‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 12 sur 81 · POIYGTSIE · texte numérisé non relu

POIYGTSIE

Un seul mâle pour plusieurs femelles constitue la Polygynie. Cette combinaison se rencontre chez divers Oiseaux et Mammifères. On compte pour un seul mâle deux à cinq femelles chez l'Autruche , trois à quatre chez le Faisan à l'état de liberté , dix à vingt chez le Coq domestique, vingt chez la Mésange à longue queue , quatre chez l'Éléphant , six à huit chez le Lapin , six à dix chez le Renne, huit à quinze chez le Cerf, dix à douze chez le Sanglier, dix à quinze chez l'Ane , quinze à vingt chez le Cheval, dix à trente chez l'Ours marin , vingt à vingt-cinq chez le Mouton , vingt à trente chez le Cochon domestique , vingt à quarante chez les bêtes à cornes , trente à cinquante chez les Chèvres. Quelques unes de ces proportions ne sont pas naturelles , mais découlent de la domesticité-, car, par exemple, on peut, dans les faisanderies , n'avoir qu'un seul mâle pour soixante poules , quand on lui donne une nourriture plus abondante.

La polygynie ne se rencontre guère que chez les animaux

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qui vivent en troupes. Le mâle est ordinairement distingué par sa taille et sa beauté , ou par sa force , ses armes et son courage , de manière qu'il devient aussi le dominateur et le protecteur du troupeau. En même temps il possède à un haut degré la puissance génératrice , et le besoin de s'accoupler a chez lui beaucoup de vivacité , tandis que la femelle est plus retenue et ne cède même quelquefois qu'à la contrainte. Cependant , malgré toute son ardeur et sa lasciveté , le mâle montre aussi une certaine modération , en harmonie avec la mesure de ses forces ; le jeune Cerf, qui est plus faible que le vieux , a moins de femelles que lui ; chaque Cerf connaît ses femelles, les surveille, et n'en laisse aucune s'écarter du troupeau, mais ne convoite point celles d'un autre (1). Parfois aussi le mâle témoigne de la préférence pour certaines femelles , et le Coq , par exemple , a presque toujours ses poules favorites.

Dans les contrées méridionales , la polygynie règne aussi parmi les hommes. A Bénin et au Mexique , il se trouve des hommes qui ont jusqu'à cent femmes ; chez les Nègres , un homme du commun en a deux à dix , un grand trois cents à mille , et tel prince jusqu'à quatre mille. On prétend ordinairement que la polygynie est conforme à la nature dans ces climats , parce que le nombre des femmes y surpasse celui des hommes ; cependant la question n'est nullement décidée, et l'on ne raisonne que par hypothèse, puisqu'on n'a point de recensemens officiels. Les observations de Potter (2) semblent établir qu'il ne naît pas plus de filles que de garçons en Orient, et cela est d'autant plus facile à croire que les femmes destinées aux harems des grands sont tirées en partie de fort loin ou ravies à des peuples étrangers , que ces contrées fourmillent en outre d'eunuques et autres esclaves célibataires , enfin que les Nègres se font les uns aux autres des guerres sanglantes, à la suite desquelles ils emmènent, comme butin , les femmes et les filles des morts et des vaincus. On cite quelques calculs à l'appui de l'opinion qu'il y a plus de

(1) Hai'vey, Excrcitat. de yeneratioric , p. 306.

(2) Philos. Trans., t. XLIX , P. 1 , p.. 96.

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femmes que d'hommes dans les pays chauds ; on dit , par exemple , que la proportion des hommes aux femmes est de 1 1 1,10 à la Nouvelle-Hollande , de 1 ! 1,16 au Caire, de 1 ! 1,20 à Quito, au Japon et aux Indes orientales ; de 1 '. 1,25 au Mexique et dans le centre de l'Asie ; de 1 '. 1,40 parmi les Guarines, en Amérique (1). Mais, en supposant ces évaluations exactes , il ne s'ensuivrait pas encore que la polygyxiie fût conforme à la nature, car aucune d'elles ne donne deux femmes pour un homme , et la proportion la plus élevée n'est que d'une et une fraction ; tout au plus donc , parmi cinq hommes , deux pourraient-ils vivre en bigamie , et alors on se demanderait d'où ce droit leur serait venu. En second lieu , toutes ces assertions ne reposent point sur des tables de naissances , mais sur des évaluations approximatives , ou sur des proportions établies d'après les résultats de la guerre , de l'esclavage , etc. Humboldt nous a donné , sur la proportion des naissances dans l'Amérique méridionale , des documens plus certains , d'où il résulte que quatre-vingt-dix-sept filles viennent au monde pour cent garçons. Enfin la polygynie n'a pas lieu seulement parmi les habitans des pays chauds, puisqu'on la trouve aussi chez les Samoièdes , les Kamtchadales , les Ostiaques , les Tonguses , les Sauvages du nord de l'Amérique , etc. Il paraît donc évident , d'après cela , qu'elle tient principalement à la barbarie des hommes. Quand l'homme , en vertu de sa nature , se crée un plus grand cercle d'action , mais que le penchant animal prédomine en lui , il ne se contente pas d'une femme , et veut en posséder plusieurs ; et lorsqu'il considère la femme comme une chose , comme un moyen de satisfaire ses désirs, lorsqu'il ne connaît d'autre droit que celui du plus fort dans ses rapports avec les autres hommes , il s'empare d'autant de femmes étrangères que sa puissance ou son caprice le lui permet ; il descend au rang de l'animal polygyne , dont il n'a pas même la modération , et peuple son harem en raison de sa convoitise et non de ses facultés physiques. Voilà aussi pourquoi la polygynie est la compagne ordinaire du despotisme politi-

(1) Dict. des se. médical., t. XIV, p. 582.

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