CHAPITRE H
De l'acte de la procréation considéré sous le rapport de la
modalité.
ARTICLE I
De la Modalité de Vhétérogénie.
§ 269. Nous avons d'abord à considérer ici le phénomène de la génération primordiale.
1° La formation des animalcules infusoires est manifestement accompagnée d'un changement chimique de l'eau et de la substance mise en infusion. Gruithuisen (5) la considère comme une fermentation particulière , différente de toutes les autres, qui peut avoir lieu en même temps que ,ces dernières,
(1) Rudolphi, Entozoorum hist. naturalis , t. I , p. 322.
(2) Bloch, loc. cit., t. I, p. 250.
(3) Ibid., p. 207.
(4) Ibid., t. II, p. 217.
(5) Beitrœijc sur Physiognosie , p. 108 et 116.
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mais qui est susceptible aussi d'exister seule. Le premier changement appréciable consiste en un dégagement de bulles d'air, qui s'opère au bout de seize à vingt-quatre heures environ (1) ; s'il vient à manquer, on obtient peu ou point d'Infusoires. Ensuite l'eau se trouble entre la surface et la substance mise en infusion (2). Celle-ci se décolore, devient plus friable et plus molle , mais se résout rarement en parcelles avant l'achèvement complet de la formation des Infusoires (3). Après que le trouble a duré quelques heures, plusieurs jours ou plusieurs semaines , l'eau redevient claire , et il se forme ou une pellicule mucilagineuse à la surface, ou des flocons suspendus dans la liqueur , ou un sédiment rassemblé au fond du vase. Cette substance mucilagineuse ou gélatineuse n'est point une partie ramollie et dissoute du corps mis en infusion ; c'est un nouveau produit, puisqu'on l'observe également dans une infusion de granit, de marbre, etc. Parce qu'on lui a donné le nom de mucus primordial , il ne faut pas s'imaginer qu'elle existe primordialement ; cette épithète indique seulement que sa formation précède celle des Infusoires. En effet, les animalcules n'apparaissent jamais avant que le trouble de la liqueur n'annonce qu'il commence à se former de la substance mucilagineuse , et ils se multiplient tant que dure l'opération chimique qui" la produit ; une fois que le corps sur lequel on opère est réduit en parcelles et l'équilibre rétabli , ainsi que le repos , il ne se forme plus d'Infusoires. Le mucus primordial paraît provenir de la réaction qui s'établit entre l'eau et lu substance qu'on a fait infuser, être analogue à la substance procréatrice que le corps de la mère produit dans la propagation , et se développer en êtres organiques par individualisation , tandis que le reste sert de nourriture à ces êtres. La pellicule est d'abord homogène ; mais , au bout de quelque temps, on distingue en elle des granulations et une masse qui les lie ensemble. Ces granulations semblent être analogues aux spores engendrées par ta propagation, se détacher de la mem-
(1) Wrisberg, Ohs. do animalculis infusoriis , p. 85. — Trevirnnus , Bioloyie , t. II , p. 272.
(2) Gruilhiiisen, loc. cit., p. 108.
(3) Ibid., p. 110.
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brane, et se développer ensuite en animalcules infusoires. Czermak (1) a vu les granulations suspendues à la circonférence delà membrane , devenir d'abord tremblotantes, puis se mouvoir en rond et enfin se séparer. Aussi est- il rare, d'après Gruithuisen et Valenlin , de découvrir des animalcules infusoires dans la pellicule elle-même , et communément on ne les trouve que dans le liquide qu'elle surnage. (La production du mucus primordial s'accompagne , rarement à la vérité , d'un phénomène intéressant , que Gleichen et autres avaient déjà remarqué, et qui consiste en une formation de cristaux. Ces cristaux sont ou étendus sur la pellicule grise et grenue , ou nichés dans sa substance. La plupart d'entre eux représentent des prismes à six ou à quatre pans, terminés par des pyramides à quatre faces. Il semblerait que l'individualité inorganique se sépare d'abord de la masse principale , pour se concentrer dans le reste de cette masse , devenue ainsi matière primordiale des individualités du reste de la vie. On est surpris de rencontrer ces cristaux dans des substances qui ne contiennent que très-peu de matières inorganiques. J'en ai observé, entre autres , de fort beaux et très-nombreux , dès le quatrième jour , dans une infusion qui avait été préparée avec de l'eau pure et la rate d'un fœtus , et qui était demeurée bien couverte ) (2).
2° Les mêmes phénomènes ont lieu , quant aux circonstances essentielles , dans la formation de plantes par génération hétérogène. Des bulles d'air s'élèvent de l'infusion , l'eau devient trouble , il se forme une substance qui ressemble à de la mucosité , et dans cette substance se développent des granulations qui, d'après Valentin, dillérenl des spores proprement dites , par leur forme moins déterminée et par leur volume. ( Il résulte des nombreuses expériences de Purkinje , que le meilleur véhicule pour la production des Moisissures est un acide quelconque ; peu importe qu'il appartienne au règne organique ou au règne inorganique. Ainsi des Moisissures filamenteuses extrêmement délicates et transparentes se for-
(1) Beitrœyc zu der Lehrc von don Spermatozoen , p. 13.
(2) Addition de Valentin.
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ment sur les os et les cartilages qui sont demeurés longtemps plongés dans des acides très-étendus , sur les tendons, les ligamens , etc. On peut même observer leur accroissement sur les pièces qui n'en présentent encore qu'une petite quantité. C'est ce qui a été fait souvent par Purkinje et par moi. On voit de petits globules arrondis s'allonger, et devenir ainsi des filamens ; à mesure que cet allongement simple fait des progrès, les filamens s'entrelacent ensemble. Cette métamorphose s'accomplit avec une telle rapidité qu'on peut aisément en déterminer les phases de dix en dix minutes, à l'aide du micromètre. Les Spores engendrées par les anciens filamens se convertissent également, sous les yeux de l'observateur, en nouveaux filamens homogènes. L'observation est surtout facile à faire sur les Moisissures qui naissent à la surface d'une infusion de noix de galle , et elle n'exige même que le secours d'une loupe ordinaire. Mais , quant à savoir si les premiers filamens d'une infusion ou les premières spores de ces filamens procèdent ou non d'autres individus de même nature qu'eux, c'est une toute autre question qu'on aura peut-être beaucoup de peine à résoudre expérimentalement, quelque soin et quelque précision même qu'on apporte aux observations ; il y aurait de la témérité à se prononcer pour ou contre la génération spontanée) (1).
Lorsque le suif coulé des chandelles dans les cavités souterraines a produit des Moisissures , on n'y trouve plus rien de gras (2) ; la génération paraît donc avoir été , dans ee cas , l'effet de la décomposition de la graisse animale et de l'eau atmosphérique. Suivant Meyer (3) , la formation des Lichens débute par l'apparition , sur la substance qui se décompose , d'une sorte d'efllorescence légère, analogue à ce qu'on appelle la fleur des prunes; cette couche mince résulte d'un amas de particules pulvérulentes, de granules irréguliers, anguleux et à angles obtus , qui souvent aussi se rangent à la suite les uns des autres, et forment des filamens. D'après Reynier^le
(d) Addition de Valentin.
(2) Schwcigger, Handbuch der Naiurgeschickte der shelettlosen un- (jetjliedcrten Thierc , p. 265.
(3) Die EntwicheluiKj der Flcchtcn, p. 138.
Lichen radiciformis , qu'on ne rencontre que dans l'intérieur des mines , naît de la manière suivante : une goutte d'eau mucilagineuse apparaît sur une vieille pièce de bois servant d'étai; cette eau se trouble de plus en plus, et le dépôt qu'elle produit forme un corps solide , qui devient peu à peu plus étendu , plus opaque et plus blanc , métamorphose pendant laquelle l'eau disparaît par degrés.
ARTICLE II
De la Modalité de thomogénie.