III. La quantité du pigment
3° Augmente dans le mucus par l'effet de l'inflammation , en sorte que ce mucus devient jaune ou vert.
4° Les sécrétions séreuses acquièrent cette couleur dans l'hydropisie chronique, les maladies du foie et le scorbut, et elles deviennent blanches lorsqu'elles contiennent davantage de mucus, d'albumine ou de graisse.
5° L'urine est d'un rouge intense pendant la chaleur de la fièvre et dans les inflammations, d'un jaune rouge foncé dans le rhumatisme aigu, très-brune dans la goutte chronique, pâle dans les affections spasmodiques. Elle est foncée en couleur chez les animaux carnivores, et d'une teinte pâle chez les herbivores.
C° Le lait des Vaches qui paissent des herbes aromatiques et juteuses, donne un beurre jaune ; celles qu'on nourrit de
paille , de foin ou de son, fournissent du beurre blanc (1).
1Y. Le smegma cutané paraît contenir davantage d élaine chez les bêtes bovines pendant les chaleurs de l'été ; il résulte de là que la sueur de ces animaux devient grasse alors, mais qu'en même temps leur suif est plus ferme qu'en hiver, pince qu'il renferme une proportion plus considérable de s/éarine (2).
Y. Le lait
7° Des Vaches contient, suivant Lassaigne (3), de la soude libre et de l'albumine jusqu'à six semaines avant que l'animal mette bas; quinze jours environ avant celte époque , la soude libre disparaît , et à l'albumine se joignent de la matière caséeuse, du sucre de lait et de l'acide lactique, qui n'existaient point auparavant. Ces substances continuant toujours de se trouver dans le lait, l'albumine disparaît quelques jours après le vêlage, et ensuite on voit diminuer la quantité du beurre, qui avait été très-considérable jusque-là.
8° Lorsqu'on donne à une Chienne des alimens tirés du règne végétal, son lait devient plus abondant, semblable à celui de Chèvre , plus acidulé , plus coagulable , tandis qu'une nourriture animale le rend plus rare , plus alcalin et moins facile à coaguler.
VI. Dans une salivation qui dépendait d'un état anormal de ] activité nerveuse, Mitscherlich (4) a trouvé la matière sali vaire beaucoup moins abondante que de coutume; mais le liquide contenait un peu plus de matière extractive soluble dans l'eau et l'alcool aqueux, et insoluble dans l'alcool pur. Eberle (5) croyait avoir remarqué que plus il songeait fortement aux acides, afin d'accroître la sécrétion de sa salive , plus celle-ci devenait pesante spécifiquement , plus aussi elle était claire et peu filante, plus, par conséquent, la plyaline y augmentait et le mucus y diminuait de proportion, j
(dj Parmeutier et Deyenx, Expériences et observations sur les différentes espèce de lait, p. 51. 52.
(2) Froriep , ISoiizen . t. VIII , p. 7.
(3) Journal de chimie médicale, t. VIII, p. 443.
(4) Rust, Marjazin fuer die (jesammte Jleilkunde , t. XL , p. 29.
(5) l'hynoloijig dor Cerdauwj , p. 32.
VII. De môme que pendant l'enfance (§ 533, 9°), la bile cotl tient moins de substance biliaire dans l'atrophie , l'induration et la dégénérescence adipeuse du foie, suivant Thénard. Chevallier a trouvé que la proportion du picromel à tous les autres principes conslituans solides était de 1 ; l,hS chez un sujet atteint de fièvre bilieuse , de 1 ; 2,40 chez un phthisicjue, de 1 I 6,66 chez un syphilitique ; il n'a découvert que des traces de cette substance dans la bile d'une personne attaquée de fièvre putride.
VIII. L'urée et l'acide urique ont une grande affinité l'un pour l'autre , et doivent être considérés comme des modifications d'une seule et même substance : aussi tantôt leur quantité varie-t-elle simultanément, de manière, par exemple, que l'urine des enfans contient moins d'urée, et de l'acide urobenzoique au lieu d'acide urique ( § 535, 6° ), tantôt les variations de l'une de ces substances ne correspondent-elles point à celles de l'autre , ou l'une d'elles prend-elle la place de l'autre.
9° Nous en trouvons la preuve directe dans leurs proportions respectives chez les divers animaux ( §827, 15°, 46°). Parmi les Mammifères , les carnivores sont ceux dont l'urine contient le plus d'urée; il y en a moins chez l'homme, et moins encore chez les herbivores , tandis que l'acide urique manque entièrement chez ces derniers, et qu'il est moins abondant chez les carnivores que chez l'homme; l'urée et l'acide urique existent chez les Oiseaux herbivores et les Batraciens, tandis qu'on trouve de l'acide urique sans urée chez les autres Oiseaux et Reptiles, ainsi que chez les Poissons et les animaux sans vertèbres.
10° Il est évident que la nourriture exerce une grande influence sur ces modifications. Lorsque des Mammifères carnivores avaient été nourris avec des substances non azotées , leur urine ne contenait plus d'acide urique au bout de trois semaines ou d'un mois (1). L'acide urique se dépose de l'hurine humaine sous la forme de petits grains cristallins rouges, lorsqu'il se produit en trop grande quantité, ou qu'un autre
(1) Magendie, art. Gaiveue, Dict. de méd. et de cliir.,'t. IX, p. 241.
acide libre vient à le précipiter. Wollaston fut le premier qui attribua la gravelle d'acide urique à une nourriture animale trop abondante ; à la vérité Camper avait déjà remarqué que les calculs urinaire^ étaient devenus moins communs en Hollande depuis qu'on avait commencé d'y manger moins de viande. Schultens a confirmé l'exactitude de ce résultat; il a trouvé que l'urine devient plus rare après trois jours de régime animal exclusif (§ 842,5° ), et qu'elle contient alors près du double de l'acide urique qu'on y rencontre chez les personnes qui font usage d'une nourriture mixte. Magendie (4) a mieux démontré encore que l'acide urique est augmenté par la bonne chère , par l'habitude des jouissances de la table, et surtout par l'usage d'une nourriture trop animale. Il fait remarquer que quand une personne habituellement sobre a mangé beaucoup en un jour de fête, son urine du lendemain contient davantage d'acide urique, et il cite l'exemple d'un homme qui fut sujet à la gravelle tant qu'il jouit de l'aisance , mais qu'un revers de fortune débarrassa de cette maladie , à laquelle il redevint sujet après avoir rétabli ses affaires.
11° Prout (1) a remarqué que ce qui augmente la proportion de l'acide urique n'est pas tant la grande quantité d'une nourriture saine , notamment de la viande , du pain et du pudding, mais bien plutôt tout ce qui porte le désordre dans la digestion , en particulier les efforts de corps ou d'esprit aussitôt après avoir mangé, ou même le simple dérangement des heures de repas. Il a reconnu que l'apparition de la gravelle est en général précédée d'accidens gastriques, et qu'un traitement propre à rétablir la régularité des digestions est le meilleur moyen de combattre cette affection. Il pense enfin que si les affections déprimantes contribuent à la production d'un excès d'acide urique (2) , c'est probablement à cause du désordre qu'elles occasionent dans la digestion.
12° Un genre de vie sédentaire favorise la production de la gravelle, soit de la même manière , soit aussi, comme l'ad-
(1) Magendie , art. Geaveue , Dict. de méd. et de chir., t. IX, p. 246,?
(2) Traité de la gravelle, p. 100, 401, 102. ]|
(3) Ibid., p. 110.
2l4 PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES.
met Magendie (1), parce que le défaut de mouvement diminue le renouvellement des matériaux dans les muscles et le dépôt de la fibrine azotée dans ces organes , de sorte qu'il résulte de là un excès d'azote. Mais Prout prétend que trop de fatigue est une circonstance favorable à la manifestation de la gravelle.
13° L'urée est plus abondante, l'acide urique plus rare et la gravelle moins commune pendant l'été , selon Goindet (2) , et dans les climats chauds, suivant Davy (3). Or, comme la transpiration est ordinairement troublée avant que la gravelle apparaisse, il paraît d'après cela que la sécrétion aqueuse de la peau peut entrer en antagonisme avec celle de l'acide urique.
14° Suivant Nyslen (4) , la différence entre l'urine de la boisson et celle de la digestion est surtout très-considérable en ce qui concerne l'acide urique ( = 1 ; 16 ) , un peu moins forte eu égard à l'urée (— 1 \ 13 ) , et moindre encore sous le rapport des sels terreux ( = 1 \ 5 ) et des sels neutres ( = 1 ; 4 ). Si l'on compare l'urine de la digestion à celle de l'état spasmodique, on trouve que ce sont les sels neutres qui ont le plus diminué dans cette dernière ( = 1 \ 11 ), après quoi viennent l'urée ( = 1 ; 6 ), l'acide urique ( = 1 ; 4 ) et les sels terreux.
15° Dans le diabèle, la quantité de l'urée et de l'acide urique diminue , de sorte que Bosiock (5) , par exemple, n'a point trouvé 0,01 de ces deux substances prises ensemble. Barruel (6) a rencontré, dans cette maladie, de l'urée sans acide urique; Chevallier n'a pu apercevoir l'urée (7), et Chevreul n'a observé que de l'urée dans un cas , tandis qu'il n'y avait que de l'acide urique dans les autres (S). ,
(1) Recherches sur la gravelle , p. 26.
(2) Froriep , Notizen , t. XIII , p. 133.
(3) Gerson , Magasin der auslœndischen Litératur, t. III , p. 479.
(4) Recherches de physiologie et de chimie pathologiques, p. 426.
(5) Gmelin, Handbuch der thcoretischen Chemie , t. II, p. 1416.
(6) Journal de chimie médicale , t. V, p. 42.
(7) lbid., p. 11.
(8) Blainville, Cours de physiologie générale, t. III, p. 190. 1
PRODUITS MATÉRIELS HOJIOIOGUES. 31 5
16° La diminution de l'urée a été remarquée dans l'hépatite par Rose et Henry (4), dans l'hydropisie parNysten, dans la fièvre putride par Orfila (2). Cette diminution coïncidait avec un accroissement de la proportion d'acide urique dans un cas de fièvre nerveuse lente observé par Frommherz et Gugevt (3), et dans la phthisie pulmonaire (4).
17° Frommherz et Gugert (5) ont vu l'acide urique manquer avant un accès de goutte , et reparaître pendant la crise ; l'épais sédiment qui se produit alors consiste en sels formés par cet acide (6). Les mêmes observateurs l'ont vainement cherché dans l'urine rendue par un homme atteint de catarrhe vésical.
18° 11 en ont trouvé la quantité diminuée, tandis qu'au contraire celle de l'urée était extraordinairement considérable, dans un cas de vomissement chronique , et Henry (7) a observé le même état de choses dans un violent rhumatisme. Nysten a vu la proportion de l'urée augmenter dans une péritonite (8). Prout (9) a quelquefois observé cet accroissement, sans trouble notable de la santé , chez les hommes de moyen âge, qui avaient été auparavant adonnés à l'onanisme ; l'urine était la plupart du temps abondante . pâle et sans sels ; elle se décomposait avec une grande facilité, et ne tardait pas à devenir alcaline.
B. Mutation du caractère de la formation.
§ 854. La transformation consiste en ce qu'une formation prend un caractère qui ne lui appartient pas à proprement parler , mais qui n'est cependant point étranger à l'organisme.
(1) Meckel , Deutsches Archiv , t. II , p. 642.
(2) Blainville, Cours de physiologie générale, t. III, p. 493.
(3) Sclvweigger, Journal fuer Chemie , t. L , p. 205.
(4) Heusinger, Zcitschrift fuer die organische Physik , t. I, p. 459. !
(5) Loc. cit., p. 266.
(6) Wetzler, Beitrœije zur Kenntniss des menschlichen IIams\ p. 20.
(7) Journal de chimie médicale , t. V, p. 205.
(8) Recherches de physiologie et de chimie pathologiques , p. 253.
(9) Recherches sur la gravellc , p. 400.
Comme chaque partie porte en elle le caractère de la substance organique en général, offrant seulement des modifications et des proportions spéciales , lorsque ces proportions viennent à changer, elle se rapproche du caractère d'une autre partie , de manière que la transformation se rapproche des différentes formes sous lesquelles peuvent apparaître les simples changemens dans les proportions respectives des matériaux constituans ( § 849-853 ) , et qu'elle se confond jusqu'à un certain point avec eux.
Mais cette transformation elle-même se manifeste sous deux aspects différens. Tantôt , en effet, la partie admet en elle , mais d'une manière qui ne correspond point à sa nature , des substances provenant du sang et qui n'ont subi aucun changement, de manière que , par ce mélange avec des substances générales , elle perd son caractère propre et spécial ; tantôt elle devient semblable à une autre partie qui procède du sang. Pour abréger, nous désignerons ces deux ordres de phénomènes sous le nom de transformation hématique (§ 854, 855) et de transformation plasmatique (§ 856 , 858).