IV. Les poumons exhalent des substances
C° Qui ont été introduites dans le canal intestinal , comme du camphre , de l'alcool , du musc , des huiles essentielles , d'après Tiedemann et Gmelin, Seiler etFicinus, et probablement aussi, selon ,Wœhler (6) , de l'acide carbonique provenant des boissons qui contiennent de ce gaz;
7° Qui ont été injectées dans des sacs séreux , comme de l'eau-de-vie camphrée dans la cavité abdominale , ou une dissolution huileuse de phosphore dans la cavité thoracique, suivant Magendie (7) ;
8° Ou enfin qui ont été absorbées par la peau ; ainsi l'haleine a l'odeur de l'ail quand cette substance a été appliquée sur la peau.
9°, Des gaz introduits dans le sang sont expirés, même lorsque leur quantité est peu considérable (8), par exemple l'air atmosphérique (9), le gaz hydrogène (dû) et l'hydrogène sulfuré (dd). Tietzel (d2) a observé, après une transfusion trop co-
(1) Burdach, Vom Baue des Gehirns, t. III, p. 9.
(2) Scheel, Die Transfusion des Blutes und Einspritzung der Arzneien in die Adern , t. II , p. 11.
(3) Journal de Magendie, t. II, p. 7.
(4) Zeitschrift fuer Physiologie , t. III , p. 83.
(5) Précis élémentaire , t. II , p. 380.
(6) Loc. cit., p. 302.
0) Nouveau bulletin des sciences de la Société philomatique, t< II, p. 254.
(8) Nysten, Recherches de physiologie 'et de chimie "pathologiques, p 449, 160.
(9) lbid., p. 33.
(10) lbid., p. 106.
(11) lbid., p. 447.
(12) Dieflenbnch , Dio Transfusion dès Blutes Hnd dia Infusion der Arzneien in die ïïlvlycfœsie , p, 27.
338 PRODUITS MATÉRIELS IIÉTEROLOGUES. '
pieuse, un écoulement de mucus 'sanguinolent par le nez. L'eau et le camphre injeclés dans les veines s'échappent avec la perspiralion pulmonaire , d'après Magendie (1) ; la même chose arrive à l'éther et à l'asa fœtida, suivant Breschet et Edwards (2). Ségalas assure (3) que l'alcool injecté dans le sang communique son odeur à l'haleine; mis de cette manière en contact avec le corps , il s'évapore avec beaucoup de rapidité, de sorte que l'ivresse qu'il détermine dure bien moins longtemps que celle à laquelle il donne lieu après avoir été introduit dans l'estomac ou dans les voies aériennes. 11 est possible aussi que ce soit parce qu'ils accroissent la perspiralion pulmonaire que le carbonate et l'acétate d'ammoniaque font cesser l'ivresse. Magendie (4) , Breschet et Edwards (5) ont vu des vapeurs phosphoreuses s'échapper du nez après l'injection dans les veines d'une dissolution huileuse de phosphore. Enfin du mercure, que Gaspard (6) avait fait passer dans les veines, se retrouva aussi dans la trachée-artère et ses branches.
V. La voie des organes digestifs , soit directement , soit par l'intermédiaire du foie,
10° Sert également à l'élimination de substances qui ont été introduites dans le sang. On a vu un vomissement de sang survenir à la suite d'une transfusion trop abondante (7). Gaspard a trouvé dans l'estomac et le pharynx le mercure qu'il avait introduit dans les veines. Ce métal , du pus (8) et de l'huile d'olive (9) s'échappèrent par les intestins, après une expérience d'infusion. Tiedemann et Gmelin ont trouvé du cyanure de potassium et de fer déposé dans le foie.
(1) Précis élémentaire, t. II, p. 291.
(2) Répertoire général d'anatomie et de physiologie pathologiques,
t. II , p. 94.
(3) Archives générales , t. XIII , p. 104.
(4) Précis élémentaire , t. II, p. 292.
(5) Loc. cit., p. 97.
(6) Journal de Magendie , t. 1, p. 166.
(7) Sclieel, Die Transfusion des Blutes , t. II, p. 11.
(8) Journal de Magendie , t. II , p. 7.
(9) Dielîenbach , Die Transfusion des Blutes , und die Infusion der 4rsneicn in die Blutgefœsse, p. 56.
PRODUITS MATÉRIELS HÉTÈROLOGIJES. 33g 11° Le goût de l'huile de goudron et de celle de Cajeput s'est fait sentir à des personnes chez lesquelles ces substances avaient été versées goutte à goutte sur la tête , ou employées en frictionsà la plante des pieds. En général aussi, on éprouve un goût métallique dans la bouche après les frictions mercurielles , et celles avec la pommade soufrée communiquent une odeur de gaz hydrogène sulfuré aux vents qui sortent par l'anus. Lorsque Bichat avait disséqué des cadavres en putréfaction , dans une salle close , en respirant l'air du dehors par le moyen d'un tube communiquant avec l'extérieur , les vents qu'il rendait parle bas exhalaient la même odeur cadavéreuse que quand il avait respiré l'air chargé d'émanations putrides. Lebkuchner a trouvé que les matières fécales exerçaient une réaction acide après des frictions avec l'acide sulfurique étendu.
J2° Du cyanure de potassium et de fer que Seiler et Ficinus (1) avaient injecté dans la trachée-artère , se retrouva dans la bile.
13° Les mêmes observateurs y ont rencontré aussi ce sel (2), de même que Tiedemann et Gmelin (3) , après l'avoir introduit dans l'estomac.
VI. Les substances étrangères peuvent aussi être déposées, avec les sécrétions internes , dans des espaces clos, après avoir été introduites par les organes digestifs. Ainsi, du cyanure de potassium et de fer passa dans la sérosité du péricarde , selon Tiedemann et Gmelin , du mercure dans l'humeur aqueuse de l'œil , suivant Sybel (4). La graisse change de couleur en raison des alimens dont on fait usage ; les Renoncules la rendent jaune chez les Vaches , et les Fucus verte chez les Tortues (5).
VIL Enfin il y a aussi quelques substances qui passent dans
(4) toc. cit., p. 387.
(2) hoc. cit., p. 370.
(3) Recherches sur la route que prennent diverses substances pour passer de l'estomac dans le sang , p. 44.
(4) Reil, Archiv, t. V, p. 369.
(5) Heusinger, System der Histologie , p. 134.
340 PRODUITS MATÉRIELS IIÉTÉROLOGUE9.
des parties solides. La chair des Grives donne la diarrhée quand ces Oiseaux ont mangé des baies de nerprun , [celle des Oies qu'on a nourries des poisson a un goût d'huile à brûler , et celle des Chiens est savoureuse dans les îles de la mer du Sud , où on les alimente avec du froment. La couleur des poils ou des plumes peut être déterminée par le genre de nourriture ; le poisson donne aux plumes blanches de l'Oie une teinte aurore , qui se perd promptement lorsqu'on fait prendre d'autres alimens à cet animal (1); les Chardonnerets qu'on nourrit de chenevis prennent une couleur plus foncée ; les Zibelines deviennent noires dans les forêts de sapins, et bleuâtres dans celles de peupliers (2). Les os des animaux qu'on nourrit de garance , ou, suivant Gibson (3) , de bois de Campêche, prennent peu à peu une teinte rouge , qui/ait place à leur couleur naturelle quand la nourriture vient à changer. Westrumb a trouvé le cyanure de potassium dans des membranes séreuses , des membranes muqueuses , les reins et les glandes salivaires (§ 866 , 4°). Albers (4) et quelques autres observateurs ont reconnu que la peau prenait souvent une teinte de bleu foncé ou noirâtre chez les personnes qui usaient pendant long-temps du nitrate d'argent ; il arrive même quelquefois que la conjonctive et la membrane muqueuse de la cavité orale (5) participent à celte coloration , qui dure assez souvent pendant plusieurs années. Enfin, Fricke (6) a trouvé du mercure dans les os de sujets qui avaient pris des préparations mercurielles à l'intérieur , observation que d'autres avaient déjà faite avant lui (7). Hunefeld et Lacarterie (8) ont également rencontré ce métal dans des pseudomorphoses.
(1) Naumann , Naturgeschichte der Vœgel Deutschlands , 1. 1 , p. 420,
(2) Heusinger, Untersuchungen ueler die anomale Kohlen-und Pigmentbildumj in dem menschlichcn Kœrper, p. 41.
(3) Meckel , Deutsches Archiv , t. IV, p. 482.
(4) Sammlung auserlesener Abhandlungen , t. XXVI, p. 361.
(5) Ibid., p. 368.
(6) Horn , Nettes Archiv fucr medicinische Erfahrung , 1S26 , p. 499.
(7) Christison , loc, cit., p. 407.
(8) Schweigger, Journal fuer Chemie , t, L , p, 213,
PRODUITS MATÉRIELS IIÉTÉROLOGDES. 5/| 1
'• YIII. Les faits rapportés jusqu'ici ont été recueillis sur des hommes et des animaux à sang chaud. Des phénomènes analogues ont lieu chez les animaux inférieurs. Ainsi , par exemple , Jacobson (1) a reconnu que le cyanure de" potassium et de fer était absorbé par la surface du corps des Limaçons , qu'il était éliminé du sang de ces animaux par leurs poumons, leurs reins et surtout leur foie, mais que, quand l'expulsion n'avait pas lieu d'une manière prompte , il se déposait aussi en partie dans les tissus solides.
IX. Les observations de Haies et deSchubler (2) nous apprennent que les substances étrangères absorbées par les racines des plantes, sont expulsées par les tiges et surtout par les feuilles, mais qu'elles ne se déposent point dans les fruits.
§ S66. Si maintenant nous considérons ce qui a lieu pendant l'élimination de substances étrangères ,
I. Notre attention doit se porter d'abord sur l'époque à laquelle ces substances apparaissent dans les sécrétions.
1° Quant à ce qui concerne les substances admises par les organes digestifs , Parmentier et Deyeux (3) disent que le lait présentait l'odeur du porreau , de l'ail et de l'ognon , trois jours après que les Vaches gavaient été nourries avec les feuilles de ces plantes , et qu'il rougissait six jours seulement aprèsl'usage de la garance (4), tandis que, suivant Young , ce dernier phénomène avait lieu au bout de vingt-quatre heures, lorsqu'un jour entier s'était écoulé sans que l'animal reçût aucune espèce de nourriture : quand ensuite on repassait à d'autres alimens, le lait conservait encore sa teinte rouge pendant sept à huit jours. D'après cela , il paraît que ce pigment ne se fraie qu'avec beaucoup de lenteur une route à travers l'organisme. Cependant Gibson (5) assure qu'ii parut, dans les os de jeunes Pigeons , vingt-quatre heures déjà après
(1) Bulletin des sciences médicales, t. XXII, p. 331.
(2) Schwcigger, Journal fuer Chemio, t. L , p. 54.
(3) Préci3 d'expériences et observations sur les différentes espèces de lait , p. 141 et 142.
(4) Ibid., p. 143.
(5) Meckel, DcuUchQs'Archiv , t. IV, p. 482.
3/p PRODUITS MATÉRIELS HETÉROLOGUES.
qu'on eut commence à leur donner de la garance , et Stehberger l'a vu se manifester au bout de vingt minutes seulement dans l'urine humaine. Or comme le lait semble posséder la réceptivité spécifique à un degré tout parlicu'ier (§ 843, 6°), on est en droit de présumer que les pigmens qu'il reçoit si tard , par exemple celui de la garance , sont des substances qui n'ont qu'un rapport très-éloigné avec son propre caractère.
Stehberger (1) , ayant rencontré un jeune garçon atteint d'exstrophie de la vessie , chez lequel on pouvait observer, d'une manière immédiate , le suintement de l'urine par les uretères, fit sur lui une série d'observations relatives à l'apparition dans ce liquide de différentes substances qui avaient été introduites par la voie de l'estomac. La coloration de l'urine par la teinture d'indigo se manifesta au bout de quinze minutes , et dura cinq heures ; celle par la garance , la rhubarbe, le bois de Campêche, les baies d'airelle et les merises , eut lieu au bout de vingt à quarante-cinq minutes , acquit son plus haut degré au bout d'une à deux heures , et dura une heure pour les cerises, neuf heures pour la rhubarbe; celle par la pulpe de casse parut au bout de cinquante-cinq minutes , et persista pendant vingt-quatre heures ; celle par les baies de sureau devint manifeste au bout de soixante-etquinze minutes seulement, et dura quatre heures. L'acidegallique pur ne se prononça qu'au bout de vingt minutes , atteignit son point culminant au bout de deux heures, et disparut après onze heures. La coloration par la busserole devint manifeste en quarante-cinq minutes , parvint au maximum en deux heures , et s'effaça au bout de sept heures. Le cyanure de potassium et de fer ne devint appareni qu'au bout d'une heure , et en dura quatre seulement. Krimer (2) etNaveau (3) ont trouvé , dans l'urine , le cyanure de potassium au bout de quatorze minutes, la rhubarbe après quinze, et le fer après
(1) Zeitschrift fucr Physiologie, t. II, p. 49.
(2) Physiologie Untersuchunyen , p. 9.
(3) Expérimenta quœdam cirect vrini» secretionem , p. 12.
PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROIOGUES. 343
trente. Westrumb (1) prit , le matin, à, jeun, une once de teinture de rhubarbe , avec de l'eau de Seltz , et trouva , au bout de cinq minutes , que son urine présentait , à un faible degré , il est vrai , les réactions caractéristiques de la rhubarbe ; ces réactions étaient fortes au bout d'un quart d'heure , et de nouveau assez faibles au bout d'une heure ; l'essence de térébenthine et le cyanure de potassium et de fer parurent dans l'urine après vingt minutes. Wetzler y a retrouvé ce dernier sel au bout de dix minutes déjà; sa présence dans l'urine se manifestait pendant vingt -quatre heures , quand la dose avait été d'un à six grains, et durant trois jours lorsqu'elle avait été portée à un gros. Brande (2) a observé que l'urine sortait alcaline six minutes déjà après la prise de deux gros de carbonate de soude (*).
Après des injections faites dans l'estomac de Lapins , Naveau (3) a retrouvé , au bout de seize à vingt minutes , la rhubarbe et le cyanure de potassium dans l'urine. Westrumb (4) a reconnu des traces de rhubarbe au bout de cinq minutes , et des vestiges de cyanure de potassium et de fer après deux minutes seulement.
2° Breschet et Milne Edwards (5), ayant injecté de l'eaude-vie camphrée dans la cavité abdominale de Chiens , ont reconnu que l'haleine exhalait l'odeur de l'alcool au bout de trois minutes et demie , et celle du camphre au bout de six minutes ; cette dernière persistait pendant une heure entière.
3° Chez le jeune garçon porteur d'une exstrophie de la vessie , que Stehberger a observé , l'urine exhalait l'odeur de la violette un quart d'heure après que le sujet avait flairé l'essence de térébenthine , et Yingt-cinq minutes après qu'on
(1) Meckel , Deutsches Archiv , t. VII , p. 538.
(2) Poggendorff , Annalen der Physik, t. L, p. 187.
(*) Consultez à ce sujet un mémoire de Darcet dans les Annales de chimie, t. XXXI ; Considérations chimiques sur diverses concrétions du corps humain, par Laugier ( Mém. de l'Acad. roy. de Méd., 1. 1, p. 394 ) , et l'ouvrage de Chevallier intitulé Essai sur la dissolution de la gravelle et des calculs de la vessie , Paris, 1837, in-§°.
(3) Loc. cit., p. 12.
(4) Loc. cit., p. 539.
(5) Répert. gén d'anat. et de physiol! pathologiques , t. H, p. 95.
344 PRODUITS MATÉRIELS llÉTÉROLOGUES.
lui en avait fait des frictions sur la peau. Quand Mayer (1) avait injecté un mélange de teinture d'indigo et de teinture de safran dans la trachée-artère de Lapins , l'urine était déjà verte au bout de huit minutes.
4° Hering (2) injecta du cyanure de potassium et de fer dans les veines de Chevaux, et observa combien de temps ce sel séjournait dans le sang, combien aussi il en mettait à se déposer dans les différens tissus. Les réactions du sang annonçant la présence du cyanure diminuèrent au bout de deux minutes (3) , même déjà de quarante secondes (4), et cessèrent dans un laps de quinze minutes (5) à cinq heures (6); par conséquent, l'élimination commença dès la première minute , et fut terminée en peu d'heures. Dans un cas (7) où le sang ne montrait plus aucune trace de cyanure de potassium et de fer au bout de huit heures, Hering retrouva encore, au bout de deux jours , dans l'urine , le sel qu'il lui avait été impossible de découvrir dans le sang , uniquement peut-être à cause de sa trop petite quantité. Les membranes séreuses et les reins furent les premiers organes dans lesquels il se manifesta ; les reins en contenaient, souvent au bout d'une minute , soit seulement dans leur substance corticale , soit en même temps dans la substance lubulaire, mais toujours en dernier lieu dans le bassinet; les' membranes séreuses en offraient des traces au bout de deux à quinze minutes , d'abord dans le péricarde , puis dans la plèvre , ensuite [dans le péritoine, enfin dans les capsules synoviales , d'où résulte , par conséquent, une succession correspondante à l'éloignement du cœur (8). Il se montrait aux membranes muqueuses au bout de quelques minutes ; d'abord il n'apparaissait que dans le tissu cellulaire unissant celte membrane à la tunique mus-
(4) Meckel, Deutschcs Àrchiv.t. III, p. 498.
(2) Zeitschrift fuer Physiologie , t. III , p. 86.
(3) Ibid., p. 95.
(4) lbid., p. 114.
(5) Ibid., p. 92.
(6) lbid., p.'U2.
(7) Ibid., p. 95. :
(8) IMd., p. 102.
' PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROLOGUES. 345 culeuse, et le mucus n'en offrait aucune trace (1). Il se manifestait en premier lieu dans la moitié droite de l'estomac , puis dans l'intestin , ensuite dans les poumons, plus tard dans les voies urinaires , enfin dans les parties génitales. Jamais on n'en voyait de vestiges bien sensibles sur les points où. répithélium est le plus développé , tels que la cavité orale , l'œsophage et la moitié gauche de l'estomac (2). On le reconnaissait sans peine dans les glandes salivaires , mais non dans les organes d'une couleur foncée. Lorsqu'au bout de cinq heures il avait disparu du sang , on ne pouvait également plus le retrouver au bout de vingt-quatre heures dans les parties solides (3).
Suivant Breschet et Edwards , l'huile de térébenthine injectée dans l'artère crurale de Chiens , ne tardait point à imprégner l'haleine de son odeur.
II. La rapidité avec laquelle l'urine coule en plus grande abondance après l'usage de quelques boissons (§810, 7°; 832, 5°), avait fait naître l'idée que certaines substances pourraient bien passer immédiatement des organes digestifs dans les voies urinaires sans traverser le sang. Cette hypothèse de voies occultes avait en sa faveur les observations qui ont été rapportées précédemment (§ 857, 16°), et la remarque, faite par Wollaston (4), que le cyanure de potassium et de fer, quatre heures après avoir été pris, ne se retrouvait plus dans le sang tiré par la saignée, tandis qu'Use montrait clairement dans l'urine. Mais il résulte des faits recueillis par Hering, qu'à celte époque le sel pouvait fort bien ne plus exister dans le sang , ou du moins n'y être qu'en trop faible quantité pour qu'il fût possible de constater sa présence. 11 arrive souvent à la substance vivante d'envelopper les substances étrangères qui viennent à être mêlées avec elle , au point de les rendre méconnaissables , et ceci est vrai même des sécrétions ; le lait des Vaches qu'on a nourries de porreuux ou d'ognons , n'a point encore d'odeur
(1) Ibid., p. 405.
(2) Ibid., p. 423,
(3) Ibid., p. 42.
(4) Poggcndorlf , Annulcn der Phyaik, t. XLIII, p. 80. v ' 1 *
44^ PRODUITS MATÉRIELS IIÉTÉROLOGUES.
au moment où il sort du pis ; c'est seulement après sa sortie qu'il en développe une, qui devient de plus en plus prononcée (1) ; et quand on a fait manger du safran aux Vaches , il n'offre pas de couleur jaune , laquelle se manifeste seulement dans le beurre qu'on en obtient (2). Au reste, des observations qui seront rapportées plus tard ont démontré l'existence dans le sang de ces substances étrangères introduites par la voie des organes digestifs , qu'on n'a jamais pu découvrir dans le tissu cellulaire interposé entre l'estomac ou l'intestin et les reins ou la vessie , tandis qu'elles se montrent dans l'urine et le sang (3).
Le passage de substances étrangères de la cavité abdominale dans la perspiration pulmonaire (2°), et des poumons dans l'urine (3°), n'est pas moins rapide que celui de l'estomac dans cette dernière , et tous ces phénomènes deviennent moins surprenans lorsqu'on a égard à la rapidité plus grande encore avec laquelle s'effectue l'élimination des matériaux étrangers parvenus dans le sang (4°).
Enfin , quand Westrumb (4) avait lié les artères rénales et injecté de l'infusion de rhubarbe ou de la dissolution de cyanure de potassium dans l'estomac , ces substances se montraient dans le sang , ainsi que dans le canal intestinal , la rate et le foie , mais non dans l'urine , ni dans les reins ; lorsqu'il avait lié l'artère rénale droite et l'uretère gauche , il trouvait ces substances dans le rein gauche et dans l'urine de son uretère , mais non dans le rein droit, ni dans la vessie; quand les artères rénales étaient demeurées intactes (5), il constatait leur présence dans l'urine suintant goutte à goutte des uretères coupés en travers.
Par conséquent , il n'est plus douteux que les substances
(1) Parmentier et Deyeux , Précis d'expériences et observations sur lesr
différentes espèces de lait , p. 142.
(2) Ibid.,y. 147.
(3) Tiedeniann et Gmelin , Recherches sut la route que prennent diverses substances pour passer de l'estomac dans le sang , 24, 38.
(4) Meckel , Deutsches Archiv , t. VII , p. 528.
(5) Jbid., p. 539.
PRODUITS MATÉRIELS HETEROLOGUES. 3/f7
étrangères qui s'échappent du corps avec les liquides sécrétés proviennent constamment du sang. Thilow a injecté des lymphatiques réuaux par le canal thoracique; mais il a incontestablement commis une erreur en regardant cette direction comme normale , et en admettant que des substances peuvent la suivre pour parvenir des organes digestifs aux reins sans passer par le sang.
III. L'admission de substances étrangères dans le sang et leur élimination dépendent en partie de circonstances accidentelles, comme la quantité de ces substances et l'état momentané de la vie , en partie aussi du rapport particulier de chacune d'elles avec des organes déterminés et avec certaines activités vitales, rapport qu'on ne parviendrait à découvrir que si l'on possédait un nombre d'observations supérieur à celui dont nous pouvons disposer en ce moment.
5° Quelques substances admises avec les alimens ne se retrouvent point dans les sécrétions et dans les tissus organiques, soit parce qu'elles ont été décomposées et métamorphosées dans les organes digestifs , soit parce qu'elles sont sorties avec les matières fécales sans subir aucun changement. Ainsi, par exemple, d'après Gibson (4), le curcuma s'échappe avec les excrémens , qu'il teint en vert , et ne passe ni dans les os ni dans aucune autre partie ; de même , les parties acides , amères et aromatiques de l'oseille , de la chicorée, de la sauge, de la lavande et du thym paraissent être détruites par la digestion, et ne se trouvent point dans le lait (2); de même enfin les principes colorans du tournesol , de la cochenille, du henné et du vert de vessie ne paraissent ni dans l'urine , ni dans le sang ou le chyle (3).
6° Les substances étrangères n'ont été retrouvées que dans quelques tissus, et jamais dans tous. Ainsi, par exemple, le cyanure de potassium a passé dans la bile et l'urine , et non
(1) Mecke, Deutsches Archiv., t. IV, p. 482.
(2) Parmentier et Deyeux , Précis d'observations et expériences sur les différentes espèces de lait , p. 440.
(3) Tiedemann et Gmelin , Recherches sur la route que prennent diverses substances pour passer de l'estomac dans l'intestin , p. 101.
348 produits matériels hétérologues.
dans la sérosité du péricarde (1), ou dans la salive et dans le liquide des ampoules déterminées par les cantharides (2) ; l'essence de térébenthine ne s'est montrée que dans l'urine , et non dans d'autres sécrétions (3) ; l'eau n'est sortie du sang que par l'exhalation pulmonaire lorsqu'elle était pure , et par l'urine seule quand on y avait ajouté un peu de nitre (4). Somme totale, ce que nous savons jusqu'à présent se réduit à ce que les substances volatiles , les gaz , l'éther, l'alcool , le camphre, le musc, etc., sortent surtout par les poumons et la peau ; les substances fixes , au contraire , comme matières résineuses, extractives , etc., par l'urine; et que certains pigmens se déposent de préférence dans les os. En ce qui concerne ces derniers, nous voyons que l'affinité chimique prend part au phénomène ; la matière colorante de la garance a de l'affinité pour le phosphate de chaux, et se combine avec ce sel en le précipitant de sa dissolution , de même qu'après avoir été introduite dans les organes digestifs d'un animal, elle se dépose dans les os. Il est possible aussi que l'action spécifique de certaines substances sur des organes déterminés ( § 842 ) se rattache à cette circonstance purement matérielle. Cependant nous ne sommes point par là autorisés à admettre que toute affection spécifique d'un organe dépend d'un dépôt de certaines substances , et que ce dépôt lui-même tient toujours à l'affinité chimique ; car le rapport dynamique de la vie est plus puissant que son rapport matériel, et présente de nombreuses modifications. Ainsi, par exemple, on n'a jamais rencontré aucune matière étrangère déposée dans la substance du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs , et , quand il s'en trouve une répandue dans le sang en général , on ne voit pas pourquoi c'est précisément sur l'activité jitale de ces organes qu'elle agit d'une manière^spécifique.
(1) Ibid., p. 45.
(2) Poggendorff , Annalen dor Physik, t. XLIII, p. 81. ■
(3) Tiedemann et Gmelin, loc. cit., p^.
(4) Nouveau Bulletin des sciences de la Société pkilomatique , t. II, p. 254.
PRODUITS MATÉRIELS HETÉROtOGUES. 349
IV. Les influences qui s'exercent sur l'élimination 7° Nous prouvent combien est grande la part qu'on doit attribuera l'activité nerveuse, qu'on ne peut considérer que comme un phénomène purement dynamique , à moins de vouloir se perdre en vaines hypothèses. Lorsque Krimer (1) et Naveau (2) avaient coupé les nerfs des reins ou ceux de la paire vague , la rhubarbe introduite dans l'estomac ne passait point dans l'urine. Westrumb (3) trancha la moelle épinière immédiatement auprès de la tête, entretint la respiration par des moyens artificiels , et injecta ensuite de la rhubarbe ou du cyanure de potassium dans l'estomac ; au bout d'une heure ou d'une heure et demie , il retrouva ces substances dans le foie , la rate et les poumons , ainsi que dans les deux substances des reins, mais non dans l'urine.' Lammerer (4) avait déjà fait auparavant des observations semblables. Ainsi l'unité dynamique à laquelle préside le système nerveux paraît être une condition essentielle pour que l'organisme puisse se débarrasser de Substances étrangères.
8° D'un autre côté , les circonstances matérielles ne sont point sans influence. Lorsque Breschet et Edwards (5) ouvraient la poitrine à des Chiens , de manière que les poumons s'affaissassent par la pression de l'atmosphère , et qu'on fût obligé d'entretenir la respiration par des moyens artificiels , l'eau-de-vie camphrée injectée dans la cavité abdominale ne se montrait qu'au bout d'une heure , encore même très-faiblement, dans l'exhalation pulmonaire; tandis qu'elle se manifestait d'une manière à la fois prompte et intense dans une ventouse appliquée sur un muscle du bas-ventre mis à découvert ; de sorte qu'une raréfaction de l'air, semblable à celle qui a lieu dans l'inspiration normale, semblait être une condition de cette élimination. L'essence de térébenthine injectée dans le sang se montrait au péritoine, comme à la bouche,
(1) Physiologische Untersuchungen , p. 46.
(2) Expérimenta quœdam circa urinœ secrctionem , p. 16 , 20.
(3) Meckel, Dcutsches Archiv , t. VII, p. 532.
(4) Ibid., p. 536.
(5) Répertoire général d'anatomie] et de physiologie pathologiques ' t. II, p. 9o. '
35o PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROIOGUES.
tandis que l'haleine seule en décelait la présence j^jue la poitrine était demeurée intacte. Enfin , après rinjectroi d'une dissolution huileuse de phosphore , une vapeur blanche s'échappait des poumons, mais non d'un muscle abdominal couvert d'une ventouse, attendu que l'huile introduite par le système de la veine cave stagnait dans les poumons , et ne passait point de là dans le système aortique {% 744, 7°).
V. Nous avons quelques données ^gur la nature chimique des substances étrangères après leur élimination, comparée à ce qu'était leur composition primordiale; à la vérité, elles sont insuffisantes pour nous instruire des métamorphoses que ces substances éprouvent dans les différentes stations qu'elles font en traversant l'organisme.
9° Quelques substances paraissent désoxidées. Le mercure, donné intérieurement à l'état d'oxide , a été trouvé réduit dans l'urine d'après Jourdan, dans les os selon d'autres : Woehler a retrouvé le cyanure ferrico-potassique à l'éta^ de cyanure ferroso potassique dans l'urine , réduction qu'il avait déjà éprouvée dans le canal intestinal. Le tartrate de nickel et de potasse s'est rencontré à l'état de sulfure de nickel dans l'urine.
10° D'autres substances sont oxidées. Suivant Magendie, le phosphore injecté , dissous dans l'huile, est expiré en vapeurs blanches, qui sont de l'acide phosphoreux. Woehler dit que le sulfure de potassium se représente presque toujours à l'état de sulfate de potasse dans l'urine.
11° Le soufre sort par la peau à l'état de sulfide hydrique; par l'urine, d'après Woehler, à celui de sulfide hydrique et de sulfate.
L'iode est combiné, dans l'urine, avec du sulfide hydrique et des alcalis.
42° Les sels produits par des acides végétaux sont convertis en carbonates , de manière que l'urine qui les contient exerce une réaction alcaline , qu'elle présente également après l'introduction de l'acide succinique.
13° L'acide tartrique et l'acide oxalique sont combinés, dans l'urine , avec de la chaux ; les matières colorantes des baies d'airelle et des merises le sont avec l'acide urique.
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