III. La durée de l'incubation est , généralement parlant
liée , dans chaque espèce d'êtres vivans , à une époque déterminée ; cependant les cas particuliers présentent des anomalies à cet égard, de sorte qu'on ne peut admettre qu'un terme moyen approximatif. Parmi les œufs d'Insectes qui sont pondus en été et par conséquent soumis de suite à l'incubation, il y en a, par exemple, ceux des Mouches à viande , pour lesquels elle commence déjà au bout de quelques heures , tandis que son début n'a lieu qu'au bout de cinq à huit jours pour ceux des Abeilles et des Coccinelles, de six jours pour ceux des Phalènes , de deux à trois semaines pour ceux des Coléoptères. L'incubation dure onze jours dans le Planorbis marginatus , vingt dans YAncylus fluviatilis , vingtdeux dans la Paludina impura , vingt-quatre ou vingt-cinq dans les Planorbis contortus } Limnœus stagnalis et Hélix pomatia, vingt-huit à trente dans la Valvata obtusa, et trente à quarante dans la Valvata cristata. Les œufs des Cyprinus brama, blicca et alburnus exigent à peu près huit jours , et ceux des autres Poissons quelques semaines. La plupart des Sauriens indigènes ne sortent de l'œuf que deux ou trois mois après qu'il a été pondu. La Vipère ne met ses petits au monde qu'au bout d'environ quatre mois. La majorité des Oiseaux couvent trois semaines, le Colibri quatorze jours , le Pigeon seize , la Poule vingt-un , la Pintade vingt-cinq , la Dinde vingt-sept, l'Oie vingt-neuf , laPaone trente à trente et un. Le la fécondation à la parturition il s'écoule tro>'" sema|nes chez la Souris et le Cochon dinde, trois et demie cheHe Souslic, quatre chez le Hamster, le Lapin , le Lièvre et l'Écu reuil, cinq chez le liai, lu Marmotte et la Belette, six chez le Furet , sept chez ie Hérisson , huit chez le Chat et le Martre neuf chez le Chien, le Renard, le Putois, le Lynx et la Loutre , dix chez le Loup , le Blaireau et les grandes races de Chien, quatorze chez le Lion, dix-sept chez le Cochon, le Glouton et le Castor, vingt et une chez la Brebis et le Bouquetin vingt-deux chez le Chamois, la Chèvre et la Gazelle, vingtquatre chez le Chevreuil et le Lama , trente chez l'Ours et les petits Singes, trente-trois chez l'Axis, trente-six à quarante chez le Cerf, le Renne, l'Élan, et les grands Singes, quarante chez la femme, quarante et un chez la Vache, l'Ain
rochs et la Baleine , quarante-trois chez la Jument , l'Anesse et le Zèbre, quarante-cinq chez le Chameau, soixante-dixhuit chez le Rhinocéros , et cent chez l'Éléphant.
Les écarts du terme moyen sont quelquefois très-considébles. Jurine (1) a VU les petits du Monoculus quadricornis éclore tantôt après deux journées de séjour dans le sac à œufs , et tantôt aussi au bout de dix jours seulement ; ceux du Monoculus castor éclosent tantôt au troisième et tantôt au quatrième jour. Suivant Tessier, il y a des Vaches qui mettent bas , les unes dix jours avant l'époque ordinaire, et les autres dix jours plus tard. Ces sortes d'irrégularités ne sont point rares non plus chez la femme. Elles dépendent en partie de la constitution individuelle; car Lamotte, par exemple (2) , a connu une famille dans laquelle les mères et les filles accouchaient toutes d'enfans à terme au septième mois. Mais elles se rattachent aussi en partie aux événeméns qui ont lieu pendant la durée de l'incubation. On prétend que les Jumens qui ont été fécondées par des Baudets portent plus long-temps qu'à l'ordinaire (3) , et que les Agnelles naissent une semaine avant les Agneaux (4).
Les circonstances générales qui influent sur la durée de l'incubation sont :
1° Le volume du corps. Plus l'animal est gros, et plus ses œufs exigent une incubation prolongée. On peut comparer à cet e£«.rd ce qui a été dit plus haut du Colibri et du Paon, du Cochon d'Inde éî de l'Éléphant. Cette circonstance apporte aussi des restrictions à la fécondité des grands animaux.
2° La perfection de l'organisation paraît exercer aussi quelque influence sur la durée de l'incubation , puisque la femme et les femelles des Singes accouchent plus tard qu'on ne devrait s'y attendre d'après leur taille.
3° Plus l'œuf est déjà développé lorsqu'il arrive dans le lieu
(1) Histoire des Monocles , p. 29 , 72.
(2) Dict. des se. méd., t. VIII , p. 326.
(3) Bechstein , Gemeinnuetzige iïaturyeschichte Deutsehlands , t. I ,
(4) Jbid, , p. 3S0.
destiné à l'incubation , et plus aussi celte dernière peut être de courte durée. Ainsi la germination des graines dans lesquelles la formation de l'embryon a déjà fait 'de grands progrès , marche avec beaucoup de rapidité. Cependant cette règle n'est point générale : par exemple , la formation de l'embryon des Sauriens fait de rapides progrès tant qu'il reste dans l'oviducte , et devient fort lente après la ponte.
4° La durée de l'incubation varie encore en raison du degré de développement que l'embryon peut acquérir au dedans de l'œuf. Plus l'animal, au sortir de ce dernier, porte le caractère persistant de la forme totale de son espèce , et plus aussi l'incubation se prolonge.
5° Enfin l'intensité des influences d'où dépend l'incubation joue également un rôle ici (§ 355-361). L'incubation des Oiseaux se termine assez rapidement, en général, et elle dure d'autant moins que le nid est mieux construit, plus clos et plus chaud. L'imperfection de la matrice des Didelphes fait que la gestation ne dure pas plus de vingt-cinq jours chez ces animaux, selon Rengger (1). On assure que les Jumens bien nourries mettent bas huit jours plus tôt que celles qui ne reçoivent point assez d'alimens(2). Suivant Gaspard (3), les œufs du Limaçon, des vignes se développent en trois semaines par un temps chaud , et ils exigent quatre à six jours quand le temps est froid. -