V. La salive
5° Est ordinairement alcaline chez la plupart des hommes , mais elle a le caractère acide chez quelques individus. Celle qui s'écoulait d'une fistule parotidienne , et dont Mitscherlich (1) a étudié les changemens avec soin, était acide la plupart du temps , mais devenait fortement alcaline pendant le boire et le manger : dès la première bouchée , la réaction acide faisait place à la réaction alcaline , à laquelle il n'arrivait que parfois de durer encore quelque temps après le repas. L'observation antérieurement faite par Schultze (1) que , quand on active la sécrétion de la salive en chatouillant le palais , ce liquide devient, chez beaucoup d'hommes, alcalin , d'acide ou neutre qu'il était jusqu'alors , semble également annoncer que l'alcalescence est le résultat d'une exaltation de l'activité vitale des organes chargés de le sécréter. Du reste, il est possible qu'on n'ait quelquefois considéré la salive comme un corps neutre , que parce qu'on n'employait point un réactif assez sensible. Ainsi Eberle assure (3) que quand ce liquide ne bleuissait pas le papier de tournesol rouge, il verdissait fortement et sur-le-champ du papier rougi avec le suc d'airelle.
6° La salive est parfois très-acide dans l'hypochondrie et l'hystérie. Fiedler (4) prétend que celle d'un Chien enragé oxidait le cuivre et faisait effervescence avec l'ammoniaque.
VI. Le lait est alcalin lorsque sa sécrétion commence , et l'acide lactique libre ne s'y développe que quand lui-même devient plus parfait. D'après Lassaigne (5), celui des Vaches est encore alcalin quarante jours avant le vêlage ; mais six jours plus tard il est un peu acide , et il le devient fortement lorsque l'animal a mis bas. Hermbstaedt (6) prétend qu'il n'y
(1) Rust, Magasin fuer die gesammte Heilhunde , t. XXVIII, p. 505.
(2) Systematischos Lehrbuch der vergleichenden Anatomie , p. 135.
(3) Physiologie der Verdauung nach Versuclien auf natuerlichen und Kucnllichen JVege , p. 31.
(4) Schreger, Fïuidomm corporis animalis chemiœ nosoloyicœ spécimen , p. 42.
(5) Journal de chimie médicale, t. VIII, p. 143.
(6) John , Chemische Tabellen des Thierreichs , p. 92.
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a que le lait du matin qui réagisse à la manière des acides, de sorte que l'acidité se développerait par l'effet du séjour prolongé dans la tétine.
\ IL L'urine,
7° Considérée d'une manière générale , contient d'autant plus d'acide libre , qu'elle est plus saturée. Balley a remarqué (1) que presque toujours l'urine acide avait une pesanteur spécifique supérieure à celle de l'urine neutre. Aussi l'urine de la digestion rougit-elle plus fortement le tournesol que celle de la boisson (2); celle qu'on rend le matin, que celle qu'on évacue avant le dîner ( § 606, 5°); celle des vieillards que celle des enfans ( § 535, 6°; 540, 1°; 550, 5°; 587, 11°), comme Gœrtner(3), entre autres, s'en est convaincu.
8° Ce liquide a coutume d'être alcalin chez les animaux herbivores; il l'était également chez des Chiens, quand ces animaux avaient été soumis pendant quelque temps à un régime non azoté (4).
9° Brodie (5), Home (6) et Hankel ont observé que l'urine contenait de l'ammoniaque libre après les lésions ou les commotions de la moelle épinière. Naveau (7) dit , au contraire , l'avoir trouvée fortement acide, chez des Chiens et des Lapins, après la section de la moelle épinière à la région dorsale ou lombaire , de même qu'après les irritations mécaniques ou galvaniques des nerfs grand sympathique et pneumo-gastrique, ou des nerfs rénaux, et alcaline après la section de ces nerfs.
10° On l'a trouvée alcaline dans plusieurs circonstances , lorsque le suc gastrique acide était sécrété en plus grande quantité , notamment dans les scrofules et les maladies ver-
(4) Froriep , Notisen , t. XXV, p. 44.
(2; Nvsten , Recherches de physiologie et de chimie pathologiques , •p. 249.
(3) Reil , ArcKv , t. II , p. 478 , 483.
(4) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , art. Graveur , par M. Magendie , t. IX , p. 242
(5) Gerson , Magasin des auslœndischen Literatur, t. IV, p. 348.
(6) lbid., t. XV, p. 408.
(7) Expérimenta queedam cirCa urince secret ionem , p. 24-32.
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mineuses (1), dans le vomissement chronique qui provient de la misaine ou d'un squirrhe à l'estomac (2), et dans d'autres maladies ou la salive et le suc gastrique contenaient beaucoup d'acide libre (3). On a observé aussi son alcalescence dans l'hydropisie (4), la jaunisse et la suppuration (5), ou diverses maladies des voies urinaires (G), ainsi que dans les maladies putrides , suivant Pjrmenlier et Or fila (7). Bertholleta l'ait sur lui-même la remarque, confirmée par Nysten (8) et parNauche (0), que l'urine perd son acidilé quelque temps avant l'invasion d'un accès de {joutte, qu'elle la recouvre pendant l'accès même, et qu'elle devient même alors beaucoup plus acide qu'elle ne l'est dans l'état de parfaite santé. De même aussi , dans les fièvres, elle est d'abord moins acide; mais, plus tard , elle acquiert une acidité très-prononcée , surtout lorsqu'elle prend le caractère critique. On l'a trouvée fort acide particulièrement dans la synoque elles inflammations, la péritonite, par exemple (10).