FORMATION DE L'ŒUF
sette , qui était précisément en train de renverser la membrane nidulante , étant situé clans une dépression de cette membrane profonde de quatre lignes et entourée d'un rebord saillant. Hunter a également représenté cette disposition (1). Une seule circonstance semble s'élever contre elle ; c'est que la plupart du temps le point où a lieu le renversement n'est pas ouvert , ou, en d'autres termes, ne représente pas un canal dans lequel l'œuf se serait glissé , et, qu'au contraire on trouve la membrane nidulante couverte et close. Mais, dans les premières périodes , il y a réellement une ouverture ; je m'en suis positivement convaincu de mes propres yeux , et c'est seulement plus tard , par l'effet d'une sécrétion de la surface de la matrice, mise à nue lors du renversement , que se produit un couvercle, qu'on peut appeler caduque secondaire [ctecidua serotina), et qui est le rudiment du placenta. Plus tard même on parvient encore à distinguer l'endroit où le renversement a eu lieu , attendu que la membrane nidulante se termine au pourtour de la matrice , comme l'ont reconnu Velpeau (2) et Bischoff(3). Burns, en observant des œufs parvenus à une période plus avancée, s'est trouvé Conduit à penser que la couche extérieure de la membrane nidulante est perforée par l'œuf , et qu'elle se referme après le passage de celui-ci , tandis que la couche interne seule prend la forme d'un sac', suivant le mécanisme qui vient d'être décrit (4). Roux (5) et Àlessandrini (6) ont émis une opinion insoutenable en disant que la caduque réfléchie est formée par un liquide que sécrètent les flocons du chorion, assertion contre laquelle s'élève déjà cette circonstance qu'on peut y rendre quelques vaisseaux visibles à l'œil en poussant l'injection dans les artères utérines. Seiler (7) pense qu'elle se produit aux dépens de la membrane nidulante.proprement dite , qu'il regarde comme
(!) Anat. uteri gravidi , pl. XXXTV, flg. 7-9.
(2) Embryologie , p. 4.
(3) Loc. cit., p. 22.
(4) Loc. cit., p. 202.
(5) Bichat, Anat. dcscript., t. V, p. 369. *
(6) Meckel , Deutsches Archiv , t. V, p. 606.
(7) Die Gebœrmutter und das Ei des Mnnschen , p. 30.'
4a8 FORMATION DE t'OEUF.
la muqueuse de la matrice. Mayer croit (1) qu'elle se forme dans l'oviducte. Breschet (2j pense qu'elle doit naissance plutôt à l'accroissement du feuillet interne de la membrane nidulante qu'à son renversement , attendu que, si l'œuf ne parvient pas d'une manière immédiate de la trompe dans la cavité de la membrane nidulante , il ne demeure pas non plus à la surface externe de cette dernière , mais pénètre dans son tissu.
Le renversement s'effectue à peu près dans la troisième semaine de la grossesse. La portion renversée est très-distincte dans la sixième semaine, et se nourrit encore par quelques vaisseaux qui y passent à travers le col , de sorte que , d'après Carus (3) , à l'époque où le placenta se développe , vers la fin du troisième mois , cette portion devient même plus épaisse que la membrane nidulante primitive, qui déjà commence à s'atrophier; mais ensuite la distension qu'elle éprouve, par l'effet du développement toujours croissant de l'œuf, la rend de plus en plus mince et transparente , et la refoule vers la membrane nidulante première ou extérieure, de sorte que, dès le commencement du quatrième mois, elle s'accolle à celleci, sous la forme d'une couche mince de tissu cellulaire lâche. Il faut que ce soit cette période qu'aient eue sous les yeux les anatomistes qui ont nié l'existence de la caduque en général, ou seulement de la caduque réfléchie , tout comme autrefois on prenait les fruits des labiées pour des graines nues.
5° Nous considérons donc la caduque comme une espèce de membrane nidulante , qui reçoit l'œuf en elle-même par renversement, le soutient, le fixe , sert d'intermédiaire à l'influence de la matrice sur lui pendant les premiers temps de la grossesse , établit un conflit plus libre entre lui et cet organe à l'endroit du renversement, et périt enfin lorsque la relation est devenue aussi intime que possible par les progrès du développement de l'œuf et la formation du placenta. D'après cela, nous la comparons au péricarpe des plantes , ainsi qu'aux membranes nidulantes , aux masses nidiformes et aux nids des animaux ovipares.
(1) Muller, Archiv fuer Anatomie , 1. 1 , p. 5.
(2) Loc. eit., p. 401.
(3, Zur Lehre von Schwangcrschaft , t. II , p. 8.
FORMATION DE L'OEUF. 4^9 Cuvier regarde cette membrane comme l'analogue de la coquille calcaire de l'œuf des Oiseaux , parce qu'elle s'applique au chorion, qu'il croit êlre l'analogue delà membrane testacée. Mais la coquille calcaire n'est pas une partie essentielle et nécessaire , qui doive se trouver dans tous les œufs, et , sa situation à part , la membrane caduque n'a pas la moindre analogie avec la coquille calcaire , tandis qu'elle en a une frappante avec les formes de nidamentum qui ont été décrites précédemment (I , II). Nous trouvons chez les Sauriens une membrane testacée, sans coquille calcaire et sans membrane nidulante ou caduque , de sorte que cette dernière ne peut point être considérée comme remplaçant de toute nécessité la coquille lorsqu'elle vient à manquer. Chez TEcrevisse aussi, outre la coquille solide , il y a encore un enduit muqueux par le moyen duquel l'œuf parvient à s'attacher. Ce qui prouve que la membrane caduque est un produit tout spécial de la matrice, et non une coquille calcaire , c'est ce qu'on observe dans la Chienne , où elle n'entoure que la partie moyenne de l'œuf, celle qui est en contact avec la surface de la matrice, mais manque auxdeux extrémités, qui sont libres dans la cavité utérine. Comme il peut se former un péricarpe sans graine, il peut aussi se produire une caduque sans œuf, mais jamais une coquille calcaire., et celle-ci ne saurait être comparée avec une production qui fait partie du corps de la mère , ou qui sert de, nourriture à l'œuf, ou qui est formée par l'instinct, cas divers dans lesquels se trouvent quelques formes de nidamentum.
Dutrochet s'est laissé entraîner par ses idées sur le chorion à considérer la caduque comme l'analogue de la membrane testacée , et l'enduit muqueux qui la couvre quelquefois comme celui de la coquille calcaire.
Section deuxième.
[de l'incubation, première' subdivision.'
DE l'iHCDBAHON EN EILE-MÉME.
§ 345. I. En prenant le terme ^incubation (fotus) dans son acception la plus large , nous entendons par là une action exercée sur l'œuf fécondé , sans laquelle un organisme indépendant ne pourrait point se développer de sa membrane proligère. En effet , la vie embryonnaire dépend de deux conditions , l'une intérieure , l'autre extérieure ; la première est l'état dans lequel la fécondation a mis l'œuf, la tendance qu'elle a fait naître en lui à développer ses parties essentielles de manière qu'il résulte de là un individu organique ; la seconde consiste en ce que l'œuf abandonne le lieu où il a été produit, passe dans un autre réceptacle, et subisse de nouvelles influences , qui seules peuvent déterminer le développement complet d'un nouvel individu.
II. En définissant ainsi l'incubation , nous disons aussi quelles en sont les limites. Elle s'étend jusqu'au moment où un nouvel individu sort de l'œuf. Les conditions extérieures du ^v -^nDement ultérieur des individus dégagés des membraneVde l'œuf et qui peuvent fort bien être encore des embrvons sous d'autres rapport (§ 326, 4°), sont donc étrangères à l'incubation, quoiqu'elles coïncident fréquemment avec
elle.
Le commencement de l'incubation varie beaucoup. Chez les végétaux, elle commence déjà sur le tronc maternel, dans l'ovaire métamorphosé, et les choses vont même si loin, à cet égard , dans le Poa vivipara , que c'est plutôt une jeune plante qu'une graine qui se trouve portée en terre. Chez les Sauriens et les Ophidiens , le rudiment de l'embryon se forme dans l'oviducte. Chez les autres animaux , sa formation ne commence que dans l'organe consacré proprement à l'incubation.