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CHAPITRE PREMIER

Du mouvement de l'œuf.

§ 327. La sèmination (sementis) est le transport de l'envbryolrophe du lieu où il s'est formé dans un autre où il peut se développer en un organisme individuel. On ne l'observe ni dans l'hétérogénie , ni dans la reproduction par scission ; elle n'a lieu que quand la propagation s'opère par formation de germes (§ 25). On peut la rencontrer, d'une manière purement accidentelle, dans les rejetons, les tubercules, les bulbes terrestres et les bourgeons; mais, dans la plupart des cas où l'on observe des spores , et dans ceux où l'on rencontre des bulbes aériennes ou des œufs , c'est-à-dire partout où règne la génération sexuelle, elle est une condition nécessaire au développement de l'embryon. Partout donc, à l'exception des formes les plus inférieures de la procréation , nous trouvons une séparation des fonctions ; l'organe qui a formé l'embryotrophe ne peut point le développer complètement, et il le transmet à un autre laboratoire , qui réunit les conditions nécessaires pour l'amener à sa perfection. Dans les végétaux et les animaux ovipares, la sèmination coïncide avec la naissance , ou en est la suite immédiate ; chez les animaux vivipares , elle la précède de long-temps. En général, le premier atelier paraît avoir d'autant moins de pouvoir, et la sèmination être d'autant plus précoce, que le degré de l'organisation est plus élevé : car tandis que la formation va, dans l'ovaire des végétaux, jusqu'au développement de l'embryon, et chez les animaux inférieurs , jusqu'à la production complète de l'œuf, ou même parfois, comme dans le Blennius viviparus, jusqu'à celle de l'embryon , elle se borne , chez les corps organisés supérieurs, à la production d'un germe, qui ne se

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développe en un œuf complet que pendant ou après la sémination.

Dans les végétaux et plusieurs animaux inférieurs, l'œuf quitte le lieu où il s'était produit, et arrive immédiatement à l'endroit où il doit subir l'incubation. Chez les animaux supérieurs, ce sont des organes particuliers, les oviductes, qui accomplissent la sémination. Or ici nous distinguons trois choses différentes : le passage de l'œuf dans les oviductes (§ 32S), sa progression, son cheminement dans ces conduits (§ 329), et sa sortie hors de leur cavité (§ 330).

ARTICLE I

Du passage de Vœuf dans Coviducte.

§ 328. Chez tous les animaux sans vertèbres, et chez la plupart des Poissons , l'œuf passe immédiatement de l'ovaire dans les oviductes, qui en sont la continuation. Il n'y point continuité entre les deux organes chez les animaux supérieurs (§ 94), où, par conséquent, l'organisation et l'activité vitale doivent présenter une disposition particulière qui permette à l'œuf d'arriver dans l'oviducte.

Cette disposition peut consister en ce que les œufs soient poussés vers l'orifice du conduit, ou en ce que celui-ci aille au devant d'eux.

4° Le premier cas a lieu lorsque l'orifice de l'oviducte est fixe et immobile, particulièrement chez les Poissons cartilagineux et les Batraciens, [ci les œufs tombent immédiatement dans la cavité abdominale, c'est-à-dire dans le sac du péritoine. Ils s y trouvent plongés au milieu d'une atmosphère séreuse, entourés par les surfaces lisses, glissantes et sécrétoires de la membrane ; le mouvement des organes situés à la surface externe du péritoine, notamment des muscles abdominaux et des intestins, doit contribuer à les pousser et à les faire cheminer vers le point où ils trouvent le moins de résistance , par conséquent vers l'orifice infundibuliforme de l'oviducte. Ainsi, d'après Rathke (d), l'œuf des

(t; Dcitrœije zur Geschichte der Tliicrwdl , t. I , p. 2$ , 61 , 73.

Salamandres se dirige de l'extrémité antérieure de l'ovaire vers la paroi abdominale , glisse entre celle-ci et le foie, le long du ligament longitudinal , pour se porter en devant, où le foie présente une forte inclinaison , et laisse, par conséquent, entre lui et le péricarde , un vide dans lequel l'orifice dirigé en bas du pavillon attend l'œuf ; mais, chez les Protées, la pression des muscles abdominaux force les œufs à s'écarter bientôt de la face inférieure du foie , qui est fortement bombée, à tourner vers le haut, puis à marcher en avant, et à gagner ainsi les orifices dirigés en arrière du pavillon. (Dans les Grenouilles aussi, les pavillons se dirigent en arrière pendant l'accouplement, et cela en vertu de la pression qu'exercent les pattes antérieures du mâle) (1).

Cependant il se présente ici quelques difficultés. Les voies ne sont pas tellement délimitées , que certains œufs ne puissent s'en écarter, à raison de leur petitesse, et rester engagés dans les interstices des viscères, ce dont on n'a cependant observé encore aucun exemple. Il paraît aussi que les œufs arrivent avec une grande rapidité des ovaires dans les orifices, placés très en avant, des oviductes, puisqu'une fois parvenus au voisinage de ces orifices , ils ne sont poussés dans leur intérieur ni par aucune pression , ni par la pesanteur, de sorte qu'ils devraient s'arrêter là pendant quelque temps et s'y accumuler. Monro n'a jamais rencontré d'œufs dans la cavité abdominale chez les Raies , et Spallanzani n'en a vu que trois fois dans cette cavité chez les Batraciens, dont il a cependant ouvert plus de deux mille au temps du frai (2). ( Je les y ai trouvés dans une proportion bien plus considérable chez ces derniers animaux) (3). Enfin l'orifice des oviductes est fort étroit chez les Urodèles, et cependant on ne peut pas admettre qu'il s'agrandisse par un effet de turgescence , puisque le pavillon est fort mince et semble n'être formé que par le péritoine seulement, la membrane muqueuse ne commençant à paraître que dans l'intérieur des canaux eux-mêmes.

(4) Addition de Baer.

(2) Expér. sur la génération , p. 87.

(3) Addition de Bn.er.

Nous sommes donc fondés à demander si, de même que les œufs attirent le sperme (§ 290, 2°, 3°), lesoviductes n'exercent pas également sur eux une attraction, au secours seulement de laquelle viendraient l'action musculaire et la structure des parties voisines; si enfin ces canaux n'attirent point, à la manière d'un vaisseau lymphatique, la substance avec laquelle ils ont de l'affinité, et si, par cela même, ils ne sont pas comparables à une villosité intestinale , ou au suçoir exsertile des Planaires. Comme l'albumine sécrétée dans l'oviducte s'unit plus tard d'une manière intime avec la sphère vitelline, ne pourrait-elle pas contribuer à cette attraction en vertu de son affinité adhésive, de même qu'on voit des corps entre lesquels règne une affinité d'adhésion agir les uns sur les autres à une certaine distance lorsqu'ils peuvent se mouvoir librement , par exemple , quand ils flottent à la surface de l'eau?

2° Chez les Chéloniens, les Sauriens, les Ophidiens, les Oiseaux et les Mammifères , c'est au contraire l'extrémité ouverte , ou le pavillon de l'oviducte qui va chercher l'ovaire, et qui s'y applique pour absorber l'œuf au moment où il en sort. Ici les deux organes sont assez rapprochés l'un de l'autre , puisque , chez la femme par exemple , les trompes s'écartent de la matrice en dehors, mais se recourbent de devant en arrière et de dehors en dedans à leur extrémité, de manière que les pavillons regardent les ovaires , conjointement avec lesquels ils sont maintenus en situation par un même prolongement du péritoine , comme on peut s'en convaincre en ouvrant la cavité abdominale par derrière (1). Dans le Phoque, la Loutre , la Martre et le Putois , le péritoine forme un sac clos , analogue à la tunique vaginale du testicule, qui revêt d'un côté l'ovaire , de l'autre l'oviducte , avec son orifice , et qui maintient les deux organes , l'un auprès de l'autre (2). C'est probablement une action musculaire qui met l'ovaire

(1) Autenrieth , dans Reil , Archiv fuer die Physiologie , t. VII, p. 294.

(1) Trev\ranus , dans Zcitschrift fuer Physiologie , t. I, p. 4SQ. — Weber, dans Meckel , Archiv fuer Anatomie, 1826, p. 405. — Bacr, De toi mammalium et hominis yenesi /Leipzick , 4824 , in-4.

et l'oviducte en rapport de continuité l'un avec l'autre chez les Oiseaux et la plupart des Mammifères , spécialement ceux dont les oviductcs sont liés d'une manière immédiate aux ovaires par un repli du péritoine garni de fibres charnues, comme, par exemple , dans le Cochon d'Inde (1). Mais, dans les autres cas, la contiguïté résulte de la turgescence du pavillon, déterminée elle-même par l'afiluence du sang. Une fois que la vitalité de l'ovaire est parvenue à son plus haut degré d'intensité, cette exaltation se propage au pavillon, et avec d'autant plus de facilité que celui-ci reçoitdes branchesde l'artère ovarienne. Aussi voit-on, chez les Oiseaux , au temps de la ponte , cette artère se développer, et le pavillon lui-même se gonfler (2), quoiqu'ici l'action musculaire semble être celle qui prend le plus de part à la production du mouvement. Ainsi entré en turgescence, le pavillon, dont les artères ont acquis une plus grande flexuosité et perdu de leur longueur , se trouve attiré vers l'ovaire , et l'embrasse par son bord, de sorte que la vésicule, mûre et sur le point de crever , fait saillie dans son intérieur. Haller (3) et Walter(4) sont même parvenus, sur des cadavres de femmes dans lesquels l'injection des artères ovariennes avait parfaitement réussi, à voir les trompes s'ériger et s'appliquer aux ovaires. Hausmann a vu, dans des Truies, les ovaires si étroitement embrassés par les pavillons , que tout liquide qui en sortait devait être reçu par ces derniers, sans qu'il s'en perdît une seule goutte. La turgescence doit surtout être fort vive chez la femme et chez les femelles des Singes ; car les franges des pavillons , ou les extrémilés lobuleuses de la membrane muqueuse qui dépassent la tunique péritonéale, sont très-développées et analogues à des lambeaux de peau susceptibles d'érection.

3° Sous le point de vue du temps , Kuhlemann a trouvé , dans les Brebis, le pavillon appliqué à l'ovaire depuis trois

(1) Zeitschrift fuer Physiologie , t. I , p. 483.

(2) Spaflgeilberg , Disq. circapart. genit. fœmin. avium , p. 5J>, Ci.

(3) Elément, physiol. , t. VIII , p. 2S.

(4) Betrachtangcn uebcr die Geburtsthoile , § 22.

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quarts d'heure jusqu'à cinq heures après l'accouplement (1) ; il l'avait abandonné, dans un cas, au bout de douze heures, mais , dans un autre cas , il y tenait encore au bout de vingtdeux heures (2). Haighton l'a trouvé dans la situation ordinaire quelques minutes après l'accouplement , chez des Lapines ; il ne l'a vu entrer en turgescence que vers la neuvième heure , et au bout de quarante-huit heures il l'a observé embrassant l'ovaire. Graaf l'a vu s'en rapprocher au bout de vingt heures, et, dans un cas, Cruikshank l'a encore trouvé appliqué à l'organe sur la fin du troisième jour. Deswig dit ne l'avoir vu se rapprocher qu'au sixième jour chez une jeune Vache(3).

4° Quand les franges de l'oviducte ne s'appliquent point à l'ovaire fécondé , il faut que l'œuf détaché reste suspendu à ce dernier , ou qu'il tombe dans la cavité abdominale , auquel cas on voit survenir une grossesse ou ovarienne ou abdominale. On a quelquefois découvert dans l'organisation les causes de cet état anormal, telles que l'adhérence, la brièveté , l'excès de longueur , ou la mauvaise conformation de l'oviducte ; mais la plus fréquente de toutes paraît être une commotion morale éprouvée pendant l'acte vénérien , ou immédiatement après (§ 294, 5°) , surtout la crainte d'une surprise ou celle de devenir enceinte. Voilà pourquoi les grossesses extra-utérines sont plus communes chez les filles et les veuves, celles surtout qui attachentbeaucoup de prix à conserver les apparences d'une conduite régulière(4). Si la frayeur éprouvée pendant l'acte vénérien n'influe point sur la rupture de la vésicule de l'ovaire , et se borne à intervertir la fonction de la trompe , on n'en peut trouver d'autre cause sinon que la fécondation a eu lieu durant l'acte , que par conséquent la turgescence de l'ovaire étant déjà parvenue à son plus haut terme , rien ne peut plus désormais empêcher la glande d'accomplir l'œuvre qu'elle a commencée , tandis que l'activité vitale de l'oviducte n'est point encore arrivée à son point culminant d'exaltation , de

(1) Obs. quaedam circa negotium generatidnis , p, 17. [ (2) ll>id., y. 20.

(3) Treviranus, Biologie , t. III, p. 391.

(4) Josephi, Ueber die Schwanycrschaft axisserhalb der Gebacrmu iicr p. 57. ;

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sorte qu'une commotion qui trouble violemment les plaisirs de la copulation a le pouvoir de la paralyser. La femme chez laquelle Lallemand a observé une grossesse extra-utérine se sentit mal à son aise dès la nuit même qui suivit la catastrophe, et le lendemain elle éprouva une douleur fixe à; la région inguinale gauche ; celte douleur annonçait une péritonite , et celle-ci dépendait vraisemblablement de ce que le péritoine avait été irrité par la présence insolite de l'œuf (1). Si cette explication est fondée, le cas lui-même prouverait que, chezla femme, l'admission de l'œuf dans la trompe peut avoir lieu déjà durant les premières vingt- quatre heures qui suivent l'acte vénérien.

5° Que la trompe soit mise en mouvement par turgescence ou par action musculaire , l'effet part toujours de l'ovaire , dont les artères s'érigent les premières, ou dont les fibres musculaires commencent à se contracter du côté par où elles tiennent à sa capsule , et qui leur offre un point d'appui. Dans les deux cas donc , l'ovaire joue le rôle de principe déterminant ou d'organe qui attire. Or , comme il y a fécondation extérieure absolue (§ 274, 1°) chez les Anoures, c'est-à-dire que l'œuf passe dans les oviductes , et naît avant la fécondation , tandis que , chez les Urodèles , il y a fécondation extérieure, relative (§ 274, 2°), c'est-à-dire fécondation des œufs déjà engagés dans l'oviducte , mais non encore nés , nous devons présumer , par analogie , que , chez les Squales, quoiqu'il y ait accouplement intérieur absolu , l'œuf pénètre néanmoins dans l'oviducte avant la copulation , et y est fécondé. Si celte conjecture est fondée , nous pouvons considérer comme une proposition établie sur l'expérience , que l'œuf non fécondé , mais tendant à l'être, se trouve attiré et absorbé par l'oviducte , dont l'activité vitale est exaltée et le tissu à l'état de turgescence , tandis que l'ovaire fécondé, ayant la prépondérance du côté de la vitalité, attire au contraire l'oviducte , et lui transmet l'œuf.

(4) Erilleinntu! , Observât, pathologiques , p. 46.

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ARTICLE II

De la progression de Vœuf dans Voviducte.

§ 329. 1° Comme tous les canaux formés d'une membrane muqueuse , les oviductes ont le pouvoir de faire cheminer les substances contenues dans leur intérieur , et cette faculté est liée à l'existence de fibres musculaires plus ou moins prononcées. Déjà les oviductes de certains Insectes laissent apercevoir, lorsqu'ils sont pleins d'œufs , un mouvement ondulatoire ou vermiforme , qu'on remarque également chez les Lapine s(l), les Brebis (2) et autres femelles de Mammifères. Ainsi , par exemple , non seulement les trompes , mais encore les cornes de la matrice exécutent des mouvemens vifs , que les excitations extérieures accroissent peu. De même aussi, dans les Oiseaux , la membrane musculeuse de l'oviducte est plus forte et plus riche en vaisseaux à l'époque de la ponte , tandis que le faisceau musculaire s'étale davantage dans son repli péritonéal (3)- Chez les Oiseaux , la sphère vitelline est poussée le long de l'oviducte par un mouvement en spirale. En même temps l'oviducte sécrète des substances qui servent à former et développer l'œuf , de sorte que celui-ci y subit déjà une sorte d'incubation (§ 340).

2° La durée du séjour des œufs dans les oviductes paraît varier beaucoup chez les animaux ovipares; mais on ne peut la déterminer d'une manière rigoureuse , parce qu'on ne connaît pas l'époque à laquelle les œufs se détachent de l'ovaire. Chez les Batraciens , la ponte des œufs non fécondés a lieu environ quatre ou cinq jours après le commencement de l'accouplement. LesLépidoptères pondent leurs œufs peu d'heures après la copulation , les Limaçons trois à quatre semaines , les Araignées deux mois , les Guêpes et les Bourdons six mois après, car ces derniers s'accouplent en automne, et ne déposent leurs œufs qu'au printemps suivant. Le Faisan pond

(1) Philos. Trans., 1797, p. 199.

(2) Kuhlemann , loc. cit., p. 8.

(3) Spangenberg , loc. cit., p. 51.

trois ou quatre semaines , et la Perdrix dix à douze semaines après l'accouplement.

Dans la classe des Mammifères , Cruikshank a vu les vésicules de l'ovaire crever deux heures après la fécondation , chez des Lapines, et il a rencontré les œufs dans lesoviductes au troisième jour, dans la matrice à la fin du quatrième. Kuhlemann a trouvé, chez des Brebis, les vésicules ovariennes crevées à la fin du premier jour , les œufs dans les oviductes au quinzième , et dans la matrice au dix-neuvième. Prévost et Dumas ont vu , chez des Chiennes , les vésicules crevées au sixième et au septième jours , et le huitième jour les œufs en partie encore dans les oviductes , en partie déjà dans la matrice. Comme la portée des Lapines est de vingthuit jours , celle des Brebis de cent trente-cinq , et celle des Chiennes de soixante-trois , un septième de sa durée s'écoulelerait , chez ces animaux appartenant à trois ordres différens de la classe des Mammifères , avant que l'œuf parût dans la matrice. Il se peut que , chez la femme , l'œuf y arrive, proportion gardée, à une époque moins reculée , dès la fin du premier vingtième de la grossesse , ou quinze jours après la fécondation : toutes les assertions qui font remonter son arrivée à une époque antérieure , paraissent ne mériter aucune croyance.

ARTICLE III

De la déposition de l'œuf.

§ 330. L'endroit où l'œuf est amené par les oviductes, afin d'y subir l'incubation, est situé tantôt au dehors (§ 330-337), tantôt au dedans (§ 338) du corps de la mère.

Dans le premier cas , l'œuf naît avant que l'embryon soit développé. Les animaux chez lesquels ce phénomène a lieu , et qu'on nomme ovipares, n'ont point de matrice, c'est-àdire que leur oviducte n'est pas développé , sur un point de son étendue, en un organe particulier, spécialement consacré à l'incubation de l'œuf , et qu'il se termine à la surface extérieure , de manière que la sémination coïncide ici avec la naissance. L'œuf déposé à l'extérieur se trouve tantôt libre

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dans l'endroit où il doit se développer , tantôt renfermé dans une excavation particulière, qui n'a point de connexions organiques avec lui , mais qui est formée par la mère, en un mot dans un nid. Ces œufs ont cela de commun avec les spores (§30), les tubercules (§ 39) et les bulbes (§ 41), qu'ils restent plus ou moins long-temps sans se développer, et qu'ils ac^ quièrent la propension à le faire quand les circonstances sont favorables, en d'autres termes, qu'ils conservent pendant quelque temps leur aptitude à se développer ou leur faculté germinative (facilitas germinativa).

I. Le but de celte aptitude est évident. Sans elle , le développement des œufs pondus ne serait point possible. C'est donc une disposition au fond de laquelle il y a une intention , ou dont la cause proprement dite et essentielle repose sur une idée. Tandis que l'œuf qui reste dans le corps de Ja mère, y trouve remplies de la manière la plus précise les conditions de son développement ultérieur , ces conditions ne sont point ainsi préparées d'avance pour l'œuf pondu au dehors, et il s'écoule souvent un long espace de temps avant que son développement puisse avoir lieu. Les Oiseaux ne commencent à couver que quand ils ont complété le nombre d'oeufs à maturité qui doivent faire partie d'une couvée , et l'œuf pondu le premier doit conserver sa faculté germinative jusqu'à ce qu'il vienne à être couvé en même temps que l'œuf pondu le dernier. Les œufs de certains animaux, par exemple des Lépidoptères, sont pondus à une époque de l'année où ils ne peuvent point se développer ; mais ils ont la propriété de rester aptes à le'faire jusqu'à la prochaine saison favorable. Au contraire , les œufs qui sont pondus dans un temps où se rencontrent les conditions nécessaires à leur entier développement , comme ceux des Batraciens , ne possèdent pas une faculté germinative de longue durée , parce qu'ils n'en ont point autant de besoin. Tandis que l'animal trouve dans sa volonté les moyens d'exécuter des actes qui lui permettent de déposer son œuf au milieu des conditions nécessaires pour qu'il puisse se développer , la plante n'a pas la faculté de chercher ou de faire naître ces conditions : son œuf est donc moins en sûreté de ce côté ; mais la plus longue durée de la faculté

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germinative dont il jouit lui permet d'attendre un hasard favorable. Presque toutes les graines sont encore aptes à permer la seconde année au moins , tandis qu'aucun œuf animal ne peut conserver aussi long-temps l'aptitude à se développer, et de cette manière la formation donne à la plante ce que l'instinct procure à l'animal.

H. Il y a un rapport évident entre l'œuf et les conditions extérieures de son développement. Le développement de l'œuf est la manifestation de sa vie ; mais les circonstances extérieures, telles que la chaleur, l'eau et l'air, ne peuvent animer la matière , ou lui donner la faculté de se développer organiquement; elles ne font que lui en fournir l'occasion et l'exciter à développer cette faculté. La fécondation procure donc à l'œuf l'aptitude à vivre , ou la faculté de produire les phénomènes de la vie, lorsque certaines conditions extérieures viennent à agir sur lui. Ainsi le développement de l'œuf , ou la manifestation de sa vie , est le résultat commun d'une cause intérieure et de circonstances ou conditions extérieures.

III. Mais en quoi consiste la persistance de cette aptitude à vivre pendant un certain laps de temps, durant lequel elle ne se manifeste point? Dans quel état se trouve l'œuf pendant ce temps ?

Ici deux cas peuvent avoir lieu : ou l'aptitude à vivre se rattache uniquement à la constilution matérielle , à la composition , à la forme de l'œuf , et celui-ci est sans vie tant que les conditions extérieures ne l'ont pas métamorphosé de telle manière que la vie se manifeste actuellement en lui ; ou bien il jouit déjà de la vie , et c'est la vie , en d'autres termes l'activité réelle, qui lui communique sa composition et sa forme, comme conditions nécessaires du développement. Nous admettons en fait ici qu'à l'activité vitale se rallie une certaine constitution matérielle , et notre problème se réduit , en dernière analyse , à savoir si l'une des deux est essentielle et le fondement de l'autre.

1° Il paraît n'y avoir qu'une simple différence de quantité entre l'aptitude à vivre du fœtus et sa pleine vitalité ; car si cette dernière ne se manifeste que sous l'influence plus prononcée de la chaleur, de l'air et de l'eau, une action plus

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faible de ces mêmes influences est nécessaire pour que la première persiste. L'aptitude à vivre cesse lorsque nous enlevons toute l'eau, quand, par exemple, nous laissons des œufs de Crapaud, de Grenouille, de Poisson, d'Ecrevisse, exposés au sec pendant quelques jours , ou lorsque nous soumettons des graines à une dessiccation complète. Elle cesse également quand on couvre l'œuf de cire ou d'huile , de manière à ce qu'il soit entièrement soustrait à l'action de l'air. Une certaine température est nécessaire de même à son maintien ; les œufs des Grenouilles peuvent rester plusieurs heures dans une glacière sans perdre leur faculté de se développer, mais quelques journées de séjour les en privent à jamais; ils ne pourrissent point lorsque l'eau dans laquelle ils se trouvent vient à geler , mais la congélation du mucus qui les entoure détruit en eux la vie.

2° La durée de l'aptitude à vivre se rattache , en général , aux conditions chimiques , et elle est en proportion inverse de la facilité à se décomposer, de manière que l'œuf des animaux est plus décomposable que celui des plantes, et que l'œuf des Batraciens l'emporte à cet égard sur celui des Insectes. Cependant nous ferons remarquer d'abord que cette constitution chimique de l'œuf est un produit de la vie , et que , comme telle , elle correspond au temps dans lequel doit avoir lieu le développement. En second lieu , la composition chimique n'explique pas toujours d'une manière satisfaisante les différences de la durée d'aptitude à vivre ; elle ne rend pas compte , par exemple , de ce qui fait qu'il faut un an pour enlever cette faculté aux glands et au café , deux pour en priver l'orge , quatre le froment , dix la vesce , et quinze la graine de lin. Si nous mettons le jaune d'un œuf de Poule dans une vessie pleine d'albumine , il entre en putréfaction au bout de quelques semaines , tandis qu'étant en connexion organique avec l'œuf, il se maintiendra pendant plusieurs mois ; or, la différence des conditions chimiques n'est nullement en rapport ici avec celle que nous apercevons dans les phénomènes.

3° Nous pouvons bien anéantir l'aptitude à vivre dans l'œuf par des influences chimiques , mais il ne s'ensuit pas de là

que cette aptitude elle-même naisse uniquement des conditions chimiques. Nous savons, au contraire, que la vie peut être détruite par l'anéantissement de ses produits. De même l'aptitude de l'œuf à vivre disparaît sous des influences dont nous ne saurions démontrer l'action chimique, par exemple sous celle d'une commotion électrique ou d'une simple succussion 5 car Baer a remarqué que les œufs de Poule qui ont été transportés sur des voilures sont rarement bons à être couvés, et ceux de Faisan sont tellement susceptibles, qu'il faut les porter à la main quand on veut les faire couver ailleurs avec quelque probabilité de succès.

4° La vie se manifeste partout comme une activité tendant à la conservation de soi-même. Mais l'œuf apte à se développer demeure tel sans qu'on aperçoive en lui aucune activité , c'est-à-dire aucun mouvement , aucun changement de qualité. Cependant nous remarquons que , dans les végétaux inférieurs , où. il n'y a aucun mouvement sensible de liquide, la vie ne se dénote non plus par aucun acte appréciable aux sens , mais s'annonce seulement par la persistance du caractère verdoyant et par l'accroissement progressif : nous voyons aussi, chez les animaux sujets au sommeil d'hiver et chez les animaux tombés en asphyxie, que tous les actes extérieurs ont cessé sans que la vie soit anéantie pour cela. Ainsi lorsque la vie se trouve réduite au minimum , sa manifestation peut être latente sans qu'elle cesse d'exister. Mais ce qui prouve que tel est réellement le degré d'activité vitale par lequel la conservation de soi-même s'accomplit dans l'œuf non couvé, c'est qu'il faut un certain degré de chaleur , une certaine quantité d'air et d'eau , pour qu'il conserve son aptitude à se développer (1°) , c'est en outre qu'il offre les phénomènes suivans :

ô°L'œuf ne cesse jamais d'exhaler, alors même qu'il n'est point soumis à l'incubation , et tout porte à croire que , tandis qu'il abandonne ainsi certaines substances à l'atmosphère , il lui en emprunte d'autres. Ainsi un œuf de Poule perd journellement plus d'un grain de son poids, de sorte qu'après être resté un mois sans incubation , il se trouve plus léger de trente-cinq grains environ qu'au moment de la ponte.

6° Des graines qui , lorsqu'elles viennent à germer , déploient une activité vitale faible, et donnent des plantes débiles , perdent plus promplement leur faculté germinative , quand elles restent sans développement , que celles qui possèdent une pins grande activité vitale : aussi aime-t-on mieux semer des graines anciennes, parce que les moins robustes d'entre elles ont péri, et que de celle manière on obtient des plantes plus vigoureuses.

7° Certaines graines , par exemple celles de Lin et de Melon , donnent des plantes d'autant plus robustes qu'elles germent plus tard ; elles se perfectionnent donc pendant l'état de repos , et ce perfectionnement ne peut consister qu'en une continuation de développement, dépendante elle-même de l'activité vitale. '

8° La graine finit par perdre avec le temps sa faculté germinaiive , de même que toute vie s'éteint quand elle est arrivée à son terme.

9° Lorsqu'en soustrayant les graines à l'influence du degré d'aération , de chaleur et d'humidité qui pourrait les déterminer à germer, on les maintient toujours uniformément au plus bas degré possible de vitalité , elles conservent plus longtemps leur aptitude à germer, parce qu'alors l'excitation et la consommation sont moins considérables. Ainsi on a vu des graines de JDolichos pruriens conserver encore leur faculté germinative au bout de trente ans , des graines de Melon , au bout de cinquante (1), des graines de Cassia fistula , au bout de cent (2) , et même du blé de Turquie au bout de trois siècles. Nous ne pouvons non plus expliquer d'une manière probable la présence de Grenouilles et de Crapauds dans des blocs (§18, 6°), qu'en admettant que leurs œufs ont été enveloppés par la pierre au moment où elle se produisait , et qu'exposés ainsi à un minimum de chaleur, d'air et d'eau, ils ont mis une longue série d'années à se développer ; caries rognons calcaires qu'on trouve sur les boisages et les échelles

(4) Tiltmann , Ueber don Embnjo des Samenkorns , p. 57. (2) Wildenow , dans Maijuzin fuer die neueslen Entdccltumjcn , t. II, p. 290.

S&f DU MOUVEMENT DE l'oeUF.

des mines abandonnées depuis un siècle au plus , prouvent que des masses pierreuses peuvent se former dans un laps de temps proportionnellement assez court. Dwight (1) prétend avoir vu aussi un Insecte , dont l'œuf avait été renfermé pendant quatre-vingts ans dans un tronc d'arbre, et ne se développa qu'au bout de ce laps de temps, lorsqu'il vint à entrer en contact avec l'air etla lumière.

10° Volkmann a prouvé par des expériences (2) que l'œuf apte à se développer a la faculté , spécialement dévolue aux corps vivans , de maintenir sa propre température jusqu'à un certain point contre l'influence de la chaleur et du froid du dehors. Un œuf de Poule susceptible d'être couvé ne gèle point encore lorsque déjà l'eau dans laquelle on l'a plongé entre en congélation ; il ne gèle qu'à une température de huit degrés au dessous de zéro , et au bout d'une heure trois quarts , tandis que cinq quarts d'heure suffisent à l'œuf frappé de mort. La température du premier monte de dix-huit degrés à trentesix en six minutes dans l'eau chaude , tandis que celle du second s'élève de dix-huit à quarante-cinq pendant le même laps de temps. Peu importe alors que l'œuf ait été tué par le froid, par la succussion, par une piqûre d'épingle, par un enduit de gomme arabique , par un sé jour de huit heures dans le vide, ou par l'électricité. La diversité de ces circonstances prouve que ce n'est point un changement matériel déterminé, mais seulement l'anéantissement de la vie, qui détruit l'aptitude à maintenir la température en dedans de certaines limites , et que par conséquent cette aptitude repose sur une activité vivante.

11° D'après les observations de Home (3) et d'autres, l'embryon de Poulet se développe beaucoup plus rapidement et plus facilement lorsque l'œuf est soumis à la chaleur de l'incubation aussitôt après avoir été pondu , que quand il reste quelque temps avant de la subir. Le développement est donc d'autant plus complet qu'il souffre moins d'interruption. Si

(1) Froriep, Notizen.X. VII, p. 494.

(2) Observationes hioloyicœ , p. 30-47.

(3) Lectures on comp. anatomy , t. III , p. 429.

l'on fait cesser l'incubation à l'époque où la formation des vaisseaux a déjà commencé, l'embryon meurt irrémissiblement.

Chez les êtres organisés inférieurs , au contraire , la germination peut, sans nul inconvénient, être interrompue pendant quelque temps. Saussure (1) a reconnu que des graines qu'on avait fait sécher lorsque déjà elles commençaient à germer , recommençaient à végéter quand on venait à les humecter de nouveau , et ce phénomène s'opérait d'autant plus facilement que la germination était moins avancée et la dessiccation portée moins loin; si l'embryon était déjà fort développé, et qu'on poussât trop loin la dessiccation , la nouvelle germination avait heu plus tard ou même ne s'opérait plus du tout. Les plantes inférieures , notamment les Graminées , supportaient plus facilement que les autres cette espèce de suspension.

Le développement des animaux inférieurs peut aussi être interrompu. Carus a vu des larves de Libellules et d'Ephémères, qui avaient été gelées, se ranimer lorsqu'on les faisait dégeler doucement.

On sait que les organismes des derniers rangs , notamment les Lichens , les Mousses et les Vibrions, ont la faculté de résister pendant quelque temps à la dessiccation, et de reprendre le plein et entier exercice de leur vitalité lorsqu'ils viennent à être ensuite humectés de nouveau.

De tous ces faits et de toutes ces analogies, il résulte que l'œuf, après avoir reçu l'influence de la vie maternelle, antérieurement à la sémination , commence sa propre vie par un minimum qui ne se manifeste que comme conservation de soi-même et par une activité latente , insensible. Tout développement n'ayant lieu que peu à peu , la vie des organismes les plus parfaits doit également débuter par un minimum ; mais comme elle a déjà pour base un type plus élevé, elle ne saurait non plus demeurer enchaînée à ce degré inférieur ; son développement doit donc marcher sans interruption, et il faut qu'elle passe sur-le-champ du laboratoire où elle a été

(I) Annales des se. nnt., tj X, p. CSi

produite , l'ovaire , dans la matrice , où son incubation commence.

L'œuf déposé au dehors tantôt se trouve éloigné du corps de la mère ( § 331-335 ), tantôt reste auprès d'elle ( § 336-337 ).

A. Séparation totale de l'œuf et de la mère.

Dans le premier cas , ce sont des actes volontaires (§ 332- 335), ou des circonstances extérieures (§ 331), qui l'amènent à l'endroit où il doit subir l'incubation.

§ 331. Les plantes et les animaux des ordres les plus inférieurs, déposent leurs spores ou leurs œufs sans exécuter de mouvemens particuliers pour leur procurer une situation qui convienne au développement. Certains Mollusques et Poissons sont également dans ce cas.

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