‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 75 sur 134 · ORGANES QUI PARTENT DE 1A PEAU · texte numérisé non relu

ORGANES QUI PARTENT DE 1A PEAU

I. La respiration est au plus bas degré partout où elle s'accomplit à l'aide de la peau ou de la surface extérieure commune.

1° C'est ce qui arrive d'abord dans le cas de la respiration

DE IA RESPIRATION. 47* par la masse même du corps, sans nul organe respiratoire spécial, non seulement chez les végétaux cellulaires et les animaux sans canal digestif ( § 917 , 3° ) , mais encore , généralement parlant, chez les Infusoires, les Polypes, les Entozoaires, les Planaires, les Crustacés inférieurs , et même, à ce qu'il paraît , dans le cas de la respiration par le sang chez quelques Annélides , les Gordius et les Siponcles surtout. Du moins n'a-t-on pas encore démontré formellement l'existence d'organes respiratoires chez tous ces animaux, et si l'on en a supposé , c'est qu'on croyait impossible qu'ils manquassent. En tout cas, cet appareil paraît plus tard, dans la série animale , que celui des organes digestifs.

2° Lorsque ces derniers existent , la peau , qui , en leur absence, s'était chargée seule de la nutrition (§917, 4°), continue toujours d'y contribuer : de même, elle prend encore part à la respiration quand déjà celle-ci s'accomplit par des organes qui lui appartiennent en propre. Ceci est vrai surtout des Reptiles nus et des Poissons. Suivant Humboldt et Provençal (1) , des Tanches ont" pu vivre pendant cinq heures , sans beaucoup souffrir, la tête et les branchies hors de l'eau, dans laquelle le corps seul plongeait ; mais la peau ne pouvait respirer que dans l'eau , et il lui était impossible de le faire aussi dans l'air , comme il arrive aux branchies humides. Les observations de Spallanzani (2) et d'Edwards (3) ont appris que la respiration par la peau est essentielle chez plusieurs Reptiles , en particulier chez les Batraciens et les Sauriens. Des Grenouilles ont survécu plusieurs jours à l'excision de leurs poumons, tandis que celles qu'on écorchait, ou dont on enduisait le corps d'un vernis à l'esprit-de-vin, périssaient en quelques heures. Lorsqu'on tenait la tête de ces animaux dans l'air , de sorte qu'ils pussent respirer par leurs poumons , ils mouraient au bout de sept à vingt-quatre heures si leur corps se trouvait plongé dans d'é' l'huile; mais si l'immersion de ce

(\)Mèm. de la Société cCArcueil. Paris, 1810, t. II, p. 392.

(2) Mèm. sur la respiration, p. 72.

(3) De l'influence des agene physiques sur la vie, p. 5, 49-55, 67-82,

dernier avait lieu dans l'eau , leur vie se prolongeait durant trois mois et demi. Les Grenouilles n'exécutent aucun mouvement respiratoire dans l'eau , et par conséquent n'y l'ont rien entrer dans leurs poumons : mais elles respirent , par la peau . l'air mêlé à ce liquide. C'est ainsi qu'elles conservent leur vie dans l'eau courante. Renfermées dans de l'eau qu'on avait soin de renouveler chaque jour , elles vécurent ainsi une partie de l'hiver, et ne périrent, au bout de deux mois et demi, que quand on cessa de changer l'eau. Tandis que la peau respire l'eau chargée d'air chez les Grenouilles, elle a besoin de l'air libre chez les Rainettes ; plongées dans l'eau de manière à pouvoir respirer avec leurs poumons , ces dernières ne vivaient que trois à quatre jours. Des Salamandres auxquels on avait enlevé le cœur , et chez lesquelles on empêchait la respiration pulmonaire, vécurent vingt- quatre à vingt -six heures dans l'air , et quatre à cinq seulement dans l'eau. Chez les Oiseaux et les Mammifères il s'opère, dans la peau, un échange de gaz analogue à celui qui s'accomplit dans la respiration ( § 818, II), mais dont les effets ne sont pas les mêmes.

IL La peau , quand elle a pris tout son développement , se soulève , d'une part , en papilles et saillies analogues à des membres , s'affaisse de l'autre en cryptes et canaux de membrane muqueuse. Les organes respiratoires qui partent d'elle se montrent également sous ces deux formes. Les prolonge mens de la peau auxquels on donne le nom de branchies sont tantôt libres au dehors , et tantôt couverts.

1° Les cils de certains Infusoires, et les lamelles mobiles , disposées en série, desAcéalèphes Cnophores, sont peut-être des branchies libres avec respiration par la masse de la substance. Ces organes sont plus manifestement accompagnés de respiration par le sang chez les Au.nélides aquatiques , où ils occupent tantôt la longueur du corps entier (Amphinome), tantôt l'extrémité céphalique(Terebelles), chez plusieurs Gastéropodes , où on les remarque soit sur le dos (Thetis) , soit sur les côtés (Pleurobranche) , soit disposés en ceinture autour du corps (Phyllidie), enfin chez les Ptéropodes et quelques Crustacés.

2° Les branchies couvertes font le passage aux cavités branchiales. On les rencontre principalement chez les Bivalves , où, entourées par le manteau , elles pendent des deux côtés du pied , vers l'ouverture de la coquille ; chez les Crustacés, notamment les Décapodes , où elles sont couvertes par le bouclier dorsal , et les Isopodes, où elles occupent la plupart du temps le dessous de la queue, couvertes par des lamelles particulières.

Les enfoncemens servent à une respiration par la masse ou à une respiration par le sang. Dans le premier cas, le milieu, qui est ou de l'air ou de Feau , s'introduit dans le corps au moyen de canaux.

3° On trouve chez les Acalèphes discophores des cavités servant à la respiration aqueuse, qui, par des ouvertures situées à la face inférieure du corps , reçoivent l'eau, dont l'air agit sur le produit de la digestion. Quelque chose d'analogue a lieu aussi chez des animaux qui , bien qu'ayant du sang , ne possèdent cependant pas de vaisseaux sanguins propres pour l'organe respiratoire , mais chez lesquels l'eaujpénètre dans la cavité abdominale, et baigne l'organe digestif pourvu de vaisseaux sanguins : tels sont, par exemple, les Astéries, et parmi les Annélides, les Thalassimes et les Aphrodites. Il y a en outre des animaux munis d'autres organes respiratoires , chez lesquels on rencontre des conduits aquifères , qui ont probablement les mêmes usages : Délie Chiaje en a vu chez plusieurs Mollusques , et Baer chez les Moules (4). On ne sait pas encore bien positivement si les canaux aquifères qui partent, ou de la cavité nasale pour se terminer en cul-de-sac fCyclostomes) , ou des côtés de l'anus (Raies et Squales ) , du cloaque (Crocodile), des parties génitales (Chéloniens), pour aboutir dans la cavité abdominale, ont de l'affinité avec ceux-là.

6° Les organes respiratoires forment des canaux aériens chez les Insectes et une partie des Arachnides. Les Insectes ont la plupart du temps neuf à dix paires de stigmates , de chacun desquels part un conduit aérien , qui tantôt se réunit avec les deux canaux les plus voisins de lui pour former qn

(1) Nov. Act acad. cur, t. XIII, p. 597.

tronc parcourant la longueur du corps entier , et offrant parfois aussi des dilatations en forme de sac , tantôt se ramilie dans les diflërens organes. Chez les larves qui vivent dans l'eau , mais puisent l'air à la surface de ce liquide , les stigmates, surtout ceux de l'abdomen , s'allongent en des tubes respiratoires cornés, que l'animal peut faire saillir hors de l'eau. D'autres larves restent dans l'eau, dont elles absorbent l'air , qui est reçu par les commencemens des trachées anastomosées ensemble en forme de réseau.

Les végétaux respirent en général à travers leurs ce' Iules closes. Chez les plus parfaits , l'air pénètre principalement par les stomates, vides intercellulaires , situés à la face inférieure des feuilles , d'où il se répand dans les vides analogues des parties du tronc , ou ce qu'on appelle les conduits intercellulaires ; mais il s'insinue aussi dans les trachées, qui sont également closes (1). Cependant les voies de la sève et cellesde l'air ne sont pas tellement distinctes, dans les végétaux, qu'un même espace ne puisse jouer le rôle des unes et des autres à des époques diverses. Les fruits verts n'ont pas de stomates, et cependant ils altèrent l'air comme le font les feuilles munies de ces ouvertures. D'ailleurs, la somme de cette altération n'est point proportionnée au nombre des stomates.

Lorsque des vaisseaux sanguins particuliers se rendent aux enfoncemens de la peau qui reçoivent l'air , tantôt ils for-r ment des ramifications situées dans le plan de la paroi, tantôt ils (ont saillie à l'intérieur, dans des replis de la peau.

7° La première de ces dispositions donne lieu aux cavités respiratoires qu'on observe chez quelques Gastéropodes respirant l'air (Limaçon , Limace), certains Annélides (Sangsue, Ver de terre), et les Arachnides pulmonaires.

8° De la seconde résultent les cavités branchiales , qui respirent de l'eau chez les Gastéropodes respirant ce liquide, et de l'air chez quelques Arachnides. Parmi ces derniers , on en compte (Disdcria, Segesiria) qui , indépendamment des cavités branchiales aériennes , ont aussi des trachées ramifiées.

(1) Comparez Raspail, Noue, sijst. de physiologie végétale et de botanique. Paris, 4837, t. II, p. 242. — Dutrochet , Mém. pour servir à Vhist. anat. et physiol. des végétaux et des animaux. Paris, 1837, t. I, p. 320.

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