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CONVERSION DU CHYLE ET DE LA. LYMPHE

les Chais , et Muller convient que la couleur rouge qu'il a remarquée chez les Bœufs , dans quelques-uns des plus gros vaisseaux lymphatiques de la rate , n'est point constante. Mais , considérée d'une manière générale, l'hypothèse qui attribue le rougissement du chyle à de la matière colorante du sang admise dans le système lymphatique , paraît insoutenable quand on réfléchit que du chyle complètement blanc devient rouge , hors du système vasculaire , par l'action de l'air atmosphérique ou du gaz oxygène. Reuss et Emmert (1) reconnaissaient que ce liquide se perfectionne surtout dans les glandes du mésentère , et pensaient que le perfectionnement qu'il y éprouve tenait soit à l'accession de substances provenant du sang , soit à une action vivifiante exercée par ce dernier. Cette opinion semble être la plus conforme à la vérité. A mesure qu'il s'avance dans le système lymphatique, le chyle devient de plus en plus apte à prendre la couleur du sang , par conséquent aussi à se convertir en sang sous l'influence de la respiration. Cet effet a lieu surtout dans les ganglions du mésentère , et comme ces ganglions sont très-riches en artères, il s'accomplit incontestablement par l'action du sang artériel. Si le chyle rougit, même durant la vie, dans ses vaisseaux, le phénomène doit tenir à ce que le sang artériel, qui n'est séparé de lui que par les parois mêmes des vaisseaux capillaires et des lymphatiques, lui abandonne de l'oxygène, qu'il attire, et qui le rapproche des caractères du sang. Il se passe donc dans les ganglions lymphatiques quelque chose d'analogue à ce qui arrive dans la matrice ; dans les uns comme dans l'autre , le sang artériel exerce une influence assimilalrice , en produisant , par une échange de substances qui a lieu au travers des parois vasculaires , une action analogue à celle de l'air atmosphérique , plus faible seulement , et remplaçant ainsi cet air , ou préparant les voies à l'action qu'il doit accomplir plus lard. Comme des vaisseaux sanguins se répandent dans les parois des vaisseaux lymphatiques et de leurs troncs , le sang peut produire des effets semblables à ceux qui se passent dans les ganglions. Qu'il vienne à se

(1) Loc, cit., p. 698.

former beaucoup de chyle , parce que la nourriture est abondante et de bonne qualité , ce liquide coule avec trop de vitesse pour pouvoir éprouver une transformation bien considérable; mais, lorsqu'il se produit en moindre quantité, il marche plus lentement, et le séjour plus long qu'il fait dans le système lymphatique permet qu'il demeure exposé plus longtemps à l'action de ce système, que par conséquent il acquière à un plus haut degré la capacité de rougir , ou que même il rougisse déjà. Sous ce rapport, il se comporte absolument comme la lymphe qui, lorsque son cours vient à se ralentir , soit par la soustraction des alimens , soit par la dilatation anormale de ses vaisseaux, s'assimile tellement au sang qu'elle rougit quand elle reçoit le contact de l'air (§ 912, 4°), ou que même elle acquiert déjà une teinte rouge dans l'intérieur de ses propres vaisseaux (§ 946 , 3°). Il y a un siècle et demi qu'une observation fort simple avait conduit les physiologistes à cette manière de voir. Hannemann (1), annonçant à Bartholin, en 4673 , que le chyle devenait en quelques heures rouge comme du sang, lorsqu'EIsner l'avait forcé de séjourner dans les vaisseaux lymphatiques, par l'application d'une ligature sur ces derniers , ajoutait : « Ainsi se trouve confir- » mée mon opinion , que c'est le sang qui convertit le chyle » en sang par une sorte d'assimilation , et que toute partie » pourvue de vaisseaux sanguins est en état de former ainsi » du sang -, la forme intrinsèque du sang est déjà inhérente au » chyle , et tend à réaliser complètement son essence , ce à » quoi le chyle est mûr dans l'intérieur de ses vaisseaux. » Mais Bartholin répondit, suivant l'usage, que, dans le cas cité par Hannemann , le chyle avait peut-être été rougi soit par du sang reflué des veines , soit par la putréfaction ; car il ne peut point se former de sang dans le cadavre , et un seul fait ne permet pas d'établir des propositions générales.

§ 960. 1° Les globules augmentent dans le chyle à mesure que ce liquide avance dans le système lymphatique (2) , de manière que leur nombre est plus considérable dans le canal

(4) Acta hafniensia, t. II, p. 245.

(2) Arnold, Lehrbuck der Physiologie, t. II, p. 475.

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thoracique que dans les vaisseaux du mésentère (1), et après son passade a travers les gangliuns qu'avant (2). Si ce lait prouve que quelques globules naissent dans l'iuteiieur du système lymphatique , il continue aussi l'opinion précédemment émise que le système lymphatique est le lieu où se produisent tous ces corps eu général , tant ceux de la lymphe (§ 916, 2°) que ceux du chyle (§,950, G0). Comme, aux derniers anneaux de la chaîne animale et au début du développement d un individu organique , la formation allecte la forme globuleuse , nous sommes fondés a admettre que le produit de la digestion débute aussi par une formation de globules, il apparaît ellectivement comme une masse primordiale, qui n'a point encore de caractère prononce , qui contient seulement le rudiment de l'albumine et de la fibrine , et qui par cela même est trèsapte à recevoir toutes sortes de formes ; parvient-il dans les racines des vaisseaux lymphatiques , où il est étroitement enfermé par des parois organiques, mis en rapport aussi intime que possible avec le sang contenu dans les capillaires, et placé sous 1 influence de la vie générale , son passage a la forme organique commence par une formation de globules. Cette formation continue dans toute 1 étendue du système lymphatique , mais principalement dans les ganglions , où chaque vaisseau, en se ramifiant, multiplie les surfaces de contact, et rend par conséquent plus fone l'action des parois sur le contenu , où le nombre plus considérante des capillaires diminue l'épaisseur des parois , ce qui permet au sang d'exercer une influence plus marquée , où enlia, le liquide faisant un plus long séjour, il a plus de temps aussi pour se transformer.

Comme le nombre des granules augmente dans le chyle pendant son passage à travers le système lymphatique , tandis que celui des gouttelettes d'huile diminue, Schultz (3) présume que les globules naissent des gouttelettes , probablement par l'action de l'alcali libre provenant de la lymphe et du sang ; il admet que la graisse est produite dans Tintes-;

(2) Schultz, J)as System der Circulation, p. 39.

(3) Vas System dcr Circulation, p. 39.

tin , mais encore à l'état liquide et sous une forme cohérente , de manière à n'apparaître dans le chyle que sous celle de stries et d'îles, et qu'elle ne prend la forme de globules de graisse que dans le système lymphatique. Celte hypothèse se rapproche de celle d'Ascherson (1), qui pense qu'au moment où le liquide gras et l'albumine viennent à entrer en contact l'un avec l'autre , il se produit une membrane albumineuse enveloppant une gouttelette de graisse en manière de cellule , de sorte que , suivant lui , tous les tissus organiques élémentaires, notamment les globules du sang , sont des cellules contenant de la graisse liquide. Mais comme on trouve ordinairement dans la lymphe, et souvent dans le chyle, des globules sans graisse libre , et que les globules du sang ne renferment pas de graisse , nous sommes obligés de révoquer cette explication en doute.

2° Le rougissement étant, de toute évidence, un phénomène par lequel le chyle se rapproche de la nature du sang, dont la couleur appartient à ses globules, on doit s'attendre à ce que ce soient les globules de la lymphe ou du chyle qui rougissent au contact de l'air atmosphérique ou sous l'influence de la paroi vivante . Denis (2), Prout (3) et autres l'admettent en effet. Arnold précise la chose davantage, en disant que les globules du chyle prennent une couleur rouge (4), et suivant Schmidt (5), Schultz (6), Gurlt (7), Valentin [8), on trouve aussi quelquefois de véritables globules du sang dans le chyle. Monro, le premier, a converti la conjecture précédente en certitude par l'observation immédiate de ce qui arrive au chyle que le contact de l'air a rougi ; il a trouvé, dans l'expérience, sur des Poissons vivans, qui a été rap-

(1) Comptes-rendus hebdomadaires des séances de l'Acud. des sciences, t. VII, p. 837. — Application delà chimie à V étude physiologique du sang de l'homme. Paris, 1838, in-8.

(2) ftech. expérimentales sur le sang humain, p. 305.

(3) Schweigger, Journal, t. XXVIII, p. 210.

(4) Lehrbuch der Physiologie, t. II, p. 174.

(5) Ueber die Blutkœmer, p. 41.

(6) Dus System der Circulation, p. 44.

(7 ) Lehrbuch der vergloichenden Physiologie, y. 439. ( ) fiepertorium, 1. 1, p. 278,

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