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III. Quant à la nature du pus

7° Eu égard au point de vue chimique, ce liquide paraît contenir les matériaux essentiels du sang sous une forme particulière. La sérosité du pus, qui contient principalement l'albumine et l'osmazome , ressemble au sérum du sang ; mais elle en diffère par la propriété qu'a le sel ammoniac de l'épaissir. Les granulations, qui sont plus nombreuses et ont une formemieux arrêtée dans le pus que dans d'autres sécrétions , et qui paraissent lui être essentielles, rappellent le cruor, avec lequel la cendre rougeâtre et ferrugineuse est un rapport de plus ; mais elles ne se dissolvent point dans l'eau, et Pearson (2) assure qu'elles se maintiennent même lorsqu'on fait bouillir la liqueur, ou qu'on la coagule par l'alcool , les acides et le nitrate d'argent. Le mode de formation du pus semble indiquer que la portion insoluble dans l'eau se compose de fibrine. Les parties constituantes organiques de cette humeur sont, d'après Grasmeyer (3), de la fibrine (lymphe) et de l'albumine (portion visqueuse de la sérosité) ; selon Jordan (4), de la fibrine , de l'albumine et du mucus ; suivant Gendrin (5) ,

<4) MTiandlunrj rom Eitetund den'Mitleln , ihn von allen œhnliclien Feuchtiykeiten zu unterscheiden ,p. 59.

(2) Loc. cit., p. 509.

(3) Loc. cit., p. 45, 55.

(i) Loc. cit., p. 205.

(5) Loc. cit., p. bH>i.

vin. l5

de l'albumine et une combinaison d'albumine et de fibrine. Brugnatelli regarde le pus comme de la gélatine modifiée, et Schwilgué (1) comme une modification de l'albumine , avec de la matière extractive et de la graisse. Dumas y admet 0,1654 d'albumine et 0,0125 d'osmazome, avec des sels; Gœbel (2), 0,0720 d'albumine et 0,0094 d'unematière analogue à la gélatine.

8° La formation du pus paraît tenir le milieu entre l'hémorrhagie et la sécrétion , de manière qu'on peut la considérer soit comme une sécrétion qui franchit ses limites, et dans laquelle , au lieu de produits spéciaux , apparaissent les substances plastiques universelles , soit comme une hémorrhagie dans laquelle le sang a bien éprouvé une transformation, mais n'en reparaît pas moins avec toutes ses parties. Si toute sécrétion consiste en ce qu'il se forme, dans les différentes régions de l'organisme , des liquides divers présentant certaines parties constituantes ou qualités du sang sous des modifications spéciales et sous des modes particuliers de combinaison , la formation est tellement exaltée dans la suppuration, qu'elle fait naître un liquide portant non plus des caractères spéciaux et subordonnés, tmais le caractère universel de la substance organique. La sérosité interstitielle , cette portion séreuse et commune du sang , qui est sécrétée partout, devient, en admettant les aulres principes constituans du sang non modifiés , le support ou le substratum du pus , qui , par cela même , peut se produire sur tous les points du corps indistinctement. En sa qualité de sang qui a perdu la plus élevée de ses formes, le pus a de l'analogie, d'un côté, avec le chyle , c'est-à-dire avec le sang non encore développé , d'un autre côté , avec le lait ou avec la sécrétion qui sert de nourriture à l'enfant après que le sang maternel lui-même a cessé d'être la source à laquelle ce dernier puisait directement les matériaux du sien.

IV. Le pus ne peut se produire que sous l'influence d'une exaltation anormale de la vie du sang, par l'inflammation.

(1) Amiral , Précis d'anatomie pathologique , 1. 1, p. 394,

(2) Schweigger, Journal fuer Chemie , t. XXXIV, p. 407.

MODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES. 227

Lorsqu'on le rencontre sans observer les symptômes de celte dernière , c'est parce que la phlegmasie échappe aux regards, à cause de sa marche lente et chronique , ou parce qu'elle est dissipée, et qu'il n'en reste plus que le produit, ou enfin parce que le pus a été transporté du lieu de sa formation dans une partie non enflammée (§ 857, 1).

9° Une des conditions de la formation du pus est que l'inflammation atteigne son point culminant sans que l'activité vitale faiblisse. Il faut par conséquent que la phlegmasie ne se résolve point, soit à cause de sa violence primitive , soit en raison de la persistance de l'excitement; mais il faut aussi qu'elle ne puisse point passer à l'induration ou à la gangrène, par persistance de l'excitation de lajitalité.

10° La suppuration suppose en outre que la tension inflammatoire a cessé, et que l'activité vitale peut se déployer plus librement comme formation fluidifiante. Tandis qu'il y avait, pendant la période inflammatoire proprement dite , tendance prédominante à la formation de parties solides , à la stase , à la coagulation, il s'opère, à l'époque de la suppuration, un relâchement et un ramollissement , qui font qu'aucun caillot ne se produit plus, et les symptômes de l'exaltation de la vie du sang, chaleur, rougeur et douleur, diminuent, tandis que la tuméfaction, qui est le symptôme de la formation matérielle, s'accroît encore. En effet, la substance plastique épanchée, tant dans les vaisseaux capillaires que dans le tissu , continue de se déposer abondamment. De là vient que la suppuration s'établit avec plus de facilité lorsque la partie enflammée est lâche , imprégnée de sucs et en général douée d'une grande énergie plastique : aussi est-ce dans la membrane muqueuse qu'elle survient avec le plus d'aisance et de promptitude ; sa manifestation exige plus de temps à la peau ; elle présente plus de difficultés encore aux membranes séreuses, et il faut une inflammation, non seulement très-intense , mais encore prolongée, pour la déterminer dans les organes non sécrétoires, notamment dans le système scléreux, à cause de la rigidité du tissu et du peu d'abondance des vaisseaux sanguins. De même, elle s'établit plus facilement lorsque la tendance à la formation fluidifiante prédomine dans l'organisme,

228 rnoDUiTS matériels ïiomoiogees.

comme aussi quand l'humidité et la chaleur extérieures concourent à la favoriser.

11° Lorsque des parties organiques situées en face les unes des autres, représentent des enfoncemens ou des excavations , la suppuration , comme toutes les formations vivantes , a lieu plus facilement. Aussi survient-elle plus tôt dans les inflammations profondes que dans les phlegmasies superficielles ; aussi les plaies ne suppurent-elles que sous la croûte produite par le sang, ou sous l'appareil dont on les couvre ; aussi , après les amputations , le pus commence-t-il à paraître entre les fibres musculaires inégalement raccourcies (1). L'ouverture prématurée d'un abcès empêche la formation du pus. Lorsque Home (2) essuyait des ulcères et les laissait à nu , ils ne donnaient qu'un liquide séreux , tandis que quand il les couvrait d'un emplâtre , après les avoir séchés , un laps de temps de dix minutes suffisait pour qu'il se produisît du pus.

V. La formation du pus affecte différentes formes, suivant qu'elle survient sans solution de continuité et sur des surfaces normales (écoulement purulent ) ( 12» ) , ou avec solution de continuité, et alors, soit dans des espaces clos ( abcès ) ( 13°), soit sur des surfaces anormales ( ulcères ) ( 14° ).

12° L'écoulement purulent consiste en un suintement de pus qui s'échappe , comme une sorte de rosée , de membranes sécrétoires enflammées , mais d'ailleurs intactes , et qui est accompagné d'une plus ou moins grande quantité de la sécrétion normale de ces organes.

C'est à la surface des diverses membranes muqueuses que ces écoulemens ont lieu le plus fréquemment et avec le plus de facilité ; il suffit , par exemple , qu'une bougie séjourne quelques heures dans l'urètre , pour en provoquer un. Le pus que ces membranes sécrètent, sans que leur tissu soit lésé, ainsi que Hunter l'a démontré le premier , porte le nom de matière puriforme. Il est mêlé la plupart du temps avec du mucus ; mais il ne diffère du pus produit dans les abcès que

(1) Van Hoorn yDiss. deii.i quœ in partibus membri, prœserlim osseis , amputationc vvlneratis notanda sunt , p. 11.

(2) Sammlung auserlesener Abhandlung»n , t. XII , p. 095.

par son mode d'origine , et non par sa nature chimique , ainsi que l'ont reconnu Vetter (1) , Grasmeyer (2), Prout (3), Pearson (4) et Andral (5).

Les membranes séreuses sécrètent de la même manière du pus, qu'on trouve tantôt adhérent à leur surface et tantôt mêlé avec la sérosité.

La peau ne devient le siège d'un écoulement purulent que quand, ayant perdu son épiderme, par exemple après l'application du garou , elle est devenue , par le fait de l'inflammation , semblable à une membrane muqueuse ramollie , inégale et en quelque sorte veloutée à la surface.

13° L'abcès est une formation de pus dans d'étroits espaces naturellement clos , soit dans du tissu cellulaire atmosphérique , où le pus est plus pur que partout ailleurs , soit dans le parenchyme des organes. La tumeur inflammatoire pâlit, jaunit, blanchit à son centre, et laisse échapper une sérosité sanguinolente lorsqu'on l'incise ; puis elle devient molle et pâteuse , et sa substance s'imbibe de pus ; celui-ci s'écoule à travers la plaie, par l'effet de la pression, et peut, à celte époque de l'infiltration , être résorbé sans laisser nulle altération notable du tissu -, plus tard il se sépare des parties solides , et se réunit en un foyer, qu'il produit en refoulant la substance solide liquéfiée et s'accumulant dans le vide qui résulte de là ; enfin la paroi du foyer est elle-même consommée et crève, de manière que le pus s'écoule immédiatement au dehors , qu'il pénètre dans un canal formé de membrane muqueuse , et sort par cette voie , soit pur , soit mêlé avec d'autres sécrétions , ou qu'il s'épanche dans une autre cavité close.

14° Nous entendons par ulcère toute suppuration de la substance d'un organe qui , intérieure dans l'état normal , est maintenant devenue surface; tantôt la substance a subi ce

(1) Àpliorismon aus der patlioîoijischen Anatomic , p. 38.

(2) Loc. cit., p. 79.

(3) Traité de la gvavclle, p. 40, 41.

(4) Loc. «it., p. 518.

(5) Précis d'nnatomie pathologique , 1. 1, p. 394. ;

2i3o Produits matériels homoiogues.

changement de situation relative à la suite d'une inflammation préalable , comme dans les cas où un abcès devient ulcère en rongeant les parties qui le couvrent, et un écoulement purulent en corrodant la couche superficielle de la membrane qui le sécrète ; tantôt cette substance a d'abord été mise à nu, et la suppuration s'est ensuite déclarée, comme il arrive dans le cas des plaies qui suppurent. La surface suppurante, plus ou moins différente du tissu normal, est molle, spongieuse , et riche en vaisseaux , ce qui fait qu'on la considère comme une membrane particulière , appelée membrane sup : purante ou membrane ulcéreuse.

VI. Quant à l'acte ou au travail de la formation du pus , l'expérience commune nous apprend qu'un abcès renferme d'abord de la sérosijé sanguinolente, puis du pus liquide et semblable à du petit-lait, ensuite un pus épais et opaque , et que , vers la fin de la suppuration , celui-ci redevient séreux. Des recherches faites par limiter et Home (1) sur les écoulemens purulens des membranes séreuses , des membranes muqueuses, de la peau et des ulcères, il résulte que la sécrétion consiste d'abord en un liquide purement séreux et transparent, dans lequel apparaissent ensuite des granulations microscopiques , dont le nombre s'accroît peu à peu , et qui diminuent de plus en plus la transparence , jusqu'à ce que du véritable pus soit produit.

Ainsi , par exemple , huit heures après l'application d'un vésicatoire , la peau offrait une ampoule contenant de la sérosité pure et transparente ; au bout de neuf heures , celle-ci était moins limpide; au bout de dix heures, elle contenait quelques petits globules, dont le nombre était plus considérable une heure après ; au bout de quatorze heures , il y avait encore davantage de globules , et la sérosité commençait déjà à s'épaissir un peu quand on y ajoutait une dissolution d'hydrochlorate d'ammoniaque ; au bout de vingt heures , le liquide était un pus coulant , que le sel ammoniac épaississait d'une manière complète, sans dénaturer la forme des gra-

(1) Sammlung auserlesener Abhandlungcn , t. XII, p. 693. *m Lectures on comparative anatomy, t. III, p. 30.

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nulations, qui étaient alors deux fois aussi grosses qu'auparavant; au bout de trente-deux heures, le pus était plus épais et plus riche en granulations.

La formation du pus est également précédée , dans toutes les plaies, de la formation d'un liquide clair comme de l'eau. De même, dans la petite-vérole, la vaccine, la gale, etc., on voit la sérosité se convertir peu à peu en pus dans les boutons.

Mais Home a reconnu qu'il n'y avait point là seulement succession de sécrétions diverses , et qu'une même sécrétion peut aussi passer par plusieurs formes différentes. Ayant bien séché un ulcère , qu'il couvrit ensuite d'un emplâtre , il trouva, au bout de dix minutes , le liquide plein de granulations transparentes, qui, dix minutes plus tard, étaient devenues plus nombreuses et opaques. Si le pus se forme ici à la surface , par métamorphose d'un liquide transparent , il ne s'ensuit pas que sa formation débute partout sur la surface ; car on peut aussi l'exprimer du parenchyme des organes en suppuration. Mais ce liquide transparent , qui contient la matière purulente proprement dite, et qui la dépose peu à peu , a de l'analogie avec le liquide plastique ( § 854, III ), et n'en est qu'une autre forme; à la surface d'une plaie, on aperçoit d'abord du liquide plastique, puis du pus s'y manifeste quand l'excitation continue , et, au moment de la guérison , le liquide plastique reparaît ; une artère liée sécrète du liquide plastique, mais elle donne du pus quand elle est trop fortement enflammée.

Suivant Gendrin (1) , une membrane séreuse , parvenue au plus haut point de son inflammation, sécrète une sérosité trouble etverdàtre, qui dépose 0,05 à 0,07 de substance solide, tant sous la forme de fausses membranes, que sous celle de granulations purulentes , disséminées dans un liquide transparent et filant ; mais , quand l'inflammation est trop violente , il paraît du pus absolument pur.

On trouve fréquemment aussi le pus mêlé avec des flocons de fibrine coagulée, et le bourbillon des furoncles est un

(1) Histoire anatomiquc des inflammations , t. II, p. 496.

caillot de ce genre, qui passe en partie à la suppuration (*). \\ semble donc que le pus consiste principalement en fibrine qui a subi une modification particulière et surtout perdu la faculté de prendre une forme cohérente, de se coaguler en fibres. Gendrin (1) prétend que si les capsules synoviales suppurent rapidement, c'est parce que la synovie contient de la fibrine dissoute par un excès de soude.

15° D'après cela, le pus provient du sang métamorphosé par l'inflammation , et notamment de la fibrine , qui n'apparaît point dans d'autres sécrétions. Grasmeyer (2), qui a le premier émis cette théorie , allègue en sa faveur que le sang donne un caillot [moins ferme dans les cas de grande suppuration (3) , et qu'il est plus rare alors de voir une couenne à sa surface II ajoute que le sang mêlé avec le pus ne contient point de fibrine (4) , et prétend que le pus dissout aisément la fibrine coagulée, ce qui peut certainement avoir lieu dans l'organisme, par l'effet d'une activité assimilatrice.

16° La participation du cruor à la production du pus est moins évidente.

Home (5) voulait que les granulations du pus fussent des globules du sang dépouillés de leur matière colorante. Son hypothèse est réfutée par les observations qui ont été rapportées précédemment à l'égard de la manière dont ces granulations apparaissent, par la différence de volume entre elles et les globules du sang , enfin par cette circonstance que le pus ressemble à la partie colorante du sang sous le point de vue du fer qu'il contient.

Gendrin (6) croit également que les globules du sang se transforment en globules du pus, qui, suivant lui, se dé-

(*) Cette théorie de la formation du bourbillon est bien différente de l'hypothèse , généralement adoptée chez nous , qui le représente comme le produit d'une gangrène limitée du tissu cellulo-adipeux.

(4) Histoire ,anatomiquc des inflammations , t. II, p. 499.

(2) Loc. cit., p. 74.

(3) Loc. cit., p. 45, 470.

(4) Loc. cit., p. 70.

(5) Lectures on comparative anatomxj, t. III , p. 29.

(6) Histoire anatomique des inflammations , t. II , p. 489.

pouillent de leur matière colorante , deviennent d'un rouge grisâtre et transparens, puis d'un jaune grisâtre et opaques, enfin plus volumineux. Cependant il ne se fonde que sur les phénomènes qu'il a observés en examinant une rate en suppuration (1) , qui lui présenta des granulations rougeâtres au centre , grisâtres et comme fibrineuses autour, et, à leurs extrêmes limites, d'un jaune opaque , fondues et purulentes. Mais, de ce que ces différentes formes existaient les unes à côté des autres , on ne pouvait conclure que l'une d'elles devait naissance aux autres, puisqu'il est dans l'usage que la suppuration commence au centre , et s'étende de là vers la périphérie.

Au reste, les cas si fréquens dans lesquels on rencontre du sang rouge mêlé avec le pus semblent cependant annoncer que le cruor prend part à la formation de ce dernier.

17° Les matériaux immédiats de la suppuration sont le sang qui stagne dans les vaisseaux capillaires dilatés et celui aussi qui s'est épanché dans le tissu environnant.

Kaltenbrunner (2) a décrit , d'après ses observations microscopiques , ce qui arrive pendant la formation du pus dans le milieu des stases inflammatoires ; des flocons qui sont les élémens du pus, et qui se détachent des stases, ou naissent dans le parenchyme même , se meuvent d'une manière continue , mais insensible et irrégulière , puis se réunissent en grumeaux , qui s'allongent et deviennent des canaux , dans lesquels les granulations du pus oscillent en toutes directions -% ces canaux purulens s'anastomosent en réseaux , s'étendent jusqu'à la surface , où ils versent le pus, et se liquéfient quand la suppuration diminue , époque à laquelle les granulations du pus cessent d'exister et se mêlent avec le parenchyme voisin.

Gendrin (3) dit avoir observé > dans une inflammation exci-

(1) Loc. cit., p. 327.

(2) Expérimenta circa statum sanguinis et vasorum in inflammation*, p. 4 2. — Répertoire général d'anatomie et de physiologie pathologiques, t. IV, p. 219. — lleusinger, Zeitschrift fuer die ^oryanùcho Physik, 1. 1 , p. 314. — Froriep , Notisen , t. XVI , p. 310.

(3) Loc. cit., p'. 479.

téejpar le fer rouge , sur une Grenouille , que certains vaisseaux capillaires contenaient des globules d'un rouge grisâtre, et d'autres des globules d'un jaune grisâtre, de manière (1) que le pus semblait être formé dans ces vaisseaux. D'un autre côté, il a remarqué aussi (2) que, quand on a enflammé un fort vaisseau capillaire par une injection irritante , qu'ensuite on l'a empli de sang et lié sur deux points , le liquide introduit dans son intérieur se coagule , puis se décolore et se convertit en pus couche par couche ; que ce changement a lieu plus rapidement quand on opère sur du sang veineux qu'en expérimentant sur du sang artériel; et (3) que du sang étranger, injecté dans le tissu cellulaire , se convertit également en pus lorsqu'on excite une inflammation dans ce tissu , en y passant un séton.

Boerhaave attribuait trop généralement la suppuration à l'épanchement du sang et à l'altération qu'il subit ensuite ; mais Hunier ne l'a réfuté , sous ce point de vue , qu'en démontrant que , dans le cas d'exlravasation du sang , il ne se produit de pus qu'autant que l'inflammation vient à se développer , et qu'alors on trouve toujours quelque peu de sang de reste avec le produit de la suppuration. En effet , le pus qu'on a rencontré , même assez souvent , dans le centre d'un caillot de sang (4) , paraît n'avoir dû sa formation qu'à une métamorphose de ce dernier liquide.

18° Le liquide plastique épanché dans le tissu peut également se convertir en pus lorsque l'inflammation continue. Grasmeyer (5) allègue en faveur de cette opinion que le premier pus d'un abcès est mêlé avec des caillots qui ne ^ont point encore convertis en pus (G). Gendrin reconnaît également le fait (7) ; car il a trouvé , au pourtour d'un point eu

(1) Loc. cit., p. 482.

(2) Loc. cit., p. 471.

(3) Loc. cit., p. 484.

(4) Andral, Précis d'anatomie pathologique , t. I, p. 400; t. II,' p. 336, 429.

(5) Loc. cit., p. 27.

(6) Loc. cit., p. 39 ,

(7) Loc. cit., p. 471. J

PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES. a35

suppuration , un caillot gélatiniforme , parsemé de granulations, plus en dedans un caillot louche par places, près du centre une masse jaune grisâtre, mêlée de globules du sang d'un gris rougeàtre , enfin au centre , entre les fibres du tissu, une substance plus distincte de ce tissu , plus liquide , d'un blanc jaunâtre , et contenant des globules véritables de pus.

VII. Si du pus peut se former avec des caillots de sang ou de liquide coagulable , l'analogie ne permet pas de douter qu'il ne puisse en naître aussi de parties organiques. Mais il saute aux yeux que , dans une inflammation violente et qui envahit pendant long-temps les parties profondes d'un organe , surtout quand le pus prolonge son contact avec le tissu, ce dernier]est plus ou moins consommé ou détruit par la suppuration. En pareil cas , la destruction de la couche superficielle d'une membrane fait que l'écoulement purulent dégénère en ulcère; l'abcès et l'ulcère creusent plus ou moins le tissu -, dans l'abcès , la peau superposée est amincie et comme rongée à sa face interne , jusqu'à ce qu'elle crève ; le pus se fraie des voies partout , il produit des clapiers , il sort d'une cavité et passe clans une autre ; enfin le parenchyme entier d'un organe disparaît , et le rein , par exemple , se convertit en une simple poche pleine de pus. De même, la suppuration finit par détacher une partie du corps , en consumant la substance qui l'y unissait ; des parties frappées de mort se trouvent éliminées ainsi , et il n'est pas rare de voir le pus mêlé avec des parcelles d'os ou des lambeaux de parties molles. Hunter soutenait un paradoxe en niant la résolution des parties solides en pus ; il se fondait sur ce que la suppuration peut durer long-temps sans entraîner de destruction , et sur ce que des tendons , des fragmens d'os, etc., frappés de mort, peuvent demeurer un long laps de temps baignés de pus sans s'y dissoudre ; mais ces faits ne prouvaient qu'une chose , c'est que le pus n'est pas toujours produitpar des parties mortes. Aussi Hunter lui-même restreignit-il sa règle, en ajoutant que le pus attaque seulement les parties environnantes, sans agir sur la surface qui l'a formé , tout comme les larmes acres rougissent les joues sans enflammer les voies lacrymales. Cependant on adopte assez généralement, de nos jours, l'opinion que la

<a36 PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES.

destruction des parties solides, dans l'inflammation , tient uniquement à ce que le contact du pus les frappe de mort ou d'atrophie , et en détermine ainsi la résorption. Mais, outre que la résorption suppose une dissolution ou une liquéfaction du tissu solide , le liquide produit de celte manière se mêlera plutôt au pus qu'il ne sera résorbé. Les faits suivans sont favorables à l'hypothèse de la conversion des parties solides en pus.

19° Les parties tombées en suppuration ne sont pas simplement atrophiées ; elles subissent un mode particulier de ramollissement , leur tissu éprouve un changement , et devient même en partie semblable au pus ; ainsi la peau prend un aspect lardacé , et se réduit promplement en bouillie par l'effet de la macération -, les muscles forment une masse homogène, non fibreuse , d'un jaune rougeâtre ou d'un gris blanchâtre , après avoir commencé par se ramollir et se décolorer ; l'os devient friable , d'un gris brunâtre , et laisse apercevoir des dentelures ou des lamelles , qui ne sont pas toujours de simples ^résidus de la texture normale , et doivent en partie naissance à une formation nouvelle.

20° Le pus a une nature correspondante à la qualité de l'organe qui suppure. S'il offre une teinte jaunâtre ou brunâtre dans le foie, s'il est aqueux et salé dans les reins, rougeâtre et d'odeur phosphoreuse aux testicules , ces phénomènes peuvent tenir à une certaine quantité de produits sécrétoires mêlés avec lui ; mais il est épais et d'un jaune verdâtre dans les muscles, liquide et semblable à du petit-lait dans le tissu scléreux , aqueux dans les os , dont la suppuration est , en outre , grise, avec des points noirs , chargée de phosphate calcaire et apte à noircir l'argent. "

21° Des pseudomorphoses privées de vaisseaux, notamment les tubercules , se ramollissent du dedans au dehors , et se convertissent en une masse pultacée , qui , sans le moindre doute, diffère spécifiquement du pus des tissus normaux, mais néanmoins participe aux propriétés générales de ce produit.

22° Le pus n'est point un dissolvant chimique de parties solides, mais une surface vivante qui suppure a une puis-

PRODUITS MATÉRIELS ÏIOMOLOGUË9. £§7

snnce énorme pour ramollir et consommer lu substance organique. Home mit un gros de viande dans une plaie en pleine suppuration ; au bout de vingt-quatre heures, elle était molle et réduite en bouillie , sans avoir diminué de poids ; mais au bout de cinq jours, elle avait perdu trente-huit grains, sans offrir la moindre trace de suppuration, tandis qu'un pareil morceau de viande , plongé dans une dissolution de gélatine, perdit vingt-deux grains en vingt-quatre heures et vingtsix, seulement en cinq jours ; un autre morceau , mis dans du pus retiré d'un abcès , était déjà pourri au bout de vingtquatre heures , et entièrement dissous le quatrième jour. Suivant Dieffenbach (1) , les lambeaux de peau que l'on détache dans les essais d'autoplastie , se résolvent quelquefoisen pus, au point qu'il n'en reste plus que l'épiderme , et, d'après les observations de Dœrner , les pièces de cartilage qui ne sont plus unies au corps , deviennent grenues et friables sur les points qui suppurent. Dans ces phénomènes, comme dans beaucoup d'autres , l'organisme fait preuve d'une faculté assimilatrice , en vertu de laquelle il métamorphose et décompose la matière organique -, mais il est peu vraisem^ blable que la surface suppurante assimile et absorbe , à la manière des organes digestifs , et tout porte à croire qu'elle exerce plutôt une assimilation, ou, si l'on aime mieux, une infection correspondante à sa nature spécifique , puisqu'après avoir métamorphosé la substance organique, elle l'emploie à la confection du pus. Grasmeyer (2) admettait déjà cette sorte d'assimilation, et considérait la première goutte de pus qui s'est formée dans un abcès comme un ferment à la faveur duquel tout le liquide plastique épanché aux alentours devient pus.

Enfin Kaltenbrunner (3) donne aussi comme un résultat de ses observations microscopiques que , dans l'inflammation trèsviolente , le parenchyme entier se résout en nombreux flo-

(1) Chirurgische Erfahrungen ,lesondcts uohcr die ïfïederherstellitng zerstœrter Thcile des menschlichen Kœrpers , t. II, p. 46(J.

(2) Lnc. cit., p. 47.

(3) Répertoire général d'analomie , t. IV, p. 220.

238 tRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES.

cons,r très-déliés, d'une couleur sale, et qu'ainsi le pus se forme des débris devenus libres de l'organe.

[[2. TaA.NSFOKMA.TION PLASMATIQUË.

§ 856. La transformation plasmatique porte tantôt sur la sécrétion et tantôt sur la nutrition (§ 858).

a. Métastascm~\

Dans le premier cas , une sécrétion apparaît sur un point où elle ne se trouve pas dans l'état normal. Celte anomalie relative au lieu de formation (error Zoci), et que nous pouvons appeler métastase, concerne d'abord les sécrétions dépourvues de caractère particulier, qui s'effectuent, dans plusieurs régions du corps , sans appareil sécrétoire spécial. Elle tient la plupart du temps à ce que les matériaux d'une sécrétion existent en trop grande abondance , ou à ce que l'activité plastique se dirige avec trop d'énergie vers leur production , de sorte que l'appareil ordinaire devient insuffisant. Elle peut cependant aussi dépendre de ce que la diminution d'activité de ce dernier y donne lieu par un phénomène d'antagonisme.

I. Nous signalerons d'abord le pigment noir, qui , normalement , se trouve à la choroïde , sur quelques points du cerveau , en général dans le tissu du poumon , souvent aux poils, et chez le Nègre au tissu muqueux de Malpighi ; mais , on le rencontre par anomalie dans les régions les plus diverses , quoiqu'on soit néanmoins dans le doute de savoir s'il s'agit alors d'un véritable pigment sécrété , ou seulement d'un dépôt de cruor devenu plus foncé en couleur, et plus ou moins modifié. C'est là en réalité- un degré intermédiaire entre la transformation hématique ( § 855 , II ) et la transformation plasmatique.

1° En ce qui concerne les liquides sécrétés , le cruor prend incontestablement la plus grande part à leur couleur noire.

Cette teinte noire a été observée dans l'urine , particulièrement chez les sujets atteints d'affections chroniques du système de la veine-porte , du foie ou de la rate , quelquefois au mi-

PRODUITS MATÉRIELS HOMOtOGUES. ïZç)

lieu de circonstances où il y avait défaut d'urée et d'acide urique ; et on l'attribue là en partie à une substance particulière, appelé acide mélanique par Prout , et mélanourine par Bracounot. Le suc gastrique des malades affectés de la fièvre jaune ou d'ulcères malins à l'estomac , l'a offerte aussi , donnant à la matière des vomissemens, qui d'ailleurs étaient acidulés, une couleur brune, analogue à celle du chocolat. Lassaigne (1) a séparé cette matière , par la fîltration , en un liquide rouge brunâtre , semblable à du sang dégénéré , et en un sédiment noirâtre , ayant de l'analogie avec le cruor. Elle a été présentée également par les matières fécales dans la mélancolie, et surtout dans le méleena, où elle dépend évidemment de cruor mêlé avec les excrémens ; par la bile , dans la mélancolie et la manie (2); par la sueur, dans le scorbut ; par la sécrétion des vésicules séreuses , même par l'humeur aqueuse de l'œil (3) et le liquide des vésicules ovariennes (4).

2° Les parties solides de toute espèce peuvent offrir un pigment noir, tantôt combiné avec le tissu de manière à n'en pouvoir être séparé , ou infiltré et produisant des points, des stries , des taches ; tantôt sous la forme de ce qu'on nomme des mélanoses , c'est-à-dire en masses liquides , pultacées ou solides , grumeleuses ou lamellées , qui sont tantôt renfermées dans des vésicules , tantôt disposées par couches entrejes tis^ sus , souvent aussi accompagnées de pseudomorphoses d'un mauvais caractère , quoique , par elles-mêmes , elles n'exercent aucune action destructive sur les parties environnantes. La substance des mélanoses est privée d'odeur; elle n'a que peu de saveur, salit les doigts , se mêle avec l'eau et l'alcool , passe assez tard à la putréfaction , et se charbonne en répandant une odeur empyreumatique. C'est un pigment car* boné , que Breschet met de niveau avec le pigment noir normal (5), mais qui se trouve combiné avec des matériaux du

(1) Joumnl de chimie médicale, t. II, p. Mi.

(2) Voigtel, Handbvch der patholoyischen Anatomio ,.\, III, p. 80.

(3) Ibid., \. II, p. 110.

(4) Ibid., t. III , p. 537.

(5) Répertoire d'anatomie , 1. 1 , p, 37L

^4° PRODUITS MATÉRIELS HONOtOGUES

sang. Lassaigne (1) yp rencontré , outre la matière colorante noirâtre , qui donnait une dissolution rougeâtre avec l'acide sulfurique étendu et le carbonate de potasse , de la fibrine colorée , un peu d'albumine , des sels alcalins et terreux et de loxide de fer. Barruel (2) y a reconnu du cruor et de la fibrine modifiée, de la graisse, du phosphate de chaux et du fer ; Laugier (3), du cruor, de la fibrine , de la stéarine , une substance gélatiniforme , des sels et du fer ; Foy (4) 0,3100 de pigment , 0,1500 d'albumine , 0,0625 de fibrine , 0,1875 d'eau, 0,1600 de sels terreux et de fer, 0,1050 de sels alcalins , et 0,0250 de carbonate de soude. Les vaisseaux sanguins 'ayant été vus quelquefois , au voisinage des parties atteintes de mélanose, dilatés et remplis également de matière noire , on est fondé à considérer cette anomalie comme étant locale et dépendant d'une dégénérescence du sang devenu stagnant -, mais d'autres circonstances , celle entre autres que les Chevaux blancs , chez lesquels la peau ne sécrète point de pigment , sont les plus sujets aux mélanoses , autorisent aussi à penser que cette anomalie se rattache à une surabondance de carbone dans l'organisme. ,

II. Les membranes séreuses et le tissu cellulaire sous-jacent renferment quelquefois , surtout ^après l'inflammation , des gaz emprisonnés , que les circonstances ne permettent de rapporter, ni à de l'air qui aurait pénétré du dehors, ni à la décomposition , et qui ne peut qu'avoir été sécrété (5). Ces amas de matières gazeuses ont été observés dans la cavité thoracique , ou sous la plèvre , après la pleurésie (6), dans la cavité abdominale ou sous le péritoine , dans la péritonite (7) et le marasme (8).

III. De la graisse dans l'urine , qui , presque toujours alors ,.

(1) Répertoire d'anatomiê , 1. 1, p. 366.

(2) Ibid., p. 370.

(3) Journal de chimie médicale, t. III, p. 264,

(4) Andral , Précis d'anatomiê pathologique , 1. 1 , p, 457.

(5) Gendrin , Histoire anatomique des inflammations , t. I , p. 61,

(6) Laennec, Traité de l'auscultation médiate, t. II, p. 549.

(7) Gendrin, Histoire analomique des inflammations, t. I, p. 925. (S) Andral, Précis d'anatomiê pathologique , t. II, p. 175.

est lactescente , et contient de l'albumine , avec peu d'urée et d'acide urique , a été.'observée , entre autres, par Chevallier (1), chez un syphilitique qui subissait le traitement mercuriel , par Blondeau (2), après une diarrhée catarrhale , par Chevreul (3), dans une autre maladie. Bizzio a trouvé une graisse semblable à du beurre dans l'urine d'une femme qui se portait bien (4).

4° Les déjections alvines sont quelquefois accompagnées de masses graisseuses qui ne peuvent point provenir des alimens. Un vieillard rendait de la graisse par les selles et par l'urine. On observe parfois, notamment chez les bêtes bovines , une diarrhée graisseuse , qui s'accompagne d'une émaciation rapide (5). Home (6) a vu un enfant frappé d'atrophie , qui rendait tous les quinze jours quelques onces d'une graisse jaune liquide et solidifiable au froid. On a vu quelquefois des déjections de bile alterner avec d'autres de graisse , et l'on a observé des évacuations graisseuses dans un cas d'ictère intense , où l'orifice du conduit biliaire se trouvait oblitéré , de manière que la sécrétion de la graisse avait eu lieu dans l'intestin , par antagonisme avec celle de la bile , qui n'existait point.

5° Des sueurs grasses ont été vues dans des fièvres hectiques et putrides.

IV. Ce qu'il est plus commun d'observer, c'est que , dans la diathèse séreuse portée à un haut degré , la sérosité prenne la place d'autres sécrétions , par exemple , celle de la moelle, ainsi que Hall , entre autres , en a rencontré un cas (7).

§ 857. Chaque sécrétion spéciale

I. Peut , comme l'avait déjà dit Haller (8), s'accomplir dans un autre organe quelconque , soit lorsque son organe propre

(t) Journal de chimie médicale , 1. 1, p. 479.

(2) /4id.,t.VI, p. 41.

(3) Ibid,, t. n, p. 333.

(4) Schweiggcr, Journal fuer Chemie , t. XL, p. 246.

(5) Haller, Elément, physioloy., t. VII, p. 47.

(6) Lectures on comparative anatomy, t. I , p. 471.

(7) Summlumj auserlesener Abhandlunyen , t. XII, p. 20.

(8) Elément, ■plujùoloij., t. II, p. 369.

vm. 16

est devenu incapable d'agir, soit quand les matériaux destinés à la produire sont trop abondans dans le sang. C'est donc la sympathie dans le premier cas , l'antagonisme dans le second , qui détermine ces phénomènes. Si la tendance de la vie à une certaine formation spéciale est exagérée et prédominante , elle s'empare d'autres organes encore , parce que son appareil spécial ne lui suffit pas , et ces organes agissent alors de concert avec celui-ci ; mais si l'appareil propre est tombé dans l'inaction par une cause quelconque , sa fonction est transportée à un autre organe , qui alors agit par antagonisme et accomplit une sécrétion devant tenir lieu de celle qui ne peut point s'effectuer. Il ne faut nous faire de ce phénomène ni une idée purement matérielle ni une idée purement dynamique ; dans le cas de métastase sympathique , il est bien rare qu'on parvienne à démontrer la surabondance dans le sang d'une substance destinée à être sécrétée, et la plupart du temps on n'aperçoit que la prédominance de la tendance à une certaine sécrétion; de même, la métastase par antagonisme n'est point une métastase dans le sens littéral , c'est-à-dire une transmigration mécanique, car on ne rencontre jamais le produit sécrétoire en route , et l'on ne trouve point, entre l'organe dans lequel il disparaît et celui où il redevient évident , de voies patentes , correspondantes à la loi de la pesanteur. Mais , en reconnaissant que ce qu'il y a d'essentiel ici est un transport de l'activité, en vertu d'une tendance à des formations spéciales qui appartiennent à l'organisme considéré d'une manière générale , nous ne devons point perdre de vue le côté matériel du phénomène. Dans le cas de métastase sympathique, une surabondance des matériaux d'une sécrétion est quelquefois plus que vraisemblable , et la sécrétion qui a lieu par antagonisme est tantôt une véritable production de l'organe remplaçant celui dont l'action manque , tantôt seulement une élimination d'un liquide qui avait été résorbé dans l'atelier primordial de sa formation , et s'était mêlé avec le sang à litre de substance étrangère. La sécrétion qui se manifeste ailleurs qu'où elle devrait siéger ressemble davantage , dans le dernier cas, à celle qui prend naissance au milieu de son foyer proprement dit, tandis

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qu'elle n'a que de l'analogie avec celle-ci clans le premier cas. Ainsi, de même qu'il arrive souvent à l'inflammation sans nul produit matériel de cesser sur un point et d'aller éclater sur un autre, de même, après la suppression d'une suppuration , une autre partie peut s'enflammer par antagonisme et produire du pus à la suite de ce nouvel état ; mais il est possible aussi que le pus soit résorbé et qu'un autre organe ne fasse que l'éliminer, soit quand il est sécrété en trop grande abondance , comme dans la phlhisie pulmonaire , où. l'urine dépose beaucoup de pus , et dans les abcès du foie, où les crachats contiennent du pus, sans qu'ici les poumons et là les reins aient subi le moindre trouble appréciable dans leur activité vitale, soit quand un abcès , dans lequel la fluctuation se faisait déjà sentir, disparaît tout-à-coup et fait place à une fièvre violente , qui elle-même cesse bientôt après qu'il a paru du pus sur un autre point. En pareil cas, on a trouvé , tantôt que les veines partant des surfaces en suppuration contenaient du pus (1), tantôt que le pus métastatique ressemblait parfaitement à celui qui primordialement s'était formé dans un autreendroit (2).

11. Nous avons déjà dit(§ 169, l°)que, quand le flux menstruel vient à se supprimer, on voit quelquefois paraître à sa place des hémorrhagies par la peau , ou par la membrane muqueuse , ou par des organes de sécrétions glandulaires.

Un grand nombre d'observations , réunies par Voigtel (3) , prouvent; qu'une sécrétion de lait a été vue ailleurs qu'aux mamelles.

1° Elle a été observée à la peau de l'ombilic par Ghomel et Jœger, aux aînés par Otto et Nicolaï , aux cuisses par Puzos , Mursinna et Schmucker, au dos par Dehaen, à la surface d'un ulcère qui avait succédé à une fracture par Schurig.

2° Elle a eu lieu par l'estomac suivant Nuck et Puzos, par l'intestin d'après Storch, Smellie et White, par la membrane muqueuse des parties génitales selon Schurig.

(4) Andral , Précis d'anatomie pathologique , t. I , p. 400.

(2) Zcitschrift fuer Physiologie, t. I , p. 299.

(3) Hundbuch (1er putholoyischen Anatomie , t. I, p, 583.

3° Peu, Tissot et Berend l'ont vue accomplie par les reins. Petroz (1) a connu une femme dans les seins de laquelle il ne se produisit point de lait , à la suite d'un accouchement laborieux , dont la mort de l'enfant avait été la suite ; mais elle eut des urines blanches, avec des flocons qui paraissaient être de la matière caséeuse. Celte même substance se montra, d'après Caballe (2) , dans l'urine lactescente d'une fille qui se portait fort bien, et selon Wurzer (3) , avec de l'acide benzoïque et peu d'urée , dans celle d'un homme dont les glandes mammaires s'étaient tuméfiées auparavant sous l'influence d'une toux catarrhale. Comme la possibilité de la sécrétion du lait dans les glandes mammaires de l'homme est démontrée (§ 522, 11°), on conçoit que ce liquide puisse aussi, par l'effet d'une anomalie, se produire chez lui sur d'autres points du corps. Ainsi , Koller a observé un jeune homme qui , après diverses affections, fut atteint, au scrotum, dont le volume était considérable, et à la cuisse, de vésicules jaunâtres sécrétant en grande quantité un liquide blanchâtre , d'odeur spermatique, dans lequel Lœwig trouva 0,0164 de beurre , 0,0203 de matière caséeuse , 0,0315 de sucre de lait, et 0,0086 de sels alcalins et terreux.

4° Dans une péritonite survenue à la suite d'une suppression de la sécrétion du lait, le péritoine sécréta un liquide tellement chargé d'albumine qu'il avait l'apparence du lait , et que même il contenait quelquefois réellement du beurre et du sucre de lait (4).

III. Nous avons établi , comme chose vraisemblable (§ 114, II ) , que les vésicules séminales peuvent sécréter une liqueur analogue à de la semence.

Martin (5) a observé une sécrétion particulière de la peau , ayant des rapports avec la formation du sperme , chez un jeune homme qui , après avoir rendu par l'anus une liqueur

(4) Journal de chimie médicale , t. IV, p. 56.

(2) Gehlen , Journal fuer die Chcmie, t. V, p. 655.

(3) Schweigger, Journal fuer Chcmie, t. IV, p. 4S9.

(4) Sclircger, Fluidorum corporis unimalis chemiœ nosoloyicœ spécimen, p. 52.

(5) Rcil, Archio, t. IV, p. 201.

PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES. ïlfi

séminale muGtiàgineuse , nacrée et excoriant la peau , fut atteint de croûtes blanchâtres au creux des mains , d'où une poussière fine et blanche se détachait , au milieu d'un prurit agréable. Le malin, quand ce jeune homme avait pris son repas et aperçu des femmes qui lui plaisaient , ses mains devenaient le siège d'une chaleur agréable , que le frottement exaltait jusqu'à la rendre brûlante, après quoi survenait une syncope voluptueuse , à laquelle les organes génitaux ne prenaient aucune part ; si parfois il survenait des érections et une émission de sperme par les selles , ces phénomènes cessaient d'avoir lieu aux mains.

IV. La bile s'annonce partout par sa couleur jaune. A la vérité, nous ne pouvons point lui attribuer toutes les colorations en jaune, par exemple celle qui se voit quelquefois aux membranes séreuses et aux nerfs , et que Lobstein a désignée sous le nom de kirronose ; une pareille conclusion n'est point permise , tant qu'elle ne repose pas sur les données de l'analyse chimique , ou au moins sur la nature des désordres de l'activité vitale. D'un autre côté , la bile a de l'affinité , sous le rapport de sa couleur, tant avec le cruor qu'avec le pigment carboné , et les dégénérescences qu'elle éprouve , soit dans la vésicule biliaire , soit lorsqu'elle se dépose sur d'autres points, sont fréquemment accompagnées d'une altération correspondante du sang et d'une formation exagérée de pigment ; en effet , la jaunisse peut passer au vert et au noir après de violentes affections morales , et l'on voit , dans le typhus bilieux, la bile devenir noire et poisseuse, la peau d'un jaune foncé, la sécrétion de la langue et des gencives brune et noire. Mais nous dérivons avec assurance la jaunisse d'une sécrétion hors du foie des matières caractéristiques de la bile , lorsque nous avons préalablement reconnu de toute évidence un changement dans l'organe hépatique. Cette sécrétion peut d'abord être sympathique ; tantôt alors la bile préparée dans le foie , trouvant un obstacle à son écoulement , est résorbée et déposée dans un autre organe sécrétoire; ainsi, par exemple (1) , Simon a vu , chez des Pigeons , un dépôt de matière

(1) Froriep , Notizen , t. XII , p. 7.

verte s'effectuer dans le cloaque dix à vingt heures après la ligature des conduits biliaires ; tantôt une diathèse bilieuse fait que de la bile est à la fois produite par le foie et par d'autres organes, comme dans l'ictère, qui, après une violente commotion morale , se déclare si rapidement, accompagné de vomissemens bilieux et d'une diarrhée de même caractère , qu'on ne saurait absolument l'attribuer à la résorption. Il s'opère de même une nouvelle formation de bile dans l'autre mode de production de l'ictère , celui par antagonisme , lorsque l'action du foie est supprimée , cas dans lequel cet organe a été trouvé tantôt hypertrophié et atteint de dégénérescence , comme celui dont parle Sloll , qui , avec un poids de vingt livres, était squirrhcux et sléatomateux , ou comme un autre pesant vingt-six livres et ressemblant à du vieux lard , qu'a observé Hautesierk (1) , tantôt resserré sur lui-même , et pas plus gros qu'un rein, comme l'a vu Riolan , ou n'ayant que la largeur et l'épaisseur de la main, avec la dureté du cuir, ce dont Boerhaave a rapporté un exemple (2).

5° Chez les personnes frappées de jaunisse , la peau , la membrane muqueuse (3) , les parties vasculaires (4) , le pancréas (5) , les ganglions lymphatiques (6) , les membranes sé reuses (7) , le cerveau (8) , le tissu scléreux (9) , les cartilages (10) , les os (ll)^etmême les cheveux (12), ont leur substance pénétrée des principes colorans de la bile, et si l'on n'a point encore remarqué ce phénomène sur d'autres organes , peut-être doit-on s'en prendre uniquement à leur couleur , qui est déterminée par le sang. D'après cela , il paraît que

(1) Voigtel , Handbuch der pathologischen Anatomie , t. III, p. 11.

(2) Ibid., p. 16.

(3) Ibid., t. II, p. 84, 551.

(4) Ibid., p. 12, 96, 100.

(5) Ibid., t. I, p. 552.

(6) Ibid., p. 527.

(7) Ibid., t. II , p. 223, 334.

(8) Ibid., 1. 1, p. 589.

(9) Ibid., t. II, p. 95.

HO) Ibid., t. î, p. 360.

(11) Ibid., p. 219.

(12) Ibid., p. 91.

tous les points du système des vaisseaux capillaires sont aptes à produire des matériaux de la bile avec le sang, et que ces matériaux peuvent être ensuite déposés dans le parenchyme des organes. Or la question se présente tout naturellement de savoir si d'autres substances sécrétoires ne seraient point dans le même cas , et si ce n'est pas seulement à ce qu'elles ne possèdent point une couleur aussi saillante que la bile qu'il faut s'en prendre de ce que nous ne les découvrons pas.

Du reste, la cholestérine a été trouvée aussi dans des tubercules et des squirrhes (1) , par Chevallier dans une tumeur rénale , par Caventou dans une tumeur qui s'était développée à la gencive, par Lassaigne dans une tumeur cérébrale , et par Lauth dans un kyste attaché à l'ovaire (2).

6° La sécrétion des membranes séreuses , par exemple, de la plèvre (3) et du péritoine (4), est très-souvent teinte en jaune dans l'ictère. Dans un cas de ce genre , Braconnot y a constaté , par l'analyse chimique (5) , la présence des matériaux caractéristiques de la bile. Chez un Chien à qui l'on avait lié le conduit biliaire , toutes les membranes muqueuses présentaient une teinte jaunâtre au bout de quatre jours , et le péritoine contenait une sérosité d'un jaune rougeâtre foncé (6).

7° A l'égard de la sécrétion du système cutané , on remarque, dans l'ictère, une sueur jaune qui teint le linge, et il est commun que les malades atteints de fièvres bilieuses expectorent des crachats jaunes , dans lequels l'analyse chimique a fait reconnaître de la bile à Fourcf oy (7). Un homme dont le foie induré et stéatomaleux pesait dix-huit livres , et chez lequel les conduits biliaires furent trouvés absolument

(1) Andral, Précis d'anatomie pathologique , 1. 1, p. 352.

(2) Journal de chimie médicale, t. VIII, p. 537, 541.

(3) Voigtel , Handbuch der patholoyischen Anatomie , t. II, p. 162.

(4) Ilnd., p. 334.

(5) Journal de chimie médicale, t. III , p. 4S0.

(6) Tiedcmann et Gmelin , Recherches expérimentales sur la digestion, t. II, p. 12.

(7) Schregcr, loc. cit., p. 32.

2/f8 PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES.

imperméables , offrait, au rapport d'Eberle (1), un écoulement de cérumen alternant avec la jaunisse.

8° On a trouvé , dans la jaunisse , le suc pancréatique jaune (2) , et, à la suite d'une vive émotion morale , le lait jaune , presque vert et amer (3).

9° L'urine devient brune , avec un sédiment brun , dans Thydropisie qui se rattache à une maladie du foie ; jaune et alcaline, dans la fièvre bilieuse; d'un rouge brun , avant la crise, dans les maladies inflammatoires de l'organe hépatique, d'un jaune foncé dans la polycholie -, elle a une couleur orangée et teint le linge en jaune dans l'ictère. Les analyses chimiques faites par Fourcroy et Vauquelin, Clarion, Nysten (4), Orfila et Braconnot (5), ont démontré, en pareille occasion, la présence dans l'urine des principes constituans caractéristiques de la bile. Tiedemann et Gmelin (6) ont également reconnu , sur des Chiens , quelques jours après la ligature du conduit biliaire, que l'urine était d'un jaune foncé et contenait de la matière biliaire.

V. L'urine ou les substances qui la caractérisent peuvent être sécrétées par le tissu cellulaire, les membranes muqueuses, les glandes salivaires , lacrymales et mammaires , les testicules et le foie. De nombreuses observations l'attestent ; Haller en avait déjà réuni quelques unes (7) , et Nysten (8) en a présenté d'autres. Mais ces parties accomplissent une production d'urine , soit , lorsque la sécrétion normale est arrêtée dans les reins (10°, 11°, 12°), soit quand son produit ne peut point arriver au dehors (13°).

10° Richerand avait trouvé qu'on peut extirper l'un des reins à des Chiens , sans que l'opération les fasse périr, et qu'iln'y avait que l'ablation simultanée des deux organes qui

(d) Physiologie der Vcrdauvng , p. 185.

(2) Voigtel , Handbuch der patholoyischcn Anatomic , t. T , p. 552.

(3) Ibid., p. 580.

(4) Recherches de physiologie et de chimie pathologiques , p. 261

(5) Journal de chimie médicale , t. III , p. 480.

(6) Recherches sur la digestion , t. II , p. 7.

(7) Elément, physiolog. , t. II, p. 370.

entraînât la mort au bout de quelques jours. Prévost et Dumas (1) ont pu d'autant mieux observer les effets de cette mutilation, qu'ils ont laissé quinze jours s'écouler entre les deux extirpations. Au bout de trois jours, il survenait un vomissement de masses brunes , avec d'abondantes évacuations alvines, liquides et brunes ; les ventricules du cerveau contenaient une once de sérosité claire , le foie était enflammé , et la bile avait une teinte de brun verdàtre. Comhaire a remarqué, après une opération de ce genre , des vomissemens d'un liquide clair, ayant l'odeur de l'urine , et'un épanchement de sérosité dans la cavité abdominale. Mayer (2) a répété l'expérience jusqu'à dix fois sur des Cochons d'Inde; le résultat fut que le péritoine , le péricarde , la plèvre , les ventricules du cerveau, l'estomac et l'urine sécrétèrent un liquide brun , exhalant l'odeur de l'urine ; que les larmes prirent la même odeur ; que la vésicule biliaire se trouva contenir un liquide brun , de saveur alcaline, et non semblable à la bile ; enfin que les testicules, les épididymes , les canaux déférens et les vésicules séminales regorgeaient d'un liquide parfaitement semblable à de l'urine.

11° Chirac et Helvetius (3) ont lié les artères rénales à des Chiens , et remarqué ensuite que ces animaux rendaient de l'urine par le vomissement. Des Lapins auxquels Westrumb (4) avait lié les artères rénales , éprouvèrent, au bout de dixheures , des évacuations alvines liquides.

12° On remarque des sécrétions analogues dans des circonstances où tout prouve que les reins agissent trop peu. En ouvrant le cadavre d'une femme , qui , pendant sa vie , exhalait une insupportable odeur urineuse, Wrisberg trouva qu'il n'existai^ qu'un seul rein, et que cet organe était fort petit, ainsi que la vessie urinaire. Il est très-commun que la transpiration ait une odeur d'urine chez les hydropiques (5) ; Nys-

(1) Froriep , Notizen , t. II , p. 230.

(2) Zeitschrift fucr Physiologie , t. II, p. 270.

(3) Hallcr, Elément, physioloy., t. II, p. 370.

(4) Meckel, Veutsche.i Archiv. , t. VII, p. 528.

(5) Nyslen, Recherches de physiologie et de chimie pathologiques, p. 275.

ten a reconnu le principe colorant de l'urine (1) dans la sérosité extraite par la ponction, quoiqu'il n'ait pu apercevoir aucune trace d'urée. Lentin a observé , dans un cas d' œdème des membres inférieurs , que le liquide fourni par des mouchetures faites à la cuisse répandait une odeur urineuse, que le malade vomit de l'urine pure pendant quatre jours , et qu'à la suite de déjections alvines mucilagineuses l'urine reprit sa voie normale. Dans ce qu'on appelle l'anourie des enfans , état caractérisé par un écoulement peu abondant d'urine foncée en couleur, acre et fort odorante , il survient à la peau des vésicules qui, lorsqu'on les crève, laissent échapper une liqueur brûlante et d'odeur urineuse. Dans de pareilles circonstances , chez certains vieillards , l'excrétion pulmonaire prend la même odeur. Les sueurs visqueuses et critiques qui succèdent à un accès de goutte , laissent quelquefois sur la peau, des urates et des phosphates, affectant la forme d'une poudre légère et brillante. Meckel (2) a observé un jeune homme chez lequel l'urine coulait en petite quantité et formait un sédiment copieux; un liquide ayant la couleur et l'odeur de l'urine était sécrété en si grande abondance, sous les aisselles , que la chemise et les vêtemens s'en trouvaient imbibés jour et nuit; cet écoulement devenait plus abondant encore toutes les fois que le sujet buvait, et il cessa lorsque l'urine se mit à couler en plus grande quantité.

13° Des accidens analogues se manifestent, en cas d'obstacle à l'élimination de l'urine, quand ce liquide vient à être résorbé. Ainsi on a observé un vomissement journalier d'urine dans un cas où l'urètre avait été oblitéré par suite d'une blessure (3). Dans une autre circonstance , après une rétention d'urine qui avait duré dix jours , et qui dépendait d'un gonflement de la prostate , Wrisberg trouva la vessie tellement dilatée, qu'elle contenait dix livres d'urine ; la sérosité du péricarde et des vésicules du cerveau exhalait l'odeur de ce li-

(1) Nysten , loc. cit., p. 285..

(2) Nova expérimenta et obsorvationes de finibus venarum ac vasorum lijmphaticorum in ducttts visccraquo oxcrctoria corporis hnmani, p. 67.

(3) Nysten, loc. cil., p. 266.

quide. On a vu, chez des malades auxquels des calculs vésicaux empêchaient de rendre leur urine, un liquide analogue à celte sécrélion s'échapper par le vomissement (1) ou par les selles (2). Une fille était née sans anus ni parties génitales extérieures ; cependant elle se portait fort bien encore à l'âge de quinze ans; l'urine s'échappait par les mamelons , et les matières fécales sortaient par le vomissement.

14° Dans d'autres cas, la sécrétion de l'urine dans les reins paraît avoir cessé par suite d'un obstacle à ce que ce liquide fût portée au dehors ; car les sécrétions supplétives augmentaient ou diminuaient suivant que l'émission était plus ou moins abondante. Boerhaave rapporte le fait d'un homme qui perdit la faculté d'uriner, après s'être retenu volontairement pendant \ingt-quatre heures; le sixième jour, sa sueur et son haleine avaient l'odeur de l'urine , et à l'ouverture du corps , on trouva dans les ventricules cérébraux un liquide analogue à cette dernière (3). Une fille, observée par Zeviani (4), reçut aux parties génitales un coup de couteau dont la plaie demeura ouverte pendant plusieurs années ; peu à peu , l'urine devint de plus en plus rare , de manière qu'on fut obligé de recourir aux sondes durant quatre années, au bout desquelles l'instrument lui-même n'amena plus rien au dehors; il survint alors une hydropisie , avec des sueurs d'odeur urineuse , et enfin des vomissemens, qui se renouvelèrent chaque jour pendant trente-trois années ; à l'ouverture du cadavre , ou trouva les reins désorganisés ; ils contenaient un liquide fétide et analogue à l'urine ; l'uretère droit était oblitéré, et le gauche tellement rétréci qu'on pouvait à peine y injecter un peu d'eau ; la vessie n'excédait pas le volume d'un œuf de Pigeon.

15° Dans un état que l'on désigne sous le nom d'hystérie , où le désordre de la sensibilité dérange . entièrement le cours de la vie , qui souvent s'écarte du type normal de la

(1) Nysten, loc.eil., p. 267.

(2) lbid., p. 275.

(3) 7Wt*.,p. 270.

(b) IOid., p. 270.

manière la plus bizarre, la formation de l'urine peut se porter des reins sur un autre organe , et y être ramenée par une irritation exercée sur les voies urinaires au moyen du cathétérisme. Nysten (1) rapporte plusieurs cas de vomissemens urineux chez des femmes hystériques , et lui-même (2) a observé une femme qui, à la suite d'une émotion morale, fut prise de diarrhée, puis d'ischurie , ensuite d'une hydropisie générale, et enfin de vomissemens prolongés pendant quinze jours ; elle rendait journellement vingt litres d'un liquide citrin, ayant l'odeur de l'urine et contenant de l'urée , avec lequel n'étaient jamais mêlés d'alimens, même lorsque l'évacuation avait lieu peu de temps après le repas. Une autre femme éprouva une commotion cérébrale, à la suite de laquelle ses règles furent remplacées par un vomissement de sang ; plus tard, elle fut atteinte aussi d'une fistule à l'anus ; alors les excréniens et les liquides qu'elle prenait en lavemens étaient vomis également , mais précédés d'un liquide que l'analyse chimique démontra être de l'urine parfaite ; l'emploi d'un cathéter et l'opération de la fistule firent reprendre à la sécrétion urinaire et aux déjections alvines leur route normale (3). Hirsch (4) a observé une femme hystérique , dont les règles coulaient alternativement par l'anus , les poumons , la racine des ongles, les paupières, les oreilles, le cuir chevelu, les seins et le creux de l'aisselle ; quand on passait un jour sans la sonder, elle vomissait un liquide , que Dulk a reconnu être de l'urine , puis des excrémens et les substances qu'on lui avait administrées sous forme de lavemens.

Des cas analogues de vomissement d'urine chez des femmes qui firent guéries par l'emploi du cathéter, ont été rapportés par Osiander (5) et Malago (6).

(3) Loc. cit., p. 280.

(4) Kœhler, Dissertatio de vomilu urina vesicalis, p. 12.

(5) Medici?iisch-chirurgische Zeituny , 1S10 , t. IU, p. 191.

(6) Ibid., 1819, 1. 1, p. 112.

Kœnig (1) et Senler (2) en ont observé d'autres , dans lesquels des femmes rendaient l'urine tantôt par le vomissement, tantôt par les selles.

Enfin Arnold (3) cite l'histoire d'une fille, atteinte d'un prolapsus de la matrice , chez laquelle le flux des menstrues et ensuite celui de l'urine s'arrêtèrent ; pendant deux ans et demi, il fallut recourir au cathéter pour vider la vessie ; mais, l'opération ayant été négligée trois jours de suite , l'urine s'échappa par la peau de la région inguinale , puis, durant plusieurs heures, par l'oreille droite, qui fut alors frappée de surdité , ensuite par l'oreille gauche , par le mamelon, par l'ombilic , et enfin de temps en temps par le vomissement.

16° Les auteurs rapportent des cas dans lesquels il sortait, par les voies normales, de l'urine qui n'avait pu être sécrétée par les reins , soit parce que ces organes étaient impropres à remplir un tel office , soit parce qu'il n'existait aucune communication entre eux et la vessie, de manière que nous sommes forcés d'admettre , avec Roose (4) et Plagge (5), que la vessie peut quelquefois sécréter de l'urine, indépendamment des reins. Les ouvertures des cadavres ont constaté des désorganisations complètes de ces derniers organes chez des sujets qui avaient continué d'uriner pendant toute leur vie. Ainsi Browne Cheston (6) a trouvé , chez un jeune garçon qui urinait tantôt d'une manière involontaire, tantôt avec beaucoup de difficulté, les deux reins convertis en des sacs pleins de pus. Oberteuffer (7) a vu l'un de ces organes aussi dur qu'une pierre , son bassinet plein de pus, les conduits de Bellini détruits, et l'autre rein effacé , sans qu'il en restât aucune trace , non plus que de son uretère. Dans un cas observé par Stœrck (8), la sub-

(1) Nysten, Recherches de physiologie et de chimie pathologiques,

(2) Froriep , Notisen, t. XXI , p. 299.

(3) Archives générales , t. XVI , p. 590.

(4) Physioloijischc Untcrsuchunijcn , p. 80.

(5) Meckel , Deutsches Archiv , t. VII, p. 429.

(0) Voiglcl, Hnndbuch der palholojischen Anutoihie , t. III, p.'-JSG. 0)lbid., p. 187.

(8) lbid., p. 194.

254 FRODTJITS MATÉRIELS HOMOLOGUES.

stance du rein était détruite, et il ne restait plus de toute Ufglande qu'un simple sac membraneux. Chez un homme qui avait toujours rendu de l'urine pale et aqueuse , mais sans jamais éprouver aucun symptôme d'ischurie, les deux reins, au rapport de Conradi (1), ne consistaient plus qu'en deux vésicules pleines d'eau , et les uretères étaient tellement resserrés sur eux-mêmes, qu'à peine aurait-on pu y faire pénétrer une soie de cochon. Horst (2) a trouvé , chez une femme dont la sécrétion urinaire n'avait jamais été interrompue jusqu'au moment de sa mort , les reins effacés en totalité, et remplacés par une multitude d'amas informes de graisse , qui contenaient beaucoup de liquide sanieux dans leur milieu; les commencemens des uretères flottaient librement dans cette masse adipeuse. Chez un homme qui avait rendu de l'urine , tantôt claire comme de l'eau , tantôt citrine et de couleur foncée , et parfois aussi lactescente , Ficker (3) rencontra, au lieu des reins et des capsules surrénales, une simple substance dissoute et peu grenue , sans nul vestige des uretères. Au dire d'Autenrieth (4), les uretères d'un Chat partaient de la vessie en se ramifiant , et disparaissaient dans le péritoine , sans communiquer avec les reins ; cependant l'animal avait évacué de l'urine. Quelques Cochons d'Inde urinèrent également vingt-quatre heures encore après que Mayer leur eut extirpé les reins (5). llauton (G) a trouvé de l'urine dans la vessie de Chiens auxquels il avait lié les uretères, et qu'il avait fait boire ensuite; ce phénomène lui paraissait démontrer l'existence de voies urinaires occultes, mais il s'explique par une sécrétion supplétive de la vessie urinaire.

17° Au nombre des métastases de quelques uns des principes constiluans de l'urine se rangent encore les nodosités arthritiques. L'espèce de goutte dans laquelle ces tubercules apparaissent, se manifeste au milieu des mêmes circonstances

(4) Voiglel , Handbuch der pathologischen Anatomie , t . III , p. 497.

(2) Hufeland , Journal der praktischen Heilkunde , t. XXXV, p. 85.

(3) Harley, Neue Jahrbuecher der deutschen Medicin , t. IV, cali. II.

(4) Handbuch der Physiologie , t. Il, p. 340.

(5) Zeitschrift fuer Physiologie, t. II , p. 273 , 275.

(6) Philos, Trans., 4670 , p. 2049.

que celles qui accroissent la formation de l'acide urique ( § 853, 10°, 11°, 12° ); pendant les souffrances générales qu'elle détermine, il y ^ certaines époques où Ton ne rencontre point d'acide urique dans l'urine ( § 851 , 10° ) ; bientôt après survient, au voisinage des articulations, un état inflammatoire qui constitue ce que l'on appelle un accès de goutte. Dans cet état, plus ou moins accompagné de fièvre, l'organisme se débarrasse de l'acide urique qu'il a produit en abondance et qui se trouvait retenu en lui ; il en fait passer une partie dans l'urine , et en dépose une autre , soit aux alentours des articulations dont la plilegmasie s'était emparée, soit dans le tissu cellulaire et les capsules articulaires, où l'acide s'endurcit en une masse solide, d'un blanc jaunâtre , la plupart du temps douée d'un éclat gras, et spongieuse ou compacte.

Wollaston, Tennant, Pearson , Vogel , Jœger , Fourcroy et Yauquelin ont trouvé , dans les concrétions arthritiques, une petite quantité de substance organique , et de l'acide urique libre ou combiné, soit avec de la soude, soit avec de lachaux(l). D'après une analyse faite par Laugier (2j, les parties constituantes étaient 0,2 d'acide urique, 0,2 d'urate de soude, 0,1 d'urate de chaux, 0,2 de chlorure de sodium , 0,1 de matière organique et 0,1 d'eau (*). Les nodosités des goutteux contiennent quelquefois des terres seulement , sans acide urique ; car John en cite (3) dans lesquelles on trouva 0,281 de phosphate et 0,125 de carbonate calcaires , 0,031 de phosphate, de carbonate et de sulfate de soude, et 0,563 de matière organique, avec de l'eau et debla graisse. Mais comme ces subtances appartiennent également à l'urine, nous devons considérer les concrétions arthritiques en général comme des dépôts des matériaux peu solubles de l'urine dans le tissu cellulaire et dans des vésicules séreuses. On ne peut point les

(4) John, Chemische Tabellen des Thierreichs , p. 59.

(2) Journal de chimie médicale , t. I, p. 6.

(*) L'analyse des matières arthritiques observées et figurées par J. Cruvcilhier, a été faite par E. Barriifil; elles ont fourni un mélange d'urate de soude et de phosphate de chaux , le dernier sel eu plus grande portion. Voyez Anatomie pathologique du corps humain , par J. Cruveilhier 4e lir., in-f°, fig. color. '

(3) Meckel , Dcutsches Archiv , t. 1 , 513.

mettre au nombre des concrétions pierreuses ( § 874, I ); car elles ne sont point libres , mais intimement unies avec les parties environnantes , elles sont soumises à l'influence de la vie, et elles peuvent repasser à l'état liquide, puis être ou résorbées ou éliminées par la suppuration.

b. Transsubstantiation.

§ 858. La transformation homologue des parties solides , ou la conversion d'un tissu en un autre , porte plus spécialement le nom de transformation ; mais celui de transsubstantiation (1) la désigne mieux et d'une manière plus précise.

Elle consiste en ce que la nutrition d'une partie s'écarte de son caractère normal sous le point de vue de la matière, et en ce qu'à la place des parties constituantes , qui ont été résorbées , il se dépose des substances qui normalement appartiennent à des parties d'une autre espèce. Elle se rapproche de la formation de nouvelles parties homologues, dont, en négligeant la manière dont elle se produit , on parvient difficilement à la distinguer quand la nouvelle formation a refoulé et fait disparaître celles qui jusqu'alors avaient existé. Nous pouvons la considérer comme une homœoplaslie moléculaire, c'està-dire comme une formation qui ne répond pas au lieu où elle s'opère, qui ne se manifeste pas, ainsi que l'homceoplastie proprement dite ( § 859 ), sous une forme spéciale et sous les dehors d'une masse particulière, mais se rapporte uniquement à la substance , et remplit les vides produits par la déformation normale insensible.

On peut partager la transsubstantation en régressive et progressive. [

* Transsubstantiation régressive.

I. La transsubstantiation régressive détermine le ramollissement et la conversion d'un tissu spécial en un autre qui a des caractères plus généraux.

d° Une partie peut, soit par dépression de sa vitalité, inac-

(1) Vctlcr, Aphorisme n ans der patholotjischen Anatomio , p, C7.

PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGDES. 2^

tion et atrophie , soit à la suite de l'inflammation , perdre son caractère spécifique, être ramenée à la condition de la masse générale ou commune , et se trouver ainsi convertie en tissu cellulaire. Ce changement a lieu, dans des muscles par exemple, lorsqu'une tumeur vient à les distendre, dans des glandes, dans des glanglions lymphatiques (1) , aux extrémités des artères oblitérées, aux bouts des nerfs ou des tendons qui ont été coupés (2). Il y a également certains états pathologiques dans lesquels ces derniers paraissent tellement ramollis , que leur tissu cellulaire parenchymateux devient plus manifeste. Cette métamorphose peut reposer en partie sur une simple atrophie, les parties élémentaires spéciales , par exemple, la substance musculaire ou nerveuse , ayant été résorbées , de manière qu'il ne reste plus que les enveloppes celluleuses , avec le tissu cellulaire parenchymateux.

2° Des muscles soumis à la volonté se transforment en graisse lorsqu'ils sont demeurés pendant long-temps dans l'inaction, que ce soit d'ailleurs par l'effet d'un défaut de conformation, comme il arrive dans le pied-bot par exemple (3) , ou par suite d'une paralysie (4), d'une inflammation chronique, avec carie (5) , d'une ankylose , d'anciens ulcères , de luxations ou de fractures qui n'ont point été guéries (6). Les fibres musculaires deviennent d'abord blanchâtres ; elles donnent un liquide graisseux quand on les comprime, et finissent par disparaître, de manière que le muscle entier se trouve converti en une masse d'apparence lardacée.

On pense généralement aujourd'hui que la substance musculaire ne se convertit point elle-même en graisse , et qu'elle est seulement refoulée par celle-ci. Cette hypothèse ne se

(1) Cruveilhier, Essai sur l'anatomie pathologique en général, t. I, p. 141.

(2) Andral, Précis d'anatomie pathologique, 1. 1, p. 240.

(3) Vetter, Aphorismen aus der patholoyischen Analomie , p. 69.

(4) Baumgœrtner, Beobachtumjcn vêler die Nerven und das Blut in ihrem ijesunden und kranhhaften Zustande , p. 190.

(5) McdicinischcJahrljuecher des œsterreichischen S tacites , t. VII, p. St.

(6) Cruveilhier, Essai sur l'anatomie pathologique en général, t. I, p. 180.

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