‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 5)Chapitre 53 sur 94 · BÉGÉNÉBATIOH SIMPLE · texte numérisé non relu

BÉGÉNÉBATIOH SIMPLE

§ 860. La régénération a pour effet, tantôt de reproduire les parties organiques qui ont été perdues , tantôt seulement de les compléter (§ 861).

(1) Journal de chimie médicale, t. I, p. 269.

(2) Schweigger, Journal fuer Chemie , t. LXVI , p. 217.

(3) Handbuch der theoretischen Chemie ,1.11, p. 1362.

(4) lhid., p. 1364.

a. Régénération supplétive.

I. La reproduction de parties entières est , pour quelques unes d'entre elles , un phénomène normal et périodique.

Nous avons déjà parlé précédemment de la régénération des tissus stratifiés (§ 617) ; il nous suffira d'ajouter ici l'exposé des phénomènes qui accompagnent le renouvellement des poils et des bois, en prenant pour guide , Heusinger (1) à l'égard des premiers, Berthold (2) par rapport aux seconds ; pour ce qui concerne la formation des plumes , nous pouvons renvoyer aux détails dans lesquels nous sommes déjà entrés (§ 426, 5°).

1° Lorsque les Mammifères muent, les poils tombent après que leur bulbe a pâli et disparu , tandis qu'il s'est produit , à côté de lui et dans le même follicule, un petit globule noir, qui se développe ensuite en un nouveau poil. Après avoir arraché un poil des moustaches d'un Chien , on remarqua d'abord que la substance charnue contenue dans le follicule était gonflée et très-imprégnée de sang; mais, au bout de quelques jours, on y voyait paraître une masse noirâtre et friable, s'élevant depuis le fond du follicule jusqu'à son milieu ; cinq jours après , au lieu de cette masse , on apercevait un poil long d'une ligne , dont le bulbe reposait immédiatement sur le fond du follicule , et dont la tige sortait plus tard de ce dernier.

2° Au moment où le bois des Cerfs doit changer, on remarque d'abord à l'apophyse frontale qui en constitue la partie permanente , à ce qu'on appelle vulgairement la tête de l'animal, du gonflement, de la chaleur et une exaltation dé la sensibilité cutanée ; les artères sont dilatées en cet endroit ; le bois tombe ensuite ; la tête , mise à nu , paraît rouge et charnue , et laisse suinter du sang et de la sérosité , dont la dessiccation produit une croûte, qui se détache au bout de huit à dix jours (§ 663 ,11), après que de nouvelle peau s'est formée

(1) Meckel , Deutsches Archiv , t. VII, p. 557.

(2) Beitrœgo zur Anatomic , Zoologie und Physiologie , p. 42.

au dessous et s'est réunie avec les tégumens environnans. Cette nouvelle peau est d'abord très-mince ; mais , peu à peu, elle devient plus solide et plus épaisse , acquiert de gros et nombreux vaisseaux, sanguins , développe une multitude de grands follicules sébacés , avec des poils courts et mous , et sécrète continuellement du smegma cutané en abondance ; ses artères sont accompagnées par des branches de la cinquième et de la septième paires de nerfs cérébraux, qui diffèrent des nerfs permanens par un diamètre plus considérable et une consistance moins grande. Entre cette peau et l'apophyse frontale , se forme le nouveau bois , dont le premier germe part de l'apophyse , mais dont l'accroissement résulte presque uniquement de la peau , qui , en effet , ne cesse de croître elle-même , et au dessous de laquelle se forme un périoste, d'abord mince , puis blanc , épais et couvert de granulations à sa face interne. Le jeune bois est une masse très-molle , composée en grande partie de vaisseaux sanguins , qui naissent , les uns de l'apophyse frontale , les autres de la peau , et qui sont accompagnés de nerfs. C'est à son extrémité que la peau a le plus de mollesse , qu'elle est le plus sensible, et qu'elle possède le plus de vaisseaux; ces derniers y forment une espèce de tourbillon , c'est-à-dire qu'ils se rendent de tous les côtés vers un centre commun , et ils s'enfoncent dans le bois , dont leurs ramifications parcourent longitudinalement la substance jusque près de la base , en lui fournissant la plus grande partie du sang qu'il reçoit. Peu à peu l'un de ces tourbillons vasculaires se partage en deux ou plusieurs , et au dessous de chacun il se forme une nouvelle dentelure , ce qui se répète jusqu'à ce que le bois ait acquis sa forme complète. D'abord les vaisseaux déposent de la chaux sur la masse qui les entoure , et quand celle-ci est ossifiée , ils finissent par s'ossifier eux-mêmes. Cette ossification procède des ramifications les plus grêles vers les branches , par conséquent, de dedans en dehors et de haut en bas ; dans la substance intérieure ou médullaire , les vaisseaux , une fois ossifiés , conservent encore un peu de sang, qui se dessèche, et qui, plus tard , quand on les coupe , produit des points rouges sur la surface de la tranche ; la substance extérieure ou corticale et

la partie voisine de l'apophyse frontale sont les points qui acquièrent le plus de densité , parce que l'ossification s'y est opérée en dernier lieu , et qu'en conséquence la nutrition y a duré plus long-temps. Enfin lorsque le périoste lui-même est ossifié , la peau meurt de la pointe vers la base ; elle ne reçoit plus de sang, se dessèche et tombe ; le périoste ossifié sous-jacent reste, constituant une couche d'un tiers de ligne d'épaisseur, et il a une teinte brune , due au sang qui s'est desséché dans les vaisseaux ossifiés. Un bois long de trente-six pouces, et du poids de quinze livres, se développa dans l'espace de dix semaines , en sorte que , terme moyen , il s'était produit chaque jour une masse longue d'un pouce et demi et pesant près d'un quarteron.

II. Les animaux inférieurs, après avoir perdu accidentellement des parties entières de leur corps , réparent celte perte d'une manière complète.

3° Dans les Hydres, chaque partie de la masse du corps peut être remplacée, d'après les observations de Trembley , Gœze , Baker et autres (1), de manière que chaque morceau reproduit un animal entier, qu'on ait coupé le Polype primitif, soit en travers , soit en long , ou qu'on l'ait divisé en plusieurs lanières.

Les observations qu'on rapporte de multiplication analogue dans les Actinies , paraissent mériter moins de confiance.

4° Chez les Annelides , la régénération n'a lieu qu'après une section transversale. Le Ver répare sa portion céphalique ou sa portion caudale , après l'avoir perdue ; lorsque cette portion a un certain volume , elle continue de vivre , et répare quelquefois également ce qui lui manque. Il peut même arriver qu'un animal partagé en plusieurs segmens devienne autant d'animaux qu'on a fait de tronçons. Dugès (2) a vu , dans les Planaires , chaque segment devenir un animal nouveau , lors même qu'il ne faisait qu'un huitième ou un neu-

(d) Treviranus , Biologie , t. III , p. 518.

(2) Annales des sciences naturelles , t. XV, p. «9.

vième de l'animal entier. Suivant Bonnet et Rœsel (1) , les Naïdes reproduisent la tête et la queue , jusqu'à douze fois de suite , quand on enlève la nouvelle partie à mesure qu'elle se forme; une Naïde divisée en six segmens longitudinaux et plus , devenait un nombre égal d'individus nouveaux , pourvu que chaque tronçon eût au moins une ligne et demie de long. Lorsque des Vers de terre avaient été coupés en travers , chaque moitié reproduisait ce qui lui manquait , d'après les observations de Bonnet et de Spallanzani (2); de la surface de la plaie s'élève un petit bourrelet blanc, qui grossit peu à peu , ne tarde pas à acquérir des anneaux étroits , serrés les uns contre les autres, et renferme des prolongemens du cordon ganglionnaire , du canal digestif et du système vasculaire sanguin. Sangiovanni (3) a fait des observations analogues ; il se formait à chaque moitié de nouveaux anneaux, qui étaient d'abord transparens et devenaient peu à peu opaques. Dugès n'a pu observer, sur le Ver de terre , que la reproduction de l'extrémité antérieure ou de l'extrémité postérieure, après qu'il en avait fait la section.

5° La reproduction d'un segment perdu du corps, avec tous ses viscères, sans multiplication des individus, ni régération des parties qui manquent au segment , a lieu chez les Echinodermes et les Mollusques. Une Astérie reproduit l'un des rayons de son corps, quand il lui a été arraché. Schœffer a vu des Limaces régénérer la tête (4) ou l'abdomen (5), dont il avait pratiqué la section. Spallanzani (6), Treviranus (7) et autres ont observé fréquemment la reproduction de la tête des Limaçons , quoiqu'elle n'ait point eu lieu dans un grand nombre de leurs expériences. 11 est presque inutile de dire que des parties qui font office de membres chez ces animaux ,

(1) Eggers , Von der Wiedererzeugung , p. 37.

(2) Programme ou précis d'un ouvrage sur les reproductions animales, p. 43.

(3) Medicinisch-chiritrgische Zeitung , 4824, t. II , p. 93.

(4) Erstere und fernere Versucho mit Schnecken , p. 11.

(6) Ihid., p. 16.

■ (6) Loc. cit., p. 62.

(7) Biologie, t. III, p. 513.

286 TRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES.

les tentacules des Limaçons, les bras des Céphalopodes, les trompes des Planaires, etc., sont susceptibles de se régénérer.

6° Mais, à un degré plus élevé de l'échelle, des organes appartenant à. la périphérie animale , des membres et parfois des appareils sensoriels sont les seules parties qui puissent se reproduire. Les larves des Blattes et des Capricornes régénèrent leurs antennes d'après Heineken (1), et les Libellules leurs pattes suivant Gœze (2). Ce phénomène a lieu plus fréquemment chez les Crustacés et les Àrachnides.'Quand l'Ecrevisse a perdu une patte, la plaie se remplit, d'après Réaumur (3), d'une pellicule grenue et rougeâtre, qui, au bout de quatre ou cinq jours , fait une saillie d'abord sphérique, puis conique, se déchire ensuite, et laisse passer la patte ; celle-ci est molle encore , mais elle ne tarde pas à se couvrir d'un test solide. Les serres et les antennes se reproproduisent de la même manière. Les Crustacés, les Cloportes, les Araignées , reproduisent tantôt les antennes et tantôt les pattes.

D'après les expériences de Broussonet (4) , sur des Poissons , il se produisit, à la place d'une nageoire coupée, un renflement, d'où naquit un prolongement membraneux, d'abord épais , mais qui devint plus mince en prenant plus de développement, et qui, au bout de trois mois, contenait des rudimens cartilagineux de rayons : ces deux rayons acquirent plus de longueur en s'amincissant, et, vers le huitième mois , la nageoire était complètement reproduite.

Mais c'est surtout chez les Salamandres que la régénération se montre féconde. Spallanzani a vu (5) quelques uns de ces animaux reproduire la queue, avec toutes ses parties ( moelle épinière , nerfs , vertèbres , muscles , vaisseaux et peau ) ; d'autres (6) , les ,,'quatre pattes , avec leurs quatre-

(4) Froriep , Notizen , t. XXVIII , p. 196.

(2) Trcvivanus, Bioloyie, t. III, p. 515.

(3) Hist. de l'Académie des sciences, 1712, p. 226.

(4) Ibid., 1786, p. 686.

(5) Loc. cit., p. 69.

(6) Loc. cit., p. 85.

vingt-dix-huit os ; d'autres encore (1) régénérèrent en trois mois leur queue et leurs quatre pattes ; il y en eut enfin qui reproduisirent la mâchoire inférieure , avec ses muscles , ses vaisseaux et ses dents. D'après Rudolphi , le nerf de la patte régénérée était tellement semblable à celui de la portion demeurée intacte , qu'on ne pouvait apercevoir entre eux aucune ligne de démarcation. Blumenbach a vu (2), comme Bonnet, l'œil se reproduire dans l'espace d'une année, lorsque le nerf optique avait été ménagé , et qu'il était resté une portion des membranes oculaires dans le fond de l'orbite. Ayant coupé la branchie d'une larve de Triton , Steinbuch aperçut , au second jour , une vésicule limpide comme de l'eau , qui s'allongea peu à peu en cylindre , et dans laquelle, au bout de quelques jours déjà, on distinguait des traces d'organisation et de circulation. Spallanzani (3) a observé la régénération complète d'une portion de la queue dans des têtards de Grenouilles. Les pattes se reproduisirent également chez de jeunes Grenouilles et Crapauds, mais beaucoup plus tard et avec plus de lenteur que chez les Salamandres ^*). On a quelquefois observé , chez les Lézards , la régénération partielle de la queue , mais sans ossification des vertèbres.

III. Chez l'homme et les animaux à sang chaud, il n'y a que les tissus stratifiés qui se régénèrent. On a bien prétendu que des os entiers, par exemple une clavicule (4) , s'étaient reproduits; mais il était toujours resté quelque portion de l'ancien os , ou du moins de son périoste , de sorte qu'il n'y avait pas eu régénération proprement dite , mais seulement restauration, comme dans le cas de nécrose ( § 862, 14°).

7° Quand l'épiderme de l'homme vient à se détacher , soit par grands lambeaux, comme à la suite d'une scarlatine intense, soit par écailles furfuracées , ou sous la forme de phlyctènes, comme dans d'autres inflammations érysipélaleuses , il

(1) Loc. cit., p. 93.

(2) Kleine Schriften , p. 129.'

(3) Loc. cit., p. 36.

(*) Comparez Duméril, Histoire des Reptiles, 1. 1, p. 206-210.

(4) Froriep , Notizcn , t. XXVII , p. 172.

s'en forme un nouveau au dessous de celui qui va tomber. Dans d'autres cas , la peau , dépouillée de son enveloppe prolectrice , sécrète un liquide clair comme de l'eau , qui ne tarde pas à s'épaissir et à se transformer en épiderme. Mais quand la surface supérieure de la peau a été détruite, il ne se produit que de minces lamelles, qui se détachent fréquemment, jusqu'à^ce qu'enfin survienne un épiderme permanent, mais parfaitement lisse.

8° Après la chute d'un ongle , il se forme, sur les papilles du repli cutané de la racine, une lamelle étroite, mince, molle et blanchâtre , qui s'allonge peu à peu par des additions successives, et qui lorsqu'elle a pris une certaine longueur, se couvre en dessous de nouvelles couches , sécrétées par les papilles sous-jacentes , qui en accroissent l'épaisseur. Des cas dans lesquels un ongle s'est reproduit au bout de la seconde ou même de la première phalange , après la perle de la troisième ou de la seconde, ont été observés par Tulpius, Ormansey et Ansiaux (1), de même que par Blumenbach (2), Vogel (3) et Jahn (4) ; ces ongles sont presque toujours fort imparfaits.

9° Il est très-commun de voir une nouvelle pousse de cheveux remplacer ceux dont la chute a été déterminée , entre autres, par une fièvre aiguë.

10° Lorsqu'à la place d'une portion morte de mâchoire, une autre s'est reproduite , il naît aussi dans cette dernière de nouvelles dents, qui supposent par conséquent, de nouveaux germes dentaires (5). Quand Oudet (6) avait arraché les incisives à un Lapin , d'autres les remplaçaient bientôt , pourvu que les germes n'eussent point été intéressés.

11° Cocteau, Leroy (7) etMiddlemore (8) ont vu quelquefois

(1) Pauli , Commentatio physiologico-chirurgica de vulneribus sanan-

dis , p. 98.

(2) Ueber den Bildungstrieb , p. 98.

(3) Handbuch der pathologischen Anatomie , 1. 1 , p. 86.

(4) Die Nalurhcilkraft in ihren Aeusserungen und Wirhungen, p. 89.

(5) Meckel, Handbuch der pathologischen Anatomie , t. III, p. 83.

(6) Journal de Magendie, t. III, p. 5.

(7) Ibid., t. VII , p. 30.

(8) Fioiiop , Notizen , t. XXXIV, p. 302.

le cristallin se reproduire, chez des Mammifères auxquels ils l'avaient extrait, quand la partie postérieure de la capsule était demeurée intacte. Mayer (1), ayant enlevé le cristallin à un Lapin , trouva la capsule ramollie au bout de sept jours ; le septième jour , elle contenait le rudiment d'un nouveau cristallin ; au bout de sept semaines, ce dernier était presque aussi volumineux que l'ancien , et, au bout de quatre mois , il avait des dimensions plus grandes ; mais , dès l'origine , il présentait une forme annulaire , attendu que la substance cristalline ne s'était pas reproduite dans l'endroit correspondant à l'incision de la capsule. Vrolik (2) a également observé, chez l'homme, une régénération incomplète du cristallin, après l'opération de la cataracte par abaissement.

b. Régénération complétive.

§ 861. La régénération complétive , celle qui se borne à produire de la masse organique , est plus ou moins accompagnée de transformation. Cependant nous n'examinerons ce dernier cas que plus tard ( § 863, 864 ) , et ici nous ne passerons en revue que les formes les plus simples , après quoi nous considérerons le phénomène dans les divers tissus en particulier ( § 862 ).

* Régénération complétive en général.

La régénération complétive est le rétablissement de la continuité par la formation de nouvelle substance organique. Elle a lieu soit par réunion ( I ), soit par granulation ( II).

Dans la réunion, ou la reprise de parties qui ont été simplement séparées, le rétablissement de la continuité est le phénomène le plus saillant ; car la substance organique de nouvelle formation, servant de lien, ne constitue qu'une couche mince qui devient plus ou moins semblable au reste du tissu.

(1) Craefe: et Walther, Journal fuer Chirurgie und Angenheilkunde t. XVII, p. 531. J >nunae>

(2; Ibid., t. XYIH.

vu r.

t Réunion immédiate .

Dans la granulation , la formation de substance nouvelle frappe davantage les yeux , quoique cette substance ne serve non plus qu'à combler un vide existant.

Si La réunion , ou la coalition immédiate de surfaces divisées , s'effectue de la même manière , et sous les mêmes conditions , que l'adhésion ( § 859, 7° ) et la coadnation ( § 859, 8°-12° ). Il faut donc , pour qu'elle ait lieu , que les surfaces soient mises d'une manière permanente en contact mutuel , après qu'elles ont cessé de saigner, et tandis qu'elles laissent suinter un liquide clair et limpide (1). Ce liquide devient plastique, et, dans l'espace de vingt-quatre heures, il se convertit en un néoplasme pultacé et blanchâtre, au milieu duquel on aperçoit, au bout de quarante-huit heures , des points et des stries de sang ; au bout de soixante-et-douze , il est plus ferme et parsemé de vaisseaux sanguins bien distincts; au bout de six jours, il est complètement solide. Il arrive parfois qu'on ne peut plus reconnaître ce néoplasme au bout de quelque temps, parce qu'il s'est converti en un tissu entièrement semblable aux surfaces divisées.

1° Lorsque la plaie n'est point bornée à une fente superficielle , et qu'elle a totalement séparé du corps des parties proéminentes de la périphérie , telles que des doigts ou des lambeaux de l'oreille et du nez, ces parties peuvent reprendre, pourvu qu'en temps utile (§ 859, 8°) on les maintienne en contact permanent avec la surface d'où elles ont été détachées. Wiesmann (2) a rapporté une série d'observations attestant la réalité du phénomène. Comme il est arrivé souvent que la réapplication n'a point été faite sur-le-champ , et qu'on n'y a songé qu'au bout d'une heure , ou même d'une demiheure, le succès a pris de là en quelque sorte un vernis de merveilleux , tandis que , d'après les remarques de Dieffen-

(d) Dieffenbach , Ueber den onjanischen Ersatz , p. 24. — L. J. Sanson, J)e la réunion immédiate des plaies , de ses avantages et de ses inconvéniens , Paris , 4834, in 8".

(2) De coalitn partium a reliquo corpore prorsus disjunetarum, p. 10-19.

PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES. QQl

bach (1) , ce délai était précisément , sinon une condition indispensable , du moins une circonstance favorable. Lenhossek (2) a observé la reprise d'une phalange onguéale , Balfour (3) celle de trois bouts de doigts, Schopper (4) celle de deux phalangines , Braun (5) celle d'un doigt entier. Des observations analogues ont été faites par Marley (6), Lario (7), Houlton (8), etc.

Dieffenbach (9) a fait reprendre le bout du nez d'un Lapin, après l'avoir coupé ; mais l'opération ne lui a guère réussi , chez l'homme (10), que quand il s'agissait de lambeaux tenant encore à la peau , quelque grêle que fût d'ailleurs le pédicule. Il paraît même qu'on est parvenu à faire reprendre le bout de la langue, quoiqu'il ne fût plus attaché que par une languette de la largeur d'un fétu de paille (11).

2° Les tissus stratifiés produits par des follicules peuvent aussi prendre racine, quand leurs vaisseaux ont encore vie. Wiesmann (12) arracha une dent à un Chien , enleva le sang qui la couvrait, absorba également celui qui remplissait l'alvéole, et remit l'os en place ; sept semaines après, l'animal ayant été tué, l'injection démontra dans cette dent un vaisseau qui était en pleine communication avec le système vasculaire. Il arrive souvent aux dentistes d'extraire des dents douloureuses , de limer les parties cariées et de remettre en place l'os, qui recouvre bientôt sa fixité première (13). Wiesmann

(d) Chirurgisclie Erfahrungen , besonders ueber die TViederherstellung serstœrter Thcile des menschlichen Kœrpers , t. I, p. 5.

(2) Medicinische Jahrbuecher des œsterreichischen Staates , t. VI, oah. II. p. 132.

(3) M edicinisch- chirurgisclie Zeitung , 1815, t. I, p. 54.

(4) Froriep, Notizen , t. XXXVIII, p. 270.

(5) Rust, Magasin fuer die gesammte Heilkunde , t. XIV, p. 112.

(6) Gerson , Magasin der auslcendischen Literatur, t. I, p. 388.

(7) Itrid., t. V, p. 303.

(8) Ibid., t. XI, p. 349.

(9) Chirurgisclie Erfahrungen , t. II, p. 164.

(10) Ibid., p. 167.

(11) Dieffenbach, Ueber den organischen Ersatz , p. 23. (12> Loc. cit., p. 4.

(13) Dieffenbach, Chirurgisclie Erfahrungen , \. H, p. 159.

a également vu reprendre des plumes qu'il avait arrachées à des Oiseaux et réintroduites aussitôt dans le vide laissé par leur extraction (1).

3° La staphyloraphie opère la réunion non seulement des parties latérales du voile du palais qui avaient été séparées accidentellement , mais encore de celles qu'un vice primordial de conformation avait empêchées de s'accoller ensemble (§431,1°; 438, 9°).

4° Les lèvres d'une plaie faite, soit à la membrane muqueuse de l'estomac ou de l'intestin , soit à des vésicules séreuses ou à des enveloppes scléreuses , ne peuvent souvent point se réunir, à cause du diamètre trop peu considérable de ces parties membraneuses, et elles contractent alors adhérence avec des organes voisins. De même, des parties de tissus différens peuvent se souder ensemble ; ainsi , Flourens a vu (2), après la section d'un nerf cérébral et d'un nerf rachidien, l'extrémité inférieure de l'un se réunir avec le bout supérieur de l'autre ; Hunter a trouvé , vingt-quatre heures après une opération de trépan , le néoplasme de la dure-mère si intimement uni avec celui de la peau, qu'il fut impossible de les séparer sans effort et sans causer d'hémorrhagie.

tt Formation de bouryeons charnus.

IL La granulation est un néoplasme sous forme de petites élévations riches en sang , qui se développe aux surfaces limitantes , prend peu à peu les caractères d'un tissu particulier, plus ou moins correspondant au sol qui lui a donné naissance, et remplit le vide existant. Elle a lieu par conséquent à la surface des plaies dont les lèvres ne sont point en contact l'une avec l'autre , c'est-à-dire , d'un côté, toutes les fois que la plaie ou la suppuration a entraîné une perte de substance et produit un vide , d'un autre côté , lorsqu'après une simple solution de continuité, les lèvres de la plaie se sont écartées Tune de l'autre, ou n'ont pu se réunir soit parce qu'il s'est

(1) Loc. cit., p. 31.

(2) Annales des sciences naturelles, t. XIII, p. 113.

PRODUITS MATÉRIELS HOMOlOCUES. 2g3

épanché du sang, soit parce qu'il s'est sécrété du pus entre elles. Ainsi la paroi d'un abcès ne produit des granulations , ou , comme on dit vulgairement , des bourgeons charnus, que quand elle a été ouverte , et que l'évacuation du pus Ta convertie en une surface limitante. De même, lorsque le sang ou le liquide séreux épanché sur une plaie s'est desséché en une croûte , il se forme sous cette dernière un néoplasme représentant une couche simple et lisse , tandis que, quand il ne se produit pas de croûte, on voit apparaître des bourgeons charnus. Le néoplasme, qui n'est point enfermé ici entre deux surfaces , se développe avec plus de liberté et arrive à une forme plus élevée , ayant pour caractères une plus grande abondance de vaisseaux sanguins, une activité plastique plus énergique, et des productions tuberculeuses qui imitent jusqu'à un certain point des bourgeons.

5° Les bourgeons charnus , comme tout néoplasme quelconque, proviennent d'un liquide plastique sécrété. Ainsi, par exemple , Hunter a souvent observé , à la surface d'ulcères, une substance blanche, formée par ce liquide, qui le lendemain était pleine de vaisseaux et saignait au moindre contact; la surface dénudée d'un os , qu'il avait raclée, se trouva couverte, le second jour, d'une substance d'un blanc bleuâtre , qui , au troisième jour, s'était convertie en bourgeons charnus remplis de vaisseaux. De même , après l'ouverture des abcès , on voit s'épancher un liquide clair, qui se coagule en une substance blanchâtre , dans laquelle , l'inflammation venant à croître et l'épanchement à cesser, il se forme des vaisseaux sanguins , bientôt suivis de granulations saillantes et vasculaires. Dans les plaies , la formation des bourgeons charnus commence ordinairement du troisième au cinquième jour.

6° Sur quelque tissu que les bourgeons charnus se développent, ils ont toujours la même forme , celle d'une surface inégale , d'un rouge clair, et parsemée de petites élévations arrondies, irrégulières. Ces élévations consistent en une masse homogène et dense; on ne peut point les insulller par le tissu cellulaire voisin, et lorsqu'on introduit de l'air dans leur intérieur même , elles se soulèvent en entier, au lieu de pro-

duire des cellules distinctes (1). Mais cette substance est parcourue par des vaisseaux sanguins plus nombreux que dans aucune autre partie organique quelconque , et dont la paroi est si mince, qu'il suflit d'y toucher, même très-légèrement» pour déterminer une hémorrhagie. D'après Pauli.(2), chaque bourgeon a, non pas une artère centrale propre, mais un réseau de vaisseaux. Hunier attribue la couleur rouge claire à ce que le sang coule trop rapidement pour pouvoir devenir veineux ; car les bourgeons charnus développés aux extrémités inférieures deviennent d'un rouge foncé chez les personnes qui restent long-temps debout , les jeunes vaisseaux n'étant point assez forts pour supporter le poids de la colonne de liquide qui pèse sur eux, et qui par conséquent stagne alors dans leur intérieur. Après la mort, les bourgeons sont pâles, affaissés , et forment une couche molle , facile à déchirer, qui tient par des liens très-faibles à la surface sous-jacente, fortement enflammée (3). Pendant la vie, ils sont doués d'une sensibilité vive et d'une force absorbante très énergique , de manière que les poisons mis en contact avec eux manifestent avec une extrême rapidité leur action sur l'économie entière.

7° Leur multiplication tient à ce qu'il s'en forme de nouveaux entre ceux qui s'étaient développés dans la profondeur du vide ; il en pousse aussi d'autres sur ceux qui avaient paru les premiers. Lorsqu'ils viennent à se rencontrer, ils se confondent ensemble, leurs vaisseaux s'anastomosent, et leur circulation devient commune ; quand ils occupent de larges surfaces , ils forment, avant de se réunir tous ensemble, plusieurs amas distincts, ou îles , tant dans le milieu que sur le bord. A la périphérie, ils contractent adhérence avec les alentours , et la ligne de démarcation demeure presque toujours un peu plus élevée ou plus ferme.

(1) Pauli, Commentatio physiologico-chirurgica de vulneribus sanandis, p. 64.

(2) Ibid., p. 63.

(3) Cruveilhier, Essai sur l'anatomie pathologique en général, t. II, p. 456.

8° Enfin ils se condensent, s'aflàissent , deviennent plus petits , p'us pâles , plus fermes et plus secs , parce que, parmi leurs vaisseaux, les uns se rapetissent, et les autres disparaissent. Ils se convertissent alors en une substance plus ou moins analogue à leur sol natal , et qui constitue la cicatrice. Cette cicatrisation part presque toujours de la circonférence, et s'étend peu à peu vers le centre.

9° L'opinion que les bourgeons charnus ne sont point un produit nouveau , et que la disparition du vide ne tient qu'à un déplacement des parties entourantes demeurées intactes , fut admise à une époque où l'on n'avait que des notions fort incomplètes sur la régénération , et nous la passerions sous silence si l'on n'avait pas cherché dans ces derniers temps à la remettre en honneur. Ainsi Muller (1) admet , d'après Breschet, Walther et autres, que, pendant la cicatrisation des plaies qui suppurent , les bords et le fond ne font qu'être poussés les uns vers les autres par l'accroissement des particules organisées ; que la substance déjà organisée sur ces points croît par intussusception et se distend ; que les bourgeons charnus sont seulement des élévations riches en vaisseaux sanguins et sécrétant du pus ; qu'il ne se produit point de nouveaux vaisseaux dans l'exsudation ; que le pus lui-même n'est peint susceptible de s'organiser ; enfin quela suppuration et l'exsudation de mutière organisable sont deux phénomènes qui s'excluent mutuellement. Mais les faits établissent sans réplique que la formation des bourgeons charnus , comme tout autre travail quelconque de cicatrisation , est précédée d'une sécrétion de liquide plastique , que ce liquide acquiert de la consistance, qu'il passe à l'état solide, et que des vaisseaux se développent en lui. Un bourgeon charnu est l'analogue du petit tubercule par lequel commence la régénération des membres chez les animaux inférieurs; il n'a pas la moindre analogie avec le tissu qui lui sert de sol natal , et partout il est le même , qu'on l'observe à la peau ou au tissu cellulaire , aux nerfs, aux muscles, aux tendons, aux os. On ne peut concevoir une augmentation de l'accroissement intérieur au

(1) llandbuch der Physioloyic des Mcnschen , 1. 1 , p. 386,

dessous d'une surface enflammée qui sécrète du pus , et eût-il même lieu , on ne saurait le considérer comme la cause de l'effacement du vide, puisqu'il se trouve là une substance facile à distinguer du tissu primordial. Quant au rapport existant entre la production du pus et l'exsudation de matière organisable, il est inverse absolument de ce qu'a voulu le dépeindre Muller.

10° La formation de bourgeons charnus et la suppuration sont ordinairement associées ensemble ; mais il n'y a point entre elles connexion nécessaire , rapport de cause à effet. Les bourgeons charnus ne peuvent point être considérés comme l'organe qui sécrète le pus; ce dernier provient de la surface enflammée sous-jacente , traverse les bourgeons, et se dépose à leur surface, de même que , dans les écoulemens purulens (§ 855, 42°) , il suinte à travers l'épithelium , qu'on trouve effectivement imbibé de pus lorsqu'on y pratique une incision. Aussi n'est ce , la plupart du temps , que quand la suppuration a déjà commencé qu'on voit se produire des bourgeons charnus. Suivant la remarque faile entre autres par Hunter, le développement de ces derniers la suit ordinairement de près, mais parfois aussi il n'a lieu que beaucoup plus tard, et Cruveilhier (1) paraît n'avoir émis qukine assertion gratuite en soutenant que» le liquide puriforme qui se manifeste quelques jours avant la granulation n'est point du véritable pus ; car on pourrait dire , dans le sens opposé , que la substance rouge qu'on voit quelquefois se développer avant la suppuration ne constitue pas de véritables bourgeons charnus. Mais, lorsque les deux formations ont lieu simultanément , il y a aussi un rapport intime entre elles : toutes deux chaugent en même temps de qualité , et quand les bourgeons charnus commencent à se condenser pour produire la cicatrice , le pus sécrété par les bords acquiert également davantage de consistance , de manière que la charpie dont on se sert pour les pansemens devient adhérente au pourtour seulement de l'ulcère. Peutêtre ce rapport intime tient-il à ce que le liquide sécrété se sépare en deux parties , l'une plastique et apte à prendre

(i) Essai sur Vanatomie pathologique en général, t. II, p. 153.

forme , les bourgeons charnus , l'autre privée de cette aptitude , mais qui reste attachée à la jeune substance , le pus. En effet, le pus produit par le liquide plastique est fortement chargé de substances organiques ; il est doux dans son état normal , et l'on ne peut point le considérer comme une matière excrémentitielle provenant d'une décomposition complète de la substance organique (§ 835, 8°). La substance nouvelle qui se forme prospère au milieu de ce pus, parce qu'il constitue un liquide ayant de l'affinité avec elle et lui servant pour ainsi dire d'enveloppe nidulante; on sait effectivement qu'il ne se produit pas de bourgeons charnus quand le pus est trop abondant ou qu'on l'essuie avec trop de soin. Il est donc très-possible que même une partie de sa substance passe dans la nouvelle formation ; lorsque Home (1) mettait à nu une surface suppurante chargée de bourgeons charnus , il la voyait se couvrir en dix minutes d'une pellicule mince, ce qui n'arrivait point quand il avait balayé le pus avec de l'eau chaude; s'il arrosait celte même surface avec une dissolution de-sel ammoniac, qui opère la condensation du pus (§ 855, 6°), la pellicule paraissait presque instantanément.

** Régénération complétive dans les divers tissus.

§ 862. A l'égard de la régénération des divers tissus en particulier,

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