MOBILES ORGANIQUES DE LA T ROCHE ATI ON
lavé de la farine avec du tourteau et du cumin sur les bêtes à corne , un mélange de chenevis , d'ail et de sel sur les Brebis. Les œufs, le caviar, les gelées, les truffes, plusieurs autres champignons , les huîtres , les poissons et le gibier, agissent de même sur l'homme, comme aussi divers aromates , tels que le safran, la cannelle, la vanille, et plusieurs médicamens propres, soit à exalter la sensibilité (musc, opium, phosphore), soit à stimuler les organes pelviens et à y déterminer des congestions (aloès, galbanum, cantharides ). . Au contraire, l'activité des organes génitaux est amortie parles légumes aqueux , par les fruits rafraîchissans , par les acides et par le camphre , qui donne une autre direction à la sensibilité.
B. Mobiles moraux.
§246. Les Mobiles moraux de l'instinct de la copulation sont aussi de plusieurs sortes.
1° L'appétit vénérien est réveillé parles clifférens sens.
L'odorat dirige l'animal, parce que l'exhalation de principes odorans est plus abondante pendant le rut. Le Papillon mâle sent la femelle qu'on tient dans une boîte fermée, arrive près d'elle d'une assez grande distance et voltige autour de la prison. Si l'on plonge la main dans l'eau , après avoir touché du frai de Grenouille , les mâles sont attirés. Le Cerf tient toujours le nez au vent lorsqu'il cherche sa femelle , de manière à en sentir les émanations , et quand elle le fuit , il reste le col tendu , la bouche ouverte , paraissant humer encore avec délices les particules odorantes qu'elle laisse derrière elle.
Les réclames attirent de loin l'animal de l'autre sexe.
La vue allume et stimule les désirs. Par exemple, lorsque le Dromadaire mâle aperçoit une* femelle , sa poche palatine lui sort de la bouche ( § 247 , 5° ) ; si l'on approche 'un Bouc d'une Chèvre devenue en chaleur à une époque inaccoutumée parce qu'elle n'avait point été fécondée auparavant , il acquiert sur-le-champ, d'après F. Cuvier(l), l'odeur caractéristique de son état de rut , et cette odeur persiste autant que dure la chaleur de la femelle.
(l) Loc. cit., t. IX, p. 425.
Enfin le sens du toucher et du palper porte le rut au plus haut degré d'exaltation.
Chez l'homme , l'amour s'insinue par les deux principales portes de l'àme, l'œil et l'oreille, et le sens du toucher exalte l'instinct de la copulation.
2° L'imagination agit plus puissamment sur la génération que sur aucune autre fonction. Plus la pudeur dérobe les formes du sexe à la vue , sans les cacher tout-à-fait , plus aussi l'instinct de la copulation s'allume avec force ; une gaze perfide est plus dangereuse que la réalité nue. De même, la lecture d'ouvrages licencieux et la vue de scènes ou de tableaux qui peignent la volupté plongent dans un état d'excitation contre nature ; le désir survit souvent au pouvoir chez l'homme , tandis que , chez la femme , tous deux s'éteignent en même temps. L'imagination accroît aussi la formation du sperme chez les amoureux, et souvent à un tel degré , que les testicules et les canaux déférens en deviennent douloureux (1).
3° Les difficultés exaltent l'ardeur du mâle ; la résistance que la femelle lui oppose, et les obstacles que les autres mâles suscitent devant lui, ne font que le rendre plus ardent. Chez l'homme lui-même, l'amour s'accroît quand il a des difficultés à combattre; plus il offre de dangers et d'incertitudes, plus aussi il a d'attraits; et comme l'homme veut toujours mettre sa force en action, son amour devient d'autant plus intime et plus constant, qu'il lui procure un sentiment plus vif de sa propre force.
4° Enfin, la direction de l'activité vitale exerce aussi de l'influence. L'oisif voluptueux , qui ne sait consacrer ses forces à rien autre chose, est, comme l'idiot, celui qui a l'appétit vénérien le plus prononcé et le plus soutenu, tandis que l'activité du corps et de l'esprit entretient les forces dans l'équilibre normal. La précocité et la fréquence de l'accouplement déterminent les organes génitaux à se développer davantage; déjà les excès ont miné les forces du reste de l'organisme , ils ont épuisé et desséché le corps , que le sperme se forme en-
(1) Haller, Elem. phys., t. VII, p. 551
core abondamment , parce que la prépondérance de cette direction de l'activité vitale est passée en habitude, et quand enfin les organes génitaux eux-mêmes se flétrissent , l'aiguillon de la chair se fait encore sentir dans l'imagination dégénérée. D'un autre côté , la continence absolue pendant l'âge mûr anéantit l'instinct de la copulation, et amène même la flétrissure des organes génitaux , comme on dit l'avoir observé sur quelques anachorètes.