I. Changemens survenus dans le lieu même de l'incubation
I. Ils se manifestent, chez les plantes phanérogames, pendant tout le temps que l'œuf conserve des connexions organiques avec le tronc maternel, ou durant la première période de son incubation. A la suite de la fécondation on voit s'évanouir la vitalité extérieure de la fleur ; les parties périphériques de cette fleur se fanent , se décolorent, se dessèchent, après avoir quelquefois commencé par devenir molles et gluantes : les anthères et les étamines tombent d'abord, puis la corolle , enfin le pistil , dont cependant la chute n'a pas toujours lieu ; le dégagement des vapeurs odorantes et la sécrétion du suc sucré cessent. L'activité vitale se concentre dans l'ovaire ; cet organe acquiert plus de volume ; le liquide qu'il renferme devient plus épais , parce que les vaisseaux du pédoncule lui apportent davantage de nourriture. Comme le fruit tombe sans mûrir lorsque la sécrétion du suc miellé continue, ce phénomène atteste l'antagonisme qui existe entre l'activité de la périphérie et celle du centre.
II. Nous remarquons aussi , dans la partie végétale où des œufs d'Insectes ont été déposés , un afflux de liquides , qui s'organisent quelquefois en productions contre nature. C'est ce qui arrive surtout lorsqu'un Cynips a piqué une plante et déposé ses œufs dans la plaie ; l'épanchement des liquides détermine en peu d'heures une pullnlation du tissu cellulaire qui entoure l'œuf, et il résulte de là une excroissance à laquelle quelques jours suffisent pour acquérir le volume qu'elle doit conserver. La galle ainsi produite contient les principes immédiats propres du végétal , par
exemple le tannin à l'état concentré , et la forme qu'elle affecte varie en raison tant de la plante et de la partie de cette plante sur laquelle elle se développe , que de l'espèce d'animal dont elle renferme les œufs. Ainsi , parmi les diverses espèces de Cynips quercus , celui qu'on nomme Cynips quercus folii produit les noix de galle ordinaires , qui sont jaunâtres, dont la grosseur égale celle d'une noisette, et qui poussent sur la face supérieure des feuilles; le Cynips quercus in férus, des galles de même volume et d'un rouge obscur, à la face inférieure ; le Cynips quercus baccarum , des vésicules transparentes et grosses comme des pois, sur cette même face ; le Cynips quercus corticis , des excroissances sphériques et ligneuses, sur le tronc des jeunes chênes, excroissances dont la moitié extérieuro est couverte d'écorce , tandis que l'interne repose dans le bois ; la piqûre du Cynips quercus petioli fait naître des galles creuses , jaunes et rouges, sur les pétioles ; celle du Cynips quercus pedunculi , des vésicules noueuses aux pédoncules ; celle du Cynips quercus çalycis , des boutons inégaux et tuberculeux au calice ou à l'ovaire ; celle du Cynips quercus ramuli, des galles blanches et laineuses sur les jeunes rameaux; enfin celle du Cynips quercus gemmœ , des galles squameuses à l'extrémité des branches. Les œufs que d'autres Insectes introduisent dans le tissu cellulaire sous-cutané, par une piqûre faite aux tégumens, déterminent d'une manière analogue, chez divers Mammifères, des tuméfactions qu'on doit considérer comme de véritables galles animales; il survient une tumeur inflammatoire, qui passe peu à peu à la suppuration, et finit par s'ouvrir. Déposés à la surface des membranes muqueuses, ces œufs ne font la plupart du temps qu'y accroître la sécrétion muqueuse.
III. Chez les animaux dont l'incubation s'opère dans l'ovicanal , comme par exemple le Blennius viviparus, cet organe sécrète un liquide au milieu duquel nagent les embryons. (II se sécrète également, mais en quantité médiocre, dans la cavité pectorale des Amphipodes et des Isopodes , un liquide albumineux , qui entoure d'abord les œufs , puis les larves au grossissement desquels il contribue) (1) Addition de Rathke.
IV. Chez les Oiseaux, après qu'ils ont pondu, une congestion s'établit dans les vaisseaux de la peau du ventre , et y détermine un accroissement de chaleur. Cette congestion est activée par la chaleur extérieure et par les alimens excitans. Le plumage de la plupart des Oiseaux devient moins fourni pendant l'incubation , soit parce qu'ils s'arrachent les plumes du ventre, afin d'en garnir leurs nids , soit parce que cette congestion fait qu'elles mûrissent, se dessèchent et tombent d'elles-mêmes. Mais , chez plusieurs Oiseaux , il se manifeste des places nues, tantôt une seule au milieu de l'abdomen, tantôt une de chaque côté; le nombre et la situation de ces places sont si constans chaque espèce, qu'on en tire de fort bons caractères (1). Suivant Barkow (2), la peau y est mince, trèsriche de vaisseaux , et le tissu cellulaire sous-jacent est absolument ou presque entièrement dépourvu de graisse, en sorte qu'elles réunissent les conditions les plus favorables au dégagement de la chaleur : les artères qui s'y rendent sont les mêmes que celles qui , chez les Mammifères , se distribuent aux glandes mammaires.
V. Ce qui n'est qu'indiqué dans les changemens dont nous avons parlé jusqu'ici , se trouve porté au plus haut degré de développement dans la matrice des Mammifères, mais surtout dans celle de la femme.
1° Peu de temps après la fécondation, le système vasculaire redouble d'activité dans la matrice ; les vaisseaux sanguins de cet organe augmentent de calibre , regorgent de sang, et sont infiniment plus forts qu'auparavant. La matrice reçoit le sang, en haut , des artères ovariennes , en bas, des branches particulières que lui envoient les iliaques , et qui s'anastomosent avec les artères épigastriques marchant le long du ligament rond. Ces vaisseaux se répandent dans l'organe, en suivant une marche très-flexueuse et s'anastomosant fréquemment ensemble. Les liquides qu'on y injecte passent aisément dans les veines , mais transsudent aussi en partie à la surface de la membrane muqueuse qui tapisse la partie interne de Futé-
{i ) Faber, Ucler das ieben der Vœgel , p. 138. (2) Meckel , Archiv fuer Anatomie , 1830 , p. 44.
rus (1). Comme les veines n'ont point de valvules , on peut les injecter par les troncs , et alors le liquide passe en plus grande quantité que par les artères dans la cavité de la matrice , attendu que la membrane muqueuse est extrêmement mince , et que les veines qui s'en rapprochent forment un réseau trèsserré; mais il est difficile de croire à l'existence des ouvertures qu'on prétend avoir observées, et qui seraient de calibre , dit-on, à admettre aisément une sonde (2) ; ces ouvertures paraissent être le résultat de déchirures , et surtout du détachement de la membrane nidulante , qui reçoit ses vaisseaux de la matrice, ou du placenta et de ses vaisseaux, comme Rœderer en avait déjà fait la remarque (3). Au reste , les veines , clans leur trajet , paraissent l'emporter sur les artères , et se dilater fréquemment en sinus, qui s'anastomosent sur beaucoup de points les uns avec les autres , et qui donnent à la substance de la matrice l'apparence d'une' éponge. Ces, cellules ont la plus grande analogie avec les dilatations que présentent également les veines dans d'autres organes susceptibles d'une turgescence considérable , notamment le pénis (4), le clitoris et le mamelon , et l'analogie nous autorise à considérer la matrice , pendant . la gestation , comme un organe plongé dans un état continuel de turgescence.
En même temps que l'activité vasculaire , la vie du sang paraît être exaltée ; car Lavagna a trouvé que celui de la matrice des femmes enceintes fournissait un caillot très-ferme , et abondait eu fibrine , que par conséquent il différait beaucoup du sang menstruel (5). Les vaisseaux lymphatiques se tuméfient aussi , et, au dire de Cruikshank , ils acquièrent un volume égal à celui d'un tuyau de plume.
2° Le diamètre longitudinal de la matrice s'élève à peu près de deux à douze pouces pendant la grossesse , le transversal de dix-huit lignes à huit pouces , et l'antéro-postérieur d'un
(1) Haller, 'Elem. physiol.,t. II, p. 430. — Bichat, Anat. descriptive, t. V, p. 350.
(2) Carus , Lehrbuch der Gynaekologie , t. II, p. 65.
(3) Icônes uteri humani , p. 22.
(4) Schlegel, loc. cit., t. I, p. 507.
k (5) Meckel , Deutschcs Àrchiv , t.[TV, p. 153.
pouce environ à six. Sa cavité s'agrandit au point de représenter un espace dont la capacité est de quatre cents pouces cubes , de sorte qu'elle peut contenir alors dix-sept livres de liquide, tandis que, chez les vierges, elle n'offre d'espace que pour quelques grains de liqueur; la proportion du casde grossesse au cas de virginité est donc , sous ce dernier rapport, de d : 544 (1). Mais, en prenant un tel accroissement de volume, la matrice augmente aussi de masse ; car le diamètre de ses parois monte, dans la première moitié de la grossesse, de quatre ou cinq lignes à six ou huit , et plus tard il diminue, mais d'une manière plus notable, tandis que la circonférence s'accroît extraordinairement. Après la parlurition , les parois sont plus épaisses encore , à la vérité, en raison du resserrement qui s'est opéré ; mais, comme la matrice conserve bien plus de volume qu'elle n'en a dans l'état de non-gestation,on ne peut douter que sa masse ne se soit accrue. Ce ne sont pas non plus l'augmentation de calibre et l'état de réplétion des vaisseaux sanguins qui agissent ici; car, chez des femmes mortes d'hémorrhagie aussitôt après l'accouchement , on a trouvé les parois de la matrice épaisses encore de sept lignes , quoique les vaisseaux fussent vides et affaissés , et le poids de cet organe, qui est dune once chez les vierges, s'élève à vingt-quatre, quelques jours après l'accouchement, quoique la femme ait déjà perdu beaucoup de sang. Ajoutons encore que l'œuf ne le remplit pas d'une manière complète pendant toute la grossesse ; d'ailleurs il est dilaté et agrandi , même dans les cas de grossesse extra-ulérine, circonstance dans laquelle Bertrandi l'a trouvé une fois (2) .triple en volume de ce qu'il est d'ordinaire, phénomène à l'appui duquel viennent également les observations de Sandifort (3) et d'autres (§ 365,4°). Dans les matrices bicornes de Mammifères, les deux cornes se tuméfient, alors même qu'il n'y en a qu'une qui renferme un embryon ; on peut s'en convaincre chez les Vaches et les Brebis. Ainsi toutes les circonstances se réunissent
(1) Reil , Archiv fuer der Physiolagie , t. Vit , p. 405,
(2) Schlegel, loc. cit.,'J.l, p. 456.
(Z)lhid., p. 520.
INCUBATION. 4^9 pour prouver qu'il n'y a point ici extension purement mécanique et passive, mais tuméfaction active et vivante, et que la substance utérine, de dense et presque cartilagineuse qu'elle était, devient molle, spongieuse, et imbibée de sang et de sérosité, en même temps que sa masse solide augmente.
3° Cet accroissement de poids, auquel il faut ajouter encore celui de l'œuf, qui s'élève à douze livres dans les derniers temps de la grossesse , exige que la matrice soit soutenue d'une manière solide. Chez les animaux, elle repose par sa large surface sur les parois abdominales. Chez les femmes, sa chute, que la station verticale rendrait inévitable, est prévenue par une disposition qu'on n'observe point dans les animaux ; en effet , elle fait un angle avec le vagin , attendu qu e l'axe du bassin, au lieu d'une ligne perpendiculaire et droite, en décrit une courbe; la position oblique de la matrice fait qu'elle s'appuie contre la paroi antérieure de l'abdomen , et que sa partie supérieure pèse sur le vagin et le rectum ; mais sa situation plus élevée permet à ses parties latérales de trou ver un point d'appui sur les os iliaques plus larges et obliquement ascendans qui caractérisent le corps de la femme (§ 160). L'inclinaison en avant diminue la pression sur la veine cave et l'aorte , ainsi que sur la partie supérieure du rectum, et elle est plus considérable dans l'endroit où les parois abdominales sont le plus disposées à céder, surtout chez les femmes qui ont eu dé fréquentes grossesses. En même temps la matrice se place obliquement dans le sens de sa largeur, de manière que son fond se trouve situé plus à droite : cet effet ne dépend pas de la situation ordinaire sur le côté droit pendant le sommeil , puisqu'on le remarque également chez les Chauve-souris, suivant Emmert : d'ailleurs, le rectum, qui est situé à gauche dans le grand bassin, ne pourrait point repousser la matrice à droite , puisque , pour opérer ce déplacement, il lui faudrait agir principalement sur le fond, jusqu'auquel il n'atteint point. Il est donc plus vraisemblable que la cause tient à une loi générale qui veut que le développement soit plus prononcé du côté droit que du côté gauche.
\" La turgescence de la matrice, sajpléthore et l'exaltation
44 O INC U DATION.
de la vie du sang qu'elle renferme, s'accompagnent d'une élévation de la température.
5» La matrice turgescente , ramollie , plus imprégnée de sucs, a une vitalité plus grande, qui fait qu'elle peut survivre à l'individu et accomplir la parturition même après la mort. De son excès de vitalité, il résulte qu'elle joue un rôle plus considérable dans l'organisme entier, et qu'elle devient un foyer qui exerce la plus grande influence sur l'état général de la vie ( § 347) , tandis que, hors du temps de la grossesse , elle a beaucoup moins d'importance, et peut même être extirpée sans que les jours de l'individu soient compromis (1). Ainsi la sensibilité, qui, dans tout autre temps, est fort obtuse en elle, se développe beaucoup , comme l'annoncent les sensations produites par les mouvemens de l'embryon et les douleurs qui accompagnent la parturition. Les nerfs deviennent plus visibles que dans l'état de repos ; ils acquièrent aussi davantage de volume ; mais on ne peut guère croire que leur nombre augmente (2).
6° Chez les animaux, la matrice ressemble davantage à un intestin ; entre ses tuniques muqueuse et péritonéale existe une forte couche de fibres musculaires , longitudinales surtout, qui s'étendent du vagin sur elle, et se répandent en rayonnant sur ses cornes , tandis que les fibres transversales ne se voient guère qu'au col. Ces fibres se meuvent d'une manière visible, soit par une impulsion propre, soit lorsqu'on les excite d'une manière mécanique (3) : le galvanisme même détermine en elles un mouvement qui s'établit tard à la vérité," mais qui dure très-long-temps (4). La, matrice de la femme , au contraire , a une structure plus particulière ; elle consiste en un tissu épais, spongieux, riche de vaisseaux et susceptible de turgescence, dans lequel on n'aperçoit que de faibles traces de fibres musculaires , qui ne deviennent plus prononcées que pendant la grossesse. Ces fibres, sur l'existence
(1) Voigtel, Handbuch derpathologischen'Anatomie, t. ÏÏI , p. 495.
(2) Tiedemann, Tabula nervorum nteri, p. 40. — Burns, loc. cit., p. 92.
(3) Haller, Elem. physiol., t. VIII , pl. II , p. 59.
(4) Wagner, Comment, do fcmimrum in ^ravidilalo vmtaliunibus, p.179.
desquelles on a beaucoup disputé (1) avant et depuis Haller, ne ressemblent point à celles des muscles qui reconnaissent l'empire de la volonté ; elles sont pâles, minces, fermes, entrelacées d'une manière irrégulière, peu distinctes de la substance spongieuse, avec laquelle elles se confondent par des transitions insensibles : on ne les aperçoit bien qu'après avoir laissé macérer la matrice pendant vingt-quatre heures dans une dissolution de salpêtre (2) ; leur nature irritable est prouvée par la chimie elle-même ; car Schwilgué a extrait de la matrice une quantité considérable de fibrine. Quant à leur situation, dont Calza surtout a fait une étude particulière (3), on en trouve une couche extérieure entre la tunique péritonéale et le tissu turgescible ; cette couche est composée de fibres longitudinales, qui s'étendent de la face antérieure du col jusqu'au fond, d'où elles se réfléchissent sur la face postérieure ; de fibres transversales, qui vont d'un ligament rond à l'autre, en passant par dessus les oviductes et le fond de l'utérus; de fibres spirales, qui entourent l'insertion des oviductes, puis de fibres transversales , qui vont de l'insertion d'un oviducte à celle de l'autre , sur la face postérieure; enfin de fibres arquées , qui s'étendent de la région du ligament rond vers le dedans et le bas , et se réfléchissent ensuite de bas en haut ; au col, on trouve des fibres annulaires , puis des fibres longitudinales, et plus loin d'autres fibres transversales. La couche interne , comprise entre le tissu turgescible et la membrane muqueuse, est plus mince ; elle se compose de fibres annulaires, qui entourent l'orifice des oviductes et s'anastomosent ensemble sur les faces antérieure et postérieure; puis de fibres longitudinales, qui montent du col jusqu'aux orifices des oviductes, et de fibres annulaires qui entourent le col.
. 7° Quant à ce qui regarde l'activité plastique de la matrice, la menstruation cesse aussitôt que commence la grossesse. Il y a des cas exceptionnels dans lesquels , surtout chez les femmes pléthoriques ou habituées à de copieuses évacuations
(1) Haller, loc. cit., p. 64.-66.
(2) Wrisberg , Commentalioncs , p. 307.
(3) Reil, Archiv , t. VII , p. 341.
y/p INCUBATION.
sanguines , les règles continuent de couler sans que la santé en souffre (1); le sang vient alors du col de la matrice et du vagin, et les seins rie se tuméfient point pendant les premiers mois. Baudelocque, Chambon et Petiot ont même vu des femmes devenir fécondes sans avoir jamais eu leurs menstrues, et n'être réglées que pendant la grossesse ; d'un autre côlé, il est ordinaire que la menstruation cesse durant la grossesse extra-utérine.
Pendant que cet organe remplit les fonctions de foyer incubateur, son activité est plus dirigée vers le dedans , et au lieu du sang menstruel qu'elle faisait fluer au dehors, sa membrane muqueuse, dont l'action vasculaire se trouve portée jusqu'à un degré voisin de la phlegmasie, sécrète, tant un liquide albumineux, qui prend la forme d'une membrane nidulante (§ 344, 11°), qu'un mucus assez épais.
8° Le développement semble partir du milieu de la substance turgescible, et s'étendre de là en dehors et en dedans. Le fond delà matrice est l'endroit où il se prononce d'abord le plus , et d'où il se propage peu à peu vers le bas. La paroi postérieure se distend davantage que l'antérieure. Le col est la partie qui cède la dernière ; il se raccourcit par suite de l'ampliation qu'acquiert sa cavité ; mais ses nombreuses cryptes sécrètent un mucus épais, presque gélatineux , qui , d'abord d'un blanc bleuâtre, finit par devenir rougeàtre, et obstrue l'orifice , comme le ferait un bouchon. Ce mucus paraît attirer l'eau à la manière de la masse nidiforme des Batraciens; car, au dire de limiter, il se gonfle quand on l'y plonge. Valentin (2) assigne au bouchon qu'il constitue, un pouce environ de longueur ; suivant Wagner (3), une distance de deux lignes le sépare , tant de l'orifice externe que de l'orifice interne de la matrice, en sorte qu'il touche à peine ou même ne touche point la membrane nidulante; le même observateur ajoute qu'il contient des filamens, longs d'une demi-ligne et
(1) Haller, loc. cit., p. 143.
(2) Handbuch der Entwickelunysgeschichte des Menschen , p. 79,
(3) Meckel, Archiv fuer Anatomie , 1830 , p. 9S.
plus, qui ressemblent à des tubes pleins d'une substance demifluide. L'orifice extérieur de la matrice devient plus arrondi, attendu que le gonflement des lèvres efface les angles de la fente transversale qu'il représentait auparavant.
9° A l'égard des parties qui entourent la matrice, l'accroissement du volume de cet organe rend la tunique péritonéalè insuflisante : aussi l'utérus déploie-t-il ses ligamens larges, entre les feuillets desquels il s'insinue , et qu'il fait servir à le couvrir. Ce phénomène ne peut avoir lieu sans une métamorphose considérable , puisqu'il faut d'abord que les deux feuillets perdent leurs adhérences mutuelles, et qu'ensuite ils deviennent adhérens à la surface de la matrice.
10° Comme la matrice se développe surtout vers le haut , les ligamens ronds correspondent non plus à son sommet , mais à 'sa partie inférieure ; ils ne peuvent qu'accroître son inclinaison en avant et favoriser son application aux parois abdominales , d'autant plus qu'ils ne sont plus situés sur les côtés, comme dans l'état ordinaire, le développement plus considérable de la face antérieure de la matrice les ayant reportés davantage en avant. Chez. les Carnassiers et les Rongeurs (§121, 4°), ces ligamens sont fixés précisément à l'endroit où les cornes de la matrice , remplies du produit de la conception, paraissent avoir lé plus besoin de soutien. Du reste , pendant la gestation , ils sont gonflés et rouges ; leurs artères regorgent de sang et sont plus allongées ; leurs fibres longitudinales, auparavant blanches, ont une teinte rouge.
11° Comme les ligamens larges se déploient et servent à couvrir la matrice, à mesure qu'elle prend du développement, les oviductes s'appliquent d'une manière étroite à ses parties latérales, de manière qu'ils s'étendent, non plus en largeur, mais en long, et qu'il n'y a que leur partie inférieure qui demeure libre ; leurs orifices se trouvent situés aussi plus bas , parce que c'est surtout le fond de l'organe qui s'accroît. Au reste , ces canaux sont plus mous , plus riches en vaisseaux , plus gorgés de sang, et moins flexueux; leurs franges sont plus épaisses et plus larges.
12° Le développement des mamelles coïncide avec celui de
la matrice. Mais les parties molles du bassin deviennent plus remplies de sucs , par l'effet de la congestion ; la région pubienne est plus développée ; elle fait plus de saillie que le creux de l'estomac , d'autant . mieux que la femme enceinte rejette le haut du corps en arrière , ce qui est le contraire de ce qu'on observe dans l'état ordinaire (1). Chez les femmes des Boschismans, le coussin graisseux des fesses se développe principalement pendant la grossesse (2). Même les cartilages et les ligamens du bassin deviennent plus mous et plus flexibles; on trouve aussi la symphyse pubienne ramollie chez les Chéiroptères , tandis qu'en tout autre temps elle est solidement fixée.
13° La plupart des organismes dont les œufs subissent l'ra« cubationhors du corps de la mère, se trouvent , avant l'époque de la sémination , dans un état analogue à celui des femelles de Mammifères, sous le rapport des dispositions mécaniques et de la distension du corps pendant l'incubation. En effet, leur fécondité est généralement plus grande, et, quoique les œufs demeurent petits tant qu'ils sont dans le corps de la mère , ils ne l'en chargent pas moins par leur multitude , et le distendent au point presque de le faire éclater, ce qui suffit déjà pour rendre l'incubation intérieure impossible. Chez les Termites, par exemple, l'abdomen de la femelle grossit tellement avant la ponte, qu'il devient deux mille fois plus volumineux que le reste du corps (3). Chez le Drylus flavus , les ovaires tuméfiés refoulent tant les autres viscères , qu'on peut à peine les apercevoir (4). (Les ovaires du Bopjrus squillarum acquièrent également un volume énorme : ils contiennent plusieurs centaines d'œufs , et leur poids surpasse celui de tout le reste du corps) (5). Dans certains Poissons, le Cyprinus bipunctatus, par exemple , l'ovaire , avant
(1) Wigang , Die Geburt des Menschen , t. II , p. 26. ; (2) Virey, Histoire naturelle du genre humain , t. I, p. 241.
(3) Smellie , Philosophie der Naturgeschichte , t. Il , p. 109.
(4) Annales des se. nat., t. II , p. 443.
(5) Addition de Ralhke.
INCUBATION. 44^ le frai , a un poids presque égal à celui du corps (1). Chez un Cyprinus bulle rus pesant quinze onces, les ovaires pesaient alors dIus de cinq onces et demie (2); la masse des œufs pondus par un Esturgeon , a été trouvée pesant au-delà de cent livres. Il résulte de là que les autres viscères éprouvent une forté^ compression ; aussi, chez les Pleuronectes , comme la cavité abdominale est trop étroite , les ovaires , en se tuméfiant, s'insinuent-ils entre les muscles de la queue, les apophyses épineuses inférieures des vertèbres caudales , et les supports des nageoires anales (3). Les rapports des viscères changent également chez les Urodèles ; comme l'ovaire se porte davantage vers le bas, le corps adipeux, qui, en d'autrestemps , est situé au dessous de lui , vient se placer à sa face interne : l'ovaire lui-même se recourbe à son extrémité postérieure , parce qu'il devient plus long, et comme il augmente aussi de largeur , il se trouve tellement comprimé entre l'intestin et la paroi du ventre, que sa cavité , de ronde qu'elle était auparavant, prend une forme ovale , outre qu'il fait sortir l'intestin de sa position ordinaire, et qu'il le comprime (4).