CIRCONSTANCES EXTÉRIEURES INFLUENTES
ARTICLE ~I
Des circonstances extérieures qui influent sur la quantité des produits matériels de l'organisme.
Plusieurs circonstances extérieures influent sur la quantité des produits matériels de l'organisme.
1° Dans le nombre , il en est de mécaniques.
Une pression modérée accroît l'activité plastique. Lorsqu'en s'éveillant d'une manière brusque , on éprouve aux yeux un sentiment désagréable de sécheresse , qui porte à s'y frotter, l'humeur lacrymale est bientôt sécrétée en plus grande abondance (1). Les frictions faites à la peau rendent la transpiration plus active. L'epiderme s'épaissit et devient calleux au bout des doigts chez les joueurs d'instrumens à corde , aux mains chez les ouvriers qui exécutent de rudes travaux , à la plante des pieds chez les personnes qui marchent beaucoup , parce que la peau en réapplique sans cesse de nouvelles couches à celles qui déjà existent. Une pression trop forte , surtout lorsqu'elle ne résulte pas d'un mouvement actif, mais qu'elle est passive et continue , diminue l'activité plastique ; ainsi l'application d'une plaque de plomb diminue la sécrétion dans les tumeurs connues sous le nom de ganglions , et un bandage fortement serré réprime la pullulation des pseudomorphoses. La pression habituelle et avec frottement d'un bandageou du lit amincit l'épiderme, en détermine la résorption, de sorte que la peau , mise à nu et continuant d'être affectée de la même manière , sécrète à l'instar d'une membrane muqueuse. Du reste, la sécrétion diminue lorsque la surface de sécrétion vient à être diminuée par une compression exercée sur un organe ; ce phénomène a été observé, entre autres, par Breschet et Edwards (2) , sur les poumons , que le poids de
(1) Beanx , Physiologie de la glande lacrymale , Paris 1819, in-8», p. 5;
(2) Répertoire général d'anatomie et de physiologie pathologiques, t. II, p. 95.
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l'atmosphère oblige de s'affaisser après l'ouverture de la cavité pectorale.
2° Des impressions qui , soit à cause de leur hétérogénéité en général, soit parce qu'elles ont un caractère spécial , excitent l'activité vitale et portent ainsi le nom de stimulus , augmentent la sécrétion des surfaces du système cutané avec lesquelles elles sont mises en contact. La peau épanche une sécrétion liquide sous ï'épiderme après l'application d'un vésicatoire , d'un sinapisme , etc. Le tabac ou toute autre substance âcre , et même des corps indifférens , par exemple du sucre en poudre , qu'on introduit dans la cavité nasale, déterminent une sécrétion abondante de mucosités. Les vapeurs acres , telles que celles du chlore , agissent de la même manière sur la membrane muqueuse des poumons. Chez les animaux qui n'ont pas pris de nourriture depuis long -temps , l'estomac est fort peu humecté ; un caillou qu'on leur fait avaler, suffit, d'après Magendie ettiedemann , pour provoquer un épanchement de suc gastrique , dont les éponges qu'on introduit dans leur estomac se trouvent entièrement imbibées au bout de quelque temps (1). Tout aliment quelconque produit le même résultat (2). Le pain sec ne tarde pas à être imprégné des liquides sécrétés par les parois de l'estomac , à la surface duquel Leuret et Lassaigne ont vu le suc gastrique suinter sous leurs yeux après l'application de substances douées d'une puissance irritante toute spéciale, comme des vomitifs ou des purgatifs. Lorsque , chez un sujet atteint de procidenee du rectum , on projette du jalap ou du nitre en poudre sur l'intestin , le suc intestinal suinte aussitôt d'une innombrable quantité de pores (3). On a vu le galvanisme appliqué au gros intestin sorti de la cavité abdominale et ouvert par la suppuration , accroître tellement la sécrétion de ce suc, qu'il coulait par grosses gouttes (4). De même , chez les ani-
(1) Leuret et Lassaigne , Recherches physiologiques et chimiques pour servir à l'histoire de la digestion, p. 111.
(2) Prochaska , Physiologie oder Lehre von der Natur dos Menschen , p. 401.
(3) Haller, Elément, physiolog., t. II, p. 440.
(4) Humholdt, Ueber die yereizte Muskel-und Ncrvenfaser, 1. 1, p. 337.
maux , quand ou met du vinaigre ou toute autre substance en contact avec la face interne de leur tube intestinal , il survient aussitôt une sécrétion copieuse (1). Les lavemens de vinaigre ou d'eau salée, et les purgatifs salins, résineux, ou acres, n'agissent point autrement chez l'homme. Les corps étrangers , bougies ou pessaires, qu'on introduit dans l'urètre ou le vagin, les liquides irritans qu'on injecte dans ces conduits , y déter- i minent un accroissement de la sécrétion muqueuse.
§ 839. l°Les deux milieux dans lesquels vivent les corps organisés , ont de l'affinité l'un avec l'autre, de manière qu'ils s'attirent mutuellement , et que , dans l'état naturel , ils sont toujours combinés ensemble ; l'air contient un j)eu d'eau , [et l'eau un peu d'air. Mais c'est l'atmosphère qui , en sa qualité de milieu universel , exerce la plus forte attraction : aussi le séjour dans l'air détermine-t-il aux surfaces organiques une excrétion plus abondante , notamment de vapeur aqueuse et de gaz , dont le résultat est de rendre le corps plus léger et plus sec. L'eau n'enlève de la sécrétion aqueuse à la peau qu'autant que cette sécrétion est chargée de substances organiques , et en effet toute eau dans laquelle un animal a vécu tient des matières animales en dissolution^) ; mais ce dont elle s'empare ainsi est proportionnellement peu considérable, même en ce qui concerne les gaz ; ainsi , par exemple , Abernethy (3) a trouvé que la peau exhalait une fois plus d'acide carbonique à l'air que sous l'eau. Comme cette dernière soustrait moins , la substance organique devient plus riche en humeurs aqueuses, surtout en sérosité interstitielle ; delà résulte que les animaux aériens ont un |corps plus sec que les ani-
(1) Leurct et Lassaigne, loc. cit., p. 141.
(2) Treviranus , Die Erscheinunyen und Gesetze des organische?i Lolens, t.I, p. 309. r;
(3) Chirur'jischc und physiologischc Vcrsuche , p, 117. |
maux aquatiques , ce dont on peut se convaincre en comparant les Insectes aux Mollusques , ou les Oiseaux aux Poissons. A l'air, la peau se charge davantage de résidus basiques des sécrétions volatiles , de smegma et de pigment , tandis que , sous ce rapport , celle des animaux aériens a plus de ressemblance avec une membrane muqueuse , et les autres sécrétions elles-mêmes sont plus mucilagineuses , car les membranes muqueuses fournissent plus de mucus chez les Mammifères que chez les Oiseaux.
En s'emparant plus avidement que l'eau du carbone et de l'hydrogène , l'atmosphère met obstacle à la production de la graisse ; parmi les Oiseaux , ceux qui ont le plus d'embonpoint sont les Palmipèdes , de même que, parmi les Mammifères , ce sont les Amphibies et les Cétacés ; car , par exemple, une Baleine du poids de soixante-et-dix tonneaux (cent soixante-six mille livres ) en donne trente de lard (1). L'air qui pénètre tout le corps des Oiseaux consomme la moelle qui s'était d'abord sécrétée dans leurs os : de même , chez les Mammifères, le tissu spongieux desos qui contiennent de Tair, notamment celui du frontal, de l'ethmoïde , du sphénoïde et de l'apophyse mastoïde, est dépourvu de moelle.
2° L'atmosphère déploie d'autant mieux l'énergie qui lui appartient en propre , qu'elle est plus sèche , et son action a d'autant plus d'analogie avec celle de l'eau , qu'elle contient davantage d'humidité.
Elle agit sur la transpiration des plantes. Un pied d'Helianthus annuus, qui exhalait trois onces d'eau, en douze heures de nuit , par un temps sec , n'en donnait point quand il y avait de la rosée.
Dans un laps de temps de six à vingt et une heures , des Grenouilles perdaient, terme moyen, 0,0023 du poids de leur corps quand l'hygromètre était à cent degrés , et 0,0178 , au contraire, quand il marquait de cinquante-quatre à cinquante-huit degrés (2). La transpiration horaire des Lé-
(1) Scnresby, Tagcbnch einer ileise nach don JVallfischfang, p. 4S9.
(2) Edwards , De riulluence des agens physiques sur la vue, p. 592 ,
INFLUENCE DES MILIEUX AMBIANS. 89 zards pendant trente-six heures , s'éleva , terme moyen à 0,0003 du poids de leur corps par un temps humide , et à 0,0053 par un temps sec (1). La perte moyenne que la transpiration et les excrétions alvines firent éprouver , par heure, à des Cochons d'Inde, fut de 0,0013 du poids de leur corps dans l'air humide , et de 0,0023 dans l'air sec (2) ; celle des Moineaux fut de 0,0062 dans le premier cas et de 0,0979 dans le second (3). D'après ces observations, l'état hygrométrique de l'atmosphère paraît exercer une plus grande influence sur les Oiseaux et les Reptiles que sur les Mammifères.
Il en est de même pour l'exhalation de gaz acide carbonique. Ainsi , par exemple , les Insectes qui se tiennent dans des lieux élevés exhalent davantage de ce gaz que ceux qui vivent dans des endroits obscurs et humides (4). Au contraire , suivant la remarque faite par Lorry, entre autres, la sécrétion de la graisse est plus abondante dans l'air humide que dans l'air sec. L'air chargé de vapeur favorise la formation du mucus, et, d'après les observations de Girou(5), l'allongement des poils. Les polypes des membranes muqueuses et autres pseudomorphoses analogues augmentent ou diminuent en proportion de l'humidité de l'atmosphère (6).
3° Lorsque l'air est écarté de la surface par un entourage de corps solideset secs, la transpiration diminue. Des Grenouilles qui avaient été ensevelies dans du sable éprouvèrent, durant un laps de trente-six à quarante-deux jours, une diminution journalière moyenne de 0,0024 du poids de leurs corps, tandis que leur perte s'élevait à 0 ,0068 quand on les laissait à l'air (7). Si le
(1) lbid.,v. 610.
(2) lui., p. 641.
(3) Ibid., p. 642.
(4) Sorg , Disquisitiones physiologicœ circa respirationem insectorum et vermium , p. 162.
(5) Répertoire général d'anatomie et [de physiologie pathologiques, t. VI , p. 10.
(6) Cruveilhier, Essai sur l'anatoniie pathologique en général, t. I, p. 391.
(7) Edwards, De l'inQuence des agens physiques sur la vie, p. 583,
corps solide qui couvre la peau n'est point apte à absorber la vapeur , si c'est , par exemple , du taffetas ciré, cette vapeur se condense et prend la forme liquide , de sorte qu'on serait tenté de croire que la transpiration a été accrue.
4° Lorsque l'air jouit d'une tranquillité parfaite , de manière à ce que ce soit toujours la môme couche qui demeure en contact avec la peau , il ne tarde pas à se charger tellement de vapeur qu'il ne peut plus en prendre davantage , de sorte que la transpiration diminue. Celle-ci augmente , au contraire , quand l'agitation de l'atmosphère fait que la surface du corps est continuellement mise en contact avec de nouvelles couches d'air sec et apte à pomper l'eau. Des Grenouilles placées à l'embrasure d'une fenêtre fermée éprouvèrent , en six heures, une perte dont la moyenne par heure s'élevait à 0,0167 du poids de leur corps , tandis que celle d'autres Grenouilles placées à l'embrasure d'une fenêtre ouverte ,fut de 0,0520 (1) ; des Lézards transpirèrent, dans le premier cas , 0,0041 , et dans le second 0,0087 (2). Quand l'air était calme et en même temps saturé d'humidité, la transpiration se trouvait réduite à son minimum, c'est-à-dire qu'elle devenait cinq à dix fois moins considérable que dans l'air sec et en mouvement (3). Aussi Edwards a-t-il reconnu (4) qu'il ne s'opérait de transpiration uniforme que quand il suspendait les animaux dans des vases couverts par le haut , de manière que la vapeur pût se dissiper facilement dans l'atmosphère , sans être portée au-delà de ses limites ordinaires par le mouvement de l'air.
5° La pression du milieu dans lequel l'organisme vit, lui impose , comme à tout autre corps , certaines limites par lesquelles il est maintenu dans l'état approprié à sa nature. Ainsi la pression de l'atmosphère borne la pénétration du sang dans les vaisseaux capillaires; la peau de l'embryon est aussi rouge qu'une membrane muqueuse ; mais , après la
(1) Ibid., p. 590.
(4) Ibid., p. 91.
INFLUENCE DES MILIEUX AMBIANS. gi
naissance , elle ne larde point ù pâlir sous l'influence de l'air, et la membrane muqueuse du rectum ou vagin , dans les cas de prolapsus, devient aussi pâle que la peau. Dans de l'air raréfié, le sang qui afflue vers la périphérie acquiert la prépondérance sur celui que renferment les vaisseaux ; aussi la circulation devient-elle accélérée sur les hautes montagnes , où I on voit fréquemment survenir des hémorrhagies dans les points couverts d'un épiderme mince , de même que , quand la pression atmosphérique vient à être supprimée, par exemple , au moyen d'une ventouse , il se manifeste une congestion locale qui peut aller jusqu'à faire naître unehémorrhagie. Lorsqu'on exprime ou qu'on attire d'une manière quelconque l'air contenu dans des conduits excréteurs de glandes, la sécrétion devient plus abondante , phénomène qu'on observe , par exemple , dans l'action de traire les Vaches , ou quand on suce sa salive ; le malade observé par Mitscherlich (1) obtenait , par ce dernier moyen , une quantité de salive qui , après la séparation du mucus, était encore six fois plus considérable que celle 'du liquide rendu pendant le même laps de temps parla fistule ouverte à l'extérieur de la joue.
Comme tous les corps exhalent davantage dans la machine pneumatique, dont l'action est le meilleur moyen qu'on puisse employer pour dessécher les substances organiques , de même aussi la transpiration cutanée augmente dans l'air raréfié. Des Grenouilles transpiraient, par heure, terme moyen, 0 ,0020 du poids de leur corps à l'air, et 0,0076 sous le récipient de lamachine pneumatique (2). Sur les hautes montagnes, l'accroissement de la respiration détermine la soif, et l'oppression qu'on y éprouve semble tenir , en partie du moins, au dessèchement des poumons ; car la gêne diminue ou cesse lorsque l'air se charge d'humidité (3).
Une pression plus forte du milieu diminue aussi l'exhalation du gaz acide carbonique. Abernethy a remarqué que sa main fournissait plus d'une fois autant de ce gaz dans l'air que
(1) Eust, Mwjazin fucr die (josavimto Ilcilkundc , t. XXXVIII, p. 502.
(2) Edwards , loc. cit., p. 684.
(3) lbid„ p. 403.
sous le mercure (1). Prout dit aussi (2) que la quantité du gaz acide carbonique expiré augmente quand le baromètre est bas. Cependant cet effet est plus vague dans le cas d'une raréfaction très-considérable de l'air , parce qu'alors la respi ration en général se trouve dérangée, et qu'il pénètre moins de gaz oxygène dans les poumons. Ainsi, d'après Legallois (3), une jeune Chien expirait par minute 1,61 pouce cube de gaz acide carbonique à la pression ordinaire de l'atmosphère, et 1,66 dans l'air raréfié ; des Cochons d'Inde (4), qui en donnaient 0,401 pouce cube par minute dans la première de ces deux circonstances , en fournirent 0,420 dans la seconde ; au contraire , la proportion entre cette exhalation à la pression ordinaire et celle dans l'air raréfié fut , chez un Lapin, de 0,70 : 0,65 pouce cube (5) , chez un autre de 0,84 : 0,57 (6), chez un troisième de 1,10 1,02 (7) , et chez un Chat de 0,80 : 0,77 (8).
Des Poissons que l'on tire rapidement des profondeurs de la mer se gonflent autant à l'air , suivant Configliachi (9) , que s'ils avaient été mis sous le récipient de la machine pneumatique, et quand on pratique une incision à leur peau, l'air s'en échappe bruyamment ; leur vessie natatoire augmente de volume, au point de faire souvent sortir l'estomac par la bouche. Ce phénomène tient à ce que l'air qui se trouvait comprimé au fond 'des eaux, éprouve une expansion subite à l'air ; en effet , d'après Biot (10) , la masse de l'eau , à une profondeur de cent mètres , exerce une pression dix fois plus forte que celle de l'atmosphère, de manière qu'en ajoutant cette dernière , le Poisson s'y trouve soumis au poids de
(1) Chirurgische und physiologischo Versuche , p. 111-117.
(2) Gmelin, Handbuch der theoretischen Chemie , t. II, p. 1521.
(3) Œuvres , t. II , p. 65 , n° 1.
(4) Ibid., p. 66 , n° 2.
(5) Ibid., p. 63, n° 3.
(6) Ibid., p. 63, n° 5.
(7) Ibid., p. 63, n"8.
(8) Ibid., p. 63, n° 7.
(9) Schweigger, Journal fuer Chemie , 1. 1 , p. 158.
(10) Poggendorlï, Annalen der fhysik , t. XXVI , p. 467.
INFLUENCE DES MILIEUX AMBIANS. g5
onze atmosphères, et que , quand on l'amène tout d'un coup à la surface, l'air qu'il renferme acquiert un volume dix fois plus considérable qu'auparavant.
Cependant on peut se demander si cette diminution brusque de la pression n'aurait point aussi pour résultat d'accroître tout à coup la sécrétion de gaz. Biot (1) a trouvé d'autant plus de gaz oxygène dans la vessie natatoire , que la profondeur à laquelle le Poisson avait été péché était plus grande; ce réservoir en contenait 0,29 chez les Poissons qui vivent non loin de la surface , et 0,70 chez ceux qui habitent à plus decinquante mètres (2). Configliachi (3) etDelaroche (4) ont fait des observations analogues. Or l'air mêlé avec l'eau de la mer ne contient, à la profondeur de deux cents toises, que 0,265 d'oxygène , selon Delaroche (5), et 0,08 seulement, selon Biot (6). La prédominance de l'oxygène sur l'azote, dans la vessie natatoire , ne peut donc se rattacher qu'au mode de la sécrétion. Mais il demeure incertain encore si la sécrétion plus abondante de gaz oxygène avait eu lieu déjà au fond de la mer, ou si elle ne s'est effectuée qu'à la sortie de l'eau et par la soustraction soudaine de la pression à laquelle le corps avait été soumis jusqu'alors.
7° La chaleur exerce une action évaporative , et favorise ainsi la sécrétion vaporeuse de la surface , surtout au milieu d'un air sec , en mouvement et raréfié. Martin (7) , après s'être exposé à un grand froid , expira sept onces d'eau , dans l'espace d'une heure , à la chaleur d'un poêle. La transpiration moyenne par heure des Grenouilles dans de l'air saturé d'humidité fut de 0,0060 à zéro , de 0,0070 à dix degrés', de 0,0135 à vingt, et de 0,0449 à quarante (8). Celle diffé-
(1) Schweigger, Journal ftter Chemic , 1. 1, p. 232.
(2) Ibid., t. I , p. 123.
(3) /Mi., p. 146.
(4) Annales du Muséum , t. XIV, p. 214.
(5) Ibid., p. 255.
(6) Poggendorfî, Annalen dcr Physik , t. XXVI, p. 474.
(7) À/jhandlungen dcr Schwcdischcn Alicidemie , t. XL , p. 200. ^8) Edwards, loc. cit., p. 593.
rence de la température s'est manifestée aussi chez des ln sectes (1).
Mais, à part la transpiration aqueuse , et indépendamment d'elle, la chaleur accroît la sécrétion par la peau d'autres substances qui se volatilisent avec la vapeur aqueuse , ou qui , unies à l'eau liquide , constituent la sueur. Cette dernière a lieu quand un mauvais conducteur de la chaleur , par exemple dutaffetas ciré, ou un air chaud et saturé d'humidité, comme celui d'un bain de vapeur, empêche le dégagement du calorique et de la vapeur aqueuse, et, en pareil cas , la quantité de la sécrétion cutanée peut être moins considérable que quand il y a seulement dégagement de cette sécrétion sous forme de vapeur. Si l'air échauffé contient des vapeurs qui aient de l'affinité pour l'eau, comme celle de l'alcool, la sécrétion augmente plus qu'en toute autre circonstance , parce qu'alors non seulement il se dégage d'autres substances , mais encore la quantité de l'eau devient plus grande. Le froid , associé à l'humidité et au repos de l'air , diminue la sécrétion cutanée tout entière ; au contraire , quand l'air est sec et en mouvement , il ne fait que supprimer la sécrétion d'autres substances, et la transpiration aqueuse peut alors dépasser ses limites normales. Voilà pourquoi le refroidissement produit par un courant d'air détermine un sentiment de pesanteur, de lassitude et en général de malaise, qui ressemble à celui qu'on éprouve après la suppression d'une sécrétion, jusqu'à ce qu'il survienne un élat inflammatoire local , catarrhe ou rhumatisme , qui peut être considéré en quelque sorte comme une crise. Il paraît, d'après cela , que des substances organiques (matière salivaireet osmazome) se volatilisent avec la vapeur d'eau à la température ordinaire, mais qu'elles sont retenues pendant le froid , et qu'au contraire quand la température s'élève beaucoup, elles se manifestent dans la sueur, unies à l'eau liquide, à des alcalis et à des acides. Cet effet de la chaleur n'entraîne nullement la nécessité d'admettre des organes sudo-
(1) Rengger, JPhysioloyischc U/itersuchungen veber die ihierische Haxishaltung der Insekten , p. 39.
rifères spéciaux ; mais s'il venait à se confirmer que les filamens étudiés parPurkinje(§ 797, 20° ; 821, 2°), et que Brescbet considère comme des canaux sudorifères ou hydrophores (*), existent chez tous les animaux qui suent, et manquent chez tous ceux qui ne suent point, nous aurions à les considérer comme des organes analogues aux follicules sébacés , dont ils différeraient seulement en ce que les substances organiques qu'ils mêleraient avec l'eau auraient acquis un caractère moins spécial.
L'exhalation du gaz carbonique par la peau est plus abondante, selon Collard de Martigny (1), à la chaleur qu'au froid. La même chose a lieu, d'après Chevillot(2), pour celle de ce gaz dans les organes digestifs , et aussi , suivant Treviranus (3) , pour la quantité de celui qu'entraîne l'expiration ; car une Abeille exhala près de trois fois autant d'acide carbonique à vingttrois degrés qu'à onze. Cependant Delaroche (4) pense que cet efFetde la chaleur est moins prononcé chez les animaux à sang chaud , et si l'on peut ajouter foi à l'observation faite par Crawford , que des Cochons d'Inde expiraient moins d'acide carbonique qu'à l'ordinaire au froid , la différence tiendrait peut-être à ce que l'air raréfié par la chaleur contient moins d'oxygène. Du reste, Edwards a reconnu (5) que l'expiration d'azote est plus abondante à la chaleur, et Chevillot, que la quantité de gaz hydrogène qui s'exhale dans l'estomac et l'intestin est plus considérable chez les sujets jeunes que chez les personnes avancées en âge. En outre , une température élevée augmente plusieurs sécrétions basiques, notamment celles du smegma cutané , du pigment et de la bile , ainsi que l'éclat des animaux phosphorescens , tandis que le froid détermine une sécrétion plus abondante de sucs muqueux. 7° L'effet le plus général de la lumière est d'accroître la
O Nouvelles recherches sur la structure de la peau , p. 26. (4) Journal de Magendie , t. X , p. 466.
(2) Journal de chimie médicale , t. V, p. 601.
(3) Zeitschrift fuer Physiologie , t. IV, p. 28.
(4) Nouveau Bulletin de la Société phil'omatique , t. m, p. 331. (o) Loc. cit. /p. 423.
formation du pigment. Les couleurs des corps organisés ont leur siège .'principalement aux parties périphériques. Chez beaucoup de végétaux, les feuilles et les fleurs n'acquièrent un coloris plus intense que quand elles sont sorlies des bourgeons. De même, chez l'homme et les animaux, la teinte permanente de la peau ne se développe qu'après la naissance de l'embryon (§ 534, 8°). Chez les Nègres, la couche extérieure du mucus de Malpighi est plus foncée que l'interne (1). Les plantes qui croissent dans des cavités souterraines , les Poissons qui vivent à de grandes profondeurs ou dans la vase , les Reptiles qui se Viennent dans l'obscurité , comme le Protée et la Sirène , ont peu de pigment. Les couleurs les plus vives se voient surtout chez les animaux aériens , les Insectes et les Oiseaux, et spécialement chez ceux d'entre eux qui vivent le plus à l'air et à ta lumière. Les régions de la peau exposées à lumière ont en général une teinte plus foncée : ainsi , chez l'homme, les cheveux sont plus bruns que les poils du corps; chez les animaux , le dosa une teinte plus foncée et plus vive , et dans les Pleuronectes , chez lesquelles l'antagonisme du dos et du ventre s'est effacé , le côté latéral tourné vers le haut est coloré , tandis que l'autre est blanc. Chez les Oiseaux, les plumes couvertes par d'autres sont moins colorées. Les plantes qui croissent à l'ombre , perdent les couleurs qu'elles offrent au grand air , et s'étiolent. Les Souris qu'on tient dans des caves obscures, font souvent des petits blancs (2). En Abyssinie et en Mauritanie , les femmes , qui vivent constamment dans l'intérieur des maisons r sont aussi blanches que les Européennes , tandis que les hommes ont le teint fort basané (3). De même, les taches de rousseur se manifestent sur les régions de la peau exposées à l'action de la lumière , et sont dues surtout à la vive impression des rayons du soleil.
(1) Sœmmerring, Ueber die kœrpcrliche Verschiedenheitd.es Negers vom. Etiropœer, p. 46.
(2) Heusinger, Untersuchunyen ueler die anomale Kolden-und Pijmentbilduntj in dem menschlichen Koirper, p. 36.
(3) Voigt, Die Farben der organischen Kœrper, p. 43.
Les Lampyres luisent d'autant plus, d'après Macaire (1) que la lumière du jour a agi davantage sur eux, quoique, suivant la remarque faite par Todd (2), ils ne perdent point leur éclat lorsqu'on les tient renfermés dans un lieu obscur pendant la journée.
Tous les pigmens organiques ont un caractère basique prédominant , qui est surtout de nature carboneuse. Ceux des végétaux sont plus ou moins résineux , et leur développement à la lumière s'accompagne d'une formation de substances basiques, résineuses ou huileuses, et aromatiques. Comme la lumière exerce une action desoxidante sur les corps inorganiques , qu'elle détermine la manifestation en eux du caractère basique, et que par cela même elle leur communique fort souvent une couleur plus foncée , de même son influence sur les corps organisés est également chimique ; seulement cette influence n'agit point ici d'une manière immédiate, et ne fait que déterminer l'activité plastique à déposer dans les couches interstitielles de la périphérie une plus grande quantité de substance carbonée provenant du suc vital ; car les couleurs pâlissent à la lumière chez les animaux et les végétaux frappés de mort. Par antagonisme , la formation de substances riches en carbone diminue dans l'intérieur : il se produit plus de graisse dans l'obscurité, comme on peut s'en convaincre sur les animaux mis à l'engrais. Le Guacharo , Oiseau nocturne granivore de l'Amérique ,: est excessivement gras , parce qu'il vit dans l'obscurité , au milieu de cavernes souterraines (3), et les Oiseaux de nuit de l'Europe ne sont maigres qu'en raison du peu de produit de leur chasse.
La peau de l'homme paraît dégager davantage de gaz dans le bain , sous l'influence de la lumière solaire. Cette influence s'exerce d'une manière plus sensible chez les végétaux, dont elle accroît la transpiration aqueuse. Si l' Helianthus et diverses autres plantes tournent avec le soleil, c'est, suivant Haies ,
(d) Froriep , Nolizcn , t. I , p. 33.
(2, Jbid., t. XV, p. 4.
(3) Hmuboldt, JleLie in die JEquinovliuUjeyendcn , t. II, p. HO. VIII. n
parce que celle de leurs faces qui regarde cet astre transpire davantage, et subit par cela môme une torsion.
La lumière exerce une action particulière sur les végétaux, eu égard à la sécrétion gazeuse. La plante, comparée à l'animal, est plus chargée d'oxygène, et notamment plus riche en acide carbonique, qu'elle attire dans son intérieur, pour lui servir de nourriture : la lumière accroît la vitalité des tiges et des feuilles, de manière que ces parties décomposent l'acide carbonique existant en elles, exhalent du gaz oxygène, etretiennent du carbone, pour en faire la base de leur tissu, en même temps qu'elles attirent aussi de l'acide carbonique du milieu ambiant. On ne doit voir là qu'une opération chimique, puisque, même dans les corps inorganiques, la lumière détache l'oxygène de ses combinaisons et le volatilise. Mais cette opération est accomplie par l'activité vitale; les feuilles mortes, fanées , devenues rouges en automne, ou complètement écrasées, ne donnent jamais de gaz oxygène , dont il ne se dégage non plus que fort peu des plantes malades. La quantité de l'acide carbonique est le régulalenr du travail; celui-ci n'a point lieu quand l'eau pompée par les racines et le milieu qui entoure le reste de la plante sont dépouillés de tout acide carbonique; il augmente, au contraire, lorsque l'air ou l'eau qui enveloppe le végétal contient une plus grande quantité de ce gaz qu'à l'ordinaire, sans cependant en être trop chargé. La conséquence de l'exhalation du gaz oxygène est la mise en liberté du carbone, qui concourt à la production de la chlorophylle, à l'accroissemsnt des parties solides et à l'augmentation du poids de la plante. Il résulte des expériences de Saussure que l'accroissement du poids d'une plante , qui était de cinq grains à l'air libre , s'éleva à douze grains dans un air chargé d'aciJe carbonique et exposé aux rayons du soleil, tandis qu'à l'ombre il se réduisit à trois grains. La simple lumière diffuse suffit pour produire cet effet sur la végétation; mais il n'y a que l'action immédiate des rayons solaires qui l'accroisse assez pour qu'on puisse remarquer une augmentation de la quantité d'oxygène dans le milieu ambiant. Du reste, il paraît, d'après les observations de Gilby, que, chez les plantes comme chez les corps inorgani-
qncs , le rayon violet a plus de pouvoir que le rayon rouge pour meure en liberté le gaz oxygène (1).
8° Les variations périodiques clans l'hygrométricité , la densité, la température et l'illumination de l'atmosphère, avec lesquelles s'accorde le type de la vie (§ 594, 3°) , font que la marche des sécrétions change également aux diverses époques du jour et de l'année. La transpiration des végétaux est beaucoup moins considérable durant la nuit que pendant le jour ; celle d'un Helianthus annwiis , par exemple , s'éleva , pendant douze heures de jour , à vingt onces , et ne l'ut que de trois onces pendant le même laps de temps, par une nuit sèche. La même chose a lieu pour la transpiration des animaux et de l'homme, qui atteint son maximum avant midi (§ 006, 5°). On peut en dire autant, quoiqu'à un moindre degré , de la sécrétion urinaire ; suivant des observations continuées pendant une année , il y eut par heure , terme moyen, 1,567 onces de transpiration pendant le jour, et 4,725 d'urine, dans le premier cas, et J ,432 dans le second (2). D'après Collardde Martigny (3), c'est le malin que la peau exhale le plus de gaz. Prqut (4) assure aussi que l'expiration de gaz acide carbonique est plus abondante le matin , qu'elle atteint son maximum vers midi, qu'ensuite elle diminue jusqu'après minuit, époque de son minimum, en sorte que, décent pouces cubes d'air introduits dans les poumons par l'inspiration , on expire pendant la nuit 0,033, et dans le milieu de la journée 0,040 pouce cube de gaz acide carbonique, dont, au dire de Saussure, l'atmosphère contient habituellement une plus grande quantité durant la nuit que pendant la journée ( § 606, 8°).
90 En été, la transpiration, l'expiration de gaz acide carbonique , la formation du pigment et la sécrétion de la bile sont plus abondantes; c'est, au contraire, la sécrétion de l'urine, des liquides séreux, du mucus et de la graisse, qui pré-
(1) Annales de chimie , t. XVII , p. 65.
(2) Meckel, DeUischés Archiv , t. VII, p. 362. , (3) Journal de Magendie , t. X , p. 166.
(4) Schweigger, Journal fuer Chomic , t. XV, p. 147.
domine en hiver (§619, 4°, 5»). D'après les observations de Keil , on peut évaluer la quantité moyenne , par heure , de la transpiration à 1,383 once, et de l'urine à 1,488 once, depuis le mois de mai jusqu'en octobre , celle de la première à 1,197 et celle de la seconde à 1,668, depuis novembre jusqu'en avril. Chossat (1) dit que l'urine l'emporte un peu sur la boisson au solstice d'hiver, mais qu'elle n'en représente que les trois quarts en été. C'est au printemps que les feuilles des plantes transpirent le plus, et en automne qu'elles exhalent le moins ; la perspiration d'un arbre qui reste toujours vert , par exemple d'un laurier, est aussi considérable pendant un seul jour d'été que durant tout un mois d'hiver. L'acide carbonique expiré par des Moineaux s'élevait, par heure, terme moyen , à 5,4144 pouces cubes au mois de mai , par une température de vingt degrés, à 7,7220 en juin, par la même température, à 4,9012 en octobre, par une température de quinze degrés, et à 6,0866 en novembre, par la même température (2); chez des Grenouilles, la quantité moyenne de ce gaz, en vingt-quatre heures , était de 2,9288 pouces cubes , au mois de juin , à vingt-sept degrés ; de 1,4364 , en juillet , à dix-huit degrés; et de 1,3638, en octobre, à quatorze degrés (3). Suivant Configliachi (4), la vessie natatoire des Poissons contient moins de gaz oxygène en été qu'en automne.
10° Le climat exerce une influence analogue sur les sécrétions. En général , c'est dans les pays chauds que les végétaux et les animaux brillent des couleurs les plus vives et les plus éclatantes. Des animaux qui ont le pelage brun jaunâtre , gris noirâtre ou rouge dans les zones tempérées , sont blancs ou d'un gris cendré dans les contrées reculées vers le nord; tel est le cas des Écureuils et de l'Ours. D'autres, comme l'Hermine, l'Isatis et le Lièvre blanc, y acquièrent ce poil aux approches de l'hiver, non par l'effet d'une mue , mais par un grisonnement semblable à celui que détermine
(1) Journal de Magendie , t. "V, p. 492.
(2) Edwards, De l'influence des agens physiques sur la vie , p. 645.
(3) Ibid., p. 648.
(4) Schweigger, Journal fuer Chemie , t. I , p. 145.
INFLUENCE DES SDBST. INTROD. DU DEFI ORS. 10i
l'àfje (i), ce qui prouve que le type de la vie s'accorde plutôt avec celui des phénomènes cosmiques , qu'il n'est réglé par lui. Il est bien connu aussi que la peau et les cheveux de l'homme sont en général plus foncés en couleur dans les pays chauds que dans les climats froids. L'influence du climat sur la transpiration ressort déjà de la différence (§ 836, 3°) qu'on remarque entre les résultats des observations faites sous des latitudes diverses, par Sanctorius en Italie , Lining dans la Caroline du sud , Dodart , Boissier et Séguin en France , Keil et Stark en Angleterre. La sécrétion de l'urine est moins abondante dans les climats chauds , et celle de la bile , au contraire, plus copieuse. Les animaux des pays chauds ont la peau couverte de poils rares , ou même entièrement rase , tandis que ceux des contrées froides ont un pelage épais, et qui double même , à l'approche de l'hiver, par la crue de nouveaux poils.