‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 11 sur 81 · RAPPROCHEMENT DES SEXES EN GENERAL · texte numérisé non relu

RAPPROCHEMENT DES SEXES EN GENERAL

§ 249. Si l'amour ou le besoin de l'amour est un des plus puissans leviers de la sociabilité chez l'homme , l'instinct de la copulation ou de la procréation n'a pas moins d'empire sur l' animal.

1° Ces instincts organisent , chez les animaux qu'ils dominent long-temps , des unions durables , de véritables sociétés. Le soin de la progéniture est l'unique motif qui retienne ensemble les Abeilles et les Fourmis. Sous ce point de vue , quoique les animaux occupent un rang subalterne , la nature nous fait déjà pressentir en eux la puissance du tout sur l'individualité morale, en établissant la permanence de l'instioct de la procréation, dont elle varie seulement les formes et les directions.

2° Des animaux qui ont l'habitude de vivre en troupes se séparent à l'époque du rut, et tantôt alors chaque mâle emmène avec lui plusieurs femelles, comme dans l'espèce de l*Outarde, tantôt les sexes s'accouplent par paires, comme chez les Tourterelles, tantôt enfin l'un ou l'autre de ces deux cas a lieu, comme chez les Chamois, où le mâle s'associe à une seule femelle ou à deux.

3° Les animaux qui, en tout autre temps, vivent indifférens les uns auprès des autres , éprouvent , à l'époque des amours, le besoin d'une plus grande intimité. C'est ainsi que les Mollusques, les Poissons, lesReptiles, se rapprochent les uns des autres. Les Limaçons commencent par rester tranquillement

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plusieurs jours ensemble et mangent peu; les tentatives pour se rapprocher davantage n'ont lieu encore qu'en tremblant pour ainsi dire , et ils se retirent en toute hâte dès que leurs tentacules viennent à entrer en contact (1).

4° Chez plusieurs animaux , il n'y a en général que les individus du même sexe qui vivent ensemble, et le rut seul rapproche les deux sexes. Les Cerfs adultes se tiennent ordinairement en troupes , et ne souffrent parmi eux ni jeunes ni femelles; chaque femelle vit avec les faons qu'elle a mis dernièrement au monde , et avec les petits âgés d'un an ou deux; mais, depuis l'époque du rut jusqu'à la parturition, les mâles vivent parmi les femelles. Chez le Renne et l'Elan , les vieux mâles recommencent, dès après le rut, à faire bande à part. Chez certains Oiseaux aussi, le Tetrao honasia , par exemple , les deux sexes se tiennent séparés hors du temps de la propagation.

5° Dans d'autres espèces , le mâle seul reste isolé ; ainsi la Laie vit toujours en troupe avec ses petits d'un an à trois , tandis que, hors de l'époque du rut, on rencontre presque toujours le mâle seul.

6° Certains animaux , surtout parmi ceux de proie , vivent isolés, et ne souffrent aucun individu de leur espèce dans leur voisinage , la femelle elle-même ne tardant pas à se séparer des petits , dès qu'ils ont acquis un peu de force ; mais ils se rapprochent pendant les amours. C'est [ce qui arrive , par exemple , au Vautour des agneaux et à l'Ours , chez lesquels le mâle et la femelle restent ensemble jusqu'au temps de la parturition. Le Hamster vit solitaire dans son terrier, et combat ses pareils avec fureur , quand il en rencontre ; mais , à l'époque du rut , le mâle et la femelle se tiennent ensemble et se prêtent mutuellement secours, quoiqu'ils ne tardent pas à se séparer. Les Araignées sont aussi des animaux qui se combattent à outrance lorsqu'ils viennent à se rencontrer; mais l'instinct propagateur triomphe de la haine qu'ils se portent ; d'après les observations recueillies par Degeer , le mâle cherche alors une femelle , dont il s'approche avec cir-

(4) Swammcrdam , Bibel dèr IVatur., p. 57.

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conspection et à pas comptés ; puis il allonge les pattes , secoue un peu la toile et se hasarde à toucher la femelle du bout de ses pattes; cet attouchement lui inspire quelquefois une frayeur telle , qu'il se laisse tomber en toute diligence et reste pendant quelque temps suspendu à son fil ; mais il reprend courage , remonte et s'approche encore de la femelle ; après s'être palpés de loin assez long-temps , les deux sexes finissent par devenir peu à peu plus intimes et par se joindre (1).

Si l'instinct de la procréation était permanent chez tous les animaux, constamment aussi ils auraient des dispositions sociales, et comme il dure plus long-temps chez les femelles, qu'il s'étend même chez elles jusqu'aux soins à donner aux petits , et que ce sont ordinairement les mâles qui recherchent Vautre sexe , la femelle paraît être le lien proprement dit des espèces et le véritable fondement de la sociabilité.

A. Pantogamie.

§ 250. Quant à ce qui regarde le choix des individus , la Pantogamie (Tenus vulgivaga) , dans laquelle l'individualité n'entre nullement en ligne de compte , est la forme la plus basse. Partout où l'accouplement est extérieur, l'individualité ne joue aucun rôle : chez les Poissons , ce sont plutôt les produits de la génération que les individus producteurs qui se recherchent; chez les Grenouilles, un mâle quitte l'accouplement au bout d'un ou deux jours , pour faire place a un autre , et aller lui-même chercher une autre femelle après avoir restauré ses forces. Mais ce cas arrive aussi quelquefois dans l'accouplement intérieur, notamment chez les Chiens et les Loups , où l'on voit tous les jours une femelle s'accoupler avec plusieurs mâles et un mâle avec plusieurs femelles , un individu quittant l'autre dès qu'il a satisfait sa fantaisie.

De même que ses maladies, les aberrations morales de l'homme doivent être considérées comme des retours vers l'animalité , puisque chaque degré de la série animale n'est récl-

(i) Lcpelletier, dans Nouv. Bullet. de la Soc. pliilomal., G7« cali., p. 257. v

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lement qu'un point de transition , qu'un âge de la vie : chaque vice n'est donc qu'une rétrogradation vers telle ou telle nature animale. C'est en ce sens que les Romains avaient parfaitement raison d'appeler lupa la femme qui fait métier de sa personne. Mais comme , dans ces sortes de chutes , l'homme descend toujours au dessous de l'animal auquel alors il ressemble et auquel la nature a assigné cet échelon , de même aussi la Chienne est fort au dessus de la femme qui la copie ; car si elle n'a pas non plus d'amour pour aucun individu déterminé , cependant elle ne cherche autre chose que la fécondation dans les sacrifices qu'elle fait à Fenus vulgivaga, et dès qu'elle l'a rencontrée , elle est satisfaite ; elle a agi dans l'intérêt de la nature , et véritablement rempli son but.

Les Grecs entretenaient des prêtresses publiques de Vénus, et faisaient vœu, dans les dangers , d'en consacrer de nouvelles à la divinité (1). En n'estimant pas les femmes, ils se punissaient eux-mêmes , puisqu'ils étaient obligés de se rejeter sur celles dont ils avaient fait une marchandise vénale. Par l'éducation qu'ils donnaient à leurs filles, ils empêchaient l'esprit de se former chez elles , et l'époux trouvait moins de charmes dans le commerce de sa femme que dans celui des hétaires , qui s'étaient développées plus librement. Aussi Démosthènes put-il dire en public qu'il fallait prendre des femmes pour avoir des enfans légitimes , des concubines pour trouver ces soins attentifs dont l'homme a tant besoin , et des courtisanes pour goûter avec elles les jouissances de l'amour (2). Parmi les hétaires, il s'en trouva plusieurs qui parvinrent à se former l'esprit , parce qu'aucune chaîne ne leur était imposée ; elles fréquentaient les leçons des philosophes , qui ne craignaient pas de se laisser voir chez elles ; telles furent Diotime , Aspasie et Phryné. Ainsi les baïadères des Indes sont des poètes, des chanteuses et des danseuses, qui embellissent par leur art toutes les fêtes publiques , civiles et religieuses, et les courtisanes du Japon sont des espèces de dévotes, auprès desquelles les gens pieux se rendent, après

(1) Meineis , Geschichlc dos woiblichen Geschlechts , 1. 1 , p. 33S

(2) lbid., p. 340.

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avoir accompli leurs prières. Tous les peuples se sont égarés de cette manière dans des institutions contraires à la nature : les législateurs ont dû assigner des privilèges à la prostitution, afin de mettre les femmes et les filles innocentes à l'abri de la brutalité , parce que les mœurs qui répugnent à la nature multiplient toujours le nombre des hommes célibataires. Ainsi, dans les grandes villes de l'Égypte , on entretient des prostituées pour l'usage des voyageurs , et dans la Perse on les loue à l'étranger en vertu d'un contrat qui reçoit la sanction des formes judiciaires. Solon faisait acheter des femmes étrangères pour cet usage , et en Chine on relègue les filles de joie dans les faubourgs des villes ; mais, quelque cachet de mépris qu'on puisse leur imposer, elles sont plus propres à favoriser qu'à restreindre la brutalité , et n'atteignent qu'imparfaitement le but de leur institution.

B. Polygamie.

§ 251. La Polygamie peut être polygynique ou polyandrique (§ 252).

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