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CHAPITRE III

De l'essence de la respiration.

§ 980. Examinons maintenant la respiration dans son en • semble.

(1) Versuch einer Physiologie des Blutes, p. 41,

(2) Hist. de l'Acad. des se, 1789, p. 575,

I. Il est clair que , sous le point de vue matériel , c'est une opération générale , c'est-à-dire qui n'appartient en propre ni à l'organisme , ni à la vie , ni à aucun organe déterminé .

1° La substance inorganique, en vertu de l'affinité dont elle est douée , absorbe une quantité déterminée , c'est-à-dire suffisante pour sa saturation, du gaz qui l'entoure, et quand elle se trouve plongée dans un mélange de gaz , elle attire plus des uns, moins des autres, absorbant d'ailleurs l'oxygène de préférence dans l'air atmosphérique. La force avec laquelle elle retient les différens gaz , varie aussi, ou, en d'autres termes , elle ne se les laisse pas lousenlever.avec la même facilité. L'eau ( § 882, 1°, 2°) absorbe, proportionnellement à son volume, environ 1,000 de gaz acide carbonique, 0,050 de gaz oxygène , 0,027 à 0,050 d'air atmosphérique, 0,016 de gaz azote , et 0,015 de gaz hydrogène. Elle s'empare des principes constituans de l'atmosphère dans des proportions qui ne sont pas les mêmes pour tous. L'air absorbé par l'eau de rivière contenait, d'après Thomson (i) , 0,290 de gaz oxygène et 0,710 de gaz azote; selon Provençal et Humboldt (2), 0,306— 0,315 de gaz oxygène, 0,634— 6,575 de gaz azote, et 0,060 — 0^110 de gaz acide carbonique. Cette eau enlève donc à l'atmosphère plus d'oxygène que d'azote , et elle lui en soustrait d'autant plus qu'elle coule avec plus de rapidité, que son cours est plus long. Elle le retient aussi avec beaucoup plus de force : on peut l'en dépouiller complètement par une ébullition prolongée à l'abri du contact de l'air atmosphérique. Quand l'eau est chargée du gaz acide carbonique qui se dégage des minéraux , elle absorbe moins des principes constituans de l'atmosphère : Henry a trouvé que l'air contenu dans l'eau de puits se composait de 0,711 acide carbonique, 0,098 oxygène, et 0,491 azote. L'air mêlé avec l'eau , à une profondeur de deux mille cinq cents pieds , ne contenait plus, d'après Biot (3), que 0,08 d'oxygène, tandis que l'azote s'y élevait à 0,92; le premier de ces deux gaz

(1) Journal de chimie médicale, 2e série, t. III, p. 57.

(2) Mùm. de la soc. d'Arcueil, t. II, p. 381.

(3) Gilbert, Annalen, t. XXVI, p. 474.

DE LA RESPIRATION. 565 avait été probablement consommé par la respiration des animaux marins.

Les terres absorbent l'oxygène de l'atmosphère , et en des proportions diverses. Suivant Scliubler (1), mille grains des substances suivantes , renfermés dans quinze pouces cubes d'air aimosphérique, absorbèrent d'oxygène , en trente jours, savoir : le sable quartzeux 0,24 pouce cube , le gypse , 0,40, le sable calcaire 0,84 , l'argile 4 ,59 , le carbonate de chaux d,62, la terre de jardin 2,60, le terreau 3,04. Les phénomènes furent les mêmes que dans la respiration , c'est-à-dire que l'humidité fut une condition de l'absorption ( § 973, 2°) , que la chaleur accrut cette dernière (§ 977, 10°), et que des couches minces de terre ou d'eau n'y mirent point obstacle (§ 973, 6o).

2° Toute substance organique morte absorbe l'oxygène de l'atmosphère, et exhale de l'acide carbonique (§ 882,4"). Tous les végétaux , leur carbone surtout , agissent de cette manière. Ce dernier attire l'acide carbonique avec plus d'avidité encore que l'oxygène , mais agit avec infiniment moins de force sur l'azote. Spallanzani a démontré (2) que les animaux morts et toutes leurs parties attirent l'oxygène de l'atmosphère : la consommation était plus considérable quand la substance animale avait été hachée , de manière à présenter plus de surface (§964, 2°), et elle l'était plus également sous l'influence de la chaleur (§ 977, 10°); cependant elle n'égalait pas celle qui a lieu dans la respiration. Ainsi, par exemple, des Vers déterre qui, pendant leur vie, avaient consommé tout le gaz oxygène de l'airdans lequel on les tenait renfermés, n'en absorbèrent plus que 0,10 après leur mort, et 0,70 quand ils furent tombés en putréfaction (3). Des Limaçons morts en absorbèrent trois à quatre fois moins que des Limaçons vivans (4). Cependant cette règle a quelquefois souffert des exceptions (5).

(i; Schweigger, Journal, t. XXXVIII, p. 143.

(2) Rapports de l'air avec les corps organisés, t. II, p. 258.

(4) SpalUnzani, Mèm. sur la respiration, p. 81.

(5) Rapports de l'air avec les corps organisés, t. I, p. 63, 115.

3° Magendie reconnaît que toutes les branches veineuses peuvent respirer lorsqu'elles entrent en contact avec l'atmosphère , et que les poumons sont seulement mieux organisés qu'aucun autre organe pour cela. Arnold (1) a également soutenu que la respiration , comme la digestion (§ 955, 1.), s'étend au-delà de ses organes proprement dits, a la vérité, hors des poumons, le sang artériel contenu dans les vaisseaux capillaires se transforme partout en aang veineux , mais celte conversion n'a lieu que parce qu'ici les organes exercent une plus forte action sur lui. Ainsi Wedemeyer a vu (2) , chez les Grenouilles, le sang des veines méseutériques ne devenir vermeil, au contact de l'air atmosphérique, que quand ii cessait de couler , c'est-à-dire quand il n'y avait plus de conflit vivant entre lui et la substance organique environnante. On trouve encore , chez l'homme et les Mammifères , des traces de la respiration cutanée ( § 965 ) qui a lieu chez les animaux inférieurs. Abernethy (3) tint sa main plongée , sous le mercure , dans un vase plein d'air, dont la capacité était de sept onces d'eau ; un sixième du gaz oxygène contenu dans l'air avait disparu au bout de cinq heures , un quart au bout de neuf, et la moitié au bout de douze : parmi les différens gaz, l'oxygène fut celui qui se trouva absorbé avec le plus de force; vinrent ensuite l'acide carbonique , l'oxyde d'azote, l'hydrogène, et en dernier lieu l'azote. Sorg tint pendant quatre heures son bras dans un vase plein de gaz oxygène , et trouva ensuite que les deux tiers de ce gaz avaient disparu. Si l'on plonge un animal, jusqu'à la tête, dans de l'hydrogène sulfuré, on retrouve ensuite ce gaz dans le tissu cellulaire souscutané et dans le sang, comme l'ont observé Emmerl (4) et Lebkuchner (5).

Quoiqu'il n'y ait pas de véritable respiration intestinale chez les Mammifères (§ 966, 4°), et que, suivant Bichat, le sang des vaisseaux d'une anse intestinale pleine d'air atmos-

(1) Lehrhuchder Physiologie, t. II, p. 200.

(2) Untersuchungen ueber den Kreislauf des Blutes, p. 243.

(3) Chirurgische undphysiologische Versuche, p. 117, 128.

(4) Tuebingar Blœtter,t. I, p. 97.

(5) Archives générales, t. VII, p. 424.

DE LA. RESPIRATION. 567 phérique ou d'oxygène ne change pas de couleur , cependant le canal digestif exhale des gaz (§ 817, 3°) et en absorbe d'antres. Lorsque Foderà (1) avait introduit de l'hydrogène sulfuré dans une anse d'intestin de Lapin liée aux deux bouts, la mort avait lieu au milieu des symptômes de l'empoisonnement , et Ton ne retrouvait plus de gaz clans l'intestin. Des Chiens dans le recium desquels Wedemeyer (2) avait injecté du gaz hydrogène sulfuré , périrent en offrant tous les symptômes de l'asphyxie.

L'un et l'autre observateur a obtenu le même résultat après avoir poussé du gaz hydrogène sulfuré dans la cavité abdominale ou dans le tissu cellulaire d'un animal.

L'air atmosphérique que J. Davy (3) avait insufflé dans l'une des plèvres d'un Chien, se composait, quarante-huit heures après, de 0,93 azote et 0,03 oxygène ; un mélange de 0,200 d'acide carbonique , 0,632 d'azote et 0,168 d'oxygène , injecté également dans la plèvre d'un autre Chien , se composait, après quarante-huit heures, d'acide carbonique 0,183, azote 0,783, et oxygène 0,034. Ici donc également l'oxygène avait été absorbé en plus grande quantité que l'acide carbonique , et celui-ci en plus forte proportion que l'uzote. Davy a observé aussi l'absorption du gaz hydrogène et du gaz oxyde d'azote. Ségalas dit avoir remarqué que les animaux dont on lie la trachée-artère , meurent plus tard lorsqu'on leur ouvre la cavité pectorale , de manière à mettre la surface extérieure des poumons en contact avec l'air atmosphérique ; il ajoute que la mort est un peu retardée aussi par l'exposition à l'air des viscères abdominaux ou par l'enlèvement de la peau (4).

II. D'après cela, la respiration est déterminée par l'affinité des substances.

1° Les différens gaz se réunissent en un mélange homogène, phénomène auquel ne s'oppose poiut une membrane animale tendue entre eux, car l'attraction qu'ils exercent les

(■f ) Bech. sur V absorption, p. 12.

(2) Loc. cit., p. 445.

(3) Philos. Trans., 4823 p. 500.

(4) Journal do Ma^endie, t. IV, p. 289.

568 DE LA KESPIRATION.

uns sur les autres fait qu'ils la traversent (§ 882 , 2°). Quoique cette attraction soit réciproque , il y a cependant des gaz; qui l'exercent avec plus de force que d'autres. Suivant Faust, le gaz acide carbonique est attiré par l'air atmosphérique , et l'oxygène par l'azote (1). Stevens prétend que l'oxygène attire aussi l'acide carbonique (2), de manière qu'une portion d'intestin ou le poumon d'un Lapin, qu'on emplit du premier de ces gaz , et qu'on suspend dans l'autre , s'affaisse sur ellemême , tandis que dans le cas contraire elle se gonfle jusqu'au point de crever.

2° Une substance solide ou liquide absorbe un gaz avec lequel elle a de l'affinité ; mais si elle contient déjà un autre gaz , elle exhale une plus ou moins grande quantité de ce dernier. Ainsi , tandis que d'autres terres ne font qu'absorber de l'oxygène dans l'air atmosphérique , l'humus laisse en outre échapper de l'acide carbonique. Si l'on introduit de l'eau chargée d'air atmosphérique dans du gaz oxygène, elle absorbe de l'oxygène et exhale de l'azote ; de même que, dans du gaz azote, elle absorbe de l'azote et laisse échapper un peu de son oxygène (3).

3° La même chose arrive avec le sang tiré des vaisseaux. Les recherches de Hoffmann (4) nous ont appris que ce liquide a tant d'affinité pour les gaz mêlés avec lui , qu'il en laisse échapper fort peu sous le récipient de la machine pneumatique , tandis qu'il en fournit davantage lorsqu'on l'agite avec une autre espèce de gaz. Chargé d'acide carbonique , il en exhale quand on l'agite avec de l'air atmosphérique -, imprégné de ce dernier , il abandonne de l'oxygène dans le gaz acide carbonique. L'azote enlève, par la succussion , du gaz oxygène au sang artériel , et du gaz acide carbonique au sang veineux. Chaque espèce de sang manifeste d'autant plus d'affinité pour un gaz , qu'elle en contient moins ; d'après Enschut (5), le sang veineux absorbe plus d'oxygène etmoins

(1) Froriep, Notizen, t. XXVII, p. 118.

(2) Philos. Trans., 1835, p. 350.

(3) Treviranus, Bioloyie, t. IV, p. 20<.

(4) Froriep, Notizen, t. XXXVIII, p. 252.

(jî) Dits, de rcspiralionis chymismp, p. 80, 92.

d'acide carbonique que le sang artériel; quand on a chargé le sang d'acide carbonique , on trouve que celui-ci adhère avec plus de force au sang artériel , et qu'il ne s'en laisse pas aussi complètement dégager que du sang veineux (1). L'oxygène est celui de tous les gaz que le sang attire avec le plus de force , et qui en dégage aussi le plus d'acide carbonique. Sous ce dernier rapport, l'air atmosphérique vient immédiatement après lui; le gaz hydrogène agit plus faiblement, et le gaz azote avec moins de force encore (2).

4° Un échange analogue a lieu , comme nous l'avons déjà dit , dans la respiration de gaz autres* que l'air atmosphérique ; l'animal qui respire de l'acide carbonique ou de l'hydrogène, expire de l'azote et de l'oxygène (§ 841 , 1°, 2°, 9°) ; celui qui inspire de l'oxygène expire de l'azote (§ 841 , 5°), et celui qui inspire de l'azote expire de l'oxygène (§ 841, 7°).

5° Nous sommes donc pleinement en droit d'admettre que la respiration normale consiste en un échange de gaz entre le sang et l'atmosphère , proposition que nous avons développée (§§ 817, 1°; 882, 2°, 6°), que Testa soupçonnait déjà jusqu'à un certain point, et qui a été reconnue de la manière lapins formelle par Treviranus (3), Faust (4;, Hoffmann et Magnus (o). Hoffmann fait remarquer que l'azote atmosphérique , qui pénètre bien plus difficilement que l'oxygène à travers une membrane animale , ne peut parvenir dans le sang qu'après que ce dernier gaz a été complètement absorbé, mais que son rôle, dans la respiration, consiste à attirer l'acide carbonique du sang. Coutanceau (6) croit que l'admission de l'oxygène ne peut point provenir d'une affinité entre le sang et l'air , puisqu'elle reste toujours la même, quelle que soit la proportion du gaz dans l'air inspiré ; ceci) Enschnt, Dis. de respirationis chymismo,^.iH.

(2) lb., p. 146.

(3) Zeitschrift fuer Physiologie , t. IV, p. 31. — Die &rscheinunyen des Lebens, t. I, p. 361.

(4) Froriep, Notizen, t. XXVII, p. 120.

(5) Gilbert, Annalen, t. CXVI, p. 589.

(6) Révision des nouvelles dootrines, p. 116,

pendant il n'y aurait qu'une seule chose à conclure de là , c'est qu'il existerait un point de saturation que le sang tendrait à atteindre en toutes circonstances.

6° La proposition qui vient d'être émise éclaircit certaines particularités qu'on observe dans la respiration. Comme les cavités buccale et nasale, le larynx et la trachée, avec toutes ses ramifications, ont une capacité d'environ cinquante pouces cubes d'air, mais qu'à chaque respiration, l'homme n'inspire et expire que dix à vingt pouces cubes d'air, l'échange ne pourrait porter que sur l'air contenu dans ces voies, et ne s'étendrait point aux quatre-vingts à cent vingt pouces cubes d'air qui entrent continuellement dans les poumons. Mais les différens gaz ayant la propriété de se mêler uniformément ensemble, le mélange a également lieu dans les poumons et dans les voies aériennes.

Dix onces de sang absorbèrent, tantôt 0,57, et tantôt 1.4 pouce cube de gaz oxygène ; cette différence tenait principalement, selon la remarque de Christison (l),au caractère plus ou moins veineux du liquide. Lorsque le sang artér iel est devenu moins veineux à cause de l'accélération de la respiration, il n'a pas non plus autant d'affinité pour l'oxygène que quand il a coulé avec plus de lenteur dans les vaisseaux capillaires, et que son conflit avec la substance organique environnante lui a fait subir une métamorphose plus profonde.

Si le sang a été chargé d'air par infusion (§ 744, I), il n'a plus d'affinité pour l'oxygène atmosphérique, et la mort arrive, non pas, comme l'admet Magendie (2), parce qu'il s'est amassé de l'air dans les cavités droites du cœur, mais parce que le sang ne s'artérialise plus dans les poumons, et qu'en conséquence il devient stagnant. On trouve alors du sang brunâtre dans le système aortique, même quand que les mouvemens respiratoires n'ont point été troublés (3). L'infusion de substances indifférentes agit de la même manière (§ 744, YI); après celle de l'huile d'olive ou de matière cérébrale dis-

(1) Archives générales, t. XXVII, p. 242.

(2) Leçons sur les phénomènes de la vie, t. I, p. 59.

(3) Nysten, Recherches de la Physiologie, p. 44 .

soute, l'animal mourut, offrant tous les symptômes d'une grande gêne de la respiration ; les poumons regorgeaient de sang foncé et visqueux, et le sang était noir dans le système aortique (1).

7° C'est aussi par un échange de gaz qu'a lieu la respiration dans l'eau. Les expériences de Dutrochet (2) nous apprennent que, quand on introduit dans de l'eau une cavité à parois perméables qui renferme un mélange d'oxygène, d'azote et de carbone, des gaz se portent de cette cavité au dehors, et du dehors dans la cavité, jusqu'à ce que la proportion soit la même à l'intérieur et' à l'extérieur. Les branchies des Insectes aquatiques renferment, ainsi que leurs trachées, de l'air qui a perdu une partie de son oxygène, et qui est chargé d'acide carbonique ; elles enlèvent donc de l'air à l'eau , mais lui soustraient proportionnellement plus d'oxygène, exhalant de l'acide carbonique et de l'azote, si ce dernier existe en excès, de manière que l'air qu'elles contiennent devient semblable à celui qui est mêlé avec l'eau.

III. Le sang carboneux de l'artère pulmonaire attire l'air plus riche en oxygène, et la pression atmosphérique remplace par un air plus dense celui que la chaleur a dilaté dans l'intérieur des poumons ; d'un autre côté, l'atmosphère, en vertu de son affinité pour le gaz acide carbonique, attire à elle celui que contient le sang. Mais l'organisme influe par sa spontanéité sur ces opérations, qui s'accomplissent à sa périphérie, et qui sont le résultat d'affinités chimiques ; il aide, par des mouvemens propres au jeu de cette attraction mutuelle, de manière que ce soient toujours de nouveau sang veineux et de nouvel air atmosphérique qui entrent en conflit ensemble. Lë mouvement de la respiration rend plus considérables et l'exhalation d'acide carbonique et l'absorption d'oxygène. Bichat a observé, chez des animaux auxquels il avait lié la trachéeartère, que le sang paraissait plus tard veineux daos le système aortique, quand ils agitaient fortement la poitrine, attendu que ces secousses multipliaient les points de contact

(4) Magondie, Leçons sur les phênom. de la vie,t. I, p. 439, 451 . (2) Mém. pour servir à l'Hist, anat. et physioh des véy. et des anim., Paris, 1837, t. II, p. 417.

DE Ik PESPIUATION.

entre l'air et ses canaux. Les attractions du côté du sang et du côté de l'atmosphère se favorisent mutuellement, s'exercent en même temps l'une que l'autre, et jouent même en partie le rôle de condition déterminante l'une par rapport à l'autre; mais le mouvement vivant, qui partout se manifeste par des oppositions alternantes, imprime aussi son caractère au changement opéré dans la matière, de sorte que la force attractive du sang et l'absorption d'oxygène prédominent pendant l'inspiration, tandis que, pendant l'expiration, c'est l'action de l'atmosphère sur l'acide carbonique du sang qui l'emporte. Ce rhythme de la respiration est "produit par les alternatives d'action de forces musculaires antagonistes ; dans l'inspiration, la prépondérance appartient à l'organisme, et la périphérie animale entre enjeu avec ses muscles, qui dilatent, qui élargissent, qui président à l'ingestion, tandis que, pendant l'expiration, l'action qui l'emporte est celle des muscles constricteurs , [obturateurs, plus particulièrement consacrés à la vie plastique. Mais l'impulsion, d'un côté comme de l'autre, part du système nerveux, dans lequel il faut chercher la cause du rhythme.

1° Martine et Boerhaave (1) s'étaient bornés à l'explication du mouvement respiratoire. Ce mouvement tient, suivant Martine, à ce que le nerf diaphragmatique, comprimé par les poumons, dont l'inspiration a accru le volume, ne peut plus agir sur le diaphragme, qui se relâche. Boerhaave l'attribuait à ce que, pendant l'inspiration, il ne passe point de sang des poumons dans le système aortique, de manière que le cerveau, manquant de ce liquide, cesse d'agir sur les muscles inspirateurs.

2° D'autres ont cherché surtout à expliquer le mouvement de l'inspiration. Roose (2) admettait que le cerveau, dans lequel il y a plus de sang, et qui par conséquent est plus stimulé, pendant l'expiration, sollicite les muscles à exercer le mouvement duquel dépend l'inspiration, et que comme il reçoit moins de sang durant cette dernière, son action sur ces

(1) Haller, Elem. physioloy., t. III, p. 261.

(2) dnthropoloyischc Briefa, p. 415.

DE LA RESPIRATION, iïmscles cesse aussi, ce qui amène l'expiration. Suivant Millier, la moelle allongée est excitée, par le sang artériel qui arrive dans sa substance, à opérer des décharges dans les nerfs respiratoires (Ij. Rolando(2) croit que le sang veineux détermine dans le nerf pneumo-gasirique, en sa qualité de nerf du sentiment, une excitation qui se propage à la moelle allongée, par laquelle les muscles de la poitrine sont alors provoqués à exécuter le mouvement qui amène l'inspiration. Suivant Arnold aussi (3) les nerfs de la huitième paire transmettent au cerveau le sentiment du besoin de respirer, qui lui même est provoqué par l'action que l'air incapable de servir à la respiration exerce sur la membrane muqueuse, et par l'accumulation du sang dans les vaisseaux pulmonaires.

3° Comme il entre en action , tant dans l'inspiration que dans l'expiration , des muscles qui sont déterminés par 1© système nerveux , c'est dans ce dernier système qu'il faut chercher la cause de l'alternance des deux muuvemens. Reconnaissant cette vérité , Haller (4) croyait qu'on ne peut at • tribuer le rhythme respiratoire qu'à la tendance de l'âme à conserver la vie. Par une dérogation spéciale à ses principes, il allègue ici l'opinion de Stahl , que les actions vitales soustraites à la conscience sont déterminées par l'âme. Mais cette explication, dégagée de toute liaison avec le système auquel elle avait été empruntée , ne saurait satisfaire , non plus que l'hypothèse vague de Blumenbach, qui regardait l'expulsion de l'air vicieux et l'inspiration de l'air pur comme un acte de la force médicatrice de la nature. Il doit y avoir, dans l'action organique et soustraite à la conscience du système nerveux , un rhythme qui influe aussi sur les mouvemens respiratoires, indépendamment de la volonté. C'est ce que reconnaissait jusqu'à un certain point Bartels (5), lorsqu'il faisait dériver le rhythme de la respiration de l'antagonisme et de

(1) Uandbuch der Physiologie, t. II, p. 76.

(2) Archives générales, t. V, p. 128.

(3) Lehrbvch der Physiologie, t. II, p. 202.

(4) Loc. cit., t. III, p. 262.

(5) Die /{expiration, uls vont Gchirnc abhcengiije Bewoguntj, p. 99, 141,

l'alternance d'action du cerveau et de la moelle épinière • mais il allait, chercher la cause de cette alternance dans des circonstances purement extérieures ; suivant lui , le cerveau reçoit , pendant l'inspiration , une plus grande quantité de sang artériel, qui stimule les nerfs pneumo-gastriques, et provoque ainsi le mouvement expirateur des poumons (§ 909, 7°) : mais le sang veineux qui s'accumule dans le cerveau met ce viscère hors d'état d'agir , et le paralyse momentanément, de sorte que la moelle épinière, devenue libre d'agir, peut solliciter le mouvement inspiratoire. A cela , nous objecterons que le sang n'afflue pas avec plus de force au cerveau pendant l'inspiration ordinaire, et que quand l'inspiration est prolongée , le sang veineux s'y amasse tout aussi bien qu'il le fait dans l'expiration lorsqu'elle dure trop long-temps (§ 766, I). Du reste , l'hypothèse de Bartels ne saurait rendre raisonnes mouvemens respiratoires chez les Poissons et autres animaux inférieurs.

4° Les mouvemens de l'inspiration sont opérés non seulement par les muscles du larynx et de la poitrine, mais encore par ceux du nez et de la bouche, lesquels agissent avec plus de force quand une cause quelconque empêche l'entrée de l'air frais dans les poumons , ou la rend difficile, et se livrent même à des efforts considérables quand l'effet produit par eux ne doit aboutir à aucun résultat. Ainsi les mouvemens respiratoires du nez persistèrent chez un Lapin (1) auquel Foderà avait lié la trachée-artère , en ayant soin de l'ouvrir au-dessous de la li;;ature. Les muscles en question se livrent également à des efforts inspirateurs , quand les extrémités centrales des nerfs qui déterminent leurs mouvemens , ne communiquent plus avec les nerfs des organes respiratoires. Legallois (2) a observé le premier que les animaux continuent encore pendant quelque temps (douze minutes environ) de humer l'air après la décapitation , la section de la moelle épinière à l'occipital , la destruction de la portion cervicale de ce cordon , ou la section des nerfs pneumo-gastriques. Mayer

(1) Journal complémentaire, t. XVI, p. 295.

(2) Expériences sur le principe de la vie, p, 28, 83-88,

rapporte (1) que ce phénomène dura un qunrt-d'heure dans la téte coupée d'un jeune Chat. Lorsque Bell avait coupé les nerfs diaphrugmatiques et la moelle épinière entre le cou et la poiirine , les muscles des narines, de la gueule et du cou se contractaient d'une manière rliythmique , et après que leur action avait cessé, on la pouvait ranimer au moyen de la respiration artificielle. Muller dit que les mouvemens respiratoires continuaient de s'exercer, avec leur rhythme accoutumé, après qu'il avait coupé les nerfs de la huitième paire , avec leur rameau laryngé supérieur, après même qu'il avait enlevé le larynx et ouvert la trachée-artère. Klein (2) a observé pendant cinq minutes des mouvemens respiratoires bien marqués dans le tronc d'un homme décapité. Il suit de là que les différens points de l'organe central de la sensibilité agissent d'une manière intermittente sur les muscles qui leur sont subordonnés; qu'ils alternent aussi entre eux , de sorte que quand l'un fait ;agir les muscles de son domaine, l'autre laisse ceux du sien i en repos ; que cet antagonisme , dans la vie organique du système sanguin, correspond au besoin qu'éprouve l'organisme i d'attirer de l'oxygène dans le sang et d'expulser de l'acide (carbonique ; enfin que chaque point de l'organe central peut, lorsqu'il ne reçoit pas de sang artériel , provoquer de lui— ■ même, et par sa propre spontanéité inhérente, les mouvemens ; respiratoires placés sous sa dépendance.

IV. Il est probable que nous ne connaissons pas encore parfaitement la composition de l'atmosphère, dans laquelle nous n'avons pu démontrer jusqu'ici que de l'azote, de l'oxygène et de l'acide carbonique. Peut-être y a-t-il en outre des conditions électriques, qui peut-être aussidépendenlde l'action réciproque des divers corps célestes (3). Mais nous ue devons pas fonder la théorie de la respiration sur de simples conjectures, et il faut nous contenter , pour l'établir , des connaissances positives auxquelles nous avons pu arriver jusqu'ici. Or, en partant de là, si l'oxygène ne nous semble pas être le

(1) Medicinisch~chirur<jische Zeitung, 1815, t. III, p. 192.

(2) Jahrbuecher der teutschen Medicin, t. III, cah. I, p. 57, (3, TreviranuK, / ioloyie, t, II, p. 443.

principe même de la vie, comme Girtauner le croyait , nous voyons en lui un corps qui contraste de la manière la plus formelle avec toutes les autres substances, et qui, avant de se mettre en équilibre avec elles, fait naître en elles une tendance à se combiner avec lui, et donne ainsi lieu à une action plus vive. Libre encore dans le sang , où il s'introduit sans combustion, il y provoque un état de tension intérieure et d'excitation chimique, qui se manifeste, dans l'organisme, sous la forme d'une vitalité plus prononcée (§ 752, 7°). Le sang, après s'être épuisé à fournir les matériaux des divers tissus et à parcourir toutes les phases de son conflit avec ceux qui existent déjà, se rafraîchit sous l'influence de l'atmosphère générale (§ 774, 10° ). Le sang veineux , attiré par l'air extérieur (§ 764, 2°) , se précipite vers les poumons, dans la respiration (§ 766, 1° 2°) , s'empare du principe excitant de l'air, l'oxygène, et le reçoit dans la plus essentielle de ses parties constituantes, les globules (§ 774, 7°), afin de pouvoir, dans l'expiration, se précipiter rajeuni vers les organes particuliers qui ont soif de conserver leur existence (§766, 3°). Les poumons font donc antagonisme au reste du corps, puisqu'il se passe, dans leurs vaisseaux capillaires, le contraire de ce qui arrive dans tous les autres; et comme la respiration a moins pour effet d'ajouter à la masse organique que de vivifier celle qui déjà existe, d'en accroître l'activité, l'organe central du système nerveux donne, dans presque toute son étendue, l'impulsion aux mouvemens chargés d'accomplir celte fonction. Mais, de même que la respiration , dans ses formes incomplètes, est la condition du développement de l'œuf et. de l'embryon (§ 357, 467) , de même que son passage à une forme plus parfaite est le premier acte annonçant que la vie commence à acquérir l'indépendance (§ 503) , de même aussi un conflit limité et indirect avec l'atmosphère suffit chez les organismes inférieurs, et le besoin d'un conflit plus libre , plus direct, croît à mesure que la vie animale se perfectionne.

Section II.

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