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II. Influence des matières introduites dans l'économie

§ 840. L'organisme produit ses solides et ses liquides par sa propre force et avec des matériaux tirés de son propre suc vital. Mais comme il reçoit du monde extérieur les principes consiituans de son suc vital , la quantité de la nutrition et de la sécrétion est déterminée en partie par celle des substances admises du dehors.

A. Influence de la quantité des substances introduites

du dehors.

I. La quantité de la. masse organique varie continuellement pendant la vie, de manière que le même homme, d'un âge moyen , pèse tantôt plus et tantôt moins , et que son augmentation de poids pendant l'âge d'accroissement , ou sa diminution durant celle de décroissement , n'ont pas lieu d'une manière uniforme , mais présentent des oscillations. Cependant ces fluctuations , qui tiennent à l'essence même de la vie ,

(1) Froriep , Notizcn , t. XV, p. 167.

sont trop peu considérables pour que la masse de l'organisme ne demeure point , somme totale , la même à peu près ; car elles le ramènent toujours à la moyenne qui lui est propre. La membrane muqueuse bipolaire (§ 790) et la peau (§ 791) sont les portes par lesquelles entrent et sortent les substances, aux voies de sortie desquelles il faut encore adjoindre le système urinaire. Nous arrivons à connaître le rapport entre 1 ingestion et l'éjection, en comparant le poids des alimens journaliers et des déjections journalières, tant fécales qu'urinaires, avec celui du corps au commencement et à la fin de la journée ; la différence que nous trouvons après avoir défalqué l'urine et les matières excrémentitielles, est mise sur le compte de la transpiration cutanée et de la perspiration pulmonaire , ce qui, sans être rigoureux, est cependant juste au fond, puisque l'absorption par la peau et les poumons, qu'on fait entrer en ligne de compte, se réduit à peu de chose , et que l'ingestion et l'éjection de gaz se compensent à peu près l'une l'autre. Voici quel a été, d'après des observations de ce genre (1), la proportion moyenne des substances ingérées et évacuées, en les évaluant par onces :

Evacuations.

Observations.

nens et boiss

sâ en

Urine

j Excréme

EnsembI

en

en

Keil.

Sanctorius.

Boissier.

Hartmann.

Lining.

Robinson jeune.

Robinson i'ancien.

Gorter.

Rye.

(1) Haller, Elément, physioloçj., t. V, p. 62.

Quand la quantité des alimens baisse , on voit d'abord diminuer sensiblëment celles des sécrétions qui se rapportent à la future conservation de soi-même (graisse), à la procréation (sperme et lait) et à la régénération (pus), puis les autres sécrétions et la nutrition elle-même , en même temps que l'organisme résorbe ce qu'il avait déjà produit et absorbe avec plus d'avidité dans l'atmosphère. Dans l'état anormal, il est possible qu'une sécrétion continue d'être abondante , malgré l'abstinence prolongée d alimens , lorsque d'autres sécrétions se trouvent plus ou moins restreintes , que la quantité des substances absorbées par la peau et les poumons dépasse la règle ordinaire, qu'une prédominance de l'activité sensilive réduit la mutation des substances à des proportions plus exiguës, et que, du reste, le corps maigrit. Ainsi Kieser a vu une fille hystérique , que des spasmes continuels au pharynx et une répugnance insurmontable pour les alimens et les boissons , firent rester soixante-huit juurs sans nourriture d'aucune espèce; celte personne rendit journellement depuis deux jusqu à dix-huit onces, ou, terme moyen, quatre onces d'urine contenant 0,06 de matières solides, c'esl-a- dire pendant la période entière dix-sept livres d'urine, avec une livre de matières soiides; mais elle maigrit beaucoup; son urine était acide, elle ne passait puint aisément à la putréfaction , et donnait , par l'évaporalion, un extrait contenaut de l'acide lactique libre. De même , l'urine d un aliéné qui n'avait ni bu ni mangé depuis dix-huit joui-s, oiliit à Lassaigne (il) tous les principes constituans de l'urine humaine normale, seulement avec un peu moins d eau qu'a l ordinaire.

11. Si nous cherchons à connaître le rapport de la sécrétion à 1 ingestion dans chaque organe , nous ne trouvons presque aucun renseignement a l'égard de faction du système cu: tane. Edwards a seulement remarqué que, quand des Grenouilles avaient éprouvé une perte considérable de poids par lévaporaiion à l'air, l'eau dans laquelle on les plongeait, et qu elles absorbaient , les faisait augmenter de poids jusqu'à un

(1) Journal de chimie médicale, 1. 1, p. 473.

certain point , mais qu'ensuite elles perdaient cet accroissement par la sécrétion cutanée.

Senebier a observé que , dans les plantes, l'eau pompée est à l'eau exhalée comme 3 à 2 , ou , en d'autres termes , qu'un tiers de l'eau absorbée reste dans le végétal , pour servir à son accroissement, et que les deux autres tiers s'exhalent dans l'air (1).

III. Considérée d'une manière générale , la quantité d'air expirée correspond à celle qui a été inspirée.

1° Cependant ce rapport n'est point immuable ; car il y a des momens où tantôt l'absorption;, tantôt la sécrétion', est plus forte, et les fluctuations peuvent se compenser. On a observé , dans la plupart des cas , que l'air expiré offrait un volume inférieur à celui de l'air inspiré , que par conséquent il y avait, eu égard au volume, plus d;air absorbé que d'air exhalé. La différence s'est élevée, par exemple , suivant Humphry Davy (2), après une seule inspiration de cent quaranteet un pouces cubes, à deux pouces cubes— 0,014, après une de cent pouces cubes, à 1,3 pouce cube=0,013, et, terme moyen, à 0,3 pouce cube— 0,023 , sur treize pouces cubes ; d'après Pfaff à 0,027, selon Henderson à 0,011 par minute. Des phénomènes analogues ont été remarqués chez les animaux , tant à l'égard de la respiration seule , par Collard de Martigny, que sous le point de vue de l'exhalation cutanée et de la perspiration pulmonaire prises ensemble , par la plupart des observateurs. Allen et Pepys (3) se sont convaincus que l'air expiré par l'homme dans l'espace de dix minutes a environ 0,008 de moins en volume que celui qui a été inspiré ; mais ils attribuaient cette différence à ce qu'on expire avec plus de force au commencement qu'à la fin de l'expérience , de sorte qu'ils admettaient égalité entre l'air expiré et l'air inspiré. Mais cette hypothèse est réfutée par les observations recueillies sur des animaux entièrement ren-

(1) DeCaudolle, Thysiologie végétale, t. I , p. 414.

(2) Physiologisch- chemischc Untersuchtmyen ueler dos 4thmen , p. 100.

(3) Philos, Trans., 1808, p. 253.

fermes dans les réservoirs servant à l'expérience. Treviranus (1), tout en soutenant que le volume demeure presque toujours le même chez les animaux , convient cependant qu'il/y a , dans beaucoup de cas, moins d'air expiré que d'air inspiré ; mais il explique cette particularité en disant que les animaux avalent une certaine quantité d'air, qui passe dans leurs organes digestifs. Or, cette déglutition , admise seulement comme chose possible , n'est point démontrée , et elle était impossible dans les expériences de Collard de Martigny, qui faisait respirer les animaux par le moyen de petits tubes introduits dans la trachée , ce qui n'empêchait pas que l'air expiré fût inférieur à l'air inspiré. Nous devons donc reconnaître que, dans

' la règle , l'organisme reçoit par les poumons un volume de gaz supérieur à celui qu'il expulse. La différence est plus considérable encore qu'on ne le dit lorsqu'en mesurant l'air expiré on ne fait point entrer en ligne de compte , non seulement que la chaleur du sang pulmonaire lui a communiqué une plus grande expansion , mais encore qu'il est chargé de

- l'exhalation aqueuse des poumons. Mais ce n'est point de l'état d'expansion , ou du volume , qu'il s'agit ici , c'est seulement de la masse ; or, comme un volume de gaz acide carbonique est égal en poids à 1,382 volume de gaz oxygène, ou à 1,558 volume de gaz azote , il résulte de là que , dans la règle, les poumons rendent tout autant et même un peu plus qu'ils ne reçoivent. Mais les choses vont rarement jusqu'au point que le volume de l'air expiré dépasse celui de l'air inspiré , comme l'annoncent , par exemple , Allen et Pepys (2), qui disent avoir observé, chez un homme, une différence de 0,003, dont ils cherchent à donner l'explication en admettant que le sujet n'avait point fait une assez forte expiration au commencement de l'expérience. Le fait a été observé plusieurs fois, notamment par Despretz , sur des animaux renfermés entiers , "ce qui prouve que l'explication des physiologistes anglais ne vaut rien.

4° Quant à la proportion entre le gaz oxygène absorbé et

(1) Zeitschrift fncr Physiologie , t. IV, p. 31.

(2) Loc. cit., p. 256.

le gaz acide carbonique expiré , Allen et Pepys prétendent que le volume est égal de part et d'autre , tant chez les Oiseaux et les Mammifères, que môme chez l'homme, où ils l 'estimaient, pour vingt-quatre heures, à 39534 pouces cubes anglais (1), d'après quoi l'oxygène absorbé s'élèverait à treize mille grains , et l'acide carbonique expiré à dix-huit mille. Mais d'autres observateurs s'accordent à dire que la proportion entre les deux gaz varie considérablement, et que le plus souvent le volume du gaz acide carbonique expiré est inférieur à celui du gaz oxygène qui a disparu de l'atmosphère. Ainsi, par exemple , Bostock (2) et Delarive (3) admettaient, comme règle, qu'en vingt- quatre heures l'homme expire vingt-deux pieds cubes d'acide carbonique, et en absorbe vingt-cinq à vingt-six de gaz oxygène , de manière que le rapport entre le volume du premier et celui du second est de 1 1,13 ou 1,18. Legallois , après des expériences qui avaient duré trois heures, a trouvé la proportion, terme moyen, de 1 '. 1,20 chez les Lapins, Il 1,26 chez les Cochons d'Inde , 1 '. 1,32 chez les Chats, Il 4,58 chez les Chiens ; il ajoute que, dans le cas d'une respiration unique, le volume des deux gaz est le même, et que plusieurs respirations successives sont nécessaires pour amener le résultat précité , qui tient à la résorption d'une certaine quantité d'acide carbonique ; mais cette assertion est réfutée par les expériences dont nous parlerons bientôt (3°, 4°), et dans lesquelles la même proportion a été observée lorsqu'on renouvelait l'air à chaque respiration. Humboldt et Provençal ont trouvé la proportion du volume d'eau de 1 1,25 au moins, et quelquefois aussi de 1 '. 2, chez les Poissons, de 1 1 1,50 chez les Grenouilles. Suivant Treviranus(4), elle est souvent de 1 : 3 chez les animaux à sang froid. Edwards (5) a observé une diminution considérable de l'air dans lequel il avait renfermé dill'erens animaux; mais il

(1) Loc. cit., p. 265.

(2) Versuch. ueher das Athemholen, p. 113.

(3) Annales de chimie , t. XV, p. 103.

(4) Zeitschrift fuer Physiologie , t. IV, p. 35.

(5) Loc, cit., p. 410.

a trouvé en même temps que le volume du gaz acide carbonique expiré était à celui du gaz oxygène absorbé comme 1 \ 0,21 jusqu'à 0,52, chez les Mammifères, les Oiseaux et les Greuouilles , et je ne conçois pas à quoi peut tenir la différence qu'on remarque entre ce résultat et celui d'autres ^observations.

3° Les observateurs qui croyaient avoir trouvé qu'outre le gaz oxygène il y a aussi de l'azote atmosphérique absorbé, avaient remarqué que le volume du gaz acide carbonique expiré était plus faible. Lorsque H. Davy inspirait cent quarante et un pouces cubes d'air, il expirait cinq pouces cubes = 2,907 grains de gaz acide carbonique, et absorbait deux pouces cubes = 0,744 grain d'azote, plus cinq pouces cubes 2,103 grains d'oxygène , en tout sept pouces cubes = 2,847 grains; quand il n'inspirait que treize pouces cubes d'air, l'acide carbonique expiré s'élevait à 1,1 pouce cube = 0,639 grains, et le gaz absorbé à 1,4 pouce cube = 0,541 grain , savoir : 0,2 pouce cube =0,037 grain d'azote, et 1,2 pouce cube = 0,504 grain de gaz oxygène ; la sécrétion était donc à l'absorption , sous le rapport du volume , dans le premier cas l '. 1 ! 1,40, et dans le second '. '. 1 '. 1,27, sous celui de la masse , dans le premier 1'. 0,979 , dans le second ; Il 1 '. 0,846. Henderson (1) expira en quatre minutes 39,7 ; pouces cubes d'acide carbonique, tandis qu'il absorbait 52,0 I pouces cubes de gaz oxygène et 17,7 de gaz azote, en tout 1 69,7 pouces cubes de gaz , ce qui donne , sous le rapport du volume, une proportion de 1 '. 1,75. Les Tanches observées ; par Provençal et Humboldt (2), donnèrent ensemble 372,4 centimètres cubes de gaz acide carbonique , tandis qu'elles enlevaient à l'air 734 centimètres cubes d'oxygène et 396,3 d'azote , en tout M10,3 centimètres cubes, de manière que la proportion de l'exhalation à l'absorption, quant au volume , 1 était de 1 : 2,98.

4° Parmi les observateurs qui ont regardé une exhalation

(1) PoggendorfT , Annalen dcr Physik , t. XIX , p. 422.

(2) Mém. de la Société U'Arcueil , t. II , p. 378.

de gaz azote comme normale, on distingue Treviranus (1), qui a remarqué , presque sans exception, une exhalation égale à l'absorption ; car , suivant lui , le gaz expiré contient toujours un volume d'azote compensant ce qui manque à l'acide carbonique de l'expiration pour équivaloir à l'oxygène absorbé.

Berthollet (2) a fait dix expériences sur des Cochons d'Inde et des Lapins; dans six cas, les gaz acide carbonique et azote expirés égalaient le gaz oxygène absorbé , et dans quatre ils lui étaient inférieurs ; pris en masse , l'air expiré par des Cochons d'Inde avait acquis en volume 37,10 pouces cubes d'acide carbonique et 15,02 d'azote, en tout 52,12 pouces cubes, et perdu 51,66 de gaz oxygène; l'air expiré par des Lapins avait acquis 56,85 d'acide carbonique et 18,15 d'azote, ensemble 75 pouces cubes, sur une perte de 72,8 1 de gaz oxygène ; la proportion entre la sécrétion et l'absorption , eu égard au volume , était donc , dans ce dernier cas, de 1 0,97, et dans l'autre de 1 : 99.

Les expériences de Despretz (3) ont donné les résultats suivans , la durée étant calculée en minutes , et la quantité des gaz en litres :

(1) Zeitschrift fuer Physiologie , t. IV, p. 7-22.

(2) Mém. de la Société d'Arcueil, t. II, p. 461.1

(3) Annales de chimie et de physique, t. XXVI , p. 351.

3 Cochons d'Inde.

3 Pigeons.

1 Lapin.

1 Chien.

1 Hibou.

1 Chat.

1 jeune Chien.

2 jeunes Chiens.

6 jeunes Lapins.

Exhalation.

Proportion.

ljl,128 1-1,133 i:i, 176 1-1,218 ! l'.l, 232

Chez les huit Lapins auxquels Collard de Martigny (1) fit respirer, pendant neuf à quinze minutes , de l'air frais , au moyen d'un petit tube introduit dans la trachée-artère , la proportion fut comme il suit :

Premier.

Second.

Troisième.

Quatrième.

Cinquième.

Sixième.

Septième.

Huitième.

Exhalation.

Acide carbonique.

Ensemble.

Oxygène absorbé.

Proportion.

(4) Journal de Magendie, t. X, p. 153

IV. L'admission d'alimens dans le corps 5° Augmente la sécrétion gazeuse des organes respiratoires. Spallanzani (1) est le premier qui ait appelé l'attention sur cette circonstance ; il remarqua , par exemple , que la quantité d'acide carbonique exhalé, chez un Limaçon qui n'avait pas pris de nourriture depuis un laps de temps assez long , était à celle du même animal , après qu'il avait mangé, comme 111,53, tandis que la quantité d'oxygène absorbé était la même dans les deux cas. Sorg a trouvé également (2) qu'après avoir pris des alimens en abondance , les Insectes exhalaient beaucoup d'acide carbonique, tandis qu'ils en donnaient fort peu lorsque la nourriture venait à leur manquer. Suivant Jurine , l'homme expire aussi plus d'acide carbonique après le repas qu'en tout autre temps. Spallanzani (3) a observé une exhalation de gaz azote chez des Limaçons , surtout lorsqu'ils avaient mangé beaucoup et avec avidité. Les observations de Collard de Martigny qui viennent d'être citées (4°) se rapportent à l'influence exercée par la nourriture. En effet , le temps écoulé entre le commencement de l'expérience et le dernier repas était, pour les cinq premiers Lapins , d'une heure à une heure et demie , pour le sixième de six heures, pour le septième de trois , et pour le dernier de huit. D'après cela , les poumons exhalent plus et absorbent moins pendant la digestion que quand elle est terminée. Terme moyen , l'acide carbonique expiré s'élevait chez les cinq premiers Lapins à 0,3106, chez les trois derniers à 0,2100, et l'azote à 0,0482 chez les premiers , 0,00266 chez les autres; l'expiration après la digestion était donc à celle avant l'acte digestif, comme 1;1,47 sous le rapport de l'acide carbonique, et comme 111,81 sous celui de l'azote, en sorte que la différence était plus grande pour le premier de ces gaz que poulie second. Une longue abstinence d'alimens , par exemple ,

(1) Recherches sur la respiration, p. 218.

(2) Disquisitioncs physioloyicce circa respirationem insectorum et vor* mium , p. 461.

(3) Loc. cit., p. 231.

un jeûne de vingt-et-une heures, diminue l'expiration d'acide carbonique, selon Prout (1).

6° La diminution de la transpiration cutanée par le jeûne (2) ne devient sensible que quand l'abstinence dure au-delà de vingt-quatre heures (3).

7° Les boissons augmentent la sécrétion urinaire , et souvent, avec une rapidité telle, que ce phénomène a été considéré comme une preuve à l'appui de l'existence des prétendues voies urinaires occultes, car on pensait qu'il était absolument impossible à un liquide de parvenir avec tant de promptitude, par les voies connues, des organes de la digestion dans le sang , et de celui-ci dans l'urine. Mais nous voyons des phénomènes analogues à la peau : il arrive souvent que la sueur se déclare peu d'instans après qu'on a pris une boisson chaude , et personne ne s'imaginera que c'est la boisson même contenue dans l'estomac, qui transsude à la surface de l'organe cutané ; évidemment la sécrétion liquide de la peau n'a été qu'accrue par l'influence de la chaleur humide. La plupart du temps ceux qui viennent de boire beaucoup rendent bientôt après l'urine qui se trouvait dans leur vessie, mais uniquement parce (piécette humeur descend des reins en plus grande quantité. Sœmmerring et d'autres observateurs, Corpet, par exemple (4), ont remarqué dans l'exsirophie de la vessie , que l'urine suintait des orifices des uretères peu de minutes après que l'individu avait bu , ou que, si déjà elle coulait goutte à goutte, bientôt on la voyait sortir par jet (§ 866, 1°).

B. Influence de la qualité des substances introduites du dehors.

§ 841. La qualité des substances qui sont admises dans l'intérieur de l'organisme, ou qui entrent en contact immédiat avec lui , exerce aussi de l'influence sur la quantité de N diverses sécrétions.

(4) Schweigfrer, Journal fuer Chemie , t. XV, p. 61.

(2) Hnller, Elément, physinlog., t. V, p. 72.

(3) Reil , Archiv, t. VII, p. 364.

(4) Sieboldt, Journal fuer Gcùurtshuelfc , t. XII, p. 309. "

Ce qu'il nous iniéresse le plus de connaître , c'est l'effet que les différentes espèces de gaz produisent sur la sécrétion gazeuse de la peau et des poumons ; car, outre qu'on peut ici prendre des mesures exactes , et par conséquent donner un haut degré de précision à l'observation , les rapports entre l'ingestion et l'éjection dans un même organe s'y manifestent avec une évidence que l'on chercherait en vain ailleurs. I. Éludions d'abord les effets du gaz acide carbonique. 1° Ce gaz, lorsqu'il est pur , détermine , tant que la vie continue, une inversion complète des phénomènes de la respiration ; l'organisme s'empare de lui, et exhale du gaz oxygène et du gaz azote. Nyslen (1) aspira l'air des poumons d'un Chien au moyen d'une seringue , et fit respirer à cet animal mille cinquante-six centimètres cubes d'acide carbonique ; lorsque le Chien l'ut asphyxié , au bout de deux minutes , il trouva que 346,08 centimètres cubes de gaz acide carbonique avaient été absorbés, qu'il en avait été exhalé , au contraire , 9,86 de gaz oxygène et 266,22 de gaz azote, ensemble 276, OS, et qu'en conséquence l'ingestion dépassait l'éjection de soixantedix centimètres cubes. Abernethy (2) tint sa main, pendant neuf heures , dans un vase plein de gaz acide carbonique , sur une cuve à mercure ; ce laps de temps écoulé, le gaz avait perdu plus de la moitié de son volume , et ce qui en restait contenait une quantité considérable d'azote.

2° Legallois (3) enferma des animaux, pendant deux à trois heures , dans un appareil dont la capacité était de deux mille trois cent trente-et-un pouces cubes, et qui contenait de l'air atmosphérique mêlé avec 0,21 à 0,47 de gaz acide carbonique. Dans quatre expériences de ce genre, l'acide carbonique du dernier mélange ;se trouva diminué , par l'absorption , d'environ 0,007 à 0,153, et il n'y en, eut que deux dans

(1) Recherches de physiologie et de chimie pathologiques , p. 224,

(2) Chirunjischo iind physioloyische Vcrsuche , p. 120.

(3) Œuvres , t. U , p. 03-66.

DD DEHORS. 1 l3

lesquelles sa quantité fut accrue, mais d'une manière insignifiante, par l'exhalation; en effet, un jeune Chien, qui du reste expirait par minute 1,61 pouces cubes d'acide carbonique dans l'air atmosphérique, exhala 0,94 de ce gaz, et un autre 0,51.

3° Si l'on inspire de nouveau l'air qu'on a expiré et que par conséquent on a chargé d'acide carbonique , les poumons sécrètent moins de ce dernier. Davy (1) respira pendant près d'une minute , et en dix-neuf fois consécutives, cent soixanteet-un pouces cubes du même air ; ses poumons exhalèrent pendant ce temps 15,8 pouces cubes d'acide carbonique , ce qui faisait 0,8 à chaque respiration , tandis que , dans l'air frais (2), il rendait à chaque respiration 1,1 pouce cube , et , pendant le cours d'une minute , ving-six à vingt-huit pouces cubes d'acide carbonique. D'après Allen et Pepys (3) , dans deux cas, où trois cents pouces cubes d'air furent inspirés et expirés à plusieurs reprises , le gaz acide carbonique s'éleva, en trois minutes, à 26,48 et 27,55 pouces cubes, tandis qu'en cas de respiration d'air renouvelé chaque fois (4), sa quantité était de 26,5 pouces cubes dans une seule minute. Des sujets bien portans auxquels Nysten (5) fit inspirer de l'air frais par le nez, et qui expiraient dans une vessie par la bouche, rendirent en une demi-minute cent trente-deux à cent soixante centimètres cubes d'acide carbonique ; mais quand ils réinspiraient l'air déjà expiré par eux (6) , l'acide carbonique exhalé pendant le même laps de temps ne s'élevait que de soixante-quinze à cent vingt centimètres cubes.

On observe la même chose à l'égard de l'exhalation cutanée et pulmonaire , lorsqu'on tient des animaux pendant un laps de temps plus ou moins long dans de l'air enfermé. La quantité d'acide carbonique exhalée par de jeunes Chiens

(1) Phyaiologisch-chemische Untersuchiinjen ueber das Athmen, p, 404.

(2) lbid., v. m.

(3) Philos. Trans., 4808 , p. 260.

(4) lbid., p. 255.

(5) Recherches de physiologie et de chjmiç pathologiques , p. 400.

(6) lbid., p. 203. "

wiit 3

Il4 INFLUENCE DES SUBSTANCES INTRODUITES

qu'Edwards (1) avait enfermés pendant deux heures, s'élevait à 7,43 centilitres par heure ; elle était de 3,57 chezd'aulres'que le même observateur avait tenus en expérience pendant cinq heures ; de 6,1S centimètres cubes chez les Tanches que Humboldt et Provençal (2) observèrent pendant cinq heures, et de 1,64 seulement chez celles qu'ils laissèrent pendant dixsept heures dans l'eau enfermée ; de 0,000 chez les Grenouilles que Treviranus (3) renferma pendant cinq heures trois quarts ; de 0,021 chez d'autres dont l'emprisonnement avait duré dix-sept heures; de 0,100 chez des Apis lapidaria renfermées pendant quatre heures (4), et de 0,018 pouces cubes chez d'autres dont la réclusion se prolongea pendant vingt-quatre heures. Il suit de là que la quantité du gaz acide carbonique expiré correspond au volume de l'air dans lequel la respiration a lieu ou qu'on inspire. Lorsque Davy (5) inspirait cent quarante et un pouces d'air avec effort , il expirait cinq pouces cubes d'acide carbonique , tandis qu'après une inspiration de treize pouces cubes d'air , la quantité de l'acide expiré ne dépassait pas 1,1 pouce cube. Henderson (6) expirait par minute près de dix pouces cubes d'acide carbonique , lorsqu'il avait respiré pendant quatre minutes six cents pouces cubes d'air, et un peu moins de seize , quand sa respiration s'était exercée pendant quatre minutes et demiè sur mille pouces cubes d'air. Suivant Allen et Pepys (7) , des Cochons d'Inde tenus en expérience pendant vingt-cinq minutes , expirèrent par minute 0,62 d'acide carbonique dans trois cent dix pouces cubes d'air atmosphérique , tandis qu'après avoir été renfermés une heure dans mille pouces cubes d'air , ils avaient expiré 0,88 de ce gaz par minute. Nysten, Legallois, Allen et Pepys présumaient qu'une

(1) De l'inûuence des agens physiques sur la vie , p. 410.

(2) Mémoires de la Société d'Arcueil , t. II , p. 378.

(3) Zeitschrift fuer Physiologie, t. IV, p. 21.

(4) Ibid., p. 7.

(5) ioc. cit., p. 100.

(6) Poggendorff, Annalen der Physik, t. XIX, p. 422.

(7) Philos, Trans., 1809, p. 416.

DU DEHORS. i I 5

partie de l'acide carbonique expiré se trouve résorbée lorsque le même air vient à être respiré plusieurs fois de suite. Cette conjecture n'a de probabilité que quand , après une respiration prolongée du même air , on trouve une quantité absolue d'acide carbonique moindre que celle qui s'observe d'ordinaire au bout d'un laps de temps beaucoup plus court. Du reste , Treviranus (1) a remarqué que des Limaçons continuaient d'exhaler de l'acide carbonique après même avoir absorbé tout le gaz oxygène de l'air dans lequel ils avaient été renfermés.

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