DD CONFLIT AVEC LE MONDE EXTÉRIEUR OU DE LA RESPIRATION
I. La respiration fait suite à la digestion. Les deux fonctions consistent en un conflit avec le monde extérieur, par lequel l'organisme se trouve maintenu; mais la première achève ce que la seconde avait commencé. La digestion n'opère que sur des corps à proprement parler palpables , sofides et liquides; elle crée et entretient la masse organique. La respiration est un conflit avec un corps aériforme , qui n'accroît point la masse de la matière organique, mais modifie •seulement les propriétés de celte matière, et est une condition de sa vitalité. Les alimens sont toujours formés d'une matière organique complexe, engagée dans des combinaisons
(f) Addition d'Ernest Bunlach,
chimiques; l'air, au contraire, est un mélange de substances élémentaires, et il n'entretient la vie qu'en vertu de sa matière inorganique. Dans la digestion , l'organisme admet en lui certains produits naturels déterminés ; dans la respiration, il entre en communauté avec l'univers, avec l'atmosphère' qui entoure de toutes parts le globe terrestre. Si le produit matériel de la digestion dure un certain laps de temps , parce qu'il est obligé de parcourir plusieurs degrés divers de transformation , l'effet de la respiration est plus prompt à se dissiper , le besoin en revient plus souvent et est plus impérieux. De même que la respiration , comparée à la digestion , se rapporte proportionnellement plus à l'activité vitale qu'à la composition organique , de même aussi elle a des rapports intimes avec la vie animale , notamment avec son côté subjectif, le sentiment et le mouvement.
I. La respiration affecte, dans son mécanisme , des formes diverses (§ 965-971), qui ne diffèrent pas essentiellement les unes des autres, qui par conséquent passent souvent de l'une à l'autre , et qui subsistent plus ou moins ensemble dans le même organisme. Comme cette fonction , considérée d'une manière générale, repose sur un conflit de l'organisme avec le milieu extérieur , ses formes fondamentales se rapportent les unes à la nature du milieu agissant , et les autres à l'espèce de substance organique avec laquelle ce milieu entre en conflit.
1° L'eau et l'air, les deux milieux dans lesquels vivent les corps organisés , sont partout unis ensemble , de sorte que l'un admet en soi quelque chose de l'autre , et lui imprime sa forme. Le conflit immédiat avec l'air atmosphérique appartient en propre , généralement parlant , aux organismes supérieurs , et s'accomplit principalement dans des cavités intérieures , qui sont formées de canaux ramifiés et réunis en une masse commune par du parenchyme. Un conflit indirect avec l'atmosphère , par l'intermédiaire de l'eau aérée , appartient davantage aux degrés inférieurs de la vie , et il a lieu surtout au moyen de parties saillantes, appelées branchies, qui consistent tantôt en des plis cutanés , lamelleux ou foliacés, tantôt en des cylindres réunis à la manière d'un pinceau , des
branches d'un arbre ou des dents d'un peigne. Les seules branchies proprement dites sont celles qui entrent en conflit avec le milieu par leur face extérieure ; des réseaux de conduits aériens (chez les Insectes), et des ramifications de tubes aquifères (chez les Holothuries), ne méritent pas ce nom, qu'on leur donne quelquefois. Mais !a différence n'est jamais que relative. La respiration aérienne immédiate elle-même a pour condition le concours de l'humidité (§ 973, 8°), et les animaux qui respirent l'eau peuvent en partie vivre aussi dans l'atmosphère, pourvu que celle-ci soit chargée d'eau, ou l'organe suffisamment humide. Une respiration aqueuse s'accomplit aussi dans des cavités , par exemple chez certains Mollusques , et une respiration aérienne à la surface de saillies extérieures , comme chez quelques Insectes. Il n'y a qu'une simple différence de quantité quand un réseau vasculaire se trouve étalé à la surface de l'organe respiratoire , ou quand il s'élève en saillie au-dessus de cette surface. D'ailleurs, les deux formes de respiration sont quelquefois réparties aux différens ordres d'une même classe d'animaux , par exemple chez les Mollusques et les Crustacés , dont les uns respirent l'air, et les autres l'eau aérée. La respiration a plus d'intermédiaires encore chez les Entozoaires et les Entophytes, qui, comme l'embryon des Mammifères , profilent de la respiration de l'organisme aux dépens duquel ils vivent et dont les humeurs leur tiennent lieu d'atmosphère.
2° La substance organique qui entre en conflit avec l'air est toujours un produit de la digestion; mais il faut distinguer ici , comme formes principales , la respiration par la masse du corps et la respiration par le sang. La première consiste en ce que l'action de l'air porte sur la substance organique en général, et sur le suc vital qu'elle contient, suc qui n'a point encore acquis sa forme propre , et qui n'est point renfermé dans des vaisseaux particuliers. C'est le cas des animaux chez lesquels les ramifications du canal digestif tiennent lieu de vaisseaux, comme les Méduses, ou dont le système sanguin se trouve limité à un cercle fort étroit, comme les Insectes. Lorsque le sang s'est complètement développé dans sa pleine et entière signification , on le voit aussi entrer en conflit avec
-17° »e la respiration.
l'air , parce qu'il représente alors l'universel dans l'organisme.