CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA FORMATION DU SANG
§ 984. Au mouvement continuel du sang correspond un changement également non interrompu de sa substance ; car, s'il perd continuellement des matériaux, sans cesse aussi il reçoit et des liquides provenant du système lymphatique, et des gaz tirant leur source de l'atmosphère.
(1) Thymi in homine ac per seriem animalem desci\ptio. Copenhague, 1832, p. 282. — Ph. Blandin , Nouv. èlèmcns d'anatomie descriptive. Taris, 4838, t. II. p. 341.
(2i Loc. cit., t. H, p. 482.
(3) Meckel, Dentsches Arcliiv, t. IV, p. 168.
(4) Biologie, t. IV, p 541.
(5) Loc, cit., p. 545.
(6) Loc. cit., p. 1S8.
(7) Diss. de ylandulis suprarcnalibus. Francfort-sur-l'Oder, 1785, p. 47.
sur la. Formation du sang. 58e> 4° Cet équilibre de perte et d'acquisition l'ait que le sang se maintient en quantité normale , et que sa formation correspond aux besoins de chaque instant , car elle est plus abondante dans le cas de vacuité des vaisseaux et plus rare dans le cas contraire ( § 906, 4° ). En comparant la quantité des déjections alvines avec celles des alimens solides (§ 948 , 1°) , nous pouvons ( puisque les boissons s'échappent promptement par l'urine et la transpiration ) évaluer à environ deux livres la quantité de sang réel qui se produit chaque jour chez un homme bien portant. Mais , pour que la vie se maintienne , malgré de fortes hémorrhagies répétées , comme on le voit surtout chez les femmes ( § 179 ), il faut que la formation du sang dépasse la proportion normale. On a vu des hommes perdre mille livres de sang en une année , trois cent dix en deux mois, soixante-quinze en dix jours (i); la formation journalière de ce liquide devait donc être chez eux de trois à cinq livres au moins. Dans 1' état normal , elle est proportionnée à la masse du corps entier ; quand cette masse diminue beaucoup , par le fait de l'amputation d'un membre , une parlie de la quantité de sang qui jusqu'alors se produisait chaque jour devient superflue , et l'on voit survenir les accidens provoqués par la pléthore des vaisseaux ; mais ces accidens diminuent peu à peu , soit que la production du sang rentre dans des limites correspondantes à la masse actuelle du corps , soit que l'organisme s'accoutume à une réplélion plus considérable du système vasculaire ; car l'habitude fait un besoin de tout état de choses qui subsiste depuis quelque temps. Des pertes de san# fréquentes exaltent l'irritabilité, à tel point que le moindre accroissement de la quantité de ce liquide fait naître des symptômes de pléthore ( § 741 , 6° ). Osiander parle d'une femme hystérique qui, ayant remarqué que la saignée lui procurait du soulagement dans ses accès, répéta si souvent les émissions sanguines, qu'au moment où il la vit , elle était depuis plusieurs années déjà obligée de se faire saigner toutes les semaines, parce que, sans celte précaution, la nourriture même la plus simple lui donnait la fièvre. Une fille , citée par
(i) Biologie, t. III, p. 503.
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Treviranus (1), perdit , penrlani six ans , une demi livre et plus de sarifî chaque jour , et la cessation de cette hémorrhagie naturelle mit dans la nécessité de recourir aux émissions sanguines. D'un autre côté, nous voyons une grande abondance de sang ne porter aucune atteinte àla santé , quand la matière organique est douée d'une forte cohésion , la complexion sèche, et la fibre rigide : alors le sang relient ses principes constituans avec plus de force, en sorte que les sécrétions , celle surtout delà graisse , soot moins copieuses, tandis que l'organisme supporte mieux la réplétion du système vasculaire.
2° L'organisme tout entier concourt à produire le sang qui lui est nécessaire , les différens organes réunissant leur action pour coopérer à ce but commun. En effet, comme la formation du sang a pour antagoniste sa décomposition , elle trouve sa source là où cette dernière trouve son but. Mais, de même que les substances qui émanent du sang affectent deux directions différentes, les unes, destinées à l'élimination , rentrant dans le inonde extérieur ( § 809 , 1° ) , tandis que les autres , consacrées à la formation organique ou à la nutrition (§778, 3° ) , se déposent dans l'intérieur de l'organisme , dont elles alimentent la substance (§ 809, 61), de même aussi le sang se produit de deux manières , et par le conflit de la substance organique avec le monde extérieur, et par le conflit de cette substance avec elle-même.
§ 985. Le conflit avec le monde extérieur, qui a pour but la formation du sang, et pour condition l'ingestion de substances dont une partie est rejetée au-dehors , s'exerce dans la digestion et la respiration. Ces deux fonctions, confondues ainsi dans un but commun, s'harmonisent l'une avec l'autre de telle sorte qu'une respiration plus complète entraîne une digestion plus active et que l'affection de l'une porte sympalhiquement le désordre dans l'autre ; aussi leurs organes sont-ils pour la plupart rapprochés , aussi reçoivent-ils les mêmes nerfs , aussi ont-ils les mêmes appareils pour accessoires (.hyoïde, langue , diaphragme) , aussi s'entraident-
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ils mutuellement dans les mouvemens de leurs parties périphériques. L'équilibre et l'exercice harmonique des doux fonctions sont les conditions d'une hématose normale. Mais comme elles réalisent en sens inverse l'une de l'autre l'idée qui leur appartient en commun à toutes deux , il y a entre elles une véritable opposition de polarité.
1° La digestion est le commencement de l'hématose , et la respiration en est le complément. Dans la première se déploie la puissance de l'organisme , et dans la seconde celle de la nature extérieure. La première s'exerce sur une matière toujours complexe sous le point de vue chimique, ne fût-ce que de l'eau pure , au lieu que l'autre a pour objet un simple mélange de substances alimentaires. L'organe de la digestion est partout une cavité , qui reçoit son objet , l'embrasse , l'enferme et le domine; celui de la respiration , au contraire, l'ait saillie à l'extérieur, chez les êtres vivans inférieurs , et l'abandonne à l'influence de l'atmosphère, plus puissante que lui. Les aiimens cèdent à la force créatrice de l'organisme , qui , malgré leur diversité, produit avec tous un même sang, une même albumine , une même fibrine, un même cruor (1). La substance animale peut convertir du sucre ou toute autre i matière végétale en une substance animale, l'acide lactique , ipar l'effet du simple contact , faculté qui paraît être inépuisa- Ible en elle (2) ; et quoique, durant son premier période , la vie animale ne puisse se'nourrir que d'un liquide analogue au chyle , d'un liquide contenant de l'albumine et de la graisse (matière alibile de l'œuf et lait) , cependant on ne saurait dénier à la vie en général le pouvoir de former de la substance organique avec des matières inorganiques (§ 9o4, II,). IDans la respiration, au contraire, la prépondérance est du (côté de l'atmosphère ; l'oxygène contracte combinaison avec le sang, sans perdre sa nature propre. , et on peut l'en retirer sans qu'il ait changé de nature. La digestion est une opération complexe , car elle ne peut accomplir la transformation
(4) Annales de chimie, t.'LI, p. 384.
(2) Complet-rendus des séuneos de VAcad. des se. , t. VIII, p. 960 ; t. IX, p. 46.
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que d'une manière graduelle , et il lui faut livrer son produit au système lymphatique , qui l'élabore encore , puis le transmet au système de la veine cave , lequel enfin vient le soumettre à la respiration. La respiration, au contraire, est une opération simple , mais qui met en jeu la vie tout entière , et qui métamorphose immédiatement le sang , de sorte que ce liquide , en sortant du système aortique , a la puissance d'exciter l'activité vitale dans tous les organes.
2° La digestion s'exerce sur des choses palpables ; par la force dont est douée l'organisme individuel , elle convertit une matière solide ou liquide en un liquide plus ou moins épais , qui est la base matérielle du corps : la formation de matière, le côté matériel de l'organisme prédomine ici. Dans la respiration , au contraire , il n'y a que relations de forces et activité passagère : consacrée tout entière à ce qu'il y a d'élémentaire et de général, cette fonction n'accroît pas la masse organique , mais la modifie au point de lui faire acquérir une vitalité plus prononcée ; elle l'anime, ou la spiritualise. A.ussi son effet n'est-il point permanent, comme celui de la digestion ; il ne tarde point à s'éteindre , et comme rien ne peut l'enchaîner, un exercice non interrompu de la respiration est nécessaire à la vie générale. L'eau nourrit , l'air consume (§ 839, 1°).
3° La digestion fait acquérir un produit basique , combustible , varié , et elle a pour intermédiaire une sécrétion acide. La respiration, au contraire , procure à l'organisme l'élément absolument électro-négatif, l'oxygène, par l'intermédiaire d'un sang veineux , que les bases dont il est sursaturé en rendent avide. La première s'empare surtout du carbone , et l'acide carbonique exerce sur elle une action excitante , vivifiante ; la seconde procure une issue à l'acide carbonique , et quand ce dernier y intervient en place de l'air, la vie s'éteint.
4° Les deux fonctions impliquent ingestion et éjection , mais en des proportions diverses. Dans la digestion, le corps reçoit plus qu'il n'exhale, tandis que dans la respiration ces deux opérations se font à peu près équilibre ; mais ici l'exhalation a plus d'importance pour la vie que n'en a l'éjection par les organes digestifs.
StJR LA FORMATION bt) SANG. 5g3 5d Les deux fonctions sont étroitement liées à la vie animale ; mais la digestion , dans laquelle prédomine l'ingestion, se rattache davantage au côté réceptif de cette vie , la sensation , tandis que la respiration , dont l'éjection fait le principal caractère , a plus particulièrement des connexions avec son côté réactionnaire , le mouvement. Les organes digestifs ont un appareil considérable de nerfs , le plexus solaire , et , chez les animaux sans vertèbres , ils sont embrassés par les parties centrales du système nerveux. La respiration , au contraire , dépend plus immédiatement encore du mouvement ; elle prend les muscles de la périphérie à son service , son organe est pourvu d'un appareil squeletlique spécial, et chez les animaux qui occupent le bas de l'échelle , il est lié aux membres , ou même représente un membre qui sert en outre à la locomotion.
§ 986. Les organes dans lesquels l'éjection a acquis une prédominance décidée , notamment la peau et les reins , prennent part à la formation du sang , par la fonction qu'ils accomplissent d'éliminer des matériaux du corps. Leur situation par rapport aux organes principaux n'est point la même ; la peau se rattache aux poumons , comme organe aérien , et les reins à l'intestin , comme organes aqueux.
1° En opposition avec la formation organique et les dépôts entoplastiques par lesquels le sang abandonne des matériaux dans un milieu qui n'est extérieur eu égard à lui que d'une manière relative , se trouve la résorption , qui s'empare de ces produits relativement extérieurs , et constitue par conséquent la source intérieure de la formation du sang. La résorption ramène au sang ce qui a rempli sa destination , savoir, le liquide entoplastique entier, tout ce qui,' dans les sécrétions dermatiques , n'est pas devenu entièrement étranger à l'organisme et purement excrémentitiel , enfin la substance vieillie et usée des tissus. Considérée dans son essence , c'est une digestion que l'organisme exerce sur son propre corps , une décomposition et une transformation de substances relativement extérieure , avec report vers le sang du produit de la métamorphose ; elle convertit les diverses substances , comme graisse , os , muscles, etc., en un liquide homogène, qu'elle ix. 38
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verse dans le torrent de la circulation. Comme digestion de soi-même, comme direction de la force assimilatrice contre la matière du propre organisme, elle suppose un développement plus élevé de la spontanéité et de la vitalité intérieure. On n'en aperçoit aucune trace chez les végétaux , qui ont pour caractère une métamorphose successive , chez lesquels il s'ajoute continuellement de nouvelles formations aux anciennes, sans que celles-ci se dissolvent. Dans le corpa animal, à une activité plus vive et à une réceptivité plus impressionable se joint une plus grande aptitude de la substance animale à la décomposition, et comme ici l'activité est devenue permanente, à la formation organique continuelle correspond aussi une décomposition spontanée continuelle , qui marche d'autant plus rapidement que la respiration aérienne est plus parfaite et la vie animale plus énergique. La résorption enlève aux liquides sécrétés ce qui est encore^usceptible de se convertir en sang, et par conséquent de servir à l organisme.Les matériaux détériorés des organes sont ramenés dans le sang, afin de pouvoir être expulsés par une sécrétion dermaiique ; cependant ils peuvent encore servir à l'excitation d'un autre organe, ou être en quelque sorte rajeunis, soit parie mélange avec les liquides enlevés à d'autres parties des corps , soit par l'influence du sang dans les ganglions lymphatiques ou le système sanguin lui-même , soit enfin par la respiration. De cette manière, il s'accomplit une circulation de la substance organique ; car de nouveaux matériaux sont puisés dans les sécrétions pour servir à la nutrition , qui , de son côté , leur fournit une partie de ceux dont elles ont besoin.
2° Dans l'embryon , du sang se forme de la substance de l'œuf, et, à ce qu'il paraît, sous l'influence indirecte de l'air atmosphérique; mais les globules arrondis qu'on aperçoit là ne doivent pas naissance à une transformation des globules vitellips ; ce sont , comme l'a fait voir Valentin , des formations nouvelles. Du sang peut également se produire d'une manière immédiate dans divers tissus accidentels ( fausses membranes et bourgeons charnus). Gruithuisen et Home prétendent même avoir été témoins du phénomène, le premier dans des inflammations, le second sur des surfaces suppurantes. Kaltenbrun-
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ner (l)le décrit d'après ses observations faites sur les bords des plaies en travail de cicatrisation : les flocons de sang que l'inflammation dépose dans le parenchyme, et en partie aussi le parenchyme lui-même, se convertissent en des particules qui s'unissent de manière à produirejde petits grumeaux, exécutent un mouvement oscillatoire , acquièrent peu à peu une forme sphérique et une direction déterminée de leur mouvement, et finissent par représenter un petit courant courbé en arcade , dont les deux extrémités s'abouchent dans les vaisseaux sanguins les plus proches. Dœllinger (2) avait déjà donné une description analogue de la manière dont le sang se forme de la substance organique chez les embryons de Poisson ; une languette de la masse solide entre en mouvement au voisinage du courant sanguin , et oscille d'un côté à l'autre ; ses granules s'écartent les uns des autres, et acquièrent peu à peu une figure déterminée , ovalaire; ensuite la masse oscillante forme deux petits courans , ayant l'un la direction artérielle , l'autre la direction veineuse , qui s'unissent en arcade à l'une de leurs extrémités , tandis qu'aux deux autres bouts, ils s'abouchent avec une artère et une veine. Comme ces observations n'ont pas encore été répétées , on ne peut point les ranger au nombre des faits impatronisés dans la science , quelque vraisemblables qu'elles soient d'ailleurs. La même réflexion s'applique à la théorie d'Autenrieth (3) , qui prétend que du sang se forme dans tous les points du corps animal où surgit une polarité chimique , et que cette polarité s'établit toutes les fois que le liquide animal reçoit du fer, ce métal tenant le milieu entre la série des métaux électro-négatifs et celle des métaux électro-positifs , de manière qu'il est également propre à exciter l'une et l'autre force.
§ 987. 1° Comme les globules sanguins sont caractéristiques pour le sang et lui appariiennent exclusivement, comme ils sont la condition de sa propriété excitatrice et la cause es-
(1) Froriep, Notizen, t. XXI. p. 310. — L. J. Sanson, des Hèmor- Thatjies traurriatiques .Paris, 1836 , in-8°.
(2) Denkschriften der Akad. su Muennchon, t. Vit, p. 206. —JVas t'if jdLfonderung, undwie rjeschieht aie ? Wurzbourg, -1819, p. 25.
(3) Reil, Archio , t. VII, p. 137.
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sentielle de son mouvement , de la métamorphose qu'il subit dans la respiration , comme ils sont plus développés aux degrés supérieurs de l'échelle animale ( § 774 , 7° ), nous devons reconnaître que leur production est le point culminant de l'hématose. Aussi les trouve-t-on plus abondans , proportionnellement au sérum du sang , pendant l'âge adulte que durant l'enfance et la vieillesse (1); leur nombre, leur rutilance et leur plénitude, chez les individus, varient en raison dudpgré de la force vitale et de l'énergie du travail de la plasticité (2) ; de même, leur remplacement marche avec plus de lenteur, et après une perte considérable de sang, la partie aqueuse de ce liquide demeure prédominante 'pendant long-temps. La marche de leur formation est graduelle aussi, et commence par la production de granules. Comme l'organisme tend , jusque dans ses plus petites parcelles , à prendre une forme régulière déterminée, et que la forme globuleuse , résultat d'une gravitation vers un centre commun, indice, par conséquent , de la domination de l'unité dans l'espace , correspond a son caractère ( § 830, 6° ), c'est sous cette forme que débutent les créations qui lui sont propres. Voilà pourquoi, dans la génération équivoque , les animaux et les végétaux les plus simples ( Monas , Protococcus, etc. ) apparaissent sous forme globuleuse , et pourquoi commence également ainsi la formation du sang. Les globules simples du chyle et de la lymphe sont les premières formes que l'organisme crée aux dépens du produit de la digestion et de la résorption , dans les racines des vaisseaux lymphatiques ; ces globules se développent ensuite en parcourant les systèmes lymphatique et sanguin; il s'y manifeste des oppositions de périphérie et de centre , de profondeur et de largeur , même de longueur et de largeur dans les trois classes inférieures du règne animal, et ils se convertissent ainsi peu à peu en globules du sang, qui servent à la vie sous différens rapports , subissent une décomposition à
(1) Denis, Rech. sur le sang humain. Paris, 1830, p. 288.
(2) Haller, Elem. physiol., t. II, p. 56. — Optra minora, t. I, p. 181, — Denis, loc. cit., p. 290.