lieu de l'estomac , sans que le malade en éprouvât de graves accidens (1).

2° Des substances étrangères sont également absorbées par les poumons, ainsi que l'attestent les effets qu'elles produisent sur l ensemble de la vie. Lorsque Piollet se plongeait la tête dans la vapeur de l'esprit-de-vin, il était saisi d'ivresse Au dire de Magendie (3), la strychnine , injectée dans les poumons , tue promptement les animaux. Si l'on fait respirer de l'acide cyanhydrique à un Cabiai , il tombe surle-champ dans un état de mort apparente, puis revient à lui quand on lui lient ensuite de l'ammoniaque sous le nez (4). La plupart des principes contagieux, et même tous, suivant Magendie (5), sont absorbés par les organes respiratoires. Le cyanure de potassium , après avoir été injecté dans les poumons , se laisse reconnaître dans le sang, comme l'atiesient les observations de Mayer (6), de Seiler (7) et de Piollet (8). Enfin, les substances étrangères, absorbées de cette manière, ont été retrouvées aussi dans l'urine (§ 865, 3°), dans la bile (§ 865, 2°) et autres sécrétions, ou même dans des parties solides, notamment par Mayer (9) et Piollet. IV. L'absorption a lieu dans l'appareil digestif. 1° Les organes digestifs absorbent de l'eau et des substances alimentaires. C'est ce que prouvent non-seulement les effets sur la vie, mais encore la disparition bien manifeste de ces liquides. Magendie ayant lié le pylore à des Chiens, leur fit boire de l'eau pure, ou mêlée avec diverses substances, dont, au bout d'une heure, il ne retrouva plus aucune trace dans l'estomac. Tiedemann et Gmelin ont observé que des sub-

(1) Magendie , Leçons sur les phénomènes physiques de la vie. Paris, 1836, t. I, p. 31.

(2) Bulletin de Férussac, t. VII. p. 220.

(3) Loc. cit., t.I, p. 31.

(4) Jbid., p. 132.

(5) lbid., p. 69.

(6) Meckel, Veutsche.i Archivai. V, p. 47.

(7) Zeitschrift fur Natur«ind Heikunde, t. II, p. 387.

(8) Loc. cit.

(9) Meckel, Deuhches Archiv, t. III, p. 498 ; t. V, p. 47.

2/| de l'absorption.

stances colorantes et autres se perdent peu à peu dans le trajet du canal intestinal. Les excrémens qui font un long séjour dans l'intestin, durcissent de plus en plus. Quand on arrête la diarrhée, les matières fécales deviennent dures , et les lavemens ne procurent souvent alors que des évacuations solides.

2* Les substances étrangères absorbées ont souvent été trouvées dans le sang; par exemple , la rhubarbe parWestrumb (1) ; l'indigo par Tiedemann et Gmelin; diverses substances odorantes par Denis (2); le cyanure de potassium par Tiedemann et Gmelin , Seiler et Ficinus (3) , Mayer (4), Westrumb (5) et Home (6) ; le sulfate, de fer par Tiedemann et Gmelin; le plomb par les mêmes expérimentateurs ; l'iode par Canlu (7) ; l'acide sulfurique par Bouchardat (8). Ségalas (9), a vu le sang plus épais chez des animaux, dans l'estomac desquels il avait injecté de l'alcool, et Arnold (10) l'a trouvé plus liquide chez d'autres qui avaient pris du sel ammoniac. Des exemples de passage de substances étrangères dans les liquides sécrétés et les parties solides, ont été cités plus haut (§ 865, I, II, 1°, 6°, 12°, VI , VII ). Haller en rapporte également (11).

H. Organes entoplastiqaes.

§ 897. Les organes entoplasliques, ceux qui sont destinés au conflit intérieur (§ 781), absorbent également des substances étrangères, pour les conduire dans le sang.

1° Lorsqu'on injecte de l'air, du pus (12) ou d'autres liquides

(4) Ibid., t. VII, p. 528.

(2) Kech. sur le sang, p. 82.

(3) Loc.cit., t. II, p.' 384.

(4) Meckel, Deutsches Archiv, t. III, p. 487; t. VI, p. 39.

(5) Ibid., t. VU, p. 529-534.

(6) Philos. Trans, 1811, p. 463.

(7) Journal de chimie médic, t. II, p. 291.

(8) Annales d'hygiène publique, et de méd. légale, t. XVII. p. 372.

(9) Archives générales, t. XII, p. 105.

(10) Tiedemann, Zeitschrift fucr Physiologie, t. II, p. 134.

(11) Loc. cit., t. VII, p. 56-61.

(12) Magendie, Journal, t., II, p. 7.

dans le tissu cellulaire, et qu'on bouche l'ouverture, ces substances disparaissent en peu de temps. Le cyanure de potassium, introduit dans le tissu cellulaire, a été retrouvé bientôt après dans le sang (1). De la teinture d'aloës, qu'on avait largement employée en application sur des os cariés, a rendu les déjections alvines plus abondantes (2). Du cyanure de potassium porté sous la peau , a dénoté ensuite sa présence dans les parties solides et dans les humeurs sécrétées (3). Le même sel et Tosmazome mêlé avec lui, ont apparu dans l'urine (4), l'haleine a exhalé l'odeur du camphre que Magendie avait introduit dans le tissu cellulaire chez des Chiens, et celle de l'essence de térébenthine que Wedemeyer avait injectée clans des trajets fistulaires qu'un malade portait au dos (5).

2° Des liquides étrangers qu'on insinue dans les sacs séreux disparaissent promptement. En ce qui concerne le péritoine, ce fait a été observé par Haller (6) pour l'eau et le vin, par Cbristison (7) pour l'acide oxalique, et par Hering (8) pour diverses substances. Le sang, injecté dans l'arachnoïde cérébrale, ne tarde pas non plus à disparaître, et s'échappe en partie par l'urine (9). De la strychnine portée dans la plèvre (10) et de l'huile essentielle d'amandes amères étendue sur la tunique péritonéale du foie ou de l'intestin (11) , ont donné lieu en peu de temps aux symptômes d'empoisonnement qui leur sont propres. Lebkuchner (12) a retrouvé dans le sang le cyanure de potassium injecté dans la cavité abdominale. Des exemples du passage de certaines substances étrangères dans les sécrétions, ont été cités précédemment (§ 865,

(1) Férussac, Bulletin des se. médic,, t. IV, p. 54.

(2) Schreger, loc. cit., p. 201.

(3) Foderà , Recherches sur l'absorption et l'exhalation , p. 48.

(4) Magendie, Journal, t. VIII, p. 206.

(5) Loc. cit., p. 447.

(6) Loc. cit., t. VI, p. 343.

(7) Loc. cit., p. 44.

(8) Meckel, Deuisches Archiv, t. IV, p. 498-533.

(9) Burdach, fom Baue des Gehirns, t. III, p. 9

(10) Magendie, Leçons sur les phénomènes de la vie , t. I, p. 21 . (41) Foderà, loc. cit., p. 20.

(12) Archives ijènèralcs, t. VII, p. 424.

4°, 7° ), et d'autres de résorption de matériaux organiques seront rapportés plus loin ( § 910),

HI. Vaisseaux absorbans.

§ 900. Chez les animaux privés de sang, l'absorption s'accomplit dans toute la substance organique indistinctement; mais, lorsqu'il y a une circulation , elle est exercée par certains tissus élémentaires des organes , par les vaisseaux efférens. En effet, le courant centripète qui règne dans ces vaisseaux annonce tout aussi bien la tendance à la réunion, qu'un courant centrifuge dénote celle à la ségrégation, à la séparation du sang(§§ 775, 777). Cette direction centripète est tellement inséparable de l'idée d'une absorption, que, déjà dès les temps les plus anciens et chez les peuples les plus grossiers, l'application d'une ligature entre le tronc et le point lésé était usitée , dans le cas de blessures empoisonnées, pour prévenir l'action du venin sur la vie générale. Comme, partout où l'organisation a pris un grand degré de développement, les fonctions sont divisées et réparties à des organes divers, aux veines qui , chez les invertébrés , ne servent qu'à ramener le suc vital , s'adjoint , chez les vertébrés , le système des vaisseaux lymphatiques, dont les racines n'ont aucune connexion avec le système sanguin, mais dont les extrémités s'abouchent dans les veines. D'après la loi générale du développement organique, ces vaisseaux constituent un système de plus en plus distinct dans les différentes classes d'animaux vertébrés. Ce sont , chez les Poissons , des canaux simples , dilatés d'espace en espace , qui forment des plexus en s'anastomosant les uns avec les autres , et qui , indépendamment de l'embouchure de leur tronc principal dans une veine antérieure, communiquent encore avec d'autres veines par des branches nombreuses.Chez les Reptiles , ces canaux présentent des valvules, rares à la vérité, et joignant mal, de manière qu'on parvient sans peine à faire passer l'injection des troncs dans les branches. Chez les Oiseaux, la plupart forment encore des plexus, mais qui, au col , sont développés , par l'effet de leur concentration , de l'annexion de plusieurs vaisseaux sanguins , et de l'addition d'un tissu cellulaire tant intérieur qu'enveloppant, en organes

DE L'ABSORPTION, 27 particuliers connus sous le nom de glandes , ou plus exactement de ganglions lymphatiques (§ 783, 14°), et auxquels Krause (1) donne celui de nœuds lymphatiques. Chez les Mammifères, ces ganglions sont plus nombreux , plus développés , et les connexions avec le système veioeux n'ont point autant d'étendue.

I. Le plus petit des troncs lymphatiques reçoit les vaisseaux lymphatiques de la lêLe , du cou , de la poitrine et du bras droit : il s'abouche dans la réunion des veines jugulaire et brachiale droites. Le tronc principal, ou le canal thoraeique, qui s'abouche avec les veines correspondantes du côté gauche, est formé par la réunion des vaisseaux lymphatiques du reste du corps. Quelquefois le petit tronc semble manquer, et le grand recevoir tous les lymphatiques de l'économie. Au reste, de même que le système , considéré dans son entier, offre d'innombrables variétés , de même aussi les deux troncs sont assez souvent divisés à leur embouchure dans les veines. Quant à savoir si le système lymphatique communique encore sur d'autres points avec les veines , c'est une question anatomique qui ne manque pas d'importance pour la physiologie.

1° Lippi avait prétendu non seulement que les lymphatiques communiquent librement avec les veines par leurs racines, mais encore qu'ils s'abouchent fréquemment avec elles sur leur trajet, et qu'en particulier ils s'ouvrent dans les veines honteuse interne, rénale, porte, azygos et cave. Mais il a été prouvé, spécialement par Fohmann (2), Panizza (3) et Lauth (4) , que de pareilles communications de vaisseaux lymphatiques libres ont bien lieu chez les Poissons , les Reptiles et les Oiseaux , mais qu'elles n'appartiennent point aux Mammifères , et que Lippi a dû prendre de petites branches veineuses pour des lymphatiques. Ce n'est pas à dire pour cela qu'une disposition de ce genre ne puisse exister à titre de variété , car Wut-

(d) Ilandbuch der menschlichen Anatomie , t. I, p. 29.

(2) Dus Sauyadcrsystcm dcr Wirhelthiere , t. I» p. 4.

(3) Osservazioni antropo-zootomico-fisioloyiclio , Pavia, 4830, in-fol. p. 68.

(4) Essai sur les vaisseaux lymphatiques, Strasbourg, 4824.

â8 de l'absorption.

zer (1) en cite des exemples , et dit avoir vu lui-même un canal ihoracique qui s'ouvrait dans la veine azygos, mais qui était bouché à sa partie supérieure.

2° Meckel l'ancien (2) a vu les injections passer des gan glions lymphatiques de l'estomac dans la veine gastro-épiploïque gauche , et de ceux du cou et des aisselles dans les veines jugulaires et sous-clavières ; il a même fait représenter plusieurs vaisseaux lymphatiques allant de ganglions aux veines de l'estomac (3). Plus tard (4), Meckel jeune a remarqué que les vaisseaux qui se rendent des ganglions lymphatiques dans des troncs veineux étaient des branches veineuses , et en conséquence il a admis qu'une communication immédiate existe entre les deux ordres de vaisseaux dans l'intérieur même de ces ganglions , attendu que le liquide amené à ceux-ci , quoiqu'il pénètre plus facilement dans les vaisseaux efférens , peut cependant être poussé aussi dans des veines par l'effet de la pression. Abernethy (5) croyait avoir vu, dans les ganglions mésentériques de Cétacés , des ouvertures béantes de vaisseaux sanguins; et chez d'autres animaux, il avait chassé de l'air des ganglions lymphatiques dans des veines ; mais ce dernier phénomène n'avait lieu , suivant lui , qu'à la faveur de vaisseaux lymphatiques efférens. Fohmann réfuta l'hypothèse d'orifices béans dans l'intérieur des ganglions lymphatiques (6), ainsi que celle de vaisseaux lymphatiques efférens allant aboutir à des veines , et soutint au contraire , d'après de nombreuses recherches , que les vaisseaux lymphatiques s'abouchent, ou en partie, ou même en totalité, avec des veines dans l'intérieur des ganglions. Ainsi , chez l'homme surtout , des injections passèrent des vaisseaux lymphatiques du mésentère

(1) Muller, Archiv, 1834, p. 311.

(2) Diss. de vasis lymphaticis, p. 11, 16.

(3) Nova experim. et observ. de finibus venarum, Berolini, 1772, p. 5.

(4) G. T. Sœmmeriiuj decem lustra post gradum doctoris gratulatur Meckel. Léipzick , 1828. pl. IV.

(5) Reil, Arthiv, t. II, p. 235.

(6) Mèm. sur les communications des vaisseaux lymphatiques avec les veines, Liège , 4832, in-4, p. 13.

dans des veines (1). La même chose eut lieu chez des Chiens, où les lymphatiques sortant des ganglions mésentériques réunis en pancréas d'Aselli , sont moitié moins volumineux que les afférens (2), chez des Chevaux (3) et chez des bêtes à cornes (4). Fohmann a fait des observations analogues sur les ganglions lymphatiques des membres (5); mais il a rencontré aussi des cas dans lesquels l'injection passait des lymphatiques dans des veines seulement , et où l'on ne pouvait découvrir aucun vaisseau eflerent : tel était le cas de quelques ganglions mésentériques de l'homme (6), du Chien (7), du Chat (8) et de la Martre (9), et de quelques glandes axillaires de l'homme et du Chien (10). Fohmann prétendit surtout que, chez le Phoque, les glandes mésentériques et bronchiques ne fournissent que des veines et point de vaisseaux Iymphatiques(ll).Laulh a fait des remarques du même genre (12); il a soutenu que les lymphatiques s'abouchent en partie avec des veines dans l'intérieur des ganglions, et qu'il leur arrive quelquefois de s'y jeter en entier dans le système veineux , sans qu'alors les ganglions fournissent aucun vaisseau efférent(13). Panizza s'en tient davantage à ses observations, qui lui ont montré les injections passant des ganglions lymphatiques les plus divers de l'homme dans les veines voisines , par l'intermédiaire de branches veineuses eûerentes (14). Rossi (15) , Amussat (16),

(1) Anatotnische Unlersuchung ueber die Verhindumj der Sauyadcrn mit den Venen, p. 25.

(12) Loc.cii., p. 35.

(ii)Neues Handbuch der praktischen Anatomic, t. II, p. 238.

(44) Osservazioni fisioloyiche, p. 42-47.

(45) Archives yénérales, t. X, p. 439.

(16) t. XIV, p. m.

3o de l'absorption.

Mayo(l)et Luchtmans (2) ont également observé ces faits.

IL Déjà Stenson , Kaauw et plusieurs autres, avaient vu des liquides passer de certains lymphatiques dans diverses veines ; mais Haller (3) suspectait la justesse de leurs observations , et les croyait fondées uniquement sur des variétés de structure ou sur des erreurs , attendu que la nature semble s'être proposé de prolonger le séjour du chyle et de la lymphe dans leurs vaisseaux, en appliquant partout ces derniers aux veines immédiatement, tout en les faisant aller jusqu'au canal thoracique , qui longe bien aussi les troncs veineux , mais ne s'y abouche pas , et s'ouvre seulement dans la veine sous-clavière.

1" S'il y avait des communications multiples, il serait à peine possible que les injections des vaisseaux lymphatiques réussissent jamais complètement, car le mercure passerait dans les veines , qui sont plus amples ; et , en effet , on ne parvient guère à remplir le canal thoracique qu'en le liant lui ou l'artère sous-clavière ; cependant il est de règle que l'injection , poussée par un lymphatique quelconque , parvienne dans ce canal.

2° Le passage des lymphatiques aux veines , dans l'intérieur des ganglions , bien qu'on l'ait fréquemment observé , n'est donc qu'un fait exceptionnel , et n'a lieu qu'autant que l'écoulement de la lymphe par les lymphatiques efférens éprouve de l'obstacle. Ainsi Antommarchi (4), quand il augmentait la pression , déterminait ordinairement la déchirure des vaisseaux lymphatiques, plutôt que de faire passer le mercure des ganglions dans les veines ; et quand ce dernier effet avait lieu , le métal s'introduisait souvint aussi dans des artères (5). Il en est donc ici comme des injections , qui passent quelquefois d'un ordre de canaux dans un autre (§ 877, 11°). Mayo , par exemple (6), a poussé de l'encre de l'artère mé-

(1) Outlines of human physioloyy , p. 160.

(2) Froriep, ISotizen, t. XLI, p. 183.

(3) Loc. cit., t. I, p. 172-180.

(4) Bulletin des se. méd. de Ferussac, t. XVIII, p. 161.

(6) Outlines of human pliysiology,\), 160.

de l'absorption. 3l

sentérique d'un Chien dans les veines et les lymphatiques du mésentère , et de l'artère hépatique dans les lymphatiques du foie.

3° Une déchirure peut avoir lieu en pareil cas , et elle est d'autant plus probable , que le mercure, une fois qu'il commence à passer dans les veines , coule ensuite tout à coup et très-facilement , même des vaisseaux lymphatiques qu'il avait remplis jusqu'alors (1). Hewson n'observa ce passage , sur les cadavres humains, que dans des ganglions lymphatiques malades (2) ; et Mascagni ne le considère , aussi bien qu'Astley Cooper (3) , que comme un effet de la déchirure. Antonmarchi (4) et Biancini (5) ont même constaté qu'il se faisait alors une extravasation ; et Biancini a vu que, quand il avait lié les vaisseaux lymphatiques sortant d'un ganglion, le mercure s'écoulait, par une rupture de ce genre , tant dans des veines que dans des artères.

4° Quoique des observateurs fort attentifs n'aient pas remarqué d'extravasation , la pression a bien pu suffire pour faire passer le mercure à travers les minces parois des lymphatiques et des veines adossés les uns aux autres , de même qu'il est facile de chasser les injections des artères pulmonaires dans les bronches (6).

5° En tout cas, on n'a point encore démontré anatomiquement de continuité entre un vaisseau lymphatique et une veine dans l'intérieur d'un ganglion. Albert Meckel (7) n'a pu le faire , quoiqu'il fût parvenu à déterminer le passage de l'injection dans une veine à travers un ganglion mésentérique.

6° Si les vaisseaux lymphatiques communiquaient avec le système vasculaire par d'autres points que leurs troncs, le liquide devrait s'écouler sans obstacle après la ligature de ces derniers; mais on n'observe rien de semblable : bien au con-

(1) Hildebrand, Anatomie, t. III, p. 116.

(2) Expérimental inquiriei , t. III , p. 153.

(3) Rosenmuller, Beitrœge fuer die Zerglicdcrunyskmist, t. I, p. 69.

(4) Loc. cit., t. XVIII, p. 165.

(5) /i.,t. XXI, p. 2.

(6) Hildebrand, Anatomie, t. III, p. 115.

(7) Meckel, Archiv fuer Anatomie , 1828, p. 172.

3a b*E T.'AKsor.r-Tïoft.

traire, il s'opère alors une distension contre nature, et enlin une rupture (§ 907, 4°).

7° Le motif décisif pour admettre un passage immédiat , serait l'absence de tous vaisseaux, lymphatiques sortant des ganglions mésenteriques du Phoque; mais Ilosenthal (1) a prouvé qu'il y en avait même chez cet animal. Knox (2) a re connu aussi qu'ils existaient , qu'ils se continuaient sans interruption jusqu'au tronc commun des lymphatiques, qu'on les rencontrait également dans le Dauphin; que l'union avec les veines , admise par Abernethy chez la Baleine , n'avait pas lieu , et que l'injection ne passait dans les veines qu'autant que la putréfaction s'était déjà emparée des parties. Le passage du mercure dans les veines peut aussi avoir dépendu de ce que , par une circonstance quelconque , les vaisseaux lymphatiques eflerens étaient devenus imperméables.

8° Les nombreux abouchemens des vaisseaux lymphatiques dans les veines , qu'on aperçoit chez les animaux vertébrés des classes inférieures , ne sont pas un motif suffisant pour admettre que le même étaft de choses a lieu chez les Mammifères , où la concentration plus grande du système lymphatique s'annonce par le développement plus prononcé des ganglions.

Ainsi , nous sommes finalement ramenés à l'opinion de Haller , qu'un abouchement normal des lymphatiques , ailleurs que dans les veines jugulaire et sous-clavière, n'est ni démontré , ni même vraisemblable , mais qu'on peut le rencontrer de temps en temps parmi les innombrables variétés de ce système.

§ 901. La substance organique, en général, possède la perméabilité , et l'extrême délicatesse des parois, dans les racines des vaisseaux efférens , fait que cette propriété y doit être portée à un haut degré ; de sorte qu'il est à peine possible de se refuser à croire que chaque sorte de ces vaisseaux admet aussi une substance quelconque dans son intérieur. Maintenant il y a deux faits indubitables, savoir : que les

(1) Froriep, Notizen, t. II, p. 5.

(2) lb.t t. VIII, p. 49-53.

de l'absorption. 33 vaisseaux lymphatiques de l'intestin charient le chyle qui a été produit par la digestion aux dépens des matières alimentaires, et que les veines des poumons charient aussi le sang métamorphosé par l'admission de substances provenant de l'atmosphère. Mais ces vaisseaux lymphatiques et veineux sont semblables, quant aux points essentiels, à ceux d'autres organes; en conséquence , les deux ordres de vaisseaux peuvent participer partout à l'absorption, quoique chacun d'eux soit plus .spécialement apte à absorber dans certains organes et par rapport à certaines substances. Comme l'opinion la plus simple et la plus générale est celle qui tranche le plus sûrement les questions , j'éprouvais le désir d'en rester là. Cependant , je dois reproduire ici les faits et les assertions qui tendent à établir le pouvoir absorbant des lymphatiques et des veines , tant pour faire ressortir ce qu'il y a encore d'admissible dans le théorème précédent, que pour obtenir quelques indices propres à dévoiler les lois de l'absorption, et pour compléter l'exposé historique ou littéraire du sujet.

Les anciens ne connaissaient qu'un passage immédiat des matières dans le sang ; mais , après la découverte du système lymphatique , la plupart des physiologistes attribuèrent l'acte de l'absorption aux deux classes de vaisseaux efférens. L'opinion qui représente les lymphatiques comme présidant seuls à cette opération , ne se développa qu'à l'époque où l'on acquit des notions anatomiques plus étendues sur leur compte. Guillaume Hunter, Cruikshank et Mascagni, furent ceux surtout qui la firent prévaloir. Enfin , Mageudie refusa aux lymphatiques toute participation à l'absorption, celle du chyle exceptée. Parmi les physiologistes modernes , on n'en compte qu'un petit nombre, Prochaska , par exemple (1), qui attribuent le pouvoir absorbant aux deux classes de vaisseaux efférens. Dans la discussion qui s'est élevée à ce sujet, les deux partis se sont tenus sur un terrain très-mouvant ; ce qu'enseigne l'observation simple de la nature a souvent été interprété d'une manière toute arbitraire; et parmi les réponses

(1) Uemerkunyen ueber dcn Oryanismus des menschlichen Kœrpcrs. Vienne, 1810 , p. 54.

diverses que la nature faisait aux questions qu'on lui soumettait dans les expérimentations, chacun n'a regardé comme décisives que celles qui s'accordaient avec l'opinion embrassée d'avance

parlui.Lorsqu'ilarrivaitderetrouverdessubstances étrangères, ici dans des veines, et là dans deslymphatiques seulement, chacun des partis érigeait en preuve le fait qui lui était favorable, et feignait d'ignorer ou révoquait en doute le fait contraire. Ce qui prouve combien peu de telles observations isolées sont propres à élucider définitivement la question , c'est qu'il n'est pas rare de rencontrer, dans les liquides sécrétés, les substances étrangères dont on n'aperçoit aucun vestige ni dans les veines , ni dans les lymphatiques , quoiqu'elles aient dû passer par l'un ou par l'autre de ces deux systèmes de vaisseaux. Elles peuvent , chez certains individus et dans certaines conditions de la vie , être absorbées ou par les veines , ou par les lymphatiques , ou par les uns et les autres , et être rapidement entraînées dans les produits des sécrétions , ou subir , dans la lymphe et le sang , un enveloppement et une neutralisation tels , qu'il n'y ait plus ensuite possibilité de les reconnaître dans ces liquides. Les aperçoit-on dans le sang, elles peuvent y avoir été portées soit par le canal thoracique, soit, comme le pense Fohmann (1), par des branches qui s'abouchent avec les veines dans l'intérieur des ganglions lymphatiques. Les rencontre-t-on dans le système lymphatique , elles peuvent s'y être déposées du sang ; car Hering (2), ayant injecté du cyanure de potassium dans la veine jugulaire de Chevaux qui étaient morts environ un quart d'heure après l'opération , a trouvé ce se1 dans le canal thoracique , mais non dans les ganglions , de sorte qu'il semblait être arrivé immédiatement au lieu où les réactifs décelaient sa présence ; et même chez un Cheval qu'on fil périr, une minute après l'injection , en lui soufflant de l'air dans les veines et lui coupant la moelle allongée , le cyanure existait dans le canal thoracique , de telle sorte qu'on était en droit de se demander s'il

(1) Anatomische Untersuchung , p. 82.

(2) Tiedeiuann , Zeitschriftfuer Physiologie, t. III, p. 93, 102 , 105, 108, 115.

de l'absokption. 35

n'y aurait pas aussi certains cas où une substance étrangère pourrait pénétrer dans d'autres vaisseaux , après lu mort , par le fait d'une simple imbibition.

§ 902. Quant à ce qui concerne d'abord les organes digestifs :

L La probabilité d'une absorption par les veines a été établie de plusieurs manières.

1° De ce que le sang de la veine porte ne se coagule point , Boerhaave avait conclu qu'il doit avoir reçu quelque chose de l'intestin. Walter prétendait (i) que sa coagulabilité lui a été enlevée par l'addition de la lymphe et du chyle. Mais la sécrétion des sucs gastriques et intestinaux , et sa rétention dans la rate, peuvent être déjà suffisantes pour lui faire subir une modification considérable ; et comme la lymphe et le chyle sont coagulables , l'adjonction de ces liquides ne saurait le dépouiller de sa coagulabilité.

2° L'excédant de diamètre des veines intestinales sur les artères (2) ne prouve riëto non plus; car Haller (3) a fait voir que la différence n'est pas plus considérable à l'intestin qu'ailleurs; et si les veines sont généralement plus amples que les artères, c'est la conséquence de leur plus grande extensibilité, de la plus grande lenteur avec laquelle le sang y coule. Ce phénomène ne peut point provenir de l'absorption, comme il a déjà été démontré précédemment (§ 700, 3°).

3° Un argument de plus grand poids en faveur de la participation des veines à l'absorption , est celui qu'on tire du peu de capacité du canal thoracique. Haller (4) évalue le diamètre de ce conduit à une ligne carrée , et calcule d'après cela que, quand bien même on supposerait la marche du liquide aussi rapide dans le système lymphatique que dans les veines , c'est-à-dire de soixante-six pieds par minute , le canal thoracique ne pourrait pas laisser passer plus de cinq quarts

(1) Von der Einsuuyuny und der Durchhreusung der Sehnerven. Berlin, 4794, p. 38.

(2; lbid., p. 40.

(3) Loc. cit., t. VII, p. 64.

(4) Ibid., p. 66.

jO DE l'aBSOIU'TION.

de livre par heure, tandis qu'il y a des cas où l'on boit, dans l'espace d'un petit nombre d'heures, douze à seize livres d'eau minérale, dont la plus grande partie sort par les voies urinaires. A la vérité , ces calculs ne sont pas décisifs non plus, car le cours du liquide peut très-bien s'accélérer quand l'absorption s'exerce avec une force insolite; et si, dans l'exemple cité , on boit quatre livres d'eau par heure sans rendre plus d'une livre d'urine , il est très-possible que les trois autres livres soient encore contenues en partie dans les nombreux vaisseaux sanguins , en partie dans le canal intestinal; cependant, nous accorderons volontiers que l'eau peut être absorbée immédiatement par les veines (comp., § 866, II) , ce que Denis, entre autres , admet pour la presque totalité de la boisson.

4° Le passage immédiat de substances étrangères dans les veines est encore rendu probable par la promptitude avec laquelle ces substances manifestent les effets qui leur sont propres. Il a déjà été parlé précédemment (§ 866 , 4<>) des Chevaux dans les sécrétions desquels peuvent apparaître , avant même qu'une minute se soit écoulée, certaines substances qu'on a mêlées à leur sang-, mais si le cyanure de potassium et la rhubarbe, avalés par des Chiens, se sont montrés, le premier au bout de deux minutes, et la seconde au bout de cinq, dans l'urine (§ 866 , 2°) ; si Wetzlar a trouvé dans sa propre urine le cyanure au bout de dix minutes, et la rhubarbe au bout d'un quart d'heure (1) ; si enfin cinq a six minutes ont sufli pour que l'odeur d'un lavement camphré se transmît à l'haleine , etc. , il est bien difficile de croire que ces substances aient fait le trajet , en un laps si court de temps , par la voie du système lymphatique. On en peut dire autant de l'acide cyanhydrique, qui, par exemple, tua des Chiens en trois à huit secondes ; de la strychnine , dont l'action commence à être sensible au bout d'un quart de minute (2), etc.

(1) JJiss. de materiarum nonnullarum, imprimis kaliBorussici, inorganismum transite. Marbourg, 4821, p. 30.

(2) Chris tison, Abhandlung ueber die Gifle, p. 10.

5° Kaauw, en comprimant l'estomac ou l'intestin rempli d'eau , a vu le liquide passer dans les veines (1). De même, mais en sens inverse , les liquides injectés dans les veines ou les artères pénètrent quelquefois dans les voies digeslives (2). Alais les injections se glissent aussi de la même manière dans toutes les autres cavités du corps (3). Ces deux cas sont purement exceptionnels, et reposent ou sur un déchirement, ou sur la pénétrabilité des vaisseaux capillaires.

6° Un argument bien moins valable encore en faveur de l'absorption par les veines , était celui qu'on tirait des corps celluleux ou caverneux (§ 278, 3°).

7° Enfin , si les animaux sans vertèbres n'ont pas de vaisseaux lymphatiques , il ne suit point de là que les veines absorbent chez les vertébrés , puisque beaucoup d'invertébrés manquent de vaisseaux sanguins , et par conséquent absorbent sans veines.

II. Passons aux observations qui ont été faites sur le contenu des vaisseaux efférens, par rapport aux substances introduites du dehors.

1° Si, comme l'a prouvé entre autres Mayer (4), on a de très-bonne heure aperçu, dans le pancréas, des vaisseaux lymphatiques pleins de chyle, auxquels on a donné le nom de veines lactées , il est très-douteux qu'on ait reconnu avant Aselli qu'ils constituent un ordre à part de vaisseaux; loin de là, on admettait généralement que le chyle est absorbé par les veines intestinales, qui le conduisent au foie. Aselli lui-même ne s'écarta que d'un pas de cette opinion , en faisant aboutir à la veine porte les vaisseaux lymphatiques de l'intestin découverts par lui ; et ce ne fut qu'en poursuivant cette découverte que Bartholin parvint à démontrer que ce n'est pas dans le foie , mais bien dans le canal thoracique qu'est conduit le chyle. Cependant quelques auteurs, par exemple Walaeus (5), demeurèrent fidèles à l'opinion d' Aselli;

(1) Haller, Inc. cit., t. VI, p. 153 ; VII, p. 48..

(2) IUd., p. 62, 437.

(3) IUd., t. II, p. 450 ; t. VII, p. 48.

(4) Meckel, Deutsches Archiv , t. III , p. 485.

(5) Th. Bnrtholin, Anatoviia reformata, p. 560.

38 de l'absorption.

tandis que d'autres, comme Boerhaave, firent conduire une partie du chyle au canal thoracique par les vaisseaux lymphatiques , et une autre au foie par les veines intestinales. Mais plusieurs observateurs . et quelques-uns même de ceux qui ne reconnaissaient pour normale que la première de ces deux voies, croyaient avoir quelquefois trouvé du chyle aussi dans la veine porte ou dans ses racines. Ici se rangent, outre Bils, Swammerdam, Glisson (1), etc. , J. F. Meckel l'ancien (2) , qui a fait celte remarque spécialement dans l'invagination des intestins; Tiedemann , qui a vu des stries blanches , analogues au chyle, dans le sang de la veine porte du Cheval et du Chien ; Fohmann (3), qui a remarqué quelque chose de semblable chez un suicidé, mais qui prétend aussi (4) que le phénomène a constamment lieu , chez les Chevaux , après la digestion, dans les veines qui sortent des ganglions lymphatiques du mésentère ; enfin , Mayer (5), qui a remarqué un liquide blanc grisâtre dans les veines des parois intestinales d'un vieillard mort d'hydrothorax quelques heures après avoir mangé , mais qui n'en a découvert aucun vestige, ni dans les vaisseaux lymphatiques , ni dans les veines du mésentère. Cependant, le rôle important, et tout particulier, que joue le chyle , fait qu'il n'est pas vraisemblable que ce liquide soit admis dans les vaisseaux efférens sans distinction, puisque le système lymphatique le modifie peu à peu et rapproche sa nature de celle du sang. Lorsque Oudemann (6) liait les vaisseaux lymphatiques de l'intestin, de manière qu'ils ne pussent plus recevoir de chyle, ce dernier ne passait cependant point dans les veines. Peutêtre, dans quelques-uns des cas qui ont été relatés précédemment, le chyle s'était-il répandu dans tout le sang, et

(1) Haller, loc. cit., t. VII, p. 63.

(2) Diss. de vasis lymphaticis. Berlin, 4757, p. 43.

(3) Anatomische Vntersuchung ueber die f'erbindung der Saugadern mit den Venen. Heidelberg, 4821, p. 29.

(4) Mèm. sur les communications des vaiss. lymph, avec les veines. Liège, 4832, p. 6.

(5) Zeitschrift fuer Physiologie, t. I, p. 333.

(6) De venarum , prœoipue mesaraicarum , fabrica et actione, Groningne, 4794, p. 107.

avait- il été conduit à lu veine porte par les veines intestinales. Il est possible. aussi que, comme le conjecture Mayer (1), le chyle, en certaines circonstances, ne pénètre dans les veines qu'après la mort, lorsque les affinités spéciales de la substance organique viennent à s'éteindre (§ 634, 10°). Au reste, on n'a jamais démontré que le liquide blanc, mêlé au sang de la veine porte, fût du chyle, tandis qu'il est bien constant que la couleur blanche du sang dépend surtout d'une graisse qu'il contient à l'état de liberté.

2° Des faits plus certains sont ceux qui établissent que les propriétés de substances introduites dans les organes digestifs se montrent dans les vaisseaux efférens de l'une ou de l'autre espèce.

a. Flandrin prétend que, chez les Chevaux, le sang veineux de l'intestin grêle a une saveur herbacée , tandis que celui du gros intestin en a une âcre et un peu alcaline. Cette assertion est trop isolée pour qu'on puisse y attacher beaucoup de poids.

b. Hallé \ Flandrin , Magendie (2) , Tiedemano , Westrumb (3) , Krimer (4) , Lawrence et Coates (5) , Franchini (6) , n'ont jamais pu retrouver les matières colorantes végétales dans le canal thoracique ; mais ils les ont découvertes en partie dans le sang, notamment celui de la veine porte. Ce pourrait bien être par erreur que Viridet etMatlei attribuent la couleur rougeâtre du chyle aux betteraves rouges dont les animaux avaient été nourris (7). Lister (8), Lower (9), Hunter, Haller (10), Elumenbach, Ducaehet(ll),

(1) Loc. cit., p. 334.

(2) Précis de physiologie, t. II, p. 157, 182.

(3) Meckel, Deutsches Archiv, t. VII, p. 528, 534, 539.—Physiologische Untersuchunyen ueher die Einsaugunyskraft der Venen, p. 25, 34.

(4) Pliysioloyische Untersuchunyen, p. 10.

(0) Bulletin des se. méd. de ïeiussac, 1. 1, p. 54.

(6) Iùid., t. III, p. 21.

(7) Westrumb, Physioloyische Untersuchunyen. Hanovre, 1825 , p. 14.

(5) Philos. Trans., t. XIII, p. 6.

(9) Ibid., t. XXII, p. 996.

(10) Elem. physioloy., t. VI, p. 164, 207; t. VII, p. 62.

(11) Archives y cnér aies, t. II, p. 270.

l\0 DE L'ABSORPTION.

ont prétendu avoir trouvé dans le chyle la couleur bleue de l'indigo et du tournesol. On a objecté qu'à jeun les vaisseaux lymphatiques ont une teinte bleuâtre ; mais, en concluant que ces observateurs ont pu être induits par là en erreur, on les accuse d'un impardonnable défaut d'attention. Cependant Seiler et Ficinus (1) ont reconnu très-distinctement la couleur de la garance et du curcuma dans le chyle, moins sensiblement celle de l'indigo. Haller et Félix (2) ont aussi vu se vider des lymphatiques qui avaient admis du pigment bleu.

c Aucun des observateurs qui viennent d'être cités n'a reconnu l'odeur du camphre, du musc, de l'assa-fœtida, de l'alcool, des huiles essentielles et des huiles empyreumatiques dans le système lymphatique, même lorsqu'elle se faisait sentir d'une manière bien prononcée dans le sang. Mazzi prétend néanmoins avoir, comme autrefeis Hunter, distingué celle du musc dans la lymphe (3),

d. Le cyanure de potassium a été trouvé quelquefois dans le sang seul, et non dans le chyle, notamment par Westrumb (4) ; il l'a été fréquemment , dans l'un et l'autre liquide , par Tiedemann et Gmelin , Seiler et Ficinus (5) Foderà (6),' Macneven (7), Lauth (8) et Heusinger (9). Les médecins de Philadelphie l'ont parfois retrouvé dans le chyle et l'urine], mais non dans le sang (10). Lawrence et Coates ne l'ont constaté dans le sang ou dans les sécrétions qu'après qu'il s'était montré à la partie supérieure du canal thoracique(ll). Tiedemann et Gmelin ont reconnu la présence

(1) Zeitschrift fur Natur und Heilkunde, t. II, p. 382, 3S4, 387, 401.

(2) Haller, loc. cit., t. VII, p. 227.

(3) Foderà, Recherches sur V absorption, \>. 46.

(4) Loc. cit., p. 25. — Meckel, Deutsches Archiv, t. VII , p. 529, 530, 532, 534.

(6) Rech. sur V absorption, p. 55.

(7) Archives générales, t. III, p. 269.

(8) Essai sur les vaisseaux lymphatiques, p. 61.

(9) Handbuch der Physiologie , t. II, p. 250.

(10) Froriep, Notizen, t. III, p. 70 ; 34<= et 40= exp.

(11) llid., t. IV, p. 103.

du sulfocyanure de potassium et du chlorure de barium dans le chyle et le sang.

e. Suivant Westrumb (1), le sulfate de fer n'a paru que dans le sang et l'urine ; mais Tiedemann et Gmelin l'ont quelquefois aperçu aussi dans le chyle. Ces deux derniers expérimentateurs n'ont trouvé le plomb et le mercure que dans le sang, tandis que Seiler et Ficinus ont constaté la présence des deux métaux dans le chyle et dans le sang (2).

3° Quoique les détails précédens prouvent déjà l'incertitude de quelques expériences, elle ressort encore davantage des cas où les substances étrangères apparaissaient évidemment dans les liquides sécrétés, bien qu'on ne pût les découvrir ni dans le chyle ni dans le sang, ce que Tiedemann et Gmelin ont éprouvé avec le cyanure de potassium, le musc, la gomme-gutte et l'essence de térébenthine ; Westrumb avec l'iode (3) , et les médecins de Philadelphie avec le cyanure de potassium (4). Ces derniers n'ont pu retrouver ni dans le sang, ni dans le chyle, l'assa-fœtida par le moyen duquel un Chien avait çté plongé dans la stupeur, et Westrumb n'a pas été plus heureux avec le sublimé dont il s'était servi pour mettre à mort un Lapin.

III. Des faits plus décisifs sont ceux qui se rapportent à des cas dans lesquels les uns et les autres des vaisseaux eftérens étaient devenus imperméables.

1° La tuméfaction et l'induration des ganglions lymphatiques du mésentère entraînent ordinairement à leur suite l'amaigrissement et la fièvre hectique. Mais Sœmmering a fait voir que les voies du chyle ne sont pas réellement bouchées, qu'elles sont seulement dans un état de relâchement et d'atonie. Quoique Walier (5) allègue en faveur de l'absorption par les veines mésaraïques, qu'on trouve quelquefois les ganglions du mésentère durs comme des pierres, et

(4) Loc. cit., p. 23.

(2) Loc. cit., p. 360, 375.

(3) Loc. cit., p. 24.

(4) Froriep, Notizen, t. III, p. 71 ; 36e exp

(5) y on der Einsuuijuntj , p. 47.

les vaisseaux lymphatiques de cet organe obstrués par une matière caséiforme , il n'a pas démontré que celte désorganisation s'étendît au mésentère entier, qu'elle ne se fût point développée dans les derniers temps de la vie, et que ce fût elle qui avait entraîné la mort j outre que l'obstruction dont il parle peut ne s'être établie que pendant ou après la mort, par l'effet de la coagulation.

2° Browne Gheston (1) a trouvé , en ouvrant le cadavre d'un homme, la partie supérieure du canal thoracique tellement pleine de substance osseuse, que ni l'air ni le mercure ne pouvaient parvenir dans la partie inférieure. Chez un sujet réduit au dernier degré d'émaciation , et dont les vaisseaux n'étaient pas complètement vides de sang. Nasse (2) et Krimer (3) ont vu le tronc lymphatique gauche oblitéré par une formation tuberculeuse fort étendue. Rust (4) l'a également vu converti en une masse sarcomateuse, dans deux cas où l'amaigrissement était considérable. Nul doute qu'en pareille circonstance la fièvre hectique et la mort eussent été amenées par l'imperméabilité du canal thoracique ; mais les recherches précises d'Astley Cooper (5) et de Wutzer (6), expliquent comment la vie a pu se maintenir encore quelque temps , malgré un tel état de choses. Le premier a vu, dans trois cas d'occlusion sarcomateuse de la partie inférieure du canal thoracique , des vaisseaux lymphatiques monter de la région lombaire, et aller s'ouvrir dans la portion libre de ce conduit ; l'autre a remarqué, chez un sujet atteint d'obstruction de la partie supérieure du canal, des anastomoses entre la partie inférieure et la veine azygos. Comme nous avons vu ( § 864 ) qu'il se forme fréquemment de nouveaux canaux là où l'organisme en a besoin, il serait fort possible que ces voies insolites ne se fussent développées qu'après l'oblitération de la route normale.

(1) Philos. Trans, 1780, p. 323.

(2) Leichenœffuntjen. Bonn, 1821, p. 150.

(3) Versuch einer Physiologie des Blvts. Leipsick, 1823, p. 83.

(4) Horn, Neues Archiv, 1815, p. 731.

(5) Rosenmuller, Beitrœge fuer die Zorgliederunyshunst, t.,I,p. 48-57.

(6) Millier, Archiv fuer Anatomie, 1834, p. 315.

3° Flandrin, l'adversaire de la faculté absorbante du système lymphatique, ayant lié le canal thoracique gauche, sur douze Chevaux, ne vit périr qu'un seul de ces animaux au bout de trois jours ; les autres survécurent deux à six semaines, époque à laquelle, les ayant mis à mort, il n'observa de dilatation, ni dans le canal du côté droit, ni dans celui du côté gauche, sur lequel la ligature avait été appliquée. De même,LeuretetLassaigne(4)onllié le canal thoracique, sur un Chien , sans que la nutrition en souû'rît. Ordinairement, cette opération, qui empêche le chyle d'arriver au sang, fuit périr ces animaux dans le même laps de temps que la soustraction des alimens ( § 935, IL ); par exemple, un Chien, au bout de quatorze jours, comme l'a. vu Duverney (2), ou de douze, comme l'a observé Krimer (3), l'animal ayant commencé par maigrir beaucoup. Astley Cooper (4) a reconnu, dans des expériences de ce genre, sur des Chiens, que la mort avait eu lieu, dans un cas, au bout de quarante-huit heures, à cause de la rupture du canal thoracique , dans deux autres cas, au cinquième ou au sixième jour, et dans neuf, au bout de dix jours ; mais un des Chiens ne succomba pas, et, après l'avoir mis à mort , on trouva qu'une branche du canal gauche, sur la partie supérieure duquel la ligature avait été appliquée , allait s'aboucher avec celui du côté droit. Du reste , Cooper a remarqué que les Chiens qui avaient pris des alimens avant la ligature, périssaient plus tôt que les autres. Dupuytren (5) a fait des expériences analogues sur des Chevaux ; chez ceux qui avaient succombé cinq à six jours après la ligature, il ne put jamais faire passer le mercure de la partie inférieure du canal thoracique dans la veine sous-clavière ; mais quelquesuns se rétablirent, et ceux-là offrirent, après avoir été tués, des branches par lesquelles le canal thoracique communiquait avec des veines.

(1) Jiechcrches sur la digestion, Paris, 4825, p. 180.

(2) Hist. de VAc. des se, 1675, p. 260.

(3) Versucheiner Physiologie des Blutes, p. 87.

(4) Loc.cit., p. 58-67.

(5) Magendie, Journal de physiologie, t. I, p. 21.

4° La ligature du canal thoracique n'empêche pas la strychnine , selon Magendie (1) , ou l'acétate de morphine , suivant Westrumb (2), de causer la mort, comme à l'ordinaire , lorsqu'on les introduit dans l'estomac ou le rectum. Home a trouvé la rhubarbe (3), Mayer le cyanure de potassium (4), et Westrumb l'une et l'autre substances (5), dansle sang et l'urine d'animaux dans l'estomac desquels on les avait introduites après avoir lié le canal thoracique.

5° Magendie a fourni une preuve plus concluante encore en faveur de l'absorption des poisons par les veines intestinales. Il tira de l'abdomen d'un Chien une portion de l'intestin grêle, coupa les lymphatiques gorgés de chyle, ainsi que tous les vaisseaux sanguins , à l'exception d'une artère et d'une veine, enleva tout le tissu cellulaire qui entourait ces dernières, sépara l'anse intestinale du reste du canal, y introduisit de l'ipo ou de la strychnine , puis la rentra dans le bas-ventre , après l'avoir liée et entourée d'un linge ; l'action du poison se manifesta au bout de quelques minutes , quoique la portion d'intestin avec laquelle cette substance avait été mise en contact , ne tînt plus au reste du corps que par une artère et une veine. Ségalas a développé davantage encore cette preuve (6). Ayant traité une anse d'intestin de la même manière, en épargnant les vaisseaux lymphatiques , et liant les artères et les veines, ou seulement les veines, ou coupant les veines et laissant écouler le sang qu'elles contenaient , il n'observa aucun phénomène d'empoisonnement; mais lorsque les veines avaient été liées, et qu'il enlevait la ligature au bout d'une heure, peu de minutes suffisaient pour que l'action de la substance vénéneuse se prononçât. Lutzenburg (7) isola l'estomac de manière à ce qu'il ne tînt plus au corps que par une artère et

(1) Journal de physiologie, t. I, p. 23.

(2) Physiologische Untersuchungen, p. 47.

(3) Lectures on comparative anatomy, t. I, p. 281.

(4) Meckel, Deutsches Archiv, t. III, p. 496.

(5) Loc. cit., p. 25.

(6) Magendie, Journal, t, II, p. 119.

(7}Gerson, Magasin,).. XVII, p. 100.

une veine, et il y introduisit du cyanure de potassium, qu'il retrouva ensuite dans le sang de la veine porte. D'un autre côté, Hunier, ayant empli de lait une anse d'intestin d'un Chien vivant , lia cette anse , ainsi que ses vaisseaux sanguins , et la reporta dans la cavité abdominale : au bout d'une demi-heure, il vit les vaisseaux lymphatiques gorgés de lait , et les veines vides. D'autres observateurs , auxquels cette expérience n'a point réussi , présument que Hunier a pris pour du lait le chyle qui s'était formé durant ce laps de temps. Cependant on peut aussi objecter à ceux qui cherchent à prouver la faculté absorbante des veines par des expériences sur les poisons , ' que les poisons narcotiques n'ont pas toujours besoin d'être conduits par des vaisseaux spéciaux pour déterminer des effets généraux; du moins, les médecins de Philadelphie assurent-ils qu'après la ligature soit de la veine cave seule (1) , soit de cette veine et du canal thoracique simultanément (2) , la strychnine et l'acide cyanhydrique iniroduits dans l'intestin , tuent, la première en vingt-trois minutes, l'autre en sept à quinze. Enfin, il ressort des observations détaillées précédemment que Magendie , Mayo (3) et autres vont trop loin , en prétendant que les lymphatiques des organes digestifs ne pompent que du chyle, et ne peuvent absorber rien autre chose.

§ 903. On peut en dire autant de l'assertion de Magendie(4), qui prétend que, dans d'autres organes aussi , l'absorption par les veines est seule prouvée , et non celle par les vaisseaux lymphatiques. Déjà de soi-même il semble inadmissible que le système lymphatique , qui absorbe évidemment dans le canal intestinal, ne partage point cette fonction avec les veines dans d'autres parties du corps.

L Ce qui rend vraisemblable que la plus grande part appartient réellement aux veines dans l'absorption pulmonaire, c'est la rapidité avec laquelle les substances inspirées passent dans

(1) Froriep, ISotizcn, t. III , p. 72, 47c et 49« exp.

(2) 76., p. 73, 53*et54«exp.

(3) Outlines of human j>hysiolo<jy. Londres], 1833, p. 164.

(4) Lac. cit., p. 190.

46 de l'absorption.

les sécrétions (§ 866 , 3°). Ainsi Piollet (1) a remarqué qu'il suffit de quelques minutes pour que l'urine acquière l'odeur de violette quand on a respiré la vapeur de l'essence de térébenthine , et pour que les flatuosités abdominales en exhalent une fétide après l'inspiration des vapeurs putrides. Ayant injecté du cyanure de potassium dans les poumons, il le retrouva au bout de soixante-et-dix secondes dans le cœur gauche , et au bout de deux minutes seulement dans le cœur droit; chez un autre animal, ce sel passa en quatre minutes dans l'artère crurale, en sept dans la veine jugulaire, et en dix dans les cavités droites du cœur. Mayer (2) l'a vu, au bout de deux à cinq minutes dans le cœur gauche, puis après dans le cœur droit, et plus tard encore dans le canal thoracique. Lebkuchner (3) l'a rencontré, au bout de deux minutes, dans l'aorte : il n'était encore parvenu ni dans la veine cave , ni dans le canal thoracique. Des observations analogues ont été faites par Foderà (4), Westrumb (5), Lawrence et Goates (6). Mais quand le canal thoracique avait été lié , Foderà reconnaissait aussi le sel dans les ganglions des bronches, de sorte qu'il paraît être absorbé ici également par les vaisseaux lymphatiques. Du reste, Lebkuchner ne l'a remarqué une fois que dans les sécrétions des sacs séreux, sans pouvoir le découvrir dans le sang, le chyle, ni l'urine.

II. Quels sont les vaisseaux qui accomplissent l'absorption dans la peau et le tissu cellulaire sous-jacent?

1° Nous pouvons le conclure des résultats de certaines expérimentations. Mascagni éprouvait un gonflement des glandes inguinales lorsqu'il était resté pendant quelques heures dans un bain de pied. Collard de Martigny (7), ayant laissé ses mains plongées durant deux heures et demie dans de l'eau

(1) Bulletin des se. mèd. de Férussac, t. VII, p. 221.

(2) Meckel, Deutsches Archiv, t. III, p. 496.

(3) Archives générales, t. VII, p. 424.

(4) Loc. cit., p. 64.

(5) Physiologische Vntersuchungen, p. 40.

(6) Bulletin des se. mèd. de Férussac, t. I, p. 54,

(7) Archives générales, t. XI, p. 79.

de l'absorption. 47 chaude , remarqua une tuméfaction non-seulement des veines de la main et du bras ( ce qui pouvait dépendre de l'attitude et de la chaleur) , mais encore des glandes axillaires. Certaines substances acres , mises en contact avec la peau couverte ou dépouillée de son épidémie , ou avec une plaie superficielle , provoquent un état inflammatoire des vaisseaux lymphatiques partant de ce point, qui paraissent alors comme autant de lignes gonflées, rouges et douloureuses, à la peau ; plus fréquemment encore il s'ensuit une tuméfaction douloureuse des ganglions lymphatiques les plus voisins. Ainsi les glandes axillaires se gonflent au bras sur lequel on a pratiqué l'inoculation , ou dont la main a reçu quelque blessure pendant la dissection d'un cadavre en putréfaction : des bubons surviennent quand l'infection syphilitique est la conséquence de l'acte vénérien , et les ganglions de l'aisselle se gonflent s'il s'agit d'une nourrice qui ait été infectée par l'enfant qu'elle allaite : un vésicatoire qui agit trop profondément affecte tels ou tels ganglions suivant le point avec lequel il a été mis en rapport : Autenrieth et Zeller (1) ont remarqué que les frictions mercurielles prolongées rendaient, chez les auimaux , les ganglions lymphatiques plus rouges et beaucoup plus gros du côté où on les pratiquait, que du côté opposé, etc. L'explication que Mageudie donne de ces phénomènes (2), pour maintenir son hypothèse de l'absorption par les seules veines, est tellement forcée, qu'on ne saurait l'admettre.

2° On n'a quelquefois retrouvé que dans le système lymphatique seul les substances étrangères qui avaient été mises en contact avec la peau ou son tissu cellulaire. Une personne qui s'était fait saigner du pied, eut un vaisseau lymphatique blessé, par lequel il s'écoulait continuellement de la lymphe : Schreger (3) fit couvrir la plaie d'une ventouse sèche, et plonger le pied dans de l'eau musquée ou dans du lait, ou frotter les orteils avec de l'essence de térébenthine ; au bout de quelque temps, l'odeur ou la couleur de ces substances se

(1) Reil, Archiv, t. VIII, p. 220.

(2) Précis de physiologie , t. II, p. 189.

(3) Dcfunctionc placentue utcrinae. Erlnngne, 1799, p. 10, 44.

4& DE LARSOÏU'TlON.

faisait remarquer dans la lymphe fournie par le vaisseau ouvert, et non dans le sang tiré d uue veine cutanée. Lorsque les membres rasés d'un jeune Chien étaient demeurés pendant quelque temps plongés dans du lait ou dans une dissolution de nitre, le lait ou le nitre se trouvait dans la lymphe du membre, mais non dans le sang (1). La même chose avait lieu quand, après avoir pratiqué une plaie à la patte d'un Chien, ou la lui faisait tenir pendant une heure dans de l'eau imprégnée de musc (2). Foderà arecounudans le canal thoracique d'un Lapin le cyanure de potassium qu'il avait introduit sous la peau (3). Les médecins de Philadelphie (4), ainsi que Lawrence et Coates ont fait la même remarque sur d'autres animaux , et Muller (5) a constaté la présence du cyanure dans la lymphe d'une Grenouille dont il avait tenu les pattes plongées pendant deux heures dans une dissolution de ce sel.

3° Quelquefois la substance étrangère apparaît tant dans le canal thoracique que dans les veines. C'est ce qui eut lieu pour le plomb que Seiler et Ficinus avaient appliqué en cataplasme sur la jambe d'un Cheval (6), ou employé en bain tiède chez deux Chiens (7), et au cyanure de potassium, dont Westrumb (8) laissa une dissolution chaude en contact pendant une demi-heure avec l'abdomen d'un Chien , qu'il avait rasé et frictionné avec uue teinture étendue de cantharides.

4o Dans d'autres cas, la lymphe n'a offert à Ficinus et Seiler (9) aucune trace de plomb, ni a Westrumb (10) nul vestige du cyanure de potassium expérimenté sous forme d'onguent ou de bain.

5° Mais des expériences multipliées ont prouvé que les

(3) liech. sur Vabsorplion, p. 48.

(4) Froriep, Notizcu, t. III, p. 72, 44e exp.

(5) llandluch der Physiologie, t. I, p. 263.

(6) Zcitschrift f%ier Natur und Heilkundc, t. II, 363.

(8) Mcckel, Archiv fuer Jnatomie, 1827, p. 531.

(10) Loc, cit., 1827, p. bM.— Physiolotjischo Unicrsuchaujcn, p. 25.

de l'absorption. 49 narcotiques et les poisons animaux analogues tuent par leur passage immédiat dans le sang. Fontana a vu la morsure de la Vipère être mortelle pour des animaux même auxquels on avait coupé le canal thoracique en travers (1). Emmert s'est convaincu (2)que l'action d'un poison est arrêtée par la ligature des vaisseaux sanguins du membre avec lequel on le met en contact, mais non par celle des vaisseaux lymphatiques. Brodie (3) introduisit du woorora dans une plaie faite à la patte de plusieurs animaux ; l'empoisonnement eut lieu quand le canal thoracique était lié ; la ligature des vaisseaux sanguins de la patte en empêchait la manifestation , qui se prononçait lorsqu'on détachait la ligature, pourvu toutefois qu'elle ne fût pas restée plus d'une heure en place. Les expériences de Magendie et Delille (4) ont été plus décisives encore : si l'on coupe la cuisse d'un Chien, en ne laissant subsister que l'artère et la veine, qu'on dépouille chacun de ces vaisseaux de tout le tissu cellulaire ambiant , ou qu'on les coupe, en rétablissant la communication entre les deux bouts par le moyen d'un tuyau de plume inséré dans l'un et dans l'autre , l'ipo, porté dans une plaie faite à la jambe, déploie ses effets toxiques tout comme à l'ordinaire. En suivant le même procédé , Lawrence et Coates (5) ont retrouvé dans le sang delà partie supérieure de la veine le cyanure de potassium qu'ils avaient introduit dans le tissu cellulaire du bout de la patte. Varnière (6) a constaté aussi que quand il introduisait de la strychnine dans une plaie à la patte, et liait la veine, le sang tiré de la portion du vaisseau comprise entre la plaie et la ligature , déterminait les effets toxiques de cet alcali chez un autre animal dans les veines duquel il le transfusait.

III. Quant à ce qui concerne les sacs séreux , la rapidité avec lesquelles les substances qu'on y introduit apparaissent dans les sécrétions ( § 866 , 20 ) , ou causent la mort par em-

(d) Loc. cit., 208.

(2) Tuebimjer Blaetter, t. I, p. 92.

(3) Reil, Archiv, t. XII, p. 484.

(4) Journal de physiol., t. I, p. 24.

(5) Froriep, ISotizen, t. I, p. 54.

(G) Christison, Alhandlumj ueher die Gifle, p. 43.

ix. 4 .

poisonncment, annonce une absorption par les veines. Ainsi , l'ipo, porté dans la cavité pectorale ou abdominale, selon Magendie et Delille , empoisonne tout aussi vite après la ligature du canal thoracique qu'avant ; cette ligature ne retarde pas non plus, suivant les médecins de Philadelphie (1), le passage du cyanure de potassium dans le sang ; ces derniers expérimentateurs ont même retrouvé le sel dans les veines, et non dans le système lymphatique, chez un animal dont le canal thoracique avait été lié (2); mais d'autres expériences le leur ont fait apercevoir tant dans le sang que dans le chyle (3). Lawrence et Coates ont reconnu que le cyanure de potassium injecté dans la cavité abdominale, n'exigeait pas plus de deux à cinq minutes pour se manifester à la partie supérieure du canal thoracique , mais qu'il se montrait toujours plus tard dans les veines , et qu'en faisant périr les animaux par l'écoulement de tout leur sang, on n'empêchait pas son absorption d'avoir lieu, bien qu'elle s'accomplît alors avec plus de lenteur. L'encre ou toute autre liqueur colorée, introduite dans la cavité pectorale ou ventrale, passe dans les vaisseaux lymphatiques des parois , comme l'ont vu Mascagni, Ontyd (4) et Lauth (5).

IV. Schreger (6) ayant rempli de lait chaud la vessie d'un Chien, après avoir pratiqué la ligature des vaisseaux, retrouva, au bout de vingt-quatre minutes, le lait dans les vaisseaux lymphatiques, et non dans les veines.

ARTICLE III

De la manière dont s'accomplit V absorption.

§ 904. Si le corps organique représente un tout particulier, doué de spontanéité, et se formant soi-même, une telle nature semble impliquer qu'il soit strictement délimité, quant au

(1) Froriep, Notizen, t. III, p. 70.

(2) /i.,p. 68; 22e exp.

(4) Diss. de causa absorptionis per vasa lymphalica.'Leyâe, 4795, p. 25.

(5) Essai sur les vaisseaux lymphatiques. Strasbourg, 1824, p. 60.

(6) De functione placenta ulerinœ. Erlangue, 479lJ, p. 19.

de l'aïîsoKftion. 5l

monde extérieur, et qu'il ait un intérieur qui ne communique par aucune issue avec l'espace du dehors. Celle concentration en soi-même est indiquée aussi par la pénélrabilité(§ 461, II-, 833) , qualité essentielle à sa substance, qui rend possible le passage dans des espaces divers des matériaux nécessaires à là réparation de ses pertes continuelles. Nous avons reconnu aussi que, dans les productions qui s'accomplissent aux dépens du sang , le passage à travers des parois est nécessaire , non pas seulement comme voie, mais encore comme moyen de transformation (§877). Nous devons donc présumer d'avance que les substances qui arrivent dans le sang , pour servir ensuite aux diverses formations organiques , ne parviennent dans le système vasculaire que par pénétration.

I. L'analogie des corps organisés inférieurs parle en faveur de cette hypothèse.

1° Les plantes acotylédones sont composées de cellules closes, plus ou moins uniformes, dont l'eau destinée à les nourrir pénètre les parois. Les racines des végétaux absorbent presque exclusivement par leurs extrémités, qui sont les productions les plus récentes, celles dans lesquelles la vie a le plus d'énergie ; mais ces extrémités se composent également de cellules closes , qui seulement sont ici plus petites, plus serrées les unes contre les autres, à parois plus minces, plus transparentes et plus aptes à absorber que partout ailleurs. Ces cellules closes peuvent seules accomplir la nutrition par l'effet de l'absorption ; car celle-ci ne dure pas long-temps aux surfaces mises à nu par l'instrument tranchant , et le seul moyen de l'y prolonger un peu, est d'enlever à plusieurs reprises la couche la plus extérieure. La question n'est pas encore parfaitement décidée de savoir si les stomates , surtout aux feuilles, ne font qu'exhaler, ou absorbent aussi: il n'y en a point dans les plantes aquatiques, où l'absorption ne peut, en conséquence, s'effectuer qu'à travers l'épiderme; mais lorsqu'on en trouve, ce ne sont que des vides entre des cellules closes, dont la paroi doit également être pénétrée par le liquide absorbant (1).

(1) Baspail, Pkyiologie végétale. Paris-, 4837. t.' I, p. 297, 304.

2° Chez les Insectes et autres animaux articulés, on ne trouve ni vaisseaux lymphatiques ni veines qui puissent s'emparer du chyle ; celui-ci pénètre à travers la membrane muqueuse, et plus tard à travers la tunique muqueuse de l'intestin, pour parvenir de là dans le vaisseau dorsal et dans le corps adipeux.

II. Si maintenant nous tournons nos regards vers l'homme et les animaux rapprochés de lui, nous voyons que les injections passent quelquefois de la cavité d'une membrane muqueuse, par exemple, de la vessie ou des vésicules séminales, dans des veines (1); plus fréquemment encore, le liquide passe des veines dans quelqu'une de ces cavités, notamment celle de l'intestin (2). On avait conclu de là que les racines des veines se terminent par des orifices béans, et Magendie (3) croit encore à la possibilité que de tels orifices existent dans la substance des divers organes, comme Tiedemann présume que l'intestin possède des veines absorbantes spéciales qui ne s'unissent avec les veines chargées de charrier du sang, qu'après avoir parcouru un certain trajet. Mais, de même qu'il estbien démontré que le système vasculaire représente un tout clos de toutes parts, de même aussi Gendrin (4) a prouvé, relativement au canal intestinal, que chaque racine de veine est la continuation immédiate d'un capillaire artériel , continuité qu'on rend évidente, dans les villosités intestinales, en liant, sur un animal vivant, la veine porte, dont les racines prennent alors une couleur violette lorsqu'on injecte de l'acide oxalique par les artères. La pénétrabilité des parois vasculaires pour des substances venant du dehors a déjà été établie ( § 833 9° ). Quand Magendie (5) répandait de la strychnine sur la veine jugulaire débarrassée de toutes ses connexions et isolée par le moyen d'une carte glissée audessous d'elle, les phénomènes de l'empoisonnement se manifestaient avec non moins de rapidité que sous l'influence de

(1) Meckel, Nova expérimenta, p. 17, 49, 55, 66.

(2) Haller, loc. cit., t. VI, p. 62, 137; t. VII, p. 47.

(3) Précis de physiol., t. II, p. 211.

(4) Hist. des inflammations , t. I, p. 506. .(5 Journal do physio logie, t. I, p. 9.

de l'absorption. 53 tout autre mode d'application, et l'expérimentateur remarquait ensuite que la surface interne de la veine laissait une impression d'amertume sur la langue ; fait que ne saurait détruire le caractère négatif des expériences de Hubbard (1), qui n'a point obtenu le même résultat.

III. A l'égard des racines des vaisseaux lymphatiques, Leeuwenhoek n'avait déjà pu y découvrir d'orifices béans , ce qui l'avait porté à admettre que ces vaisseaux s'emplissent par imbibition. Si, depuis, plusieurs anatomistes, Mascagni, par exemple, ont soutenu l'existence de ces orifices, ils n'alléguaient souvent d'autre motif que la pénétration des liquides, obtenue en ayant recours à la pression, argument qui doit être mis de côté depuis que l'on connaît mieux la pénétrabilité de la substance organique. D'ailleurs, Fohmann n'a pu parvenir, en employant une pression modérée, à exprimer le mercure des racines des vaisseaux lymphatiques chez les Poissons, où l'absence des valvules rend cependant si facile de déterminer un mouvement rétrograde. Les recherches faites avec le plus grand soin par les modernes, ont renversé l'hypothèse d'orifices béans. Deux difficultés seulement s'élèvent encore contre celle de parois closes et pénétrables; l'une, que les vaisseaux lymphatiques qui ont été déchirés, n'en absorbent pas moins vivement, comme dans les plaies et les ulcères ; l'autre, que le chyle, le sang et le pus sont absorbés malgré leurs globules , et que des dépôts terreux ont été trouvés par Sœmmering et Desgenettes (2) dans les ganglions lymphatiques bronchiaux des tailleurs de pierre. Cependant, l'admission d'une imbibition normale ne détruit pas la possibilité de la pénétration dans les vaisseaux lymphatiques déchirés, et d'ailleurs, il resterait à savoir si ces derniers ne se resserrent point en arrière des vésicules à leurs extrémités devenues accidentellement libres. On ignore encore si les globules du chyle pénètrent dans les lymphatiques, ou s'ils s'y produisent ( § 950, 6° ). Ceux du sang et du pus peuvent s'introduire dans les lymphatiques déchirés , et peut-être s'y

(1) Froriep, Notizen, t. IV, p. 461.

(2) Schreger, Ion. cit., p. 238.

54 de l'absorption.

forment-ils aux dépens du sang et du pus parvenus à l'état liquide. Enfui, si les dépôts terreux qu'on a trouvés dans les poumons n'étaient pas des produits morbides, et s'ils provenaient réellement de la poussière inspirée, il est possible qu'à l'instar d'autres substances étrangères pénétrées dans l'organisme, celle-ci se fût frayée, pour parvenir dans les vaisseaux, une voie qui eût ensuite disparu par cicatrisation.

4° Les racines des vaisseaux lymphatiques sont, d'après Fohmann (1) , Breschet et Panizza (2) , des canaux clos, situés plus près de sa surface que les capillaires sanguins, ayant un diamètre supérieur à celui de ces derniers, dépourvus de valvules, formant des réseaux par leurs nombreuses anastomoses, et représentant presque partout, chez les Poissons, de petits sacs ou de petites cellules sans ouverture (3). Ces racines libres ont été constatées, sur le corps de l'Homme, dans les épiploons, et notamment dans les villosités intestinales, par Lauth (4) et Krause (5).

2° Les villosités intestinales, organes plus particulièrement dévolus aux Mammifères, sont des replis et des excroissances de la membrane muqueuse, ayant la forme tantôt de lames étroites, tantôt de cylindres arrondis à l'extrémité, longs d'un cinquième de ligne à une ligne entière , couverts d'épithélium comme tout le reste delà membrane muqueuse, et dont Henle (6) nous a fait connaître la texture. Chacune de ces villosités, comme l'ont enseigné Lieberkuhn (7), et d'après lui Dœllinger (8), reçoit trois à cinq branches artérielles, qui, en se divisant et se réunissant un grand nombre de fois, forment un réseau dans la membrane muqueuse de l'appendice, et se concentrent enfin en une, rarement en deux veines, sortant

(1) Mêm. sur les communicat. des vaisseaux lymphat. avec les veines, p. 14.

(2) Osservazioni antropo-sootomico-fisiologiche , p. 70.

(3) Fohmann , Das Saugadersystem der JVirbelthiere, p. 33.

(4) Neues Handbuch der prakiischen Anatomie^ t. II, p. 236.

(5) Handbuch der praktischen Anatomie , t. I, p. 28, 795.

(6) Symboles ad anatomiam villorum intestinalium , Berlin , 4S37, in-8.

(7) Diss. de fabricâ et aclione villorum intestinortim, p. 3.

(8) Dieflenbach, Diss. de regeneratione et transplantatione, p, 15.

de l'absorption. 55

de ce dernier. De même, il sort un vaisseau lymphatique de chaque villosité cylindrique, comme l'avait également découvert Leemvenhoek (1), et chacune de celles qui ont la forme lamelleuse en fournit deux , d'après Henle (2). Ces vaisseaux gagnent à angle droit le réseau de lymphatiques qui, suivantFohmann (3), entoure l'intestin, en manière d'anneau, entre la membrane musculeuse et la tunique muqueuse, tandis qu'un autre réseau de vaisseaux plus gros, à parois plus minces, dirigés obliquement dans le sens de la longueur, et souvent pleins de chyle, existe entre la tunique musculeuse et la pé^ ritonéale. Quant à savoir si les vaisseaux lymphatiques se trouvent déjà dans l'intérieur de la villosité, ou s'ils ne commencent qu'à sa base, c'est une question que Rudolphi (4), Dœllinger (5) et Heusinger (6) regardent comme indécise encore. Hewson (7) prétend que ces vaisseaux forment , à l'instar des artères, un réseau dans la membrane muqueuse d'une villosité. Suivant Muiler (8), ce sont des vaisseaux ayant entre eux de nombreuses anastomoses irrégulières, et qui commencent en cul-de-sac. Breschet veut qu'ils forment des anses. Krause (9) a vu un vaisseau lymphatique, du diamètre de 0,0138 ligne, et plein de chyle, naître de plusieurs racines, les unes entrelacées en plexus, les autres libres et isolées, mais n'atteignant pas jusqu'à la surface de la villosité, dans l'axe de laquelle toutes marchaient à travers le réseau des vaisseaux sanguins ; leur diamètre était au moins de 0, 0070 ligne. Suivant Dœllinger (10) , les villosités se composent d'une substance molle, pultacée, grenue, qui absorbe l'eau avec avidité, et se gonfle à mesure qu'elle en pompe. Mais on y a parfois aussi remarqué des espaces vides, obser-

(1) Loc. cit., p. 26.

(2) Anatomische Untersuchung, p. 26.

(3) Anatomisch-physiologische Abhandlungen, p. 87.

(4) Loc. cit., p. 21.

(5) Dans sa trad. allem. de la Physiologie de Magendie, t. II, p. 163.

(6) Expérimental inquiries, t. M, p. 170.

(7) Handluch der Physiologie, t. I, p. 255. S) Muiler, Archiv, 1837, p. 5.

(9) Loc. cit., p. 21.

(10) Loc. cit., p. 48, 51.

56 de l'absorption.

vation faite en particulier par Rudolphi (4) sur un Moineau, où les villosités étaient entièrement creuses et vides, et sur une Souris, où le canal qui en parcourait la longueur commençait par une dilatation conique, au voisinage du sommet. Muller (2) a vu des excavations pleines de chyle dans quelques villosités de bêtes à cornes, de Brebis et de Lapins ; mais rien de semblable ne s'est offert à lui chez les Chiens, les Chats et les Cochons. D'après cela, il est très-croyable que quand le vaisseau lymphatique qui parcourt l'axe de la villosité , se trouve affaissé sur lui-même, la masse molle qui l'entoure le rend invisible,'mais que, quand il se remplit, il devient apparent sous la forme d'une vésicule. Henle (3) reconnaît aussi que ces sortes d'excavations sont la lumière du vaisseau lymphatique, et il considère la villosité comme un appendice qui s'étend du réseau lymphatique à la face externe de la membrane muqueuse, qui, par conséquent, est revêtu de cette dernière et d'épithélium. Lieberkuhn (4) , qui a le premier découvert les vides dont il s'agit ici, et qui les désigne sous le nom d'ampoules ou de vésicules ovalaires , les regardait également comme des racines dilatées de vaisseaux lymphatiques; mais il les supposait pleins d'une substance spongieuse ou de tissu cellulaire, se fondant principalement, pour appuyer cette hypothèse, sur les cas où il avait trouvé dans leur intérieur une matière analogue à du lait caillé. Bœhm (5) a remarqué aussi, dans les cadavres des cholériques, des cavités pleines de graisse liquide, qui semblaient être divisées par des cloisons. Il est donc encore permis de conjecturer que, dans ces cas , une infiltration du tissu cellulaire avait eu lieu.

Lieberkuhn, qui admettait entre les artères et les veines une communication à la faveur de laquelle un liquide ténu , sortant des artères , se mêle au chyle , tandis que le reste du sang passe dans les veines (5), dit aussi avoir vu la

(1) £oc. cit., p. 253.

(2) Loc. cit.; p. -35.

(3) Loc. cit., p. 43.

(4) Die kra?ilte Darmscldcim.ha.ut in dcr asiatischen Choiera. Berlin, 4838, p. 50.

(5) Loc. cit., p. 22.

DE LABSORPTION. 57

vésicule s'ouvrir, à l'extrémité de la villosité , par un et rarement par plusieurs orifices. Hewson, Cruikshank, Sheldon (4), Hedwig et autres ont également cru à des orifices béans chargés d'opérer l'absorption dans l'intestin , tandis que Rudolphi (2) et Albert Meckel (3) n'ont pu observer rien de semblable. Ce qui réfute complètement l'existence de ces ouvertures, c'est que , d'après les dernières recherches , les racines des vaisseaux lymphatiques ne s'étendent pas jusqu'à la surface des villosités.Les petites fossettes que Muller (4) a découvertes sur ce point, ne se rencontrent pas partout, et d'ailleurs elles ne sont certainement pas des ouvertures de vaisseaux. Si, d'après les observations de Bœhm(5), les gouttelettes de graisse dont il a été parlé plus haut arrivaient quelquefois , par des conduits noueux , à trajet irrégulier, jusqu'à la tranche de la villosité coupée en travers , si ordinairement elles sortaient par un ou plusieurs points du sommet de celte expansion , ce qui avait lieu , sans l'emploi de nulle pression, lorsqu'on versait un peu de potasse caustique sur la surface de la villosité, on ne saurait conclure de là que celle-ci soit garnie d'orifices béans ; car des ouvertures assez amples pour que le liquide contenu dans les vaisseaux lymphatiques s'écoulât beaucoup plus facilement par elles que par la tranche , seraient, sans le moindre doute , accessibles au sens de la vue. Ce n'est pas une preuve plus concluante que celle qu'on a tirée d'expériences où l'on prétend avoir vu l'eau chaude , injectée par le canal thoracique , repousser le chyle des vaisseaux qui en étaient gorgés dans l'intestin (6).

3° Les mêmes réflexions s'appliquent à la transsudation du mercure par la peau, qui a lieu lorsqu'après avoir empli les vaisseaux lymphatiques de ce métal, on les comprime en dirigeant l'effort vers leurs racines. Ce phénomène avait conduit

(4) The history <>f the absorbant st/stem. Londres , 1784, p. 37.

(2) Loc. cit., p. 88.

(3) Meckel, Dcutschcs Arclriv, t. V, p. 165.

(4) Loc. cit., p. 254.

(5) Loc. cit., p. 54.

(6) Leuret et Lassaigne , Jiechcrches sur la diyoslion , Taris , 1825, p. 68.

58 de l'absorption.

Ilaase (1) ù considérer les ouvertures des follicules sébacés comme les orifices des lymphatiques. Eichhom (2) , en admettant des orifices béans, qu'il place dans les cellules du cborion et dans les ampoules lymphatiques (3), semble se mettre en contradiction avec lui-même , puisqu'il décrit ces ampoules comme des cavités closes (4). Les recherches les plus récentes, spécialement celles de Breschet (o), ont appris que les vaisseaux lymphatiques de la peau forment, sur la couche superficielle du tissu de Malpighi , des réseaux d'où ne surgit aucun ramuscule à extrémités libres , et qu'on ne parvient jamais que quand la pression détermine des ruptures , à faire sortir le mercure contenu dans ces réseaux par la face externe de l'épiderme.

4° Les injections poussées par le conduit biliaire (6), le canal déférent (§567, 9°), les uretères (7), les conduits galactophores (8), pénètrent quelquefois dans les vaisseaux lymphatiques , et Panizza (9) assure même qu'il est plus facile de les y faire parvenir par ces conduits muqueux que par les vaisseaux sanguins. Mais celte particularité ne démontre pas plus l'existence d'orifices béans que ne le fait le passage d'un liquide des vaisseaux sanguins dans les mêmes conduits (§ 877, 11°), ou dans les canaux sécréloires (§ 786, 3°). Les canaux sécrétoires sont appliqués immédiatement sur leurs vaisseaux, de sorte que les parois des uns et des autres se trouvent confondues en une membrane mince, à travers laquelle le passage peut avoir lieu facilement (10). Ainsi Muller a remarqué (11)

(1) De vasis culis et intestinorum absorbentibus . Leipsick, 1836, p. 14.

(2) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1827, p. 117.

(3) lb., p. 122.

(4) lb., p. 50.

(5) Le système lymphatique, considéré sous les rapports anatomique , phys. et pathologique, Paiis, 1836, p. 29, 30.

(6) Haller, Elem. physiolog., 1. 1, p. 166. — J. F. Meckel , Nova expérimenta, p. 55.

(7) Haller, loc. cit., 1. 1, p. 166.;<

(8) Meckel, Nova expérimenta, p. 17-46.

(9) Osservazioni , p. 41.

(10) llildebrandt, Anatomie, t. III, p. 103.

(11) Handbuch der Physiologie, 1. 1, p. 257. '

* de l'absorption, 5a,

que les injections poussées dans les canaux galactophores ne passent dans les lymphatiques que quand les canaux euxmêmes ne s'emplissent pas, c'est-à-dire quand il se fait une extravasation , et que ce qui rend le passage si aisé , c'est que les vaisseaux lymphatiques ont plus d'ampleur que les vaisseaux capillaires et même que les extrémités en cul-desac des canaux sécrétoires.

5° Du mercure épanché dans le tissu cellulaire remplit quelquefois les lymphatiques les plus déliés , comme l'ont observé Cruikshank, Haase et Sœmmerring (1), quoique les liquides injectés dans des cavités spacieuses ne s'introduisent pas aisément dans des canaux étroits; de sorte qu'on ne peut considérer le passage en question que comme le résultat d'une tension des vaisseaux lymphatiques, déterminée par l'expansion du tissu cellulaire (2). Mais, de tous les tissus élémentaires, le cellulaire est celui qui possède au plus haut degré la pénétrabilité (§ 781, 4°) : il enveloppe partout les vaisseaux lymphatiques, de manière qu'un liquide absorbé par lui peut facilement pénétrer dans ces vaisseaux, et c'est sans doute ainsi principalement que s'effectue le passage sur les points où les lymphatiques ne sont pas placés dans le voisinage immédiat de l'injection. Nous pouvons donc dire, avec Treviranus (3) qu'à proprement parler, c'est le tissu cellulaire seul qui absorbe, et que les vaisseaux lymphatiques ne font que recevoir ce qui est déjà contenu dans ses mailles. Blainville (4) le considère comme le siège d'un phénomène d'hygroscopicité. A ses yeux , le cours des humeurs n'est que le mouvement du liquide absorbé, devenu plus fort et continu, et le vaisseau lui-môme est une grande maille du tissu cellulaire. Dœllinger (5) raisonne dans le même sens, lorsqu'il attribue au tissu cellulaire la première attraction du liquide, qui s'unit ensuite avec les humeurs coulant dans son intérieur.

(1) Gefœsslehre, p. 497.

(2) Hildebrand, A/iatomie, t. III, p. 104.

(3) V ermischle Schriften, t. I, p. 127.

(4) D'Héré, De la nutrition dans la série des animaux , Pari$, 1826,

(5) Grundzucije der Physiololjic, t. I, p. 96.

60 de l'absorption.

Fohmann (1), et quelques autres physiologistes , en regardant le tissu cellulaire lui-même comme une aggrégation de vaisseaux lymphatiques ( § 830, 4°), ne font que prendre une autre voie pour arriver au même résultat.

ARTICLE IV

Des forces qui président à V absorption.

§ 905. Loin que l'influence des forces générales de l'univers soit exclue de la vie organique, elle est au contraire le moyen que la nature emploie pour réaliser l'idée qui fait la base de l'organisme , et lui imprimer un caractère plus tranché de détermination (§ 476). D'après cette manière de voir, dont la justesse est démontrée par tous les phénomènes vitaux , l'essence de l'absorption repose sur la pénétrabilité que toute matière, en général, possède, bien qu'à degrés divers, et qui se présente ici sous une forme déterminée par l'idée de l'organisme. Cette vérité a été reconnue depuis longtemps; Cruikshank, entre autres , définit l'absorption une transsudation due à l'attraction que des vaisseaux capillaires exercent, mais en vertu de lois qui ne sont pas seulement celles de la physique , et Wedemeyer (2) la considère comme une opération qui s'accomplit d'après des lois physiques , sous l'empire de la vie. Si l'habitude de rapporter les phénomènes physiques aux observations qui peuvent être faites avec les appareils des physiciens, poussait à. ne voir que de la capillarité dans l'attraction qui entre enjeu pendant l'absorption, on pourrait être tenté de regarder cette dernière comme un acte tout-à-fait différent des phénomènes physiques, attendu quelle ne s'accomplit pas d'après les mêmes lois que l'attraction des tubes capillaires ; en effet , ceux-ci, par exemple, n'attirent pas l'humidité de l'air, circonstance dont Ontyd se sert (3) pour athTbuer un caractère purement vital à l'absorp-

(iyiHém. sur les communications des vaiss. lymphatiques, p. 6. (2) Untersuchuny uoher den Kreislauf, p. 454. (5)JJiss. de causd absorplionis , p. 17.

DE L'ABSORl'TION. 6i tion, bien que la substance, tant inorganique qu'organique, mais privée de la vie, possède la faculté hygroscopique. Si des sacbets chauds de son ou de farine, qu'on applique sur des tumeurs aqueuses , s'imbibent d'humidité au bout de quelque temps, l'action vitale ne prend évidemment qu'une part fort restreinte à la production de cet effet ; d'un autre côté les tissus organiques s'imprègnent, indépendamment de la vie, de l'humidité avec laquelle ils sont mis en contact (§ 833). Mais l'absorption complète, c'est-à-dire le transport vers le sang par des voies organiques, est un phénomène vital, qui se manifeste aussi après la mort, en vertu de la vie partielle (§634, "VI), mais qui alors marche avec beaucoup plus de lenteur (1), ne dure pas long-temps (2), et, en général, ne s'observe que par exception à la règle (3).

1° L'exhalation a lieu d'après des lois physiques (§ 882, III), et persiste après la mort (§634,7o), mais s'accomplit avec infiniment plus d'énergie sous l'influence de la vie (§ 882, IV). L'absorption se trouve dans un cas analogue. Elle peut être vive, même sans que le tissu soit sec, sans que les vaisseaux soient vides, ni aussi grêles que des tubes capillaires ; car, comme la vie consiste en une activité non interrompue (§ 473, 9°), et que tous les détails en sont liés d'une manière intime avec l'ensemble, il résulte de là une mobilité plus grande et un courant continuel ; à l'ingestion, qui ne s'interrompt point un seul instant, correspond une admission qui ne connaît pas non plus d'interruption ; la substance introduite ne reste pas fixée aux points qu'elle a touchés d'abord, mais se répand plus loin ; car chaque tissu communique aux autres le liquide qu'il a reçu , et ne cesse d'absorber que quand le système entier est saturé.

2" L'absorption suppose , entre le tissu qui reçoit et le liquide destiné à être admis , une affinité qui se manifeste par l'attraction , et qui se continue ensuite dans l'adhérence (§ 833, II), l'imbibition et la pénétration. Un échange tendant à

(1) Froriep, Notizen, t. IV, p. 164.

(2) Lauth, Essai sur les vaiss. lymph., p. 03.

(3) Ontyd, loc. cit., p. 27.

62 de l'absorption.

mettre l'intérieur et l'extérieur en équilibre, se manifeste dans le conflit des poumons et de la peau avec l'atsmosphère (§§ 839, 2°; 841, 882), mais n'entraîne pasde toute nécessité un mode quelconque de pénétration, puisque l'excédant de force attractive peut se trouver du côté des tissus organiques. Nous avons vu que les organes de la génération et leurs produits (§§ 239, 274, 2° ; 289, 4° ; 290, 2°; 328), comme aussi le sang ( §§ 440, 7° ; 758-7G2 ) , et ses divers principes constituans (§ 881), sont déterminés par une attraction spécifique, etd'après cela seul nous pouvons déjà supposer qu'une attraction également spécifique entre aussi en jeu dans l'absorption. En effet , la peau et les poumons sont principalement destinés à admettre la matière inorganique (air et eau), les organes digestifs le sont davantage à absorber la matière organique, et dans l'état normal beaucoup de substances étrangères traversent le canal intestinal sans être absorbées, de même que, parmi les principes constituans de la bile et de l'urine, il n'y a que ceux qui appartiennent en commun à l'organisme entier, qui soient ramenés dans le sang. Nous reconnaissons donc une affinité élective , en vertu de laquelle des organes différens n'absorbent que des substances déterminées , pour le maintien de la vie. Mais comme la faculté de veiller à sa propre conservation n'est pas illimitée , il peut aussi s'introduire des substances nuisibles. C'est ce qui arrive, par exemple , chez les végétaux (§ 865, 1.), comme Wiegmann, entre autres, Ta démontré à l'aide des réactifs chimiques (1) ; mais, d'après Saussure, les substances les plus vénéneuses sont précisément celles qui se trouvent le plus dans ce cas , parce qu'elles anéantissent la faculté de n'absorber que ce qui est approprié à la nature de la plante; et si l'on en croit Towers (2), les végétaux n'absorbent des substances étrangères que quand ils sont mal portans et cessent de croître. Il est très-possible également que, dans le corps animal , les poisons plongent dans un état morbide les parties avec lesquelles ils entrent en contact immédiat , qu'ils en détruisent les rapports naturels

(1) Uebcr das Einsaxajuwjsvermœijen dcr Pflansen, Marbourg, 4828.

(2) Ami. do se. nat., Il" série, Botanique, }Pari», 1836, t. VI, p. 29S.

de l'absorption. 63 d'affinité, et que leur absorption ait lieu à la faveur de ce changement. Cependant ce n'est là, dans la plupart des cas , qu'une pure supposition, et la rapidité avec laquelle un grand nombre de poisons sont admis, loin de justifier l'hypothèse de semblables préliminaires, rend au contraire très-vraisemblable qu'elle dépend d'une affinité avec la matière organique , affinité par laquelle s'explique aussi l'atteinte profonde et immédiate que porte à cette dernière l'action des acides concentrés ou des alcalis caustiques. La loi générale , non seulement de l'affinité , mais de l'attraction et de l'absorption qui reposent sur cette propriété , est la coïncidence d'une diversité dans les traits particuliers avec uhe ressemblance dans les caractères généraux, ou, en d'autres termes, celle de la différence et de l'identité (§ 261 , 3») ; mais , bien que cette loi ait une application générale, nous ne pouvons cependant point la démontrer >dans tous les cas spéciaux , et par exemple il nous est impossible d'expliquer avec son secours pourquoi la graisse qui nage sur l'eau est repoussée par le verre et attirée par l'étain, tandis que le liège se comporte d'une manière inverse. Nous devons donc nous en tenir aux résultats de l'expérience à l'égard des rapports d'affinité qui déterminent l'absorption, sans qu'il s'ensuive de là aucune atteinte portée à l'autorité de la loi générale. Ainsi , laissant de côté la faculté absorbante du tissu cellulaire (§ 902, 7°) et de la substance organique privée de vaisseaux, telle qu'elle existe dans l'œuf (§§ 200, 3° ; 461), examinons la question de savoir si les lymphatiques et les veines, les parois et le contenu des vaisseaux, montrent des différences dans leurs rapports d'affinité.

3° D'abord la disposition des racines prouve que les veines, prolongemens immédiats des artères, sont principalement destinées à ramener le sang , tandis que les lymphatiques , qui naissent aux diverses surfaces par des réseaux libres, le sont surtout à s'emparer des substances qui doivent être introduites dans le sang; qu'en conséquence ils président, dans les circonstances normales , à l'absorption , et que ce n'est pas sans raison qu'on leur donne le nom de vaisseaux absorbans.

4° Si nous passons en revue les observations qui ont été citées précédemment (§ 902), nous trouvons que le chyle et

64 DE LA15SORPTION.

l'eau passent dans les vaisseaux lymphatiques, la plupart du temps, et peut-être même toujours , que les sels s'y introduisent souvent , qu'il est rare d'y retrouver les matières colorantes , les odeurs et les oxides métalliques, enfin qu'on n'y rencontre jamais la plupart des poisons , dont il n'y a que les veines seules qui s'emparent. Les vaisseaux lymphatiques ont donc une affinité spéciale pour les substances susceptibles d'être converties en principes constiluans normaux du sang, tandis que tout ce qui porte un caractère étranger à l'organisme est absorbé principalement par les veines, comme l'ont déjà reconnu Grimaud (1) , Tiedemann, Fohmann (2) , Krimer (3), Collard de Martigny (4), Westrumb (5), Mayo(6), Muller (7) et autres. Mais Westrumb (8) et Brugmans (9) ont émis des opinions problématiques en disant : le premier, que les vaisseaux lymphatiques n'admettent les substances résistantes à l'assimilation qu'autant qu'ils sont dans un état de maladie ou d'irritation contre nature ; et le second, que l'absorption par eux du virus variolique est le résultat de l'inflammation à laquelle ce virus donne lieu ; car une affinité naturelle avec la substance animale peut rendre les lymphatiques capables d'attirer aussi à eux certains poisons animaux. Mais si l'on se place au point de vue téléologique, on peut fort bien dire que les substances homologues passent dans le système lymphatique , pour être transformées et assimilées dans son intérieur, tandis que les substances hétérogènes s'introduisent dans les veines afin que, transmises aux artères, elles soient promptement éliminées de l'organisme par la voie des sécrétions. L.-C. Treviranus assure que le camphre, les matières colo-

(1) Cours' complet de physiologie, Paris, 4818, t. II, p. 257.

(2) Vas Saugadersystem der JVirhelthiere, p. 8.

(3) Versuch ciner Physiologie des Blutes, p. 80.

(4) Magendie, Journal de physiologie, t. VIII, p. 205.

(5) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1827. p. 530.

(6) Anatomical and physiological commentaries, cali. 2, Londres, 4S23,

(7) Handhuch der Physiologie, 1. 1, p. 264.

(9) Onlyd, loc. cit., p. 58.

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vantes, etc., ne pénètrent que clans le tissu tubuleux du bois , et jamais dans les conduits intercellulaires, qui n'admettent que des substances aflines (1). D'après une observation de Doubray (2) , un végétal se débarrasse par excrétion de la substauce vénéneuse qu'il a absorbée : la moitié des racines d'un Pelargonium ayant été plongée dans une dissolution de chrouiate de plomb , on retrouva ensuite ce sel dans l'eau distillée au sein de laquelle avait été immergée l'autre moitié des racines.

5° C'est la force attractive des parois qui agit dans les vaisseaux lymphatiques, tandis que, dans les veines, c'est celle du sang qu'elles contiennent. Weber(3) a le premier établi cette proposition, dont il s'est servi pour prouver, surtout d'après les expériences d Emmert (4), que les veines n'admettent les poisons qu'autant qu'elles sont pleines de sang, au lieu que les lymphatiques absorbent même dans l'etatde vacuité. Emmert avait déjà reconnu la lorce attractive du sang pour les poisons (5), à la démonstration de laquelle ont servi les observations de Magendie (6) , qui a vu la strychnine pénétrer aussi dans des artères. Nous ne pouvons donc point admettre, avec G.-R. Treviranus (7), que l'état de réplélion des veines par le sang qui y coule sans cesse, s'oppose à ce qu'elles absorbent.

6° Comme, en outre, des substances hétérogènes sont prises aussi par les veines dans des parties séparées de l'organisme et mortes , nous pouvons considérer l'absorption veineuse comme une opération physique reposant sur les rapports chimiques de la masse du sang , tandis que l'absorption des lymphatiques tient à l'attraction vivante de leurs parois ,

(1) y om inwendi'jcn Eau dcr Gewacchse, p. 15.

(2) Froriep, Notizen, t. XLV, p. 201.

(3) De pulsu, resorptione , audilu et tactu, p. 45. — Hildebrandt , Anatomie, t. III, p. 414.

(4) Tuebiwjer Hlœttnr, t. II, p. 82.— Mcckel, Deiilsches ArcUv, t. I, p. 476.

(5) Tucldntjer Hluctter, t. II, p. 88.

(6) Journal de jilii/sioloyie, t. I, p. 10.

(7) Die Ertcheiniinijeii nnd Gcsctsc don bé&onSi t. I, p. 343.

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comme l'a déjà dit Lauth (1). Poiseuille (2), ayant injecté du cyanure de potassium dans le rectum d'une Souris, et promené un pinceau imbibé d'une dissolution de péracélate de 1er à la surface d'une portion du mésentère, vit , au bout de quelques secondes, des îlots noirâtres et de forme très-irrégulière circuler dans les veines, parallèlement, auxquelles on découvrait des vaisseaux lymphatiques noirâtres et sans mouvement; ici l'acétate de 1er paraît avoir été absorbé par le sang des veines et par les parois seulement des lymphatiques. Dans les végétaux aussi, l'absorption semble être déterminée par l'affinité des parois celluleuses pour les substances extérieures ; car lorsqu'on retranche les extrémités des racines, ou qu'on coupe la tige en travers, on voit pénétrer indistinctemont toutes sortes de substances, tandis que , quand les parties sont intactes, il y a des substances absorbées en plus grande quantité que d'autres. Comme les sels métalliques détruisent la composition normale des parois vasculaires, ils changent aussi l'affinité et la force attractive de ces parois , en sorte que des matériaux hétérogènes et vénéneux peuvent alors pénétrer.

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