‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 68 sur 134 · CONVERSION DU C1IYLE ET DE LA. LYMPHE · texte numérisé non relu

CONVERSION DU C1IYLE ET DE LA. LYMPHE

portée plus haut (§ 959), que la couleur rouge du contenu du canal thoracique adhérait aux globules. Krimer pose également en fait le rougissement des globules du chyle à l'air (1); il a vu aussi, en examinant la lymphe d'une tumeur lymphatique, que l'eau extrayait du caillot rougi à l'air des globules rouges qui se déposaient au fond du vase (2).

3° Il est donc à peine possible encore de révoquer en doute que la formation des globules du sang commence dans le système lymphatique. Mais comme ces globules diffèrent, quant au volume, à la forme et aux propriétés chimiques, de ceux qu'on rencontre dans le système lymphatique, ces derniers, en changeant de couleur, ne sont point encore pour cela devenus des globules du sang. L'observation laissant ici de grands vides, il reste à savoir si au rougissement se joint l'acquisition des autres propriétés des globules du sang, ou si ces propriétés ne se manifestent que plus tard. Rudolphi pense (3) que les globules du chyle ne se transforment pas immédiatement en globules du sang, mais qu'ils se résolvent en sang, et qu'ils sont métamorphosés avec celui-ci dans les poumons. Gruilhuisen (4) admet des vésicules sanguines, provenant peut-être du chyle, dans l'intérieur desquelles se produiraient les globules du sang, qu'elles laisseraient échapper en se déchirant. Aucune de ces deux hypothèses ne repose ni sur l'observation immédiate, ni sur l'analogie.

Le volume des globules du chyle varie, suivant Wagner (5), dans les vaisseaux lymphatiques entre 0,0016 et 0,0066 ligne, dans le canal thoracique entre 0,0025 et 0,0050 seulement. Cette variation de volume annonce qu'ils sont encore en train de se former. Ils peuvent être fort petits d'abord, puis croître beaucoup, et enfin se resserrer de nouveau ; mais leur inégalité confirme une conjecture qui se présente naturellement à l'esprit, celle qu'ils ne se produisent etne se développent pas

(1) Fersuch einer Physiologie des Blutes, p. 127. <J) lb., p. 147.

(3) Grundriss der Physiologie, t. II, P. II, p. 281.

(4) Beitrœge zur Physiognosie, p. 162.

(5) Beitrœge zur vergleichenden Physiologie, t. II, p. 25.

tous à la fois, et que certains d'entre eux sont plus avancés que les'autres.Mais, comme on les trouve la plupart du temps plus petits que les globules du sang, leur développement devrait être accompagné d'un accroissement de volume. Cet accroissement tiendrait, suivant Leemvenhoek (1), à ce qu'iisseréunissent plusieurs ensemble, au nombre de six, pour produire un globule du sang; mais aucun fait n'appuie cette hypothèse. D'après Hewson (2), il serait le résultat d'une accession du dehors ; cet écrivain pense, en effet, que les globules de la lymphe et du chyle sont tout simplement des noyaux de globules du sang, et qu'ils se convertissent en vrais globules du sang par l'addition d'une enveloppe colorée. Le fait sur lequel il se fondait était que chaque vaisseau lymphatique sortant d'un ganglion contient beaucoup de globules qui ressemblent à des noyaux de globules du sang par leur volume, leur configuration et leur insolubilité dans le sérum ou les dissolutions de sels neutres. Il admettait que ces globules sont sécrétés dans les ganglions lymphatiques; par conséquent, il avait perdu de vue qu'on les rencontre dès avant l'entrée de la lymphe dans les gaDglions, où ils ne font que croître en nombre. Hewson, ayant aussi découvert des globules du sang complets dans les vaisseaux lymphatiques, supposa, d'après cela, que l'enveloppe colorée se produit dans les ganglions, soit au moyen d'un liquide que ces derniers sécréteraient, soit par l'action de la force plastique des vaisseaux eux-mêmes sur le liquide contenu dans leur intérieur. Mais, suivant lui (3), c'est surtout dans la rate que la matière des enveloppes colorées est sécrétée, et elle passe de là dans le canal thoracique. Celte observation, qui fait intervenir une addition du dehors, et qui est fort commode, a rencontré beaucoup d'accueil dans ces derniers temps. Schultz lui-même l'a adoptée (4): il dit avoir trouvé, dans le système lymphatique des Lapins, nonseulement des gouttelettes d'huile et des globules granulés de

(1) Philosophical Trans., 1674, p. 121,

(2) Expérimental inyuiriev, f, JII, p,

(4) Pas Sjftfm for Cirml(tti<m) p, 44,

4^4 CONVEESION DU CHYLE ET DE LA. LYMPHE chyle, mais encore des globules du sang en train de se former, consistant en un globule de cliyle qui servait de noyau, et une enveloppe encore mince et faiblement colorée, appliquée plus ou moins immédiatement au noyau. Mais la micrométrie a renversé ces hypothèses mécaniques. Nasse (1) a trouvé les globules du chyle beaucoup trop gros pour qu'ils pussent être les noyaux de ceux du sang. Wagner (2), qui a mesuré les globules du chyle et de la lymphe chez l'homme et chez des animaux des quatre classes de vertébrés, les dit plus gros partout que les noyaux des globules du sang, dont ils excèdent même quatre et cinq fois le volume. Les mesures prises par d'autres ont donné le même résulat. Suivant Valentin (3), les globules de la lymphe ont 0,0600 ligne dans les Salamandres, tandis que les noyaux des globules du sang n'ont que 0,0048 lignes de large sur 0,00o0 de long ; et s'il a trouvé le volume des uns et des autres à peu près égal chez la Grenouille, tandis que, selon Wagner, les premiers ont 0,0100 ligne , et les autres 0,0020, on peut considérer cette circonstance comme purement accidentelle. D'ailleurs, dans les trois classes inférieures d'animaux vertébrés, les globules de la lymphe sont circulaires, comme chez les Mammifères, bien que les globules du sang et leurs noyaux soient presque généralement elliptiques. Mais, considérée d'une manière générale, l'hypothèse de deux parties primordialement séparées dans chaque globule du sang, est fort problématique; la séparation du noyau et de l'enveloppe semble devoir être regardée, au contraire, comme le simple résultat d'un commencement de décomposition , ainsi qu'il a déjà été dit ailleurs (§ 688, 7°), et que des recherches récentes l'ont confirmé. Krause (4) n'a jamais pu se convaincre de l'existence d'un noyau dans des globules du sang frais et non décomposés ; Wagner (5) dit que la formation du noyau et de l'enve-

(1) Uniersnchungen sur Physiologie und Pathologie, t. I, p. S6.

(2) Loc.cit., p. 31,48.

(3) Piepertorium, t. II, p. 71.

(4) Handbvch der menschlichen Anatomie, t. I, p. 11. (S^i-oc. cit., p. 14, 45.

loppe est un phénomène de coagulation, une séparation toute artificielle; Valentin (1) affirme que, dans l'état frais, on ne peut jamais parvenir à isoler ces deux parties avec assez de précision pour qu'il soit possible de juger quel est au juste le siège de la couleur.

Comme nous ne pouvons pas attribuer le rougissement des globules à l'accession d'un liquide, et que nous sommes obligés de le mettre sur le compte de l'action d'un gaz (§ 959, 2°), leur changement de volume, en supposant qu'il s'opérât simultanément avec celui de couleur, ne pourrait consister qu'en une augmentation par gonflement, ou une diminution par resserrement. Il serait possible que, pendant leur transformation en globules du sang , ces corpuscules se condensassent dans l'intérieur et prissent plus d'expansion à la surface. Suivant Wagner (2), leur centre devient plus foncé, et leur périphérie plus claire. Mais il se peut aussi que leur masse s'accroisse peu à peu, indépendamment de la couleur rouge qu'ils acquièrent. Une observation de Gruithuisen semble autoriser à le penser (3). Ce physiologiste a vu, dans du chyle humain qui n'avait encore traversé aucun ganglion, un grand nombre de très-petits corpuscules, dont on ne pouvait pas bien apprécier la forme, à cause de leur petitesse ; après le passage à travers un ganglion, quelques-uns d'entre eux étaient plus vo'umineux, sans cependant avoir atteint les dimensions des globules du sang. Home (4), en examinant le chyle des ganglions mésentériquesd'un homme qui était mort une heure après avoir mangé, y a découvert d'innombrables globules blancs, d'un volume infiniment varié, et dont quelques-uns égalaient les globules de sang en grosseur; il dit aussi avoir vu qu'au bout de quelques minutes, non-seulement de nouveaux globules se formaient, mais encore les anciens devenaient, par un véritable accroissement de substance, sensiblement plus gros, plus opaques et d'un blanc laiteux.

(1) Loc. cit., p. 485.

(2) Loc. cit., p. 26.

(3) Medicinitch-chirurgische Zeitung, 4813, t. H, p. 73. ]

(4) Lectures, t. III, p. 25.

Page 1