‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 5)Chapitre 38 sur 94 · III. Le suc gastrique · texte numérisé non relu

III. Le suc gastrique

1° N'avait été trouvé acide, par Spallanzani (4), que chez les oiseaux herbivores, et , sur lui-même , qu'après qu'il avait fait usage d'alimens lires du règne végétal. Mais Carminati a reconnu que ce suc l'est également chez les animaux carnassiers, qu'il l'est fréquemment chez lesRuminans, et toujours chez les Veaux. Brugnatelli l'a trouvé acide chez les carnivores, comme chez les herbivores, à l'exception toutefois de celui qui existait dans la panse. Werner (5) a remarqué, chez les Ruminans , que le suc du bonnet et du feuillet est peu acide, mais que celui de la caillette l'est fortement. Schultze (6), Leuret et Lassaigne (7) ont trouvé le suc gastrique constam-

(1) Gendrin , Histoire anatomique des inflammations, t. II, p. 493.

(2) Meckel, Dcutschcs Archiv , t. IV, p. -1 57.

(3) Loc. cit., t. II, p. 505.

(4) Expériences sur la digestion , p. 696.

(5) Scherer, AlUjcmeines Journal der Chemio , t. VIII, p. 29.

(6) Systcmatischcs Handbuch der verylcichendcn Anatomie , p. 135.

(7) Recherches physiologiques et chimiques pour servir à l'histoire de la digestion, p. 114.

IQ§ rilODUITS MATÉRIELS IfOMOLOGLES.

ment acide dans les quatre classes d'animaux vertébrés et chez l'homme. Le suc gastrique que Montègre (t) vomissait le matin , à jeun , était la plupart du temps acide. Le suc intestinal a été également trouvé acide , surtout dans le cœcum (-2). L'un et l'autre suc rougissent les couleurs blêmes végétales etoxident même les métaux, en vertu de l'acide libre qu'ils contiennent. Suivant Brugnatelli, le suc gastrique de la Chouetie dissolvait le fer, le cuivre etl'éiain, et en plus grande quantité dans l'intérieur de l'estomac que hors de ce viscère. Les matières fécales d'un homme devinrent bleues après qu'il eut avalé du cuivre, et noires après qu'il eut introduit du fer dans ses organes digestifs. Le fer qui a été avalé porte des traces d'oxidation à sa sonie , comme l'a observé, entre aulres, Fox (3). Un homme ayant pris du mercure métallique, Moscali (4) trouva, dans ses déjections , une quantité considérable de ce métal, réduit à l'état d'oxidule et de poudre noire. Du mercure qu'on avait mis dans la pans£ d'un Veau , au moment où il venait d'être tué , était également converti presque en entier en oxidule , au bout de douze heures.

g0 L'acide qui produit ces effets paraît n'être pas toujours le même. L'acide hydrocblorique est celui qu'on a rencontré le p'us souvent. Déjà Scopoli et BrugnalejJi avaient reniai qué que le nitrate d'argent donne un prêt: pilé de chlorure dans le suc gastrique de Corneille. P;out (5) a trouvé de l'acide hydrochlorique libre chez l'Homme, le Lapin , le Lièvre, les Veaux, les Chevaux et les Chiens; Children (G), Dunglison (7) et Silliman (8) chez l'Homme ; Tiedem uin elGmehn (9)

(d) Expériences sur la digestion dans l'homme , p. 20 , 22 , 2,8 , 31 , 35.

(2) Tiedemann et Gmelin, Recherches expérimentales sur la digestion , t. I, p. 474.

(3) Froriep , Nolizen, t. XXXVII, p. 2 )8.

(4) Huffland , Neues Journal der auslœndischen medicinisch-chirui gischen Literatur, t. VIII, cah. II, p. 78.

(5) Philos. Trans., 1824 , p. 49.

(6) Ibid., p. 54.

(7) Beaumont , Neue Fersuche vnd Beobachtunyen uel/er don Magensufl und die Physiologie der k'erdanuny , p. 49.

(8) lbid., p. 51.

(9) Recherches expérimentales sur la digestion , t. I , p. 166.

chez les Chevaux et les Chiens. L'acide lactique ou l'acide acétique a été vu quelquefois par Tiedcmann et Gmelin , sur- ' tout chez les animaux vertébrés inférieurs; par Dunglison , chez l'Homme. Leuret et Lassaigne (1) l'ont rencontré d'une manière constante. Treviranus ('£) admettait que c'est lui qui prédomine. Enfin Montègre croyait à sa présence (3) , quoiqu'il n'eut pu l'obtenir par la distillation. Tiedemann et Gmelin ont remarqué parfois des traces d'acide butyrique chez 1rs Chevaux , etProut (4) a trouvé de l'acide carbonique chez un Pigeon. On a cru découvrir aussi des acides fixes ; Macquart et Vauquelin admettaient l'acide phosphoiique , et Prout a quelquefois rencontré , sinon cet acide, du moins un auire qui lui ressemble ; Treviranus (5) présumait , d'après les expériences de Brugnatelli, corroborées encore par d'autres observations, que le suc gastrique renferme aussi de l'acide hydrofluorique. Enfin Schultz (G) dit avoir trouvé que l'acide des animaux carnivores est fixe et non susceptible de passer à la distillation ; que celui des Chevaux est fixe, quand ces animaux ont mangé du foin, et volatil quand ils ont pris de l'avoine ; que celui des Ruminans est volatil dans la panse et fixç dans la caillette ; que partout où il est fixe , on peut le volatiliser et le distiller, en le neutralisant avec du carbonate de potasse, puis ajoutant de l'acide phosphorique , et que cet acide volatil libre n'est autre que l'acide acétique, attendu que l ucide hydrochlorique qu'on rencontre est toujours combiné et neutralisé,

3° Spa'lanzani pensait que l'acide du suc gastrique provient des substances végétales qui ont été introduites dans l'estomac. Brugnatelli a réfuté cette hypoihèse par ses observations sur des animaux carnivores , et soutenu que l'acide est indépendant de la nourriture , parce qu'il le retrouva chez un

(1) Recherches physiologiques et chimiques pour servir à l'histoire, de

la digestion , p. 117.

(2) Biologie , t. VI, p. 358.

(3) Loc. cit., p. 45.

(4; Schweigger, Journal fuer Chomie , t. XXVIII, p.' 226.

(5) Loc. cit., p. 360.

(C)j De alimentorum concoctione, p. 47, 97.

Chat nourri de végétaux pendant dix jours , tout aussi bien que quand l'animal n'avait pris que des alimens de nature animale.

Comme le suc gastrique est tantôt acide, tantôt, surtout chez les personnes à jeun , neutre ou alcalin (§ 820, 3°), ce fait devait conduire à d'autres explications.

Ainsi Prout admit que le suc gastrique, neutre en tout autre temps , devient acide au commencement de la digestion.

Tiedemann et Gmelin (1) établirent , par leurs recherches, que cette modification dépend d'une exaltation de l'activité vitale de l'estomac ; le suc gastrique de Chiens qui n'avaient rien mangé depuis quinze heures avait une saveur faiblement alcaline et des réactions légèrement acides , et le suc intestinal ne contenait pas la moindre trace d'acide; mais ces deux sucs étaient manifestement acides chez des Chiens dans l'estomac desquels on introduisait des cailloux siliceux ou des pierres calcaires, après les avoir laissés dix- huit, trentesix ou quarante heures sans nourriture (2) ; la réaction acide était très-forte lorsqu'on avait forcé ces animaux d'avaler du poivre (3).

Cette opinion s'accorde avec d'autres expériences , d'après lesquelles l'alcalescence ou l'acidité de différens liquides dépend de l'état vital des organes chargés de les sécréter. Beaumont (4) s'est convaincu , par des observations continuées pendant plusieurs années sur l'homme vivant, que le suc gastrique est neutre' quand l'estomac se trouve vide et non stimulé, mais qu'il devient acide dès que des alimens pénètrent dans ce viscère , ou qu'on l'irrite d'une manière mécanique , par exemple , en y introduisant une canule de gomme élastique. Eberle (5) a obtenu un résultat semblable ; il assure en même temps (6) que quand l'estomac vient à être rempli de

(1) Recherches expérimentales sur la digestion , t. I , p. 163.

(2) Bld., p. 91.

(3) Ibid., p. 99.

(4) Neuc Versnclie und Beohachtungen veber dcn Magensaft , p. 69.

(5) Physiologie der ferdauung nach Versuchen auf natuerlichen wid kuenstlichom IVegc , p. 44 , 47.

(6) lbid., p. 145.

substances difficiles à digérer ou indigestes , par exemple , de foin chez un Veau qui tette , ou de fibrine chez un Pigeon , le suc gastrique acquiert d'abord une acidité bien prononcée, mais que, quand le séjour de ces substances se prolonge , il devient neutre , qu'il finit même par acquérir de l'alcalescence , et que cette qualité alcaline se manifeste également lorsque l'animal a été renfermé pendant long-temps ou livré aux tourmens de la vivisection. Aussi Eberle (1) attribue-t-il l'acidité du suc gastrique et du suc intestinal à l'influence des nerfs, sans d'ailleurs alléguer d'argumens suffisans à l'appui de cette hypothèse, contre laquelle s'élèvent les observations, rapportées plus haut (§ 847, 3°), d'animaux dont l'estomac sécrétait du suc gastrique acide après la section des nerfs pneumo-gastriques.

Montègre (2) a proposé une théorie plus obscure. Il pense que les alimens deviennent acides en vertu d'une action indéfinissable de l'estomac , et qu'ils communiquent cette acidité à la salive avalée, laquelle, suivant lui, est identique avec le suc gastrique.

Schultz (3) prétend également que l'acide se développe dans les alimens seuls , l'organisme opposant des forces chimiques à leur caractère chimique, afin de détruire la combinaison des substances dont ils sont composés. Dans son opinion, le chyme devient acide de cette manière par l'action de la salive neutre ou alcaline , et il acquiert (4) une activité d'autant plus prononcée que les alimens introduits dans l'estomac sont plus nourrissans et plus faciles à digérer ; mais il ajoute que l'acide développé de cette manière pénètre le tissu de l'estomac , en sorte que ce dernier conserve son acidité même après avoir été lavé , comme l'atteste la propriété qu'il possède alors de faire coaguler le lait. Schultz s'appuie principalement sur ce dernier phénomène , parce qu'il a remarqué que le suc gastrique et la salive coagulaient le lait, même

{l)Ibid.,j>. 343.

(2) Loc. cit., p. 44.

(3) Loc. cit., p. d04.

(4) Loc. cit., p. 97.

quand jj§ exerçaient des réunions alcalines (il), effet qu'il compare à la dissolution des aiiinens (*2) ; mais, de même que la coagulation de l'albumine ne peut point être considérée comme une acidification , quoiqu'elle soit susceptible d'être déterminée par des acides, de même aussi on ne peut dire que celle du lait consiste en une acidification, puisqu'elle est également provoquée par diverses substances végétales neutres (§520, 4°). Sclmllz (3) conteste l'exactitude des expériences de Tiedemann et Gmelin , et prétend que l'acide trouvé pajç ces observateurs ne provenait pas de l'irritation de l'estomac causée par des cailloux avalés, mais dépendait d'une certaine quantité de chyme à laquelle ils n'avaient point lait d'atu utioi) , de sorte que, suivant lui , des Chiens qui n'avaient rien pris depuis vingt-quatre heures, n'auraient point encore été à jeun. Ce sont là des assertions arbitraires, qui ne peuvent renverser les résultats d'observations faites avec soin. D'ailleurs , c'est précisément dans l'appendice ccepaj, où jamais il ne pénètre de chyme, que l'acidité du suc intestinal est le plus prononcée, parce que l'acide n'y peut point être .neutralisé par Ja bile (4), et ce seul fait suffirait pour renverser de fond en comble la théorie de Sclmllz.

4° Nulle part une prédominance d'acide ne se manifeste avec tant de facilité , aussi fréquemment, et à un si Jiaut degré, que dans le suc gastrique. Les personnes qui ont la di- Ijeslioii languissante , éprouvent des rapports acides lorsqu'elles mangent beaucoup de pain et d'autres substances végétales , comme aussi lorsqu'elles font usa;;e de la graisse, qui passe alors au raace. Cette acidité des premières voies s'observe souvent chez les enfans qui font leurs dents , ou qui sont atteints de scrofules , ch«°z les femmes enceintes et hystériques, chez les bypo dioodriaques , chez ceux qui ont le foie ou la rate malade. Elle est portée quelquefois à un tel point .que , dans les vomissemens , le suc gastrique brikle la gorge

(1) Loc. cit., p. 54.

(2) Loc. cit., p. 102.

(3) Loc. cit., p. 99.

(4) Gmelin , Handbuch der theoretischen Chemie , t. II , p. 151S.

comme pourrait le faire un acide minéral fort, agace les dents, fait effervescence avec le carbonate calcaire et oxide les métaux.

IV. La sueur a été trouvée fréquemment acide, par exemple chez les femmes eu couches, où l'on voit, surtout d'après Ansehnino (J), s'accroître la quantité de l'acide acétiquç ou de l'acide lactique , dans les scrofules , le rachitisme , la miliaire et autres affections exanihématiques. Elle a été vue présentant le caractère ammoniacal pendant la crise de certaines lièvres, et , d'après Anselmino (2), durant un accès de podagre. Opendant Nauche (3) a émis une assertion trop vague en disant que son acidité augmente dans le rhumatisme , et diminue dans les affections nerveuses, qu'elle devient même alcaline dans ce dernier cas ; car Gacrlner (4) a remarqué que la sueur critique des fièvres rhumatismales, comme aussi cellede la fièvre de lait et delà rougeole, ne réagissait point à la manière des acides, et d'un autre côlé on observe quelquefois des sueurs acides dans les spasmes. Suivant Eberle (5), le papier de tournesol, appliqué sur la peau, quand elle avait, ou été frottée jusqu'au point de devenir rouge, ou enflammée par l'action d'un vésicaloire, rougissait plus qu'en toute autre circonstance ; lorsque le vésicatoire avait commencé à faire naître des ampoules, le papier bleu ne rougissait plus, et la liqueur contenue dans la plilyclène se comportait à la manière des acides. Cependant il ne faudrait pas conclure de cette expérience que la sécrétion cutanée devient plus acide sous l'influence d'une irritation modérée , et alcaline quand 1 irritation est portée plus loin (6); car la sérosité contenue dans les ampoules de vésicatoire est alcaline en vertu d'une transformation du sang (§ 8o'j) qui a lieu quand l'activité vitale de l'organe cutané se trouve non pas épuisée par la surexcitation, mais véritablement accrue et exaltée.

(1) Zeitschrift fuer Physiologie, t. II, p. 323.

(2) Loc. cit., p. 330.

(3) Meckel, Dcutsches Archiv , t. IV, p. 157.

(4) Beil, Archiv , t. II, p. 180.

(5) Physiologie der V erdauumj , p, 48.

Page 1