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CUtCONSÏANCES RELATIVES AUX INDJVIDTJS

a. Fécondation solitaire.

§ 272. Quant à ce qui concerne les rapports des individus, l'antagonisme sexuel sur lequel repose la génération peut être, ou réuni dans un même individu , ou réparti chez deux individus différens ( § 273 ).

Le premier cas est celui des êtres vivans qui se fécondent eux-mêmes. Comme la génération se trouve accomplie ici par un seul individu , la fécondation par soi-même se rapproche beaucoup de la monogénie ; mais elle en diffère parce qu'elle s'accomplit au moyen de deux produits, dont l'un appartient au mâle et l'autre à la femelle. On peut doue la considérer H. u

l5o MODALITÉ DE LA FÉCONDATION.

comme un anneau de transition dans la chaîne des modes connus de génération ; au plus bas échelon serait placée la génération primordiale, qui émane delà vie générale, sans existence organique individuelle ( §7 ); viendrait ensuite la monogénie, et d'abord celle par accroissement ( §21-34 ), puis celle par sécrétion ( § 35-44 ). Si la monogénie repose sur l'antagonisme du solide et du liquide ( § 232 ) , la génération sexuelle repose sur celui d'un liquide provenant du mâle et d'un liquide provenant de la femelle, et sa première manifestation est la fécondation de soi-même , mode de procréation qui tient de près à la monogénie , et dans lequel les substances procréatrices formées par les sexes accomplissent la génération dans un seul et même individu par l'activité de leur antagonisme.

Si nous concevons fort bien la possibilité de cette forme , la réalité de son existence n'est pas parfaitement démontrée , attendu que , dans bien des cas, on a admis, par pure hypothèse ( § 150-154 ) , des organes mâles là où il n'y a peut-être que des organes femelles opérant la propagation par monogénie.

Deux cas peuvent avoir lieu dans la fécondation par soimême -, l'antagonisme est contenu ou dans un seul organe ( 1°) ou dans deux (2°-5° ).

1° La première manifestation d'un antagonisme sexuel pourrait consister en ce que cet antagonisme apparût , non point encore dans les organes génitaux , mais seulement dans les substances destinées à la procréation, et qui seraient les produits d'un seul et même organe.

Ainsi l'ovaire des Acéphales pourrait former le sperme , qui tantôt se précipiterait d'abord du liquide aqueux de cet organe , puis féconderait l'ovaire et ensuite disparaîtrait, tandis que les œufs se formeraient, tantôt serait sécrété plus tard, et viendrait féconder les œufs déjà existans ( § 68, 1° ). En pareil cas , le même ovaire offrirait la prédominance tantôt de la masculinité , tantôt de la fémininité , c'est-à-dire que l'antagonisme de la sexualité y existerait seulement sous la condition du temps ( § 148 ).

Si les substances destinées à la génération étaient réparties

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dans deux organes dillérens, il serait possible quelles eilectuassent la procréation ou par leur seule existence ( 2° ) ou par leur rapprochement et leur mélange (3°-5°).

2° Les Rhizospermes [présentent des anthères et des ovaires dans des capsules closes, et l'on ne voit pas comment le pollen peut arriver aux parties femelles. L'ovaire ne devient-il fertile ici que par l'unique fait de la formation du pollen? Il serait possible que la partie masculine déterminât la fertilité par sa seule présence ; on concevrait jusqu'à un certain point que l'acte de la sécrétion du sperme exaltât l'activité féminine , la concentrât et la déterminât'à la procréation. Peutêtre même parviendrait-on ainsi à expliquer les paraphyses, ou les organes mâles sans substance masculine ( § 68, 2° ). Cependant ces paraphyses semblent diminuer la fécondité, plutôt qu'elles ne l'augmentent. Henschel a remarqué aussi (1) que des pieds de maïs auxquels on avait coupé les anthères portaient des fruits, mais que quand, au lieu de couper les anthères, on se contentait de les renfermer dans des cornets de papier, de manière à permettre au pollen de se développer, mais à l'empêcher d'arriver au stigmate, il ne se produisait point de semences , ou seulement des semences peu nombreuses et imparfaites; le développement des substances produites par les sexes ne suffisait donc pas pour la fécondation , mais empêchait la monogénie , et n'atteignait son but que quand les substances pouvaient agir l'une sur l'autre.

Mais, dans une telle action réciproque , la fécondation peut avoir lieu, ou sans accouplement ( 3° ) , ou par accouplement ( 4°-5° ).

3° Le sperme peut, sans accouplement, arriver [aux œufs, dans le corps de l'animal , par le moyen de canaux ou de quelque autre disposition organique analogue. Ainsi les œufs de quelques Trématodes se rendent, dit-on, dans les testicules ou dans les canaux déférens , pour y être fécondés; chez les Vorticelles , le sperme serait lancé dans l'ovaire par un or^ gane musculeux en forme de vésicule (2) ; chez les Holothu-

(1) Schlesische Provinzialhlœtter , 1824 , p. 463.

(2) Ehrenberg , Orijaniiation der Infusionsthicrchen , t. I, p. 5£j III, p. 33.

l5l MODALITÉ DE LA FECONDATION,

ries, les œufs seraient fécondés ou dans l'ovicanal ou dans l'estomac , puisque le prétendu canal déférent s'abouche tantôt dans l'un et tantôt dans l'autre de ces deux organes ; cependant on a trouvé des œufs développés dans les ovaires , tandis que l'organe qu'on regarde comme le testicule n'existait point (1). On avait admis une fécondation par soi-même dans la Lamproie (2) ; mais Rathke a démontré que les organes auxquels Home avait donné le nom et accordé les fonction de testicules, sont les reins.

La fécondation par soi-même peut enfin dépendre de ce que l'individu s'accouple avec un autre ( 4° ) ou avec luimême ( 5° ).

4° Lorsqu'un Ver de terre s'accouple avec un autre , le sperme sort des ouvertures des canaux déférens , qui sont plus rapprochés de l'orifice de ses propres oviductes , que ne le sont ceux de l'autre individu. Cette disposition a fait penser à Schweigger (3) que le sperme passait dans les oviductes du même animal. Cependant si nous sommes autorisés à admettre une attraction, fondée sur l'antagonisme , entre les substances destinées à la génération chez les deux individus, il est plus probable que l'oviducte de l'autre individu attire le sperme, qu'il ne l'est que cette liqueur rentre dans le corps del'individu même qui l'a sécrétée.

En admettant cette manière de voir, il est improbable aussi que les Aplysies et autres Mollusques hermaphrodites se fécondent eux-mêmes dans leur accouplement (4) ; la gouttière que présente le pénis est évidemment la continuation du canal déférent , et lorsqu'elle n'existe pas , le sperme suit sa route, aussi bien que tout autre liquide organique non contenu dans des vaisseaux , sans être obligé de retourner à l'ovaire.

Au reste , il paraît vraisemblable à Morren(5; que l'unique but de l'accouplement, chez les Vers de terre , est de stimuler les testicules , afin qu'ils envoient le sperme dans les ovaires,

(1) Jafiger, Diss. de holothuriis , p. 38.

(2) Mcckel , Deutsches Archiv , t. II , p. 540.

(3) Loc. cit., p. 585.

(4) Treviranus , Bioloyie , 1. 1, p. 318 ; t. III, p. 557.

(5) /),' himbrki lerrestris hist. naf,,p. 4S7.

par les canaux de communication. Treviranus pense aussi (]) que , dans les Sangsues , les œufs sont fécondés pendant leur passage à travers les testicules, et que le seul usage de l'accouplement est de les faire passer dans l'ovicanal de l'autre individu.

5° Enfin les parties ou les articles d'un individu peuvent aussi s'accoupler, et opérer ainsi la fécondation par soi-même. Tel est manifestement le cas des plantes monoïques et dioïques, ainsi que des Vers cestoïdes. Chez ces derniers, deux anneaux d'un individu s'appliquent l'un à l'autre , de manière que les ouvertures des organes génitaux , bordées de lèvres tuméfiées , s'accollent ensemble (2). Mais comme il n'y a point encore de véritable individualité chez les plantes , de même aussi cette individualité est encore très-faible dans le Taenia , puisque les articles se développent à la manière des rejetons , et qu'à la rigueur on doit voir , dans ce qu'on appelle le Ver solitaire , une série ou une chaîne d'individus placés à la suite les uns des autres.

Il n'est pas certain que les Trématodes , les Cirripèdes, etc. , se propagent de la même manière.

D'après une observation faite par Baër (3) , un animal hermaphrodite destiné à la fécondation réciproque paraît pou voir aussi se féconder lui-même : il a trouvé, chez un Lymnœus aurictdaris, le pénis engagé dans l'ovicanal , tandis que plusieurs autres individus de la même espèce étaient accouplés ensemble , et il rappelle en même temps qu'Oken a vu un de ces animaux, qui était complètement isolé, se propager néanmoins (4) . Mais nous pouvons douter qu'un hermaphrodite anormal, dans une classe où l'individualité sexuelle est de règle , soit apte à se féconder lui-même , puisque la fonction normale ne saurait être accomplie par une organisation anormale dans sa plus intime essence. Ainsi, quand Scopoli (5) dit avoir vu une Phalœna pini offrant la conformation masculine d'un côté

(1) Zeitschrift fuer Physiologie , t. IV, p. 161.

(2) Rudolphi , Entozoorum hist. nat., 1. 1 , p. 316.

(3) Millier, Archiv fuer Anatomic , t. II, p. 224.

(4) his , 1817, p. 320.

(5) Meckel, Traité gén. d'anat, comparée, 1. 1, p. 5S5.

1 34 modalité de la fécondation.

et la féminine de l'autre , s'accoupler avec elle-même et pondre ensuite des œufs fécondés , il nous est permis de révoquer en doute l'exactitude de ce fait, qui d'ailleurs est unique en son genre.

Oken dit qu'aucun hermaphrodite ne se suffit à lui-même, et que cette proposition contredit l'expérience. C'est seulement là une preuve que la science peut connaître les fonctions de la nature antérieurement à toute expérience, et même renverser les assertions contraires à la nature que cette dernière fait mettre en avant (1). Nous devons avouer que, malgré toute notre confiance dans la science , nous ne lui accordons cependant pas assez de portée pour pouvoir décider à priori si c'est la fécondation par soi-même ou la fécondation réciproque qui a lieu chez les Mollusques. Mais , en réunissant tous les fait exposés précédemment, et les comparant avec ceux qui le seront dans le paragraphe suivant ( § 273 ), nous reconnaissons que la fécondation par soi-même a réellement lieu là où l'unité dans la vie et l'individualité de l'organisme ne sont point encore développées ; que si on l'admet chez les animaux doués d'une plus grande individualité , c'est sans preuve, et même, suivant toutes les apparences , à tort, car nous voyons la fécondation par un autre individu la remplacer dans les cas où la structure organique la rendrait possible et facile à accomplir. Ainsi , partout où le développement de la sensibilité fait régner l'unité dans la vie, la génération est effectuée non par l'antagonisme des substances procréatrices d'un seul et même corps , mais par l'antagonisme de deux individus et des substances qu'ils produisent. On serait presque tenté de croire que celte loi s'applique déjà à quelques plantes, de sorte que le pollen aurait besoin d'être porté par les Insectes sur le stigmate d'une autre fleur , pour que celle-ci pût être fécondée ; du moins C.-C. Sprengel (2) n'est-il point parvenu à féconder les fleurs de Y Hemerocallis fulva avec leur propre pollen , et il n'y a réussi qu'au moyen du pollen

(1) Die Zetigung , p. 493.

(2) Des cntdcclitc Gcheimniss im Berne und dcr Befruchhuuj dcr Blume, p. 43.

pris sur une autre fleur de la même plante. Quant aux plantes dichogames , il va sans dire que , chez elles, deux fleurs doivent concourir à la génération.

b. Fécondation réciproque.

§ 273. Examinons actuellement la fécondation réciproque d'animaux hermaphrodites.

1° Elle pourrait avoir lieu , chez les Acéphales, sans accouplement , si l'un des individus émettait dans l'eau son sperme , que l'individu voisin admettrait dans son oviducte (1). Mais ce n'est là qu'une simple conjecture (§ 68, 1°).

Il y a, au contraire, des circonstances dans lesquelles la fécondation résulte manifestement d'une copulation réciproque. Deux cas sont possibles ici , celui d'un accouplement mutuel (2°, 3°), et celui d'un accouplement bilatéral (4°).

Dans le premier cas, deux individus s'accouplent de telle sorte que chacun d'eux représente à la fois la forme mâle et la forme femelle. C'est ce qu'on voit dans la plupart des animaux hermaphrodites , les Trématodes et les Cestoides chez les Entozoaires , les Lombrics et les Sangsues chez les Annélides, les Hélix et Limax chez les Gastéropodes, etc.

Mais ici la fécondation peut être réciproque (3°), ou n'avoir lieu que d'un seul côté (2°).

2° Chez quelques Mollusques , chaque individu remplit bien les rôles des deux sexes dans la fécondation , mais des deux l'un ne fait que féconder et ne pond pas d'œufs , l'autre ne fait que concevoir et ne féconde pas. Ici donc il y a hermaphrodisme dans le temps, quant à l'essence de la fonction , et chaque individu n'est pas à la fois mâle et femelle dans la procréation, quoiqu'il soit l'un et l'autre dans l'accouplement, et quoique , ce qui mérite surtout d'être remarqué , la structure organique soit de nature à rendre possible même la fécondation par soi-même. D'après Gaspard (2) , Y Hélix pomatia s'accouple deux fois; vingt-cinq ou trente jours après le premier accouplement , l'individu seul qui a été fécondé pond

(4) Oken, Die Zeugung , p. 198.

(2) Journal de physiologie «le Magendie , Paris 18X2, t. II , p. 333. |

des œufs, et quelques jours après a lieu le second accouplement , pour opérer la fécondation de l'autre individu.

3° Dans d'autres cas d'accouplement réciproque , par exemple chez les Lombrics et les Sangsues , il y a vraisemblablement aussi fécondation mutuelle. Cependant une différence est également possible ici , eu égard au temps , puisque l'un des individus peut se comporter, dans une même copulation , comme mâle maintenant , et plus tard comme femelle. Ainsi Nitzsch, en observant la copulation des Holostomes, qui dure des heures entières , a vu (1) les orifices génitaux s'ouvrir alternativement chez les deux individus , dont l'un enfonçait son pénis dans le corps de l'autre, puis recevait la verge de ce dernier, après avoir retiré la sienne , sans que pour cela l'union cessât d'exister. Au reste , on rencontre aussi , chez des animaux très-voisins , des différences qui reposent sur l'organisation. Dugès, par exemple, rapporte (2) que l'ouverture génitale est double chez certaines Planaires , simple chez d'autres , et que la fécondation a lieu simultanément chez les deux individus dans le premier cas , alternativement dans le second.

4° L'accouplement est bilatéral dans les Bulimes et le Lymnœus palustris , c'est-à-dire qu'un individu joue simultanément le rôle de mâle par rapport à un second , et celui de femelle eu égard à un troisième. Il se forme ainsi une chaîne, à l'un des bouts de laquelle se trouve un individu mâle seulement , et à l'autre un individu femelle seulement , l'intermédiaire agissant à la fois comme mâle et comme femelle. Plusieurs individus peuvent s'annexer à chaque bout de la chaîne, sans qu'il en résulte de changement essentiel. On ne sait point encore aujourd'hui s'il n'y aurait pas quelque chose d'analogue chez les Biphores , qui forment quelquefois , à ce qu'on assure , des chaînes longues de quarante lieues. Au reste , c'est de l'individualité qu'il paraît dépendre qu'un tel animal hermaphrodite s'accouple d'un seul côté ou de deux côtés ; du moins Stiebel a-t-il remarqué (3) que , quand deux Lymnées

(1) Allgemeine Encyclopœdie dcr JVissenschaften , t. III. p. 399.

(2) Fioriep, Notizen, t. XXIII, p. 263. <3) Meckel , Veutsches Archiv , t, I, p. 423.

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seulement s'accouplaient ensemble , les organes génitaux femelles étaient moins développés chez celui qui faisait les fonctions de mâle , et les mâles sur celui qui jouait le rôle de femelle ; la question est de savoir si ce phénomène ne dépendrait pas d'une turgescence momentanée à l'approche d'un ou de deux autres individus.

Nous considérerons plus loin la copulation et la fécondation absolument unilatérales dans leurs formes plus élevées (§ 275).

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