‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 5)Chapitre 24 sur 94 · INFLUENCE DES SUBSTANCES SOLIDES ET LIQUIDES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES SUBSTANCES SOLIDES ET LIQUIDES

§ 842. Les alimens et autres substances liquides ou solides qui entrent en contact immédiat avec l'organisme, ou pénètrent dans son intérieur , sollicitent avec plus d'énergie telle ou telle formation, en raison de leurs qualités particulières, soit parce qu'ils fournissent spécialement les matériaux qui lui sont nécessaires , soit parce qu'ils sont en harmonie plus parfaite avec celle des directions de l'activité vitale sous la

(1) Loc. cit., d829, p. 284.

(2) De l'influence des agens physiques sur la vie , p. 462. j

dépendance de laquelle elle se trouve placée. Il est possible, et même assez vraisemblable , que certaines substances favorisent ou restreignent la nutrition des muscles , du système nerveux, etc. ; mais nous manquons de données positives à ce sujet. L'influence que les alimens exercent sur les sécrétions est plus évidente; parmi les faits qui s'y rapportent, nous nous contenterons de citer ici les suivans.

1° D'après Prout (1) , la quantité d'acide carbonique que l'homme expulse dans une expiration, n'est diminuée par aucune substance plus que par les boissons spirilueuses, même lorsqu'elles sont prises en aussi faible proportion que possible, et surtout quand l'individu est à jeun. Mais il reste encore à examiner si ce phénomène ne tiendrait pas uniquement à ce que la circulation et la respiration sont alors accélérées, de manière qu'une seule respiration ne durerait pas assez longtemps pour qu'une quantité normale d'acide carbonique pût passer du sang dans l'air, auquel cas le déficit serait couvert par l'accroissement du nombre cl«s respirations.

L'aperçu donné précédemment ( § 81S, III ) confirme la remarque, faite par Allen et Pepys, que les animaux herbivores n'exhalent pas plus d'acide carbonique que les animaux carnivores. Lassaigne et Yvart(2) ont trouvé aussi que les Souris expiraient la même quantité de cet acide, soit qu'on les nourrît de substances azotées, soit qu'on leur donnât des alimens non azotés. Des Cochons d'Inde , au contraire , donnaient plus d'acide carbonique avec la nourriture azotée qu'avec des alimens non azotés ; dans le premier cas , ils absorbaient aussi davantage d'oxygène , mais dans l'un et l'autre la quantité d'acide carbonique exhalée était égale à la moitié de celle de l'oxygène absorbé. D'un autre côté, Dulong assure que l'exhalation diacide carbonique , comparée à l'absorption d'oxygène , est moindre chez les carnivores que chez les her= bivores , et cette proposition paraît être exacte , en la considérant d'une manière générale. Ainsi, par exemple , dans les expériences de Legallois , la proportion de l'acide carbonique

(4) Schweigger, Journal fuer Chemie, t. XV, p. 62. (2) Journal de chimie médicale , t. IX, p. 274. j

exhalé à l'oxygène absorbé était , terme moyen , chez les Lapins de I 1,20, et chez les Cochons d'Inde de 1 : 1,26; mais elle était dans les Chats de 1 : 1 ,32, et dans les Chiens de 1 : 1,58. Selon Edwards (1), elle a été de 1 tf 0,25 chez les jeunes Cochons d'Inde, et de 1 ! 0,47 chez les jeunes Chiens.

D'après Collard de Martigny (2) , la peau exhale davantage d'azote chez les hommes qui prennent beaucoup de nourriture , animale surtout , et plus d'acide carbonique chez ceux qui mangent peu , notamment lorsque leurs alimens consistent en végétaux. Le terme moyen de neuf observations a été, pour la proportion de l'acide carbonique à l'azote , dans le gaz cutané, 1 ; 2,903 chez les mangeurs de viande, 1 ' 0,744 chez les personnes vivant de maigre.

D'après cela , il est surprenant de Voir Despretz (3) soutenir que l'exhalation d'azote est plus considérable chez les animaux herbivores que chez les carnivores; cette assertion n'est point confirmée par la comparaison des observations qui ont été rapportées précédemment ( § 819 ).

Treviranus (4) fait remarquer qu'on rencontre quelquefois une expiration plus abondante en azote qu'en acide carbonique , et cela surtout chez les animaux qui vivent de substances animales ou azotées, mais que le prénorhène n'observe aussi chez des animaux herbivores.

Au rapport de Lassaigne et d'Yvart (5) , des Souris et des Cochons d'Inde expiraient toujours la même quantité d'azote ( 0,007 à 0,008 de la quantité contenue dans l'air inspiré ) , qu'ils eussent pris des alimens azotés ou une nourriture non azotée.

2» La transpiration cutanée et pulmonaire est accrue par les boissons aqueuses en général. L'eau froide elle-même , que l'on boit quand on a chaud à l'extérieur, par exemple dans le lit , porte à la sueur ; mais les boissons chaudes, chargées de substances aromatiques ou d'alcool , amènent surtout

(1) De l'influente des agens physiques sur la vie, p. 410, 413.

(2) Journal de Magendie, t. X, p. 167.

(3) Annales de chimie, t. XXVI, p. 361.

(4) Zeitschrift fuer Physiologie , t. IV, p. 33.

(5) Journal de chimie médicale , t, IX , p, 274,

ce résultat d'une manière très-prononcée. L'asa fœtida , l'opium , l'ammoniaque , le soufre , les préparations antimoniales, etc., accroissent également la transpiration, sans le concours de l'eau.

3° D'après les observations faites par Mitscherlich (1) sur une parotide qui s'ouvrait à l'extérieur par une ouverture fistuleuse , la sécrétion salivaire ' est surtout accrue par les substances sèches, puis par les substances irritantes ; elle l'est moins par les corps non stimulans , moins encore par les alimens mous et faciles à mâcher. La salive sécrétée pendant le déjeuner , le dîner et le souper s'élevait à 74,804 grammes pour les alimens durs, 71,523 pour les substances irritantes , 62,070 pour les corps non stimulans, 46,248 pour les alimens mous. Le tabac, la pimprenelle, la pyrèthre, augmentent la la sécrétion salivaire quand on les mâche ; le mercure fait couler la salive avec profusion , par quelque voie qu'on l'introduise dans le corps.

4° La sécrétion lacrymale est activée par la fumée et autres vapeurs âcres.

5° Les boissons , surtout celles qui sont aqueuses et contiennent beaucoup d'acide carbonique , accroissent la sécrétion urinaire , que les vins forts et l'eau-de-vie rendent , au contraire, moins abondante. Cette sécrétion est augmentée aussi par la nourriture végétale , et diminuée par les alimens tirés du règne animal. D'après Gaertner (2), elle s'élevait, par jour , à cinquante onces sous l'influence des alimens végétaux, à quarante-trois sous celle des substances animales, et à quarante-huit sous celle d'une nouriture mixte. Magendie(3) rapporte qu'un homme qui n'avait mangé que des pommes de terre pendant quinze jours fut pris d'une sorte de diabète. Les animaux carnivores urinent moins, généralement parlant, que les herbivores. Le genièvre , la scille , le colchique , la digitale pourprée , etc., favorisent la sécrétion urinaire. Séga-

(1) Rust , Magasin fuer die rjcsam.rn.te Heilhunde , t. XXXVIII , p. 504.

(2) Reil , Archiv , t. II , p. 184.

(3) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , art. Gn avilie , t. IX , p. 248.

DU DEHORS. 12g

las (1) a observé que cette sécrétion était plus abondante après une injection d'urée dans les veines d'un Chien ; il employa la même substance (2) dans un cas de diabète sucré , et la vit accroître un peu la quantité de l'urine, mais sans que celle-ci contînt d'urée. .Wienholt (3) dit, au contraire, qu'un Lapin auquel on avait fait prendre de l'urée, rendit de l'urine moins copieuse , mais plus chargée.

6° La sécrétion biliaire est accrue par les substances grasses, les alimens tirés du règne animal , les résines e t les épices ; elle est diminuée, au contraire , par les acides végétaux. Schultz (4) a remarqué, sur des Chiens , que la bile coulaifen plus grande quantité dans l'intestin quand ils avaient pris de la nourriture animale que lorsqu'ils avaient mangé des végétaux. Beaumont (5) a vu la bile refluer dans l'estomac humain par l'usage prolongé d'alimens gras.

7° Les alimens gras rendent la formation du pigment plus abondante; une nourriture aqueuse et féculente la diminue.

8° Toutes choses égales d'ailleurs, il se forme plus de graisse sous l'influence de la nourriture végétale que sous celle des ahmens provenant du règne animal.

9° Les alimens gras et les substances farineuses non fermentees excitent une sécrétion muqueuse plus abondante que les substances épicées et salées.

10° La sécrétion du sperme est activée par les substances azotées , les œufs , etc. , diminuée par les acides et le campnre.

11° Celle du lait devient plus abondante par l'effet non seulement de substances riches en principes alibiles, comme la bouillie et la bière, mais encore de substances légèrement aromatiques , telles que l'anis et le fenouil. L'association de ces

(4) Joomal de Magendie , t. II, p. 3&> (2) Ibià., t. IV, p. 355.

t. t£t£* BlœUCr ^ Natur™*'™W<cn und Arménie , (4) Do alimcntorum concoctione , p 63

l30 INFLUENCE DU SANG.

deux qualités, qu'on rencontre par exemple dans le café au lait, produit le même ellet. Parmenlier et Dcyeux (1) ont observé un fait qui prouve combien est grande l'influence de l'habitude ; lorsqu'ils donnaient à une certaine Vache des alimens autres que ceux auxquels elle avait été accoutumée , son lait était moins abondant pendant plusieurs jours , quoique la nouvelle nourriture fût plus riche que l'autre en matériaux nutritifs.

12° On peut jusqu'à un certain point ranger ici les inflammations que diverses substances , par quelque voie qu'elles pénètrent dans l'économie, dé terminent dans les organes sécrétoires, en vertu d'une action spécifique ; par exemple , l'arsenic dans la membrane muqueuse de l'estomac et de l'intestin, le mercure dans les glandes salivaires, l éméiique dans les poumons , le chromate de potasse dans la conjonctive , le manganèse dans le foie.

ARTICLE II

Des circonstances intérieures qui influent sur la quantité des produits matériels de l 'organisme.

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