X. Mélange de substances étrangères
§ 865. Parmi les formations hétèrologues, dans lesquelles un solide ou un liquide acquiert un caractère qui ne correspond nullement à l'organisme , aucune ne se rapproche plus de l'état normal que celles qui résultent du mélange de substances étrangères admises dans le sang. En effet, il n'y a ici qu'une circonstance extérieure d'aliénation, et comme la substance étrangère qui a pénétré dans l'économie est éliminée immédiatement avec le liquide sécrété , ou déposée soit, dans un produit sécrétoire , soit dans une partie organique , l'organisme en général , ou tout au moins le sang , se trouve débarrassé d'elle. Ce mélange nous apparaît donc comme une manifestation de la tendance inhérente à l'organisme, en
(4) Neuc V irsucho an Thieren und deren Rcsullatc ueler die WiO' dererzeuyuwj der Arterien, p. 27.
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vertu de laquelle il cherche, par son aclivité plastique, à maintenir son caractère propre, et à éloigner entièrement de son domaine tout ce qui peut lui être étranger, ou du moins à l'expulser de son suc vital. Les principaux faits qui nous sont connus à l'égard de cette élimination ont été réunis par Gmelin (1). ;
î. Beaucoup de substances admises par les organes digestifs sont chassées du corps par la transpiration cutanée. Le soufre , administré à lintérieur, s'exhale à l'état de sulfide hydrique , qui noircit l'argent que le malade porte sur lui. Le mercure, pris en grande quantité, s'échappe également par la peau , puisqu'il produit un amalgame superficiel avec l'argent mis en contact prolongé avec cet organe (2). Cantu (3) a retrouvé aussi , dans la perspiration cutanée , l'iode et l'iodure de potassium qui avaient été pris à l'intérieur. D'après Balley (4) , la transpiration dénote , par son odeur particulière, qu'une personne a fait usage de la valériane ou de l'asa fœlida. Suivant Cuvier , Duméril et Breschef, la peau exhale l'odeur de l'alcool chez les sujets qui sont morts à l'état d'ivresse. Les ognonset l'ail communiquent la leur à la transpiration cutanée et pulmonaire. Dans quelques cas rares on a observé des sueurs jaunes chez des personnes qui avaient pris beaucoup de rhubarbe.
II. Le lait admet très-souvent, et avec une grande promptitude , des matériaux provenant de substances introduites dans les organes digestifs. Celui des Vaches nourries avec le feuillage du mais a une saveur douce et sucrée ; le chou lui en communique une moins agréable et un peu acre ; la fane de pomme de terre le rend insipide , et le BoUtus bovinus lui donne un goût détestable (5). Parmentier et Deyeux disent que les substances dont l'animal a été nourri se rccon-
(1) Handbiich dey theorctischen Chemio , t. II, p. 1535.
(2) Rcil, Archio, t. VIII, p. 237.
(3) Bulletin des sciences médicales, t. "VI, p. 164.
(4) Journal de Magendic , t. XI, p. 16.
(5) Parmcnlier et Deyeux , Précis d'expériences et observations sur les différentes espèces de lait , p. 13 et 14.
PRODUITS MATÉRIELS ItÉTÉilOLOGÛEâ. 335 naissent plus distinctement dans les produits volatils qui passent à la distillation (d). De même , le lait des femmes qui ont pris de l'absinthe ou de l'anis contracte la saveur de ces végétaux, et l'ail lui communique son odeur (2). Quand les Vaches ont été nourries avec de la paille d'orge mûre, qui contient beaucoupde matière extractive amère, la crème et le beurre qu'on tire de leur lait ont une saveur amère, d'après Hermbstœdt (3). Si ces animaux mangent des plantes contenant une substance analogue à l'indigo , comme YAnchusa offcina/is , YEquisetum arvense , les Mercurialis perennis etanmia, etc., leur lait a bien sa couleur naturelle immédiatement après la traite, mais il devient bleu après la séparation de la crème , de même que l'indigo ne bleuit non plus qu'en absorbant de l'oxygène pendant la fermentation. Cette matière colorante ne passe point dans le beurre et le fromage; elle demeure dans le petitlait, dont on peut la séparer par la filtration (4). S'il s'est trouvé des racines de garance ou de Galium rubioïdes parmi le fourrage , le lait acquiert une teinte rouge , qui se communique au beurre. Celui-ci est rendu jaune aussi par le curcuma.
Cantu a vu les réactifs indiquer la présence de l'iode dans le lait de femmes qui avaient fait usage de cette substance.
Enfin le lait manifeste aussi les propriétés des médicamens introduits dans l'économie. Du mercure , des purgatifs , des narcotiques , ou autres substances, qu'on fait prendre à la mère, exercent leur action spécifique sur l'enfant qu'elle nourrit de son sein , et ce qui prouve qu'alors la substance étrangère passe également dans le sang de ce dernier, c'est que, quand la mère a mangé des asperges, l'urine de son nourrisson exhale l'odeur particulière que ce légume communique à la sécrétion rénale.