CONVERSION DU CHYLE ET DE LA. LYMPHE
tème lymphatique, avec les produits immédiats de la digestion. Probablement elle résulte d'une transformaiion de l'albumine , qui a tant d'analogie avec elle. L'opinion de Schultz (1), qui la fait provenir de la graisse , est moins vraisemblable.
2° Nous n'avons que des assertions contradictoires en ce qui concerne les chamgemens de l'albumine et des matières extracuves. Suivant Prout (2), il ne se produit pas de nouvel albumine dans le système lymphatique, et celle qui résulte du travail de la digestion ne s'y perfectionne pas non plus, parce qu'on la trouve en moindre quantité, et moins développée, dans le chyle des vaisseaux lymphatiques voisins de l'intestin , que dans le canal thoracique. Emmert a reconnu (3) que le sérum du chyle provenant du plexus lombaire laissait à l'évaporation 0,037, et celui du canal thoracique 0,047 de résidu sec , mais que (4) l'eau bouillante redissoivait 0,475 du premier de ces résidus, et 0,300 seulement du second, d'où il suit qu'à mesure que le liquide a cheminé dans le système lymphatique , l'albumine a augmenté, tandis qu'au contraire l'osmazome et la ptyaline ont diminué. La lymphe paraît aussi acquérir de l'albumine pendant son trajet. Mascagni avait remarqué qu'elle se coagule davantage à la chaleur après avoir traversé plusieurs ganglions lymphatiques. Gmelin (5) a trouvé , sur un Cheval qui était demeuré vingt-quatre heures sans alimens , que le sérum de la lymphe du plexus lombaire dormait 0,036 de résidu sec , et celui de la lymphe du canal thoracique 0,046. Chez un autre Cheval nourri abondamment (6), le chyle du canal thoracique contenait moins de parties solides dans son sérum que celui des vaisseaux lymphatiques du mésentère, mais la fibrine y était en même temps moins abondante , ce qui est contradic-
(4) Das System dcr Circulation, p. 69.
(2i Loc. cit., p. 228.
(3) Reil, Archiv, t. VIII, p. 153.
(4) IL., p. 175.
(5) Rech. sur la digestion, t. II, p. 90.
(6) Jb., p. 263.
toire avec les faits rapportés dans le paragraphe précédent. Suivant Arnold (1), la fibrine et l'osmazome augmentent, tandis que l'albumine et la ptyaline diminuent, dans le système lymphatique.
3° Tiedemann et Gmelin (2), Leuret et Lassaigne (3) ont trouvé moins de graisse dans le chyle du canal thoracique que dans celui des vaisseaux du mésentère. Suivant Schultz (4), elle diminue pendant le passage du liquide à travers les gan glions lymphatiques. C'est à cette diminution delà graisse libre, tenue en suspension, qu'il faut sans doute attribuer que Reuss et Emmert (5) , Prout (6) , Tiedemann et Gmelin ont trouvé le chyle du canal thoracique , et particulièrement son sérum, moins lactescens que ceux des vaisseaux mésentériques. Leuret et Lassaigne se demandent si la graisse transsude à travers les parois du système lymphatique. On serait plus en droit de demander si elle passe seulement à l'état de combinaison , ou si elle subit une décomposition et une transformation. Au reste, les faits qui ont été allégués plus haut (§ 946, 4°) semblent annoncer qu'elle diminue également dans la lymphe.
4° D'après Emmert (7), le chyle du canal thoracique contenait plus de substance solide que celui du plexus lombaire. Le fait paraît très-croyable , car les autres changemens que le chyle éprouve dans le système lymphatique consistent en ce qu'il acquiert plus de ressemblance avec le sang, mais se dislingue de lui par la moindre proportion de substance solide (§ 958, 1°) ; d'ailleurs, il est essentiellement analogue à la lymphe (§ g5S , I), laquelle, en séjournant dans le système lymphatique, devient plus riche en parties contenues, et acquiert une pesanteur spécifique plus considérable (§ 912, 1°).
(1) Lehrluch der Physiologie, t. II, p. 168.
(2) Recherches sur la digestion, t. II, p. 94.
(3) Loc. cit., p. 467.
(4) Loc. cit., p. 39.
(5> Scherer, Journal t. V, p. 166. — Reil, Archiv, t. VIII, p. 140 ,
(6) Loc. cit., p. 210.
(7) Loc. cit., p. 175.
46o CONVERSION DU CHYLE ET DE LA LYMPHE
(Il suffit d'une observation superficielle pour qu'on ne puisse pas méconnaître une différence , sous le rapport du degré de coagulabilité , entre le chyle du canal thoracique et le contenu de la citerne. Le chyle tiré du canal thoracique se convertit, dans l'espace de deux à trois minutes, en un caillot rouge , de consistance gélatineuse , et l'on n'aperçoit point d'abord de sérum. Ce n'estqu'au bout de quelques heures que ce caillot , condensé au point de ressembler à du blanc d'œuf durci, nage dans un liquide limpide comme de l'eau, qui sort de ses interstices , et dont la quantité augmente peu à peu. Le contenu de la citerne , qui a une teinte plus laiteuse , tirant un peu sur le bleuâtre , paraît au contraire toujours plus coulant : il ne se coagule qu'au bout d'environ dix minutes , et généralement alors le. caillot nage de suite dans de la sérosité. Je n'ai point trouvé le chyle coagulé dans la citerne , alors même que plusieurs heures s'étaient écoulées depuis la mort de l'animal, tandis que son état de coagulation l'empêchait fréquemment de s'écouler du canal thoracique. Pour examiner de plus près à quoi cette différence pouvait tenir, et surtout pour déterminer la proportion de l'albumine, je recueillis cinquante-huit grains de chyle du canal thoracique d'un Chien, quantité si considérable qu'elle n'avait pu être logée dans le conduit seul , et que la citerne avait dû se vider en grande partie ; je liai ensuite le canal immédiatement au dessus du diaphragme , et j'ouvris l'animal par le côté. La citerne était complètement remplie de nouveau ; elle donna quarante-quatre grains de liquide, que je considérai comme un mélange de chyle et de lymphe, mais arrivé depuis peu des petits vaisseaux dans le réservoir. Les deux portions du liquide furent mises dans des verres de montre, et je versai de l'alcool dessus. Ce menslrue détermina sur-le-champ la formation d'un caillot lactescent , qui , au microscope , montra des filamens composés de très-petits grains. Le liquide des deux verres fut ensuite abandonné à lui-même , à une température de trente degrés R., jusqu'à ce qu'il fût desséché; le résidu de la première 'portion s'élevait à onze grains et demi , et celui de la seconde à six grains seulement. Ainsi le contenu , en matière coagulable, était de Q^Mï pour le chyle
du canal thoracique, et de 0,1363 pour celui de la citerne) (1).
Tiedemann et Gmelin oni trouvé moins de parties solides dans le chyle du canal thoracique que dans celui des vaisseaux du mésentère : celte anomalie tenait peut-être à quelques circonstances particulières (§ 962, 2°).