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XI. Postformation des germes

§ 315. Nous ne pouvons donc admettre comme vraie qu'une génération épigénélique , qui, lorsqu'elle se fait par le concours des sexes, rentre dans la fécondation elle-même. Mais nous pouvons nous la figurer ou comme absolument matérielle , ou comme dynamique dans son essence (§ 316).

A. Post formation matérielle.

Si le germe d'un nouvel individu est formé par des individus déjà existans, en vertu d'un changement matériel, la génération doit être une opération chimique. En eflet , les substances procréatrices se distinguent des autres substances organiques par leurs qualités physiques et leurs propriétés chimiques ; elles doivent donc subir un changement de composition pour qu'il naisse un nouvel individu qui soit également composé de matières organiques diverses. Ce phénomène

doit avoir lieu dans tous les cas , puisque de la substance de Vèlve procréateur émane un nouveau corps organique qui en est le produit. Mais la question est de savoir si la génération consiste tout simplement en ce changement chimique , si le changement de composition est la seule et unique cause , la cause complète de la génération. Lorsque Empédocle enseignait que le fruit résulte de la rencontre des substances procréatrices mâle et femelle, et qu'il varie de forme suivant que l'une ou l'autre de ces substances prédomine, ce n'était là qu'un énoncé sommaire de ce qu'on devait formuler un jour en termes plus explicites , quand la chimie aurait fait des progrès et se serait introduite dans la physiologie. Ainsi Hœsch disait que la force vitale est une attraction modifiée par la matière organique (1) ; que les substances procréatrices sont des mélanges d'élémens provenant du corps entier, et de germes de tous les organes , qui sont formés dans le corps , pris par les vaisseaux lymphatiques , et conduits par le sang dans les testicules ou les ovaires (2) ; que ces substances contiennent en outre une aura seminalis, au moyen de laquelle elles se mêlent ensemble (3) ; enfin , que ce mélange éveille la force plastique sommeillante dans chaque germe , de sorte que celui-ci donne alors la forme et la composition convenables au liquide qui afflue de l'ovaire ou de la matrice (4). Suivant Ackermann , la vie consiste en une combustion lente , dans laquelle il y a coagulation du produit oxidé et ensuite expulsion de ce même produit (5) ; la formation d'un nouvel individu dépend de l'attraction générale et de la répulsion des molécules (6) ; or, comme le mâle est oxygéné , et la femelle hydrocarbonée (7) , la génération tient à ce que la liqueur femelle est oxidée par le sperme et réduite en un caillot (8) , dans le-

(1) V ersuch einer neuen Zeugungstheorie , p. 45.

(2) Ibid., p. 75-79.

(3) lhià., p. 80-84.

(4) Ibid., p. 114.

(5) Infanlis andro'jyni historia, p. 52.

(6) Ibid., p. 47.

(7) Ibid., p. 56.

(8) Ibid., p. 50.

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quoi se manifestent des mouvemens vitaux , parce que le milieu où elle se trouve fait qu'il s'opère continuellement des changemens en elle , les substances modifiées étant rejetées au dehors , et de nouvelles molécules admises. Mais ,

i° Ces opérations chimiques supposent toujours une matière organique qui existe déjà, et dont elles n'expliquent point l'origine.

2° Dans la génération spontanée , où il se forme de nouvelle manière organique , des substances différentes donnent les mêmes Infusoires , et une même matière en produit de différens en des circonstances diverses ; par conséquent, ces substances ne sont point les seules choses dont il s'agisse ici.

3° Dans le monde inorganique , les substances tendent à se mettre en équilibre par l'affinité chimique : la disparition de la différence met les élémens dans des conditions telles qu'ils mainliennent leur existence tant que de nouvelles influences ne viennent point troubler l'équilibre. L'opération chimique atteint son terme dans un produit fixe et qui reste en repos. Au contraire , dans la génération , il se forme une combinaison où les substances sont dans une nouvelle tension et ont de la tendance à s'écarter les unes des autres.

4° Enfin la chimie n'explique jamais l'essentiel , ce qui fait que le liquide se coagule en une diversité de formes harmoniques , ce qui entretient l'expulsion des choses qui ont été changées, et maintient l'uniformité de la matière organique.

B. Post formation dynamique.

§ 316. L'épigénèse dynamique s'en tient à l'expérience (§ 313 , 2°). Elle reconnaît pour matériel ce qui est déterminé et persistant, ce qui remplit l'espace et frappe les sens; mais elle reconnaît immédiatement dans la conscience une chose générale, toujours active et purement intérieure, quelque chose qui n'offre de différences que dans le temps, une force qui détermine le côté extérieur ou matériel. Gomme elle aperçoit des phénomènes qui s'offrent dans les corps , sans reposer sur une matière particulière , tels que la cohésion , l'adhésion , la pesanteur, elle admet aussi qu'ils sont les ma nifestations de forces , et cherche à en découvrir les lois. Elle

prétend qu'il y a, au fond de l'existence et de l'activité de la matière, quelque chose qui ne tombe passons les sens, qui, par conséquent, n'est pas matériel, une chose intérieure, qu'on ne peut saisir que par la pensée, quelque chose d'idéal, de général, qui devient la cause d une activité déterminée, en un mot, une force. Elle reconnaît que le dynamique, c'est-àdire le rapport des forces, peut être changé, sans que la matière ail besoin pour cela de subir un changement , mais que tout changement dynamique déterminé en provoque un dans le mouvement , ainsi que dans la composition et la configuration de la matière , que la force ne peut se manifester que dans la matière , parce que celle-ci n'est autre chose que la manifestation , l'expression persistante de la force, la phénoméualisation du général ou de l'intérieur dans le concret ou l'extérieur, enfin qu'une force particulière suppose aussi une matière spéciale , puisque celle-ci est la manifestation de son existence, la condition sans laquelle elle ne saurait déployer son activité. Aussi Harvey comparait-il déjà la génération à une opération dynamique du monde inorganique ; comme le sperme , dit-il , n'arrive certainement point dans la matrice , qu'encore moins y séjourne-t-il long-temps, et qu'il féconde à la manière d'une force infectante, la femme paraît être fécondée par son contact sans le concours d'aucune chose matérielle et susceptible de frapper les sens , de la même manière que le fer devient magnétique par le contact de l'aimant (1). Ainsi Wolff admettait qu'une force essentielle fait la base de la vie et de la génération (2). Zanders a déjà démontré (3) que la nature dynamique de cette fonction ressort clairement des résultats fournis par les expériences de Spallanzani, dont le témoignage a d'autant plus de poids ici qu'abstraction faite de son immense talent d'observation, le matérialisme qu'il professait l'avait préservé de se laisser entraîner à l'erreur par le préjugé dans l'appréciation d'un fait qui était plutôt propre à contredire sa propre théorie.

(1) Loc. cit., p. 404.

(2) Loc. cit., p. 2.

(3) Beitrœje zur Geschichte dcr Thiemetamorphote >~p. 197-211.

1° Pour pou voir manifester une activité chimique considérable dans une matière , il faut que l'autre matière soit en quantité proportionnelle. Suivant Spallanzani , une parcelle de sperme dont le volume était à celui de l'œuf comme 1 : 1,064,777,777, suffisait pour opérer la fécondation (§ 29a, 2°j. Nous ne voyons rien de semblable dans le domaine de la chimie : nulle part une substance n'y peut changer totalement la composilion d'une autre dont la masse est de mille millions plus considérable que la sienne.

2° Tout effet matériel varie suivant la quantité proportionnelle des substances. Les qualités physiques et les propriétés chimiques des corps se règlent sur la quantité des substances qui se réunissent pour former ces corps ; un sel est ou acidulé, ou parfaitement neutre, ou alcalin, suivant que l'acide et l'alcali qui le constituent s'y trouvent l'un par rapport à l'autre dans telle ou telle proportion. Mais cette circonstance ne modifie point les phénomènes dynamiques; l'électricité est la même partout, quelle que soit la proportion de grandeur entre les plaques métalliques , ou entre le disque de verre et le frottoir. De même , le sperme des Batraciens fécondait ou ne fécondait pas toujours au même degré. Que le volume du sperme fût à celui de l'œuf comme 1 : 1,064,777,777 , ou comme 1 ; 1 , ou comme 100 • 1, l'effet était constamment le même ; il n'y avait aucune différence dans la perfection d'organisation et de vitalité des animaux engendrés par là, on n'en apercevait même point dans la durée de leur développement (§ 295, 3°). Ce phénomène diffère absolument de ceux qui résultent d'une action matérielle , chimique , et nous pouvons affirmer hautement qu'un effet qui demeure le même au milieu de circonstances si différentes, n'est point chimique. De même, nous avons vu que, dans la fécondation intérieure, il n'y a pas la moindre proportion entre le nombre des fruits et la quantité du sperme (§ 295, 5°), la durée (§ 295, S0), ou la fréquence ( § 295, 9° ) de l'accouplement , ou entre le volume de la vésicule ovarienne et celle de l'œuf qui s'en produit (§ 295, 6» ).

3° L'acide agit diversement sur le métal suivant qu'il est concentré ou étendu ; le sperme des Batraciens fécondait de

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la même manière , qu'il fût étendu de deux , de cinq mille ou de cent vingt mille parties d'eau (§ 287, 4°).

4° Pour que deux substances agissent chimiquement l'une sur l'autre, il faut qu'elles se touchent. Dans les phénomènes dynamiques de la vie , l'espace perd ses droits ; la matrice tient aux mamelles par des connexions spécifiques ; elle est en rapport avec elles , non par des canaux et des filamens , mais par l'harmonie ou la consonnance de l'idée qui préside à tous les phénomènes de la vie. Dans le dynamisme , il y a des conducteurs et des non conducteurs; lorsqu'un corps se trouve dans un état dynamique déterminé , et qu'entre lui et un troisième corps il en existe un autre dans lequel le même étal puisse être aisément provoqué , le premier corps agit sur le troisième à distance et à travers celui qui les sépare l'un de l'autre. Le sperme des Batraciens a également son conducteur, qui est le mucus du frai, et son non-conducteur, qui est le blanc d'œuf d'Oiseau ( § 290, 3° ). On peut dire sans doute que le sperme , attiré par affinité chimique , pénètre le mucus , comme il pénètre la membrane de l'œuf; mais , d'un côté , une pareille attraction n'est elle-même point encore chimique , et l'on ne peut voir en elle qu'un rapport dynamique servant de condition à un effet chimique ; d'un autre côté , on n'aperçoit pas comment le blanc d'œuf d'Oiseau interrompt cette attraction , puisqu'il ne le peut point faire en vertu de sa cohésion, puisque le sperme peut pénétrer à travers la membrane de l'œuf, puisque le blanc d'œuf ressemble beaucoup au mucus du frai sous le point de vue de sa composition , puisqu'enfin il n'est pas sensiblement métamorphosé par le sperme , et qu'en conséquence on ne saurait dire qu'il détourne à son profit et absorbe la force chimique de la liqueur prolifique. Dans la Salamandre , le sperme n'arrive qu'au premier des œufs attachés les uns à la suite des autres comme des grains de chapelet , et cependant tous sont fécondés. La même chose arrive chez les Oiseaux , lorsqu'il existe déjà des œufs clairs développés (§ 293). Si donc le mucus qui entoure les œufs se montre encore conducteur de la force fécondante hors du corps , à quel degré ne doivent point agir comme conducteurs de cette force les organes vivans qui sont unis ensemble H« 21

par les liens de la continuité et de la sympathie (§ 291)? La matrice et les oviductes représentent la chaîne qui unit la sphère intérieure et la sphère -extérieure ( § 117 ) ; comme l'oviducte conduit l'œuf de l'ovaire à la matrice , de même aussi il peut conduire la force fécondante de celle-ci à celuilà. La surface du vagin , de la matrice et de l'oviducte est lubrifiée par le même liquide qu'elle sécrète ; il est possible que le sperme se répande uniformément dans ce liquide, qu'il soit absorbé par lui, et qu'il pénètre ainsi dans toute l'étendue des organes génitaux. Mais si la fécondation ne consiste qu'en ce que l'ovaire -des corps organisés digènes acquiert la capacité d'exalter l'activité vitale de son produit , l'œuf , jusqu'au degré où l'ovaire des corps organisés monogènes amène le sien par sa propre énergie , on peut concevoir aussi que l'exaltation spécifique imprimée par le sperme à la vitalité de la matrice soit le moyen de la fécondation. En effet , comme la loi de la polarité règne partout où il y a sympathie , de sorte que le changement survenu dans un pôle en entraîne un correspondant dans lé pôle opposé, il est^possible qu'un rapport de même nature existe entre la matrice, ou son orifice, et l'ovaire. Naturellement, si la matrice reçoit le sperme même , son excitation sera plus forte et la fécondation plus assurée ; mais , dans les cas où les facultés génitales seront puissantes et les désirs vénériens ardens, il suffira que le sperme touche l'orifice de la matrice , dont la substance peut se comporter comme conducteur, même peutêtre alors que l'orifice est clos (§ 293, 6°). Maintenant , comme la fécondation intérieure s'opère dans l'ovaire ( § 294 ) , et qu'il n'est pas prouvé que le pollen ou le sperme parvienne en substance à ce dernier organe ( § 292 ) , nous ne pouvons , sans nous écarter de l'expérience , admettre autre chose sinon que la fécondation intérieure est le résultat d'une excitation sympathique de l'ovaire. L'éveil d'une vie propre dans l'œuf, qui dépend ici de la stimulation imprimée à l'ovaire par l'influence vitale que la matrice a reçue du sperme, tient, dans la fécondation extérieure, à l'absorption du sperme par le liquide de l'oviducte, par l'entourage albumineux de l'œuf plus développé dans l'ovaire.

5° Toute action chimique a besoin d'un certain laps de temps, et les résultats sont tout différens selon que les sub stances ont été plus ou moins long-temps en contact l'une avec l'autre. L'action dynamique, au contraire, s'exerce en un instant. Les œufs des Batraciens étaient fécondés par le contact momentané du sperme , tout aussi complètement que quand on les laissait long-temps en rapport avec lui.

6° Lorsqu'un liquide qui exerce une action chimique estmis à plusieurs reprises en contact avec une substance qui lui fait antagonisme, l'effet va toujours en s'affaiblissant. Au contraire, la force fécondante du sperme n'était point épuisée par la fécondation , et elle se montrait tout aussi efficace sur les œufs de la cinquantième Grenouille qu'elle l'avait été sur le premier (§ 297, 3°). De même, le pôle d'un aimant conserve toujours la même force , quelque souvent qu'on le mette en rapport avec le pôle opposé d'un autre aimant , et avec du fer non aimanté.

7° La faculté fécondante du sperme ressemble plus aussi à une activité dynamique qu'à une activité chimique , sous ce point de vue qu'elle ne tient point à telle ou telle partie de ce liquide , ni à sa portion volatile (§ 290, 1°), ni à ses portions non volatiles (§ 287 , 8°) , et qu'elle est détruite par la simple influence mécanique de la succussion (§287, 6°). ,

8° Lorsqu'un changement matériel s'est opéré , il s'annonce par les qualités sensibles du corps qui l'a subi. Mais, rien absolument ne distingue l'œuf qui vient d'être fécondé de celui qui ne l'a point été (§ 298, 1°). Lorsque Knight (1) fécondait des pois blancs avec du pollen de pois gris , ils portaient des graines absolument semblables à celles qu'ils donnent ordinairement ; mais, en semant ces graines, on obtenait des pieds de pois gris à feuilles et liges colorées, à fleurs purpurines et à graines de couleur foncée. La même chose a été observée sur des arbres fruitiers.

9° La différence d'action de la fécondation sur l'avenir, puisqu'elle porte souvent avec plus de force sur un temps éloigné que sur le présent immédiat ( § 301 , 304 , 2° ; 300 , 14° ), ne saurait avoir lieu d'une manière matérielle. (1) Froriep , Notiten , t. IX , p. 49.

THÉORIES t>Ë LA PROCRÉATION.

dû0 Des facteurs matériels déterminés donnent toujours le même produit. Dans la génération , au contraire , le produit varie en raison de circonstances dynamiques individuelles, de sorte qu'il ressemble tantôt au père et tantôt à la mère. La ressemblance des enfans avec les parens(§ 303) nepeutnullement cire expliquée d'une manière matérielle, car elle ne se rapporte pas tant à une qualité ou quantité déterminée de la matière , qu'à une certaine proportion des forces , de manière qu'elle représente plutôt la prédisposition que la réalité. Quand la physionomie des parens se répète chez les enfans, c'est la forme pure , car un nez aquilin n'est pas formé d'une autre matière qu'un nez retroussé , et quand un père sex-digitaire engendre un fils qui présente la même difformité, il est impossible que ce soit ni par l'effet d'une exubérance de matière plastique , car la faible masse des doigts surnuméraires aurait facilement pu être employée dans le reste de la conformation , ni par celui d'un superflu d'une matière particulière pour les doigts , car il n'y a point de matière telle. On voit aussi se transmettre certains talens ou penchans , comme d'un autre côté on trouve des enfans doués d'organes qui manquent à leurs parens (§302).

ARTICLE II

Des données fournies par V expérience quant à V essence et à la modalité de la procréation.

% 317. Si nous rapprochons les différentes théories de la génération, nous trouvons que chacune renferme quelque chose de vrai , mais une partie seulement de la vérité. Il y a une préexistence (§ 309-314), celle de la force génératrice, et nne postformation (§ 315 , 316 ) , celle du fruit ; l'ovaire procrée (§ 309)', mais en tant seulement qu'il forme l'œuf jusqu'à un certain point ; et le sperme procrée (§ 310 ), mais seulement en tant qu'il exalte la formation au point de lui faire prendre le caractère de génération. Il y a une préformation (§314), mais seulement du type, et une métamorphose (§ 312), mais seulement de la matière. La syngénèse (§313) contient du vrai , en tant que l'idéal ou général est primordial,

et l'épigénèse (§ 314), en tant que tout ce qui est particulier naît en son temps. La génération est matérielle (§ 315) sous ce point de vue , que la force a besoin d'un substratum , et elle est dynamique en tant qu'une idéalité préside à l'acte matériel.

Après avoir saisi ces résultats , si nous quittons lesopinions pour revenir aux faits , afin de les embrasser tous d'un coup d'œil général , et de ramener leur diversité à une série unique d'idées , il ne s'agit pas moins là que de faire une nouvelle tentative pour dévoiler le mystère de la génération et en expliquer le miracle. Or, la seule raison pour laquelle nous renonçons à cette entreprise , c'est que nous ne reconnaissons ici ni mystère ni miracle.

Quand on dit qu'un objet est mystérieux, on donne à entendre parla qu'on sait tout le reste, et qu'il n'y a que la connaissance de cet objet qui nous soit interdite. Mais la génération est une activité naturelle, qu'on peut connaître, comme toute autre, en interrogeant l'expérience, pour savoir quels en sont les conditions , les phénomènes et les effets, les ramenant à des idées, et mettant ces idées en harmonie avec les décisions de notre raison. La nature n'étale pas moins à nos yeux la génération que la digestion , l'accroissement de la plante , ou la cristallisation d'un sel. Mais, dira-t-on, nous ignorons et jamais nous ne saurons ce qui se passe à proprement parler dans le sperme et la liqueur procréatrice femelle, pendant la fécondation. Sans doute?, nous ne le savons pas; mais ce qui explique notre ignorance , c'est qu'il n'y a qu'un seul intérieur, notre propre moi , que nous puissions connaître : car il serait absurde d'exiger que nous puissions connaître immédiatement l'intérieur d'un autre , et en ce sens Haller avait raison de dire qu'il nous est interdit de pénétrer dans l'intérieur de la nature. Notre moi seul nous est connu , et nous ne savons ni comment un autre se sent , ni comment il saisit les objets ; par la même raison nous ignorons l'état intérieur d'une gouttelette de sang ou d'une goutte de dissolution saline Jqui est sur le point de cristalliser. Les conclusions que nous tirons à l'égard de tous ces objets sont fondées uniquement sur l'analogie , et le dernier terme de comparaison demeure toujours notre propre conscience. Nos regrets à l'égard du mystère de

la'génération tiennent uniquement à ce que nous ne prenons point la nature telle qu'elle est , niais cherchons toujours derrière elle quelque chose qui ne s'y trouve pas , un mécanisme ingénieux, un petit ressort qui fasse aller toute la machine, quelque chose enfin qui n'existe nulle part dans la nature.

Celui qui considère un phénomène comme un miracle donne à entendre qu'il conçoit bien les autres. Le dynamiste ne trouve pas la génération incompréhensible , parce qu'il a l'idée de l'action légitime des forces sur la matière, parce qu'il reconnaît dans toute la nature la puissance de l'idéal sur le matériel, et parce qu'il ne voit dans la génération qu'une forme particulière de cette puissance. Le matérialiste seul a droit de parler ici d'un mystère , mais seulement parce que tout est mystère pour lui dans la nature ; car la formation d'une goutte de chyle, le mouvement de la séve, l'existence même d'un atome de poussière , sa cohésion , son adhésion , sa pesanteur, ne sont pas moins inexplicables que la génération par les lois de la mécanique et de la chimie. Il faut se faire à soimême une grossière illusion pour s'imaginer que l'on comprend ce qui arrive à chaque pas , à chaque instant, et qu'il n'y a que l'extraordinaire qu'on ne conçoive point : de même le sauvage regarde le lever et le coucher du soleil comme des événemens tout naturels , mais il voit dans les éclipses de cet astre un miracle qu'il attribue à de mauvais génies. Si l'on veut tout concevoir matériellement , on ne rencontre partout que mystères qui rendent toute connaissance impossible , on ne voit partout que miracles qui empêchent de trouver la nature nulle part. Plus d'un phénomène , notamment le commencement d'une nouvelle existence, annonce clairement l'action d'un infini , et fait sortir l'esprit de son sommeil léthargique : les préjugqs relatifs à tout ce qui concerne la génération , la fécondation, la grossesse, la parturition, etc., ressemblent aux discours d'un homme ivre , au fond desquels se trouve le sentiment vague et mal saisi d'une puissance supérieure. Il n'y a pour nous qu'un seul miracle , celui de l'existence infinie, et qu'un seul mystère , la manière dont le fini procède de l'infini. Une fois que nous reconnaissons pour le miracle général et primordial cet acte incompréhensible , dont notre raison

nperçoit la nécessité , mais dont notre intelligence ne peut saisir la modalité , dès que nous contemplons dans ce sens la nature telle que l'expérience nous apprend à la connaître, il n'y a plus pour nous d'autre miracle ni d'autre mystère impénétrable.

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