‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 72 sur 134 · DE LA FORMATION DU SANG DANS LE SYSTEME SANGUIN · texte numérisé non relu

DE LA FORMATION DU SANG DANS LE SYSTEME SANGUIN

§ 963. La ^formation du sang commence au moment de l'entrée dans le système veineux. Le sang nouvellement né

(1) Scherer, Journal, t. V, p. 698.

(2) Medico-chirurgical review, t. XXV, p. 112. — Dict. de médecine et de chirurgie pratiques , art. Sa^g, t. XIV, p. 473.

(pour suivre la comparaison) y entre en communauté avec le vieux, sang, arrive avec lui, par les artères, aux différens organes, entre, dans les vaisseaux capillaires , en conflit tant avec eux qu'avec le monde extérieur, et finit par arriver ainsi au terme de son développement. Si, pendant qu'il se trouvait à l'état embryonnaire, l'influence de l'atmosphère sur lui n'avait pu se faire sentir qu'au moyen du .sang-mère devenu artériel à l'air , et cela dans les ganglions lymphatiques agissaut comme matrice ;§ 959, 5°), il entre, aussitôt après sa naissance , en conflit immédiat avec l'atmosphère; si, duraut la première période de son existence, il s'était comporté d'une manière purement passive , ne faisant autre chose que recevoir, il déploie maintenant sa spontanéité en toute liberté, et se montre à la fois vivifié et vivifiant.

Tiedemann et Fohmann(l; admettent que les abouchemens des lymphatiques avec les veines, dans l'intérieur des ganglions (jî 900, 2°), servent à multiplier les voies de passage du chyle et de la lymphe dans le sang, parce que si ces liquides ai rivaient t>ur uu seul point, et en grande quantité à la fois, dans le torrent de la circulation, ils agiraient d'une manière nuisible. Mais comme le chyle et la lymphe éprouvent , chemin faisant, une transmutation, il paraît être bien plutôt nécessaire qu'ils parcourent toute l'étendueadu système lymphatique , afin de se préparer à entrer dans le sang. On serait teute de croire que ces abouchemens multipliés ont surtout pour destination, quand le système lymphatique est trop plein , de détourner du trône une partie de son contenu , qui a déjà subi une transformation dans les ganglions lymphatiques.

1° Haller a vu distinctement du chyle couler dans la veine sous-clavière, et il l'a suivi dans le sang jusqu'au ventricule droit(2). D'autres observateurs (3), Scudamore,Seiler(4), etc., ont également trouvé le sang , et surtout son sérum , colorés

(1) Anatomische Untersuchung, p. 10, 85.

(2) Opéra minora, t. I, p. 184.

(3; Haller, Elem. physioloy., t. II, p. 14.

(4) ZeiUchrift fuer ISatur-und Heilkundo, t. II, p. 354t

464 CONVIîKSION DU CHYLE ET DE LA LYMPHE

en blanc, par du chyle mélangé, plusieurs heures après l'ingestion de la nourriture. Celte couleur pourrait cependant tenir à de la graisse (§ 682 , 3°), dont l'origine s'expliquerait de diverses manières ; mais comme on a observé le sang contenant de la graisse dans différens états anormaux , en particulier dans des troubles de la digestion , de la respiration ou de l'hématose , il serait possible qu'ici la graisse du chyle demeurée libre , à cause de la faiblesse de l'assimilation (§ 961 , 3°), eût passé dans le sang.

2° Mais on trouve aussi dans le sang des corpuscules qui diffèrent des globules par leur défaut de couleur , leur forme parfaitement sphérique et leur peu de volume, de manière qu'on est obligé de les regarder comme des globules du chyle et de la lymphe. Suivant Wagner (1), leur diamètre est de 0,0016 à 0,0020 ligne , tandis que ceux du sang en ont un de 0,0033; ils sont finement granulés, et quelques-uns affectent une l'orme irrégulière. Nasse ne les a pas trouvés, dans le sérum séparé du caillot, plus gros que l'anneau intérieur des globules du sang complètement développés (2). Muller a rencontré des globules de ce genre chez les Oiseaux et les Grenouilles (§ 691) (3). Mayer a remarqué , en outre , aans les Grenouilles, des globules n'ayant pas plus de 0,0001 à 0,0002 ligne de diamètre , qui reposent sur ceux du sang pendant la circulation, et qu'il considère comme les corpuscules proprement dits de la lymphe (4). Suivant Valentin (5), ce ne sont que des dépôts de la portion de fibrine qui se coagule la première, attendu qu'ils se montrent d'autant plus abondans que la coagulation marche avec plus de rapidité , et qu'ils manquent lorsqu'on ajoute du carbonate de potasse au sang frais. Donné (6) a trouvé , outre les globules du sang et les petits globules du chyle , de nombreux cor-

(1) Bcitroege sur vergleichenden Physioloyie, t. II, p. 20.

(2) Untersuchungen sur Physiologie und Pathologie, t. I, p. 76.

(3) Handbuch der Physiologie, t. I, p. 543.

(4) Froriep, Neue Notisen, t. III, p. 67.

(5) Repertorium, t. III, p. 95.

(6) Comptes-vendus hebdomadaires des séances de VAc. des sciences, t. VI, p. 47.

EN SANG. 465 puscules spliériques , blancs et légèrement granulés , qui sont un peu plus gros que ceux du sang , affectent , comme eux , une forme ronde chez les Mammifères et elliptique chez les autres animaux , n'ont point de noyaux , et ne se dissolvent pas dans l'eau ; ils étaient vingt fois plus nombreux dans un cas de cachexie et d'hydropisie qu'ils ne le sont dans le sang d'une personne en santé. Mandl (1) dit aussi que le sang des Mammifères contient , indépendamment de ses globules , des corpuscules plus gros, arrondis et blancs.

D'après les observations de Schuliz (2) et de Wagner (3), les globules du sang forment le courant principal dans l'axe des vaisseaux , tandis que le sérum coule le long des parois , contenant des globules épars de lymphe et de chyle , qui marchent avec bien plus de lenteur que ceux du sang , s'arrêtent souvent, puis se remettent en mouvement (§ 925, 1°). Weber(4) a observé, chez les Reptiles, que ces globules marchaient dix à vingt fois au moins plus lentement que ceux du sang, et que leur mouvement n'était nullement en harmonie avec celui de ces derniers , ce qui lui avait fait penser qu'ils se trouvaient contenus dans des vaisseaux lymphatiques particuliers renfermant les vaisseaux sanguins. Mais cette opinion a été réfutée par Ascherson (5), Wagner (6) et Mayer (7), qui ont fait remarquer qu'un certain accord a lieu réellement entre les mouvemens de ces globules et ceux des granules du sang , qu'on n'aperçoit pas de ligne de démarcation entre les uns et les autres , et qu'il arrive quelquefois à des globules d'entrer dans le courant central , ou à des granules du sang d'en sortir. Cette dernière observation a été faite également par Magendie (8), qui d'ailleurs émet l'incroyable opinion que le liquide incolore appliqué aux parois

(1) Anatomie microscopique. Paris, 4838 , 4e liv. du Sang, in-fol.

Traité pratique du microscope. Paris, 1839, p. 413 et suiv.

(2) Das System des Circulation, p. 46.

(3) Loc. cit., p. 33.

(4) Muller, Archiv, 4837, p. 268.

(5) lb., p. 453.

(6) Loc. cit., p. 34.

(7) Loc. cit., p. 66.

(8) Leçons sur le s phénomènes physiques de la vie, t. II, p. 236.

466 CONVERSION Dtl CHYLE ET DE LA LYMPHE

ne se meut 'pas du tout. Les globules paraissent avoir une affinité d'adhésion pour les parois des vaisseaux , que leur surface granulée favorise peut-être , de sorte que le contact qui en résulte peut avoir de l'influence sur leur développement ultérieur.

3° A peine est-il permis de douter que le sang contient des globules de différens âges , les uns qui viennent d'enirer dans le système lymphatique , d'autres plus avancés dans leur développement , quelques-uns complètement développés , et certains enfin en train de se décomposer. Mais il ne paraît pas que le temps soit encore arrivé de déterminer avec précision la marche de leur vie. Suivant Schultz (1), l'enveloppe colorée , dont le liquide du sang [plasma) dissout toujours un peu, constitue la partie essentielle des corpuscules du sang, et a une structure organique ; pendant leur jeunesse , ils se renflent , par l'épaississement de leur enveloppe , deviennent turgides, et acquièrent une pesanteur spécifique plus considérable ; lorsqu'ils avancent en âge, ils perdent leurs noyaux, et leurs enveloppes vides finissent par se dissoudre. Auleurieth prétend (2) que le chyle est converti en sang douze heures apr ès le repas , parce que plus tard le sérum ne paraît plus lactescent; cependant Muller (3) fait remarquer que, même à cette époque, quand les globules du sang se précipitent dans le sang qui se coagule avec lenteur , parce qu'on y a ajouté du carbonate de potasse , le liquide surnageant est souvent un peu trouble et blanchâtre.

4° (Le sang mort n'exerce absolument aucune influence .sur le chyle. Une goutte de sang frais, ajoutée , sous le microscope , à quelques gouttes de chyle , n'apporta pas le moindre changement dans l'aspect des globules de ce dernier. Quelques gouttes de chyle de Lapin furent mêlées avec du sang récemment tiré d'un autre Lupin ; les globules du premier semblèrent bien ensuite un peu colorés au microscope; mais , après qu'on les eut lavés avec de Teau , ils redevinrent

(1) Journal de Hufeland, 1S38, p. 4.

(2) IJandbuch der empirischon Physiologie, t. H, p. 120.

(3) Handbvch derPhtjdolotjip, t. I, p. 143.

incolores , leur forme n'ayant subi d'ailleurs aucun changement. Dos globules du chyle qui étaient demeurés pendant vingt-quatre heures dans du sérum de sang ,• furent retrouvés avec la même forme qu'auparavant. Il n'a été possible , en examinant au microscope du sang pris de diverses parties , d'apercevoir aucune trace des changemens que le chyle subit après être entré dans le torrent de la circulation. Lorsque l'avais tranché d'un seul coup la tête de Lapins ou de jeunes Chiens, je trouvais des globules du chyle aussi bien dans le cœur gauche que dans le cœur droit et la veine jugulaire ; il ne m'était pas possible de découvrir des globules de lymphe dans l'aorte , la veine cave et d'autres vaisseaux , où l'on prétend cependant en avoir aperçu chez l'homme , les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons.) (4)

§ 964. Comme le sang tire ses matériaux de deux sources , le monde extérieur, parle moyen de la digestion, et son propre organisme , par celui de la résorption , de même il se perfectionne, et par son conflit avec l'extérieur, dans la respiration (§§ 904-980), et par son conflit avec l'intérieur de l'organisme , dans les sécrétions et dans les ganglions sanguins (§§ 981-983).

Section première.

Page 1