‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 26 sur 81 · BORNES DE IA FECONDITE · texte numérisé non relu

BORNES DE IA FECONDITE

outre beaucoup d'oeufs fécondés n'éclosent point; sur trois cents œufs de Sphinx ocellata , dix environ ne prennent aucun développement , selon Meinecke , et il y a de même une innombrable quantité de graines qui n'arrivent pas à germer. Le Vautour des agneaux pond quelquefois six œufs , mais il n'en éclot que trois au plus; l'Aigle , la Chouette et le grand Duc pondent trois ou quatre œufs, dont deux seulement éclosent ; des deux ou trois œufs de l'Orfraie , un seul se développe. De même, chez la femme, quand il se forme deux fœtus à la fois , très-souvent l'un d'eux périt dans l'intérieur même de la matrice , et lorsque trois se produisent ensemble, ils naissent presque toujours avant terme et si peu développés que leur poids total ne dépasse guère celui d'un enfant bien constitué. Parmi les individus qui résultent d'une grande fécondité, beaucoup périssent de très-bonne heure ; des cinquante-trois enfans mis au monde par la femme dont nous avons parlé plus haut (§ 267), aucun ne dépassa l'âge de neuf ans (1). Mende assure (2) qu'on ne voit jamais plus d'un individu survivre dans le cas de grossesse quadruple , et que les produits d'une grossesse quintuple périssent peu après la naissance. Lorsque la Truie met bas un grand nombre de petits , elle en dévore plusieurs , notamment les plus faibles , ceux qui ne peuvent pas survivre , et si , au rapport de Jurine , un Monocle produit quatre mille quatre cent quarante-deux millions de descendans pendant le cours d'une année , il en mange également une grande partie.

2° Les différens êtres organisés se limitent réciproquement. Si une espèce devenait prédominante, elle détruirait les autres , mais finirait aussi par se détruire elle-même', faute de nourriture et d'espace. Nous trouvons des dispositions qui empêchent cet effet d'avoir lieu et établissent l'harmonie , ce qui nous fait reconnaître non seulement que l'idée de la vie de l'espèce est supérieure à celle de la vie individuelle , mais encore qu'elle a bien au dessus d'elle celle de la vie en général. Chaque espèce a des bornes dans lesquelles elle doit

(1) Osiander, loc. cit., 1. 1, p. 320.

(2) Ausfuchrlichos Handbuch dcr yerichtlichen Medicin, t. III , p. 191.

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se contenir, et pour lesquelles elle est organisée , car plus elle est féconde et plus aussi les dangers qui la menacent sont nombreux. Le corps humain se maintient dans son intégrité en expulsant avec les résidus de la digestion la plupart des œufs pondus par les Vers intestinaux; mais ceux-ci, à leur tour, maintiennent l'espèce par le grand nombre de leurs ceufs(l). Le Hareng est tellement fécond qu'il peut servir de nourriture à une multitude d'hommes sans que l'espèce en souffre ; les Hollandais seuls en pèchent annuellement six cent vingt-quatre millions (2). Le Salmo lavarctus suit les bancs de Harengs pour se nourrir de leurs œufs, tandis que les siens propres sont dévorés par le Cyprinus tinca (3). Ce qui contribue à borner le nombre des grands Poissons voraces , c'est que leurs œufs servent de nourriture aux petites espèces ; une innombrable quantité d'œufs d'Esturgeon sont employés chaque année à la préparation du Caviar, et Harrebow a trouvé dans l'estomac d'une Baleine six cents Cabliaux vivans (4).

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