‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 53 sur 81 · SÉPARATION DÉTERMINÉE PAR DES CIRCONSTANCES EXTÉRIEURES · texte numérisé non relu

SÉPARATION DÉTERMINÉE PAR DES CIRCONSTANCES EXTÉRIEURES

1° Ce sont parfois des circonstances purement mécaniques qui amènent les germes dans l'endroit où ils doivent se développer. La graine du végétal tombe sur le sol on vertu de sa pesanteur, et l'œuf, tant des Mollusques que des Poissons, arrive , par le fait même de sa naissance , dans l'eau , où il se développe, parce que c'est là précisément que ces animaux font leur séjour.

Nous trouvons , chez plusieurs végétaux , des dispositions mécaniques propres à éloigner les graines de la souche maternelle, et à les semer dans un rayon plus étendu. Certaines capsules ont une élasticité telle que , quand elles ont été desséchées par la chaleur du soleil, elles éclatent et lancent au loin leurs graines. Les graines des Marchantia et des Jungcrrnannia sont suspendues à desfilamens hygrométriques qui se courbent et serpentent à l'air humide.

2° Quelquefois c'est l'activité plastique du corps maternel qui porte l'œuf dans l'endroit où il doit se développer. Ainsi certaines plantes enfouissent elles-mêmes leurs graines dans la terre. La fleur de YArachnis hypogœa est située à la partie inférieure de sa tige et penchée vers le sol , dans lequel s'enfonce le pistil , de manière que le fruit se trouve porté, durant

le temps môme de sa formation , dans le lieu où il doit se développer (i),

3° Certains œufs sont répandus au [loin" par des forces étrangères, et portés dans un endroit distant du corps maternel, àl'époque où leur conformation les dispose d'une manière spéciale à supporter ce transport. Beaucoup de graines nues cèdent à l'action des vents, soit parce qu'elles sont fort légères, ayant des espaces vides entre leurs membranes, ou étant enveloppées d'une substance molle et lanugineuse, soit parce qu'elles présentent des expansions d'un tissu délicat, qui offrent de la prise au vent, comme il arrive , par exemple , aux prolongemens aliformes et aux aigrettes plumeuses. D'après les remarques de Schubler (2) , les graines des plantes aquatiques sont ordinairement plus pesantes que l'eau, de sorte qu'en sortant de leurs capsules, elles tombent sur-le-champ au fond, où elles peuvent germer, tandis que celles de la plupart des arbres élevés sont légères et susceptibles d'être dispersées dans le voisinage par les courans d'eau à la surface desquels elles tombent. D'autres sont transportées par des animaux, soit parce que leur superficie est garnie de crochets qui leur permettent de s'attacher aux tégumens de ces êtres, soit parce qu'elles résistent à l'action digestive de ceux qui ont a\alé leurs enveloppes pour s'en nourrir, et sortent de leur corps avec les matières fécales, au milieu desquelles elles trouvent le lieu le plus approprié à leur germination. C'est ainsi que les graines du guy tombent, avec les;excrémens des Grives , sur les branches des arbres , où elles se fixent et germent (3). Il arrive parfois aussi aux œufs des animaux d'être transportés de la même manière dans des lieux éloignés. Ceux des Batraciens se renflent, en vertu de leur enduiL mucilag.neux, dans l'estomac des Oiseaux qui les ont avalés, et ils sont vomis au bout de quelque temps, ayant alors la faculté de se développer, pourvu toutefois qu'ils aient été préalablement fécondés (4). Les œufs de certains Pois-

(d)Ticv'ranus , Biologie, t. III , p. 301.

(2) Kastner, Archiv fuor die yesammte Naturlehre , t. X, p. 426.

(3) Journal de Magcndie , t. MI, p. 316.

(4) Home, dans Philos. 'J'rans., 1810, p. 212.

sons, par exemple du Brochet, du Barbeau, etc., ont des membranes épaisses et coriaces, au moyen desquelles ils résistent à l'action digestive des Oiseaux qui les avalent, de sorte que ceux-ci les rendent intacts avec leurs excrémens , et en peuplent des étangs de nouvelle formation (§ 18, 5°).

4° Quoique ces diverses dispositions paraissent amener les œufs dans la situation qui leur est nécessaire pour se développer , cependant la chose n'a point lieu d'une manière régulière et sans exceptions, comme lorsqu'elle dépend de l'instinct maternel. Aussi tient -elle beaucoup au hasard, et une multitude d'œufs ainsi dispersés périssent sans pouvoir se développer. La destruction est prévenue jusqu'à un certain point par la longue persistance de la faculté germinative dans les graines des plantes (§ 330, I), et par cette autre circonstance que les œufs des animaux qui appartiennent à la catégorie dont nous parlons , ne naissent qu'à une époque de l'année et dans un milieu où ils rencontrent les conditions nécessaires à leur développement. Mais le meilleur de tous les préservatifs consiste en ce que l'inépuisable fécondité des organismes maternels produit ces œufs en si grand nombre , que la conservation de l'espèce n'en est pas moins assurée, malgré la perte d'une multitude d'individus.

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