II
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a été créé en même temps. Elle se partagé en deux branches, la préformation syngénésique et la métamorphose syngénésique.
I. La Pré formation syngénésique porte aussi le nom de système d'emboîtement. Elle suppose qu'à la création de chaque espèce , tous les individus qui doivent paraître dans la série des temps ont été créés simultanément, et de manière à être emboîtés les uns dans les autres. A chaque génération , la boîte mise à découvert s'ouvre, et laisse sortir celle qu'elle renferme , laquelle , à son tour, contient déjà toutes les autres générations, jusqu'à la fin du monde. L'admission d'un pareil emboitement n'a d'autre trace de preuve en sa faveur que le Volvox globator, qui renferme en lui-même des petits, dans le corps desquels on aperçoit déjà d'autres petits ; cependant la chose ne se passe point ici autrement que chez le Polype, où le rejeton pousse de plus petits rejetons avant de s'être séparé du tronc ; les petits se forment de même peu à peu dans le corps du Volvox, et ils n'y existent point depuis la création du monde, puisque lui-même doit naissance à la génération hétérogène ou spontanée. Roose fait remarquer avec justesse que l'hypothèse de l'emboîtement rend nécessaire l'emboîtement d'un infini d'hypothèses-, et conduit à des propositions aussi indémontrables que dénuées de vraisemblance. Ainsi , par exemple , comme elle exige que les êtres organiques aujourd'hui vivans soient aussi vieux que le premier individu de leur espèce , il leur faut des qualités toutes spéciales pour pouvoir se maintenir si long-temps sans altération. L'embryon qu'elle dit être conservé, avant la fécondation, dans l'ovaire de la femelle , est tellement petit qu'on ne peut pas le voir , quoiqu'il possède déjà son corps complet; qu'on imagine, d'après cela, quel doit être le volume des embryons qu'il recèle dans son ovaire , et de ceux que ces derniers logent dans le leur, etc. Si l'on admettait que l'animalcule spermatique est un embryon , il résulte des calculs de Buffbn que, dans l'hypothèse des syngénésistes , un homme adulte serait à l'embryon de la sixième génération qu'il renferme en lui*, dans la même proportion , eu égard au volume , que notre système solaire au plus petit atome qu'on puisse apercevoir avec le secours
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du" microscope. C'est tomber presque dans l'absurde que d'admettre de telles proportions comme des réalités. Aussi Bonnet dit-il que l'hypothèse de l'emboîtement est un des plus grands efforts de l'esprit sur les sens (1). Mais c'est évidemment l'imagination qui foit taire ici les sens et la raison , car les sens disent qu'aucun embryon n'a encore d'ovaires au début de sa vie, que par conséquent il peut bien moins encore contenir d'autres embryons , et comme cette donnée acquise par les sens se concilie avec d'autres phénomènes , la raison reconnaît qu'on ne peut pas concevoir la chose autrement. Cependant on a trouvé la doctrine de l'emboîtement ap plicable à d'autres vues; ainsi elle a servi à expliquer l'origine de l'âme , car on a dit que les animalcules spermatiques existent depuis la création du monde, et qu'ils ont une âme animale , qui devient âme humaine dans l'embryon ; on a aussi expliqué par là le péché originel.
II. Adoptant la panspermie syngénésique , Buffon et Treviranus ont admis que la matière vivante générale est primordiale et indestructible, et, suivant Oken (2), les Infusoires sont les animaux primitifs , qui , lors de la création , acquirent une existence non moins générale et non moins indestructible que celle de l'air, de l'eau et de la terre. Dans cette hypothèse , notre planète n'était pas moins animée , dès le premier moment de la création, qu'elle ne l'est aujourd'hui. Mais une foule de faits concordans rendent une pareille proposition incroyable-, nous avons la preuve que la masse organique augmente sous nos yeux , et que la matière inorganique diminue dans la même proportion. Quant à l'indestruclibililé , nous ne connaissons pas de subslance organique qui ne soit composée et susceptible de se résoudr e en plusieurs substances inorganiques. S'il n'en était ainsi , que deviendrait donc la matière vivante lorsque nous brûlons et incinérons un corps animal ou végétal dans une cornue? Dans l'hypothèse que la vie repose sur une matière dont la quantité a été déterminée primordialement sur notre planète , et ne peut s'ac-
(1) Considérations , S 3.
(2) Loc. cit., p. 22.
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croître , la perte du moindre atome doit faire un vide) dans la nature organique : la combustion est une décomposition complète , et combien n'a-t-elle pas détruit de matière organique ! Mais , à l'égard des animalcules spermatiques , l'hypothèse de leur impérissabilité peut effectivement être d'une grande ressource, et Oken , par exemple, s'en est servi pour démontrer que ces animaux garantissent à jamais le genre humain du danger de mourir de faim. « Car, dit-il , depuis la » création , le monde végétal est en équilibre avec le monde » animal , et la somme totale de ce dernier ne peut jamais » s'accroître , par conséquent on n'a point à redouter que les » hommes se multiplient au point de ne plus trouver assez de » nourriture sur la terre (1) » . Cependant l'expérience nous apprend que les Infusoires sont les plus périssables de tous les êtres organiques , qu'ils se corrompent , et qu'un moment arrive où il ne reste dans l'infusion aucune trace de leur vie ni d'aucune autre vie quelconque. Mais les Spermatozoaires n'apparaissent qu'à l'âge où la sexualité est arrivée à sa maturité , et , chez la plupart des animaux , ils ne se montrent chaque année qu'à l'époque du rut; ils disparaissent dans certaines maladies , et reviennent après la guérison. Le seul argument qu'on puisse opposer à ceux qui prétendent qu'ils sont devenus absolus dans les cas où ils paraissent ne point exister, c'est que de telles hypothèses ne s'accordent point avec les lois de notre entendement ; que , si l'entendement n'est pas ce qu'il y a de plus élevé en nous , il ne nous est pas étranger non plus , et constitue un membre sans lequel notre organisation morale manquerait d'harmonie ; enfin , qu'il est impossible à la raison d'admettre ce qui est en contradiction manifeste et avec l'entendement et avec le témoignage des sens.
III. Si maintenant nous jugeons la syngénèse du point où nous nous trouvons placés , nous voyons qu'elle manque de clarté dans l'admission de ses germes primordiaux.
1° Par germe , on entend , en général , la possibilité inhérente à une chose de devenir autre chose que ce qu'elle est
(1) Loc. cit., p. 94.
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actuellement. Mais cette idée vague a besoin qu'on la précise davantage. La possibilité suppose encore une condition , par l'accession de laquelle elle devient réalité. Cette condition ne saurait résider dans la chose elle-même , et doit être en dehors d'elle , sans quoi on verrait déjà paraître la réalité. Mais la condition extérieure peut être essentielle ou non essentielle. Elle est essentielle lorsqu'elle détermine à sa manière l'essence de la réalité qui se manifeste par son accession , quand , par exemple , le germe n'exprime que la possibilité générale , et qu'il dépend de la qualité déterminée de cette condition extérieure que la chose devienne telle ou telle : ainsi , l'hydrogène porte en soi le germe de l'eau, de l'huile, etc., ou peut devenir eau, huile, etc., lorsque les conditions essentielles pour cela ont lieu, c'est-à-dire lorsqu'il se combine avec des proportions déterminées d'oxygène , de carbone, etc. La condition extérieure n'est point essentielle quand elle ne détermine pas l'essence du changement , mais donne seulement occasion à ce changement de s'effectuer, et en modifie les circonstances prochaines ; ici donc , le germe renferme en lui non pas seulement la possibilité "générale , mais encore la possibilité particulière du changement : la chose contient le germe d'un développement dans une direction déterminée; par exemple , la dissolution d'un sel neutre a en soi la possibilité de cristalliser ; la manifestation du phénomène de la cristallisation dépend de la température , du mouvement , des parois du vase, etc., mais le sel cristallise sous une forme fondamentale déterminée , que les conditions extérieures peuvent bien modifier, mais qu'elles n'ont pas le pouvoir d'altérer dans son essence et de convertir en une autre. Ce dernier sens est le seul dans lequel le mot de germe ait une signification arrêtée ; aussi l'usage est-il de ne l'employer que pour désigner la disposition intérieure à un développement déterminé , puisqu'autrement nous serions obligés d'admettre des centaines de germes dans chaque chose , ce qui ne dirait rien à l'esprit. Mais nous ne trouvons, avant l'acte de la génération, aucune matière qui n'ait besoin que d'une circonstance générale favorable pour devenir un fruit organique. Que l'œuf non fécondé se trouve au dedans ou au dehors du corps femelle , à
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une haute ou à une basse température , dans le gaz oxv^ène ou dans le gaz hydrogène , etc., jamais il ne s'y développe d'embryon. La fécondation n'est donc point une condition non essentielle , et qui puisse être remplacée par une autre circonstance ; c'est donc , au contraire , uue condition essentielle de la production du fruit , et avant elle l'organisme ne porte en soi que le germe général de ce fruit. Mais la syngénèse évite par un subterfuge la preuve qu'elle voulait donner, puisqu'elle se sert de l'expression vague et qu'elle y attache une signification erronée.
2° Les syngénésisles admettent , en outre , qu'il n'y a plus aujourd'hui de force créatrice dans la naiure, mais seulement une matière vivante , ou amorphe , ou déjà revêtue de forme , qui contient la raison suffisante de la génération et de toute vie en général. Leur système est donc un matérialisme, ou une doctrine qui ne reconnaît d'agissant dans la nature que de la matière , et qui explique toute vie quelconque par une combinaison de substance. Mais le matérialisme est le paganisme de la physique : on est trop sous l'empire des sens pour pouvoir s'élever à l'idée d'une pure force de la nature agissant partout , et l'on se fait de cette force une idole, qu'on adore. Au lieu d'envisager les phénomènes tels qu'ils s'offrent réellement à nous, de chercher la loi d'après laquelle ils ont lieu , et de saisir l'idée à laquelle ils se ramènent comme à une racine commune , le matérialiste admet par avance qu'il doit y avoir une matière particulière au fond de chaque phénomène particulier. Nous reconnaissons , par exemple , le fer pour une matière particulière, et nous voyons que, lorsqu'après l'avoir réduit en barre, on le plante perpendiculairement en terre, il acquiert, au bout de quelque temps, la propriété d'attirer ou de repousser un autre morceau de fer, et nous disons qu'il est alors devenu magnétique. Nous voyons que, tandis qu'il devient magnétique , aucun changemen; n'a lieu ni dans la terre ou l'air qui l'entoure, ni en lui-même, sous le rapport du volume, du poids, de la couleur, de la forme , de la saveur, de l'odeur, des propriétés chimiques , en un mot, de toutes les qualités par le moyen desquelles la matière se fait connaître à nous ; l'expérience nous dit donc
qu'il s'est opéré ici un changement intérieur sans changement matériel , et qu'il s'est établi un nnuvel état intérieur en vertu duquel se manifestent des efl'ets diflêrens de ceux qui avaient lieu auparavant. Mais nous appelons l'orée l'état intérieur qui devient la cause d'une action ou d'une activité , et, conséquemment aux lois de la physique, nous cherchons à abstraire l'idée de la force magnétique des circonstances dans lesquelles elle s'éveille, des propriétés des corps dans lesquels elle se déploie, de la manière dont elle se manifeste, de sa comparaison avec d'autres phénomènes naturels, etc. Au lieu de se livrer à cette recherche empirique , le matérialiste va au-delà de l'expérience , et il admet une matière subtile qui a passé dans le fer, une matière qui n'a ni pesanteur, ni cohésion, ni forme , qui n'est ni visible , ni tangible , ni accessible à aucun autre sens, qui pénètre les corps les plus denses sans avoir besoin de temps pour cela, qui cependant ne peut pénétrer d'autres corps beaucoup moins denses , qui agit sur d'autres corps éloignés de plusieurs centaines de lieues, etc. C'est là une fiction hyperphysique , qui admet une matière à laquelle manquent les propriétés de la matière , qui range parmi les objets sensibles ce qui ne peut tomber sous aucun de nos sens , qui établit l'existence d'un corps particulier là où l'expérience ne montre qu'un état spécial. Mais, une fois qu'on en est arrivé à croire à l'existence d'une pareille matière hyperphysique, il n'y a plus rien qui embarrasse; car, comme c'est un être de raison, elle s'accommode atout , elle se plie à toutes les exigences du système , elle devient un génie docile qui , sur l'ordre du magicien physiologiste , tantôt passe à travers une porte fermée , tantôt se couvre de chaînes aériennes, et contre lequel on ne peut employer aucune arme sérieuse. Or, les germes préexistans sont de tels êtres fantastiques ; les molécules qui rôdent partout, traversent les organes , dont elles prennent l'empreinte en passant , se réunissent à un rendez-vous commun , et s'accollent ensuite en société ; les œufs invisibles de plantes et d'Infusoires , qui , suivant les expressions de Treviranus (1), doivent remplir
(1) Biologie, t. II , p. 35b.
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l'air par myriades, jusqu'à ce que le hasard les amène dans un coin de fruit où ils puissent être fomentés ; les œufs em boîtes des animaux à génération digène, qui, comme le dit Darwin (1) , devaient être infiniment plus petits que les diables à la tentation desquels saint Antoine résista et dont on assure cependant que vingt mille pouvaient danser la sarabande sur la pointe de la plus fine aiguille , sans se gêner les uns les autres ; les animalcules infusoiresqui , dans une momie d'Égypte, semblent être condamnés à une existence absolue jusqu'à ce qu'il passe par l'esprit d'un Fray de les ramener à la réalité ; toutes ces hypothèses méritent qu'on les tourne en dérision , car elles ne font que meubler la tête de fables , et n'apprennent absolument rien sur la nature.
3° Il en est des païens de la physique comme de ceux de l'histoire. Ils ne peuvent faire taire en eux la conscience qui leur dit que leurs idoles sont des créatures, et ils sont obligés de reconnaître une puissance supérieure qui les régit. Ainsi leur théophobie ne leur procure au fond aucun avantage ; elle les éloigne seulement davantage de la source proprement dite de toute vie, entre laquelle et la vie réelle ils placent des êtres intermédiaires qui, par reconnaissance pour l'imagination dont ils sont les enfans , étalent devant elle un spectacle de récréation. En se couvrant du manteau de l'atomisme , le matérialisme ne fait qu'éloigner sa sentence de mort; ne pouvant y échapper , il cherche à en différer l'exécution. Car si nous croyons à une espèce quelconque de germes préexistans, il ne nous en faut cependant pas moins demander d'où viennent ces germes et qui les a produits. Or là , le matérialisme est à bout , et se convertit brusquement en spiritualisme ; il admet une force créatrice, distincte de la nature , mais qui a une fois agi au temps de la création , et qui a déterminé la matière d'une manière que nous ne saurions concevoir. En effet : a. Cette force créatrice est en dehors du monde , par conséquent limitée , bornée , et l'on n'entrevoit ni comment elle aurait pu acquérir le pouvoir d'agir sur ce qui lui est étranger de toute éternité , ni comment la matière obéit partout à ses déterminations.
(1) Zoonomie, t. H, p. 260.
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b. Elle est finie , car elle a cessé d'être ce qu'elle fut autrefois ; elle n'a pu ou voulu qu'une seule fois créer ; depuis lors elle se repose , et laisse faire à la matière ce qui lui convient.
De pareilles conceptions ne peuvent trouver accès dans notre esprit. S'il y a quelque chose d'illimité , d'absolu , la nature, loin de lui être étrangère, doit être absolument son effet et sa révélation ; et si jamais un être infini a créé les premiers organismes , son activité , l'acte de création , doit continuer sans interruption.
F. Epigènèse.
§ 314. Réfuter la syngénèse, c'est établir la doctrine opposée , ou Yépigénèse , celle suivant laquelle la génération des divers êtres organiques s'effectue en des temps différens. Dans cette autre doctrine , les nouveaux individus sont réellement les produits des individus qui les engendrent , et la génération est une véritable production , une formation nouvelle. L'organisation de l'espèce impliquant l'aptitude ou la disposition à se reproduire , on peut dire qu'avec les premiers parens préexistent ici virtuellement ou dynamiquement toutes les générations futures , ce qui fait que Kant a désigné ce système sous le nom de doctrine ou théorie de la préformation générique. Elle a été admise dans tous les temps où la prudence n'a point obligé de recourir à -des voies détournées pour la présenter, mais ses principaux fondateurs, parmi les modernes, ont été Wolff et Blumenbach.
L'époque de la génération peut être antérieure ou postérieure à celle de la fécondation.
La première opinion a été soutenue par Darwin , Prévost et Dumas , qui ont enseigné que la liqueur séminale contient le germe, mais qu'elle est sécrétée du sang. Mais comme nous n'avons pas plus trouvé le fruit dans le sperme (§ 310) que dans l'œuf (§ 309) , elle se trouve par cela même réfutée.
Nous sommes cependant obligés de faire connaître ici quelques autres opinions encore sur la part que les sexes prennent à la génération. Suivant Walther, c'est l'homme qui crée, qui engendre réellement, et l'a femme ne fait que concevoir;
le premier est positif, et la seconde est négative ; mais la génération est l'anéantissement de la négativité de la femme par la posilivelé de l'homme; celui-ci se crée lui-même et son pareil dans la femme, et se réunit avec ce qu'il crée, de la môme manière que l'idée avec la perception sensorielle qui lui correspond (']). Mais, en traçant l'histoire de la sexualité, nous avons trouvé un antagonisme absolument différent , qui seul peut être actif ici. D'ailleurs la génération au moyen des sexes est un acte de formation ayant pour condition deux principes , qui doivent être actifs tous deux ; mais , dans la génération asexuelle, le mâle ne procrée jamais , et c'est toujours la femelle seule qui le fait.
Il y a quelque chose de plus spécieux dans l'opinion que la femelle fournit la substance, le corps du fruit, et l'homme, au contraire, la force, la forme, le caractère et lame. Mais l'essence des sexes en général doit s'exprimer d'une manière particulière dans la génération. Or nous avons vu que 1 homme ne se distingue point par la prédominance du dynamisme , ni la femme par celle de la matérialité ; que la force du premier est dirigée de dedans en dehors , vers l'individualité , et celle de la femme de dehors en dedans , vers la génération. La vérité qui fait la base de l'opinion précédente est que le sperme agit dune manière dynamique; mais la fécondation, considérée d'une manière générale , est un acte dynamique , et la femme ne produit pas en fournissant une matière morte, mais en imprimant la forme à cette matière, ce à quoi elle n'est que stimulée par l'influence masculine.
Nous ne pouvons pas non plus admettre , avec Linné , que la femme est le principe médullaire , le système nerveux , et l'homme le principe cortical , qu'il donne les os , les vaisseaux , le sang , les muscles et la peau , car il n'y a point de séparation semblable dans la vie , et l'organisme n'est point composé de telles individualités; loin de là, celles-ci se développent de sa généralité. L'expérience nous apprend aussi que les sexes sont bien ce qui influe par excellence sur ces deux sphères du fruit , mais qu'ils ne les donnent pas d'une
(1) Walther, loc cit., § 621.
manière absolue, puisque le fruit reçoit telle ou telle qualité tantôt de son père , et tantôt de sa mère.
Suivant Henschel (1) , le pollen est un poison végétal ,vqui tend à arrêter le progrès de la vie de la plante , et qui favorise la formation du fruit en exerçant une action vénéneuse sur le stigmate et la végétation entière. Mais il est impossible que le plus élevé des actes de la végétation , la formation du fruit , dépende d'une restriction apportée à la vie , et il doit plutôt tenir à une exaltation de cette même vie ; cependant, comme la vie végétale est concentrée et exaltée dans la fleur, la formation du fruit peut certainement être favorisée par une restriction apportée à l'extension de l'accroissement ; si le stigmate se flétrit après l'action du pollen , cet effet ne paraît dépendre que de ce que, la fécondation exaltant la vie dans l'intérieur de l'ovaire , cette concentration fait périr les organes situés à la périphérie.
Wolff regarde les fleurs comme des feuilles modifiées et en même temps incomplètes , dans lesquelles l'imperfection va en augmentant du dehors au dedans; la formation des fleurs se rattache donc au défaut de sucs , à la sécheresse (2) ; le pollen est une substance alimentaire parfaite, que l'arrêt de développement des anthères a empêché de se déposer dans ces dernières pour les nourrir, mais qui rétablit la végétation suspendue dans l'ovaire , de sorte que la fécondation est une nutrition qui s'opère du dehors en dedans (3); voilà pourquoi, chez les animaux, l'accroissement cesse à l'époque de la puberté , et l'ovaire est le dernier produit dans lequel la formation s'arrête, pour recommencer de nouveau lorsque le sperme a remis en vigueur la nutrition suspendue (4). Mais nous ne pouvons point considérer la fleur comme le résultat d'une formation incomplète de feuilles ; c'est sous le rapport seulement
(1) Loc. cit., p. 435.
(2) Théorie von der Génération , p. 228-243. — Theoria generationis , p. 55.
(3) Théorie von der Génération , p. 245-250. — Theoria generationis , p. 83-89.
(4) Théorie von der Génération, p. 254. — Theoria generationis , p. 150-154.
de l'extension qu'elle nous paraît être une contraction , une mutilation de la feuille; sous le point de vue de la conformation , des propriétés chimiques et de la vitalité , elle est évidemment une formation d'un ordre plus relevé, et l'on conçoit que cette concentration de la vie végétale n'ait lieu que quand l'accroissement se trouve borné dans son extension , sans que nous puissions dire pour cela que le défaut de nourriture est la cause de la formation de la fleur. Ainsi la nutrition est la continuation de ce qui existe, et la génération la formation d'un nouveau produit ; si le pollen ou le sperme animal n'était qu'une simple substance nourricière, l'ovaire du végétal ou de l'animal ne ferait que croître , sans qu'il se formât de fruit ; la génération , comme éveil donné à une nouvelle vie, doit être quelque chose de particulier, et quand cette direction'nouvelle est mise en train , il ne faut point de substance alimentaire spéciale , attendu que le corps femelle en fournil déjà une quantité suffisante : il y a d'ailleurs beaucoup de plantes chez lesquelles la génération précède l'entier développement des feuilles, et des animaux chez lesquels elle commence à s'effectuer avant que l'accroissement soit devenu slationnaire.