VIII
rapproche de la vérité qu'en ce sens que toute transformation du genre de celle dont nous parlons suppose une résorption de la substance normale.
Au reste , la graisse diffère ici de celle qui se dépose ordinairement autour des muscles , et elle ressemble davantage à l'adipocire. D'après Cruveilhier (I) , un muscle qui avait subi cette espèce de transformation, contenait 0,159 d'eau, 0,092 d'une substance analogue à de la viande bouillie, 0,003 de gélatine ou d'extrait aqueux , et 0,746 de graisse , consistant elle-même en 0,667 de stéarine, 0,076 d'élaïne et 0,003 d'adipocire.
Le cœur a été trouvé converti en graisse , et à tel point qu'il n'y avait plus d'intactes que les couches musculaires les plus intérieures (2;.
On a observé , dans des cas rares, une transformation analogue du pancréas, des glandes mammaires, des reins et même des os; ces derniers étaient alors réduits aune couche mince de substance compacte , circonscrivant une cavité médullaire énorme (3).
Il est plus fréquent de vo:r, notamment chez les phthisiques, et parfois aussi, selon Mérat (4), dans les hydropisies, le foie imprégné de graisse , ou transformé en une masse graisseuse, il est alors volumineux, d'un jaune pâle, blanc et fragile ; la bile contient peu de substance biliaire, et se compose presque uniquement d'albumine. Yauquelin a trouvé dans un foie ainsi dégénéré 0,19 de parenchyme , 0,36 d'eau et 0.45 de graisse ordinaire. Dans un autre cas, où le chagrin avait été la principale cause de la maladie . Frommherz et Gugert (5) out reconnu que le foie pesait douze livres; il était blanc et s;tns nul vestige de sa texture normale; il se composait principalement de graisse et d'albumine non coagulée , avec peu d'osmazome , de matière caséeuse , de ma-
(1) Loc. cit., p. 1S93
(2) Loc. cit., p. 184.
(3) Loc. cit., p. 193.
(4) Mémoires de la Société médicale d'Emulation, t. VI, p. 402.
(5) Sctiweigger, Journal ftier Chemie , t. L, p. 86.
PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES. 2 5g
tière salivaire, de fibrine, de chlorure de sodium et de phosphate calcaire, sans choléslérine , acide gras , ni résine biliaire. Mais il arrive quelquefois que le Ibie contient de la choléslérine en masses isolées, grises ou blanches (1).
3° On sait, d'après les observations de Trembley, que quand on retourne un Polype à bras , comme un doigt de gant, la substance extérieure se convertit en surface digérante, sa surface acquérant des granulations plus volumineuses et colorées, comme celles qui caractérisaient auparavant cette dernière. Mais on conçoit qu'une pareille transformation ne peut avoir lieu qu'à un bien faible degré dans des organismes supérieurs. Cependant il n'est pas rare qu'une portion de peau prenne en quelque sorte le caractère d'une membrane muqueuse lorsqu'elle forme habituellement une cavité contenant de l'air. Ainsi Hebréard (2) a vu , chez un idiot qui tenait constamment les genoux fléchis, la peau du jarret rougeâlre, sans excoriations , molle et sécrétant de la mucosité. Lorsque Dieffenbach (3) avait fabriqué un nouveau prépuce par le renversement en dedans de la peau extérieure, cette expansion devenait rouge et humide, comme un prépuce naturel , et fournissait une sécrétion analogue.
** Transsubstantiation progressive.
II. La transsubstantiation progressive a pour caractère tantôt la condensation, tantôt l'admission d'un caractère plus spécial.
4° Du tissu cellulaire peut se transformer en une membrane muqueuse.
La paroi d'un ulcère , en général , ressemble à une membrane muqueuse , par son tissu spongieux et riche en vaisseaux. Cette analogie devient plus prononcée lorsque la suppuration dure long-temps , et dans les trajets fistuleux ,
(4) Andral, Précis d'anatomie pathologique , t. II, p. 597.
(2) Nouvelle bibli Ihèque médicale, 1829, t. II, p. 201.
(3) Chirvrijische Erfuhrvnyen besonders uebcr die JVicderherslelluiHj zerstœrter Theile des menschlichen Kœrpors , t. I, p. 62. ,
aÔO PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES.
comme l'a surtout démontré Villermé (1). En effet, la couche qui fournit le pus se délimite peu à peu de plus en plus , de manière qu'on peut la détacher des tissus sous-jacens , sous la forme d'une membrane spéciale ; d'abord rouge , inégale , veloutée ou tuberculeuse , elle devient graduellement pâle et lisse , cesse de suppurer, sécrète du mucus (2), perd la sensibilité qu'elle témoignait au passage de l'urine ou des matières fécales, acquiert un épilhelium au voisinage de la peau extérieure , de manière qu'en cet endroit une piqûre d'insecte y fait naître une ampoule (3), et devient par là semblable à un conduit excréteur.
5° La membrane muqueuse du rectum , du vagin et de la matrice , renversée et retournée , prend les apparences de la peau extérieure par le contact de l'air atmosphérique ; la rougeur diminue, la sécrétion muqueuse cesse, l'humidité s'efface, l'épithelium s'épaissit, et la sensibilité à tout contact étranger s'émousse. Mais les parties du système de la membrane muqueuse situées à une plus grande profondeur ne sont point susceptibles d'une pareille transformation, même lorsqu'elles parviennent à l'extérieur et entrent en contact immédiat avec l'atmosphère , par exemple dans le cas d'anus contre nature ou d'extroversion de la vessie.
6° Une transformation en substance scléreuse s'observe fréquemment dans le tissu cellulaire (4). Ce tissu s'accumule d'abord en plus grandes masses , qui ensuite se serrent de plus en plus les unes contre les autres et se confondent ensemble.
Cette transformation en substance scléreuse s'observe aussi dans les vaisseaux oblitérés , dans les cartilages mis à découvert, quelquefois dans les vésicules séreuses, la glande thyroïde et les testicules (5). Elle a lieu également dans les fibres musculaires a voisinant les luxations et les fractures
(1) Meckel, Deutsches Archiv, t. II, p. 471.
(2) Andral, Précis d'analomic pathologique , 1. 1, p. 259.
(3) Meckel, Deutsclt.es Archiv , t. H, p. 476.
(4) Amiral, Précis d'anatomie pathologique, t. I, p. 267.
(5) Béclaid % Additions à l'auatomic générale de Bichat , p. 184.
non guéries , qui , après avoir subi cette métamorphose , représentent des ligamens capsulaires. Elle se voit encore à l'extrémité des muscles dans les moignons d'amputation (1), et aux parties musculaires qui avoisinent des os cariés , ou qui garnissent des régions du corps condamnées depuis longtemps à l'inaction , soit par la paralysie , soit par une tout autre cause (2).
7° Le tissu cellulaire subit une transformation cartilagineuse aux alentours d'une tumeur blanche des articulations et dans l'éléphantiasis. La même chose arrive à la membrane muqueuse, par exemple à celle de l'urètre ou de la vésicule biliaire. Il est commun de voir des points réellement convertis en cartilage à la surface des membranes séreuses , par exemple à la tunique vaginale dans les hydrocèles anciennes, au péritoine dans les hernies invétérées , à la capsule péritonéale du foie, et au péricarde. On en remarque aussi à celle des enveloppes scléreuses, par exemple au périoste lorsqu'une tête d'os luxée roule sur lui , et à la capsule qui entoure la rate ou les reins. Enfin on voit fréquemment se convertir en cartilage des connexions scléreuses , comme par exemple les tendons des colonnes charnues du cœur, et celui du plantaire grêle à l'endroit où il frotte contre le péroné (3).
8° Une véritable transformation en substance osseuse s'observe quelquefois dans des cartilages , des muscles et le tissu scléreux, tandis que quand des ossifications se manifestent en d'autres parties , on reste dans le doute de savoir si ce n'est point une pseudomorphose osseuse qui a refoulé la substance normale (§ 859 , I). Les déviations de la colonne vertébrale entraînent ordinairement l'ossification des cartilages intervertébraux. De tous les cartilages , ceux qui s'ossifient le plus fréquemment , sans cause locale , sont ceux du larynx, des côtes et du sternum. Toutes les fois
(1) Crnvcilhicr, Essai sur l'anatomie pathologique et générale , t. I p. 371.
(2) Andral, Précis d'anatomie pathologique, t. I, p. 274.
qu'une pareille transformation s'est opérée, on trouve les vaisseaux plus développés. Après les fractures, il survient, dans le périoste, ainsi que dans les muscles, les tendons et le tissu cellulaire des alentours , une ossification passagère , le cal provisoire ( § 862 , 8°), phénomène que Kœler, entre autres (d) , avait déjà observé •. les muscles deviennent grisâtres, imbibés d'un liquide visqueux; ils se convertissent en tendons , puis en cartilages , enfin ils s'ossifient en partie, et quand la fracture est consolidée , ils reprennent leur texture normale. Quand les fragmens osseux chevauchent l'un sur l'autre, de manière à ne pouvoir se réunir ensemble , cette ossification, au lieu de rester provisoire, devient quelquefois permanente. Des observations recueillies dans ces derniers temps ont appris que les jeunes soldats sont fréquemment atteints d une inflammation des muscles grand pectoral , biceps brachial et deltoïde , causée par le choc du fusil pendant les manœuvres de l'exercice ; quand on c nlinue de les soumettre au maniement de l'arme , les fibres musculaires deviennent tendineuses, puis cartilagineuses, enfin osseuses , mais les parties ossifiées demeurent encore séparées de la peau par une couche de fibres musculaires.
Il est rave que des parties musculaires s'ossifient , sans cause appréciable, par l'effet d'une dialhèse spéciale; Rogers l'a cependant vu (2) chez un jeune garçon. On rencontre souvent des ossifications dans des ligamens ou des tendons , au périoste , à la dure-mère , et dans d'autres enveloppes scléreuses. Ainsi , lorsque les tendons sont exposés à de rudes frottemens, il se produit dans leur intérieur des os particuliers, appelés sésamoïdes , comme celui qu'on observe quelquefois au tendon du muscle biceps brachial des chevaux.