‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 3)Chapitre 97 sur 134 · SUR LA. FORMATION DU SANG · texte numérisé non relu

SUR LA. FORMATION DU SANG

mesure qu'ils remplissent leurs usages ( § 870 , 6° ), et font continuellement place à d'autres de formation plus récente.

2° Schultz a établi une hypothèse opposée , fort originale , mais qui ne me semble pas suffisamment justifiée. Suivant lui, le plasma, ou la lymphe, la liqueur du sang(§ 664) est le vrai sang , dans l'acception propre du mot (1) ; il a une configuration inhérente et un mouvement organique qu'il s'imprime lui même : ses globules oscillent , et son excitation consiste en une attraction et une répulsion de matières étrangères, tandis que les globules du sang n'ont qu'un mouvement passif , et qu'à mesure qu'ils augmentent de volume , la faculté vivifiante et nutritive du plasma diminue (2). Ces globules ne servent qu'à la formation du plasma , et cela par la dissolution de leurs noyaux , que détermine surtout l'air attiré dans la respiration ; une fois la substance dissoute des noyaux transsudée à travers l'enveloppe colorée , celle-ci reste seule , et elle est principalement employée à la formation de la bile.

3° La découverte de l'existence , dans la levure , de globules qui se développent en champignons filiformes, pendant la fermentation , a fait naître aussi des théories relativement à la formation des globules du sang. Suivant Turpin , l'organisme se compose d'une agglomération d'individus vivans qui, séparés les uns des autres , constituent le ferment : la fermentation est une opération vitale, par laquelle se développent des végétaux, et parfois aussi des animaux; les globules du lait, de la lymphe et du chyle , ainsi que ceux du sang euxmêmes, sont des corps organiques vivans, et résultent de deux vésicules emboîtées l'une dans l'autre (3).

4° Schwann (4) regarde les globules de la lymphe et du sang, qui sont pour lui la base de tous les tissus organiques, comme étant composés d'un noyau et d'une enveloppe : leur

(4) Dos System der Circulation, p. 104.

(3) Comptes-rendus des séances de VAcad. des se, t. VII, p. 39 . — Annales des sciences naturelles, t. VIII. p. 338.

(4) Micrntcopische Unlersuchunijen ucher die Uehereinslimmung in der Strnctur und dem1 ïVachsthumo der ThierevndPflanzen.Jiertin^WQ p. 75, m, 2o3. ?

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formation tient à ce qu'il se précipite d'abord une substance qui produit le noyau , et à la surface de laquelle se dépose ensuite une couche extérieure , constituant l'enveloppe ou la paroi de la cellule.

5° (Les globules de la lymphe et du chyle ne sont évidemment point encore parvenus à une organisation aussi avancée que ceux du sang : nous en avons pour preuve leur défaut de similitude sous le point de vue du volume et de la transparence , comme aussi leur texture grenue plus ou moins prononcée; ils sont encore en train de se développer, tandis que les globules du sang ont atteint déjà leur dernier terme , ce qui fait qu'ils ne peuvent plus éprouver désormais qu'une transformation et une dissolution. A.u microscope , les globules de la lymphe et du chyle paraissent des conglomérats de très petits globules, ayant tout au plus un deux-millième de ligne de diamètre. J'ai aperçu de ces globules dans le chyme de l'intestin grêle , dans celui de l'estomac , après y avoir ajouté de la bile, dans le sérum du chyle exposé à l'influence du gaz oxygène, enfin dans le dépôt du chyle traité par l'éther et l'acide azotique. On se demande si cette agglomération est réelle ou seulement apparente , si les globules du chyle naissent véritablement d'une coalition de granules élémentaires, qui, peu à peu, se confondent ensemble pour ne former qu'un seul globule , ou s'ils ne proviennent pas plutôt d'un noyau primitif, sur lequel se développent plus tard des corpuscules , qui leur donnent l'aspect granulé qu'on remarque en eux quand ils sont parvenus au terme de leur perfection. Je suis intimement convaincu , contre l'opinion de Wagner , que les globules du chyle n'existent point encore, dans l'intérieur du canal intestinal , tels que nous les trouvons dans les vaisseaux lymphatiques ; mais si j'ai raison de penser que les granules trouvés par moi dans la substance grisâtre qui adhère à la membrane muqueuse de l'intestin grêle , pendant la digestion , sont des globules du chyle incomplètement développé, on peut très-bien admettre que plusieurs d'entre eux, en sortant de l'intestin , et traversant la substance organique (trajet contre lequel leur petitesse ne permet pas d'objecter l'absence de pores appréciables), se réunissent ensemble pour produire

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un globule du chyle. Cependant s'il était vrai que ces granules ainsi réunis se consolidassent peu à peu en un noyau, pendant la transformation des globules du chyle en globules du sang, il serait fort étonnant que l'apparence granulée des globules du chyle, loin de diminuer peu à peu pendant leur trajet le long du système lymphatique, devînt au contraire plus prononcée : car elle est très-sensible , par exemple dans les globules du chyle que renferme le canal thoracique , tandis qu'on' ne la remarque presque point dans ceux du chyle provenant des vaisseaux lymphatiques de l'intestin, avant leur passage à traversées ganglions. En outre , après avoir traité le chyle par le gaz oxygène, j'ai trouvé dans le sérum une grande quantité de ces petits granules , dont on n'apercevait auparavant aucune trace dans le chyle, tandis que les globules proprement dits du chyle étaient devenus tout-à-fait lisses dans le caillot : on peut donc très-bien admettre que les granules se sont détachés des globules sous l'influence du gaz oxygène ; mais alors comment supposer que ces granules élémentaires aient produit les globules du chyle en se réunissant, pour se séparer ensuite presque tous de ces derniers quand ils viennent à se transformer en globules du sang? Je me sens donc porté à croire la seconde hypothèse plus exacte que l'autre , et à admettre que chacun des granules élémentaires, aperçus par moi dans le chyme de l'intestin grêle, constitue à lui seul le noyau d'un globule du chyle , et qu'à cet effet il subit, pendant sa sortie même de l'intestin , un changement essentiel , notamment un grossissement considérable , tenant peut-être à l'accession d'une certaine quantité de la substance organique des parois intestinales, qu'il attire à lui , mais que, dans son trajet à travers le système lymphatique , et vraisemblablement sous l'influence du sang, dans l'intérieur des ganglions lymphatiques , 'de nouveaux produits se déposent à sa surface sous la forme de granules , et qu'enfin quand ces granules, adhérens à la surface , ont acquis un certain degré de maturité, quand le noyau est prêt à se transformer en un globule du gang , ils se détachent par l'effet de la métamorphose à laquelle donne lieu l'influence du gaz oxygène. Peutêtre y aurait-il encore à penser que ces granules détachés, se

600 CONSID. GÉN. SUR LA FORMATION DU SANG, développant peu à peu dans le sang , deviennent les corpuscules analogues aux globules sanguins qui ont été vus par plusieurs observateurs dans le sang , mêlés avec les globules proprement dits, qu'ils passent dans les lymphatiques qui accompagnent en si grand nombre les vaisseaux sanguins , et qu'ils sont ainsi ramenés de nouveau dans le canal thoracique. Cette théorie serait facile à meure en harmonie avec celle de Schwann , car elle n'empêcherait pas d'admettre une formation celluleuse dans les globules du chyle : seulement les nouvelles cellules ne se développeraient pas à l'intérieur de la cellule-mère, comme chez les végétaux , mais à sa superficie. Le noyau des globules chyleux paraissent être pleins , et non creux ; mais cette circonstance ne suffirait pas pour repousser l'analogie dont je viens de parler, si l'on parvenait à découvrir une capsule ou enveloppe extérieure ; peut-être d'ailleurs, en employant de plus forts grossissemens,apercevrait-on aussi un noyau celluleux. Quant aux granules épars à la surface , et qui se détachent plus tard , ce sont bien certainement des cellules , et leur contenu semble être en grande partie de la graisse , qui sert peut-être aussi à les unir au noyau : ce qui l'annonce , c'est que la surface du globule de chyle devient plus sensiblement granuleuse lorsque le globule luimême se dessèche, que l'éther détache les granules de la surface des globules, et enfin qu'en traitant le chyle par le gaz oxygène , on voit de grosses gouttes d'huile nager à la surface) (1).

(1) Addition d'Ernest Burdach,

§ 988. \ ° En faisant usage de nos sens, c'est-à-dire nous livrant à l'observation , nous parvenons à constater l'existence des divers phénomènes vitaux , et nous nous procurons de cette manière une multitude de notions isolées sur le compte de la vie. La physiologie ne devient une véritable doctrine qu'autant qu'elle compare les faits les uns avec les autres, en recherche les conditions , s'attache à découvrir les rapports de causalité qui subsistent entre eux , et acquiert ainsi ce qu'on appelle l'expérience. L'esprit , qui a la conscience de sa destination , n'est pas satisfait de ce que l'expérience lui apprend touchant les phénomènes de la vie; il veut encore connaître le lien qui les unit et la cause de laquelle tous dépendent ; il veut arriver à se faire une idée nette de la vie dans son ensemble et son essence ; il veut, en un mot, élever la physiologie au rang de science. Mais ce but , il ne peut y arriver par la seule pensée : car il ne trouve en lui que les lois générales de l'intelligence ; et bien qu'il reconnaisse que l'esprit , considéré en général, est l'existence suprême, l'existence primordiale, la seule existence vraie, il n'en doit pas moins avouer que cette existence se manifeste en lui sous la forme de l'individualité, que par conséquent elle y est circonscrite dans des bornes déterminées, et que la pensée humaine n'est qu'une forme particulière de l'activité spirituelle. U se reconnaît bien une émanation de l'esprit primordial ; mais, en même temps, il reconnaît hors de lui une autre existence , qui a la même origine , dont cependant la notion ne lui arrive que par la conscience,et ne parvient que par l'intermédiaire des sens à se mettre en contact avec son propre moi. C'est en réunissant avec les produits de sa pensée ce qu'il acquiert par ses sens et son intelligence, qu'il fait de la physiologie une science expérimentale. Effectivement, comme la science ne consiste qu'en ce que l'esprit se retrouve lui-même , elle a deux buts , celui de chercher l'essence et la source de cet esprit dans l'esprit absolu , et celui de chercher l'accomplissement des lois de la pensée dans le monde extérieur. Dirigé par ces vues, nous

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avons jusqu'ici considéré expérimentalement la succession des phénomènes pendant le cours de la vie (§ 1-657), et les phénomènes continus de fa vie matérielle (§§ 658-987), afin d'arriver à réunir les résultats de cet examen en une intuition générale, qui s'offrait déjà d'une manière va^ue à nous lorsque nous jetions un coup-d'œil rapide sur l'ensemble de chaque sphère.

2° L'esprit est un et intérieur ; conformément à cette essence , il cherche partout à saisir l'unité cachée dans le multiple. Mais l'unité intérieure des phénomènes consiste en un enchaînement de causalité. Reconnaître cet enchaînement est donc le problème sur lequel s'exerce continuellement l'activité de l'esprit. Quand la cause d'un phénomène réside dans l'être même où ce dernier apparaît , nous l'appelons force. Il y a donc là pour nous une idée réelle , dont le rejet n'est qu'une négation de l'enchaînement de causalité , une négation de la raison et de l'intelligence agissant d'après les lois de la raison.

En voulant arriver à la connaissance de la vie par la voie analytique, nous avons d'abord à nous occuper des différentes forces qui agissent en'elle.

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